Les artistes à se lancer dans le grand bain de la musique sont nombreux·ses. Nous avons sélectionné pour vous les 5 chanteurs et chanteuses d’ici et d’ailleurs à découvrir ce mois-ci (si ça n’était pas déjà fait).

INSTAGRAM © Girl In red
INSTAGRAM © Girl In red

Girl in red, celle qui fait vibrer TikTok et le New York Times

Avec déjà plus de 9 millions d’écoutes sur Spotify, vous n’êtes peut-être pas passé·e à côté. Cette Norvégienne met en lumière son esprit, toujours en mouvement, dans des chansons pop indie. Ainsi, la jeune chanteuse de 22 ans se fait une place dans le monde de la musique avec son single i wanna be your girlfriend qui devient très vite un hymne pour la communauté queer, notamment sur Tik Tok.

Alors, sur des sonorités de pop alternatives, Girl in red aborde la question du genre dans des textes bruts mais aussi doux et sincères. Et puis récemment, elle sort son nouveau single Serotonin. A nouveau, on est transporté·e dans toute la complexité de la jeunesse, avec une honnêteté totalement décomplexée. Bref, elle est super et chez Paulette, on l’adore. D’ailleurs, elle sera en concert à Paris en mai 2022. Son premier album sort à la fin du mois d’avril.

Laurie Darmon, douce et pétillante

Une porte qui claque, un, deux, trois verres de cognac tombent en vrac… L’air vous revient ? Le piano et les percussions, les instruments sont maîtres de ses rythmes qui donnent envie de danser. Et de ses paroles que l’on chanterait jusqu’au bout de la nuit. Et la voix douce qui les accompagne, c’est celle de Laurie Darmon, qui en faisait déjà groover certain·e·s en 2014.

Cette année, elle revient avec douceur et mélancolie pour sa chanson Maman. Laurie Darmon, finalement, c’est notre alliée musique pour des soirées entre filles, debout sur le canapé, un verre (ou 2) à la main. Dans ce cas de figure, nous conseillons notamment les chansons On bai. ou Laisse-moi t’aimer. Mais c’est aussi celle qui nous donne des frissons, lorsque l’on observe les passant·e·s à travers la fenêtre, en songeant à notre enfance.

Que je t’aime maman, tu auras rendu mes rêves immenses.

Laurie Darmon

 À suivre aussi sur Instagram où elle propose des covers et sessions live en solo ou en duo, toujours avec la même douceur dans la voix. 

VIKKEN, l’électro hypnotique

Avis à tou·te·s celleux à qui les festivals, les concerts et surtout les clubs manquent terriblement. Avis à celleux qui veulent ressentir au plus profond de leur chair cette forme de transe dans laquelle peut nous plonger la musique. L’électro/pop de Vikken nous transporte et franchement, avec un bon casque sur les oreilles, on s’y croirait presque. Si, si, c’est vrai. En fait, dans son premier titre, C’est OK, Vikken aborde sa transidentité de manière naturelle, rythmée sur des sonorités carrément entrainantes.

Et ces quelques phrases dictées par une voix au timbre robotique mènent à la réflexion. Enfin, d’ici quelques jours, un nouvel EP Pour une amie verra le jour avec un clip. Des artistes tel·le·s que Jeanne Added ou November Ultra y figureront. En plus, Vikken fera partie du Printemps de Bourges 2021. Laissez-vous porter…

Je pense que c’est OK de dire qu’il y a certaines choses qui ne vont pas.

VIKKEN

Tsew The Kid, la sensualité urbaine

Tsew The Kid c’est de très beaux textes, une voix suave et beaucoup de mélancolie. Parfois pop urbaine, parfois plutôt rap, les musiques du jeune Malgache nous ensorcèlent. Chez Paulette, gros coup de coeur pour la chanson Fitia, du nouvel album AYNA (« vie », en malgache). La douceur des instruments nous embarque sur une plage de sable chaud, on s’imagine en plein tango après quelques shots de tequila. Les mots dansent sur une mélodie entraînante et délicieusement sexy.

 Tsew The Kid nous parle d’amour avec subtilité, avec passion ensuite puis avec tristesse. Amour amical, amour familial, amour fusionnel, il livre ses émotions et panse ses plaies sur ce nouvel album. En conclusion, ça vaut le détour, on vous l’assure.

Si tu étais de mon pays je t’aurais dit Ny fitiavako anao.

Tsew The Kid

YENDRY, le soleil dans la peau

Vous aimez Rosalia ? Du coup, vous adorerez Yendry. Elle danse, elle chante, elle alterne entre l’espagnol, l’italien et l’anglais et est originaire de République dominicaine. Et dans sa voix, il y a le soleil, la chaleur et le summer. En fait, elle nous donne envie de faire rouler nos hanches et de vibrer sur sa musique pendant de longues soirées d’été. Avec une petite touche de flamenco, un brin de pop urbaine et de sexyness.

Yendry, c’est une femme qui revendique son indépendance et sa force. Féministe confiante et déterminée, cette nouvelle figure de la pop ispanico-italienne n’a pas fini de nous épater. Et puis pour le moment, on l’adore sur son titre Nena, qu’elle interprète à merveille sur la chaîne de Colors Show.

Un article de Margot Hinry

Raja Meziane, 32 ans, est algérienne. Elle est exilée à Prague depuis bientôt cinq ans – elle y a rejoint son mari et producteur. Ses coups de filets contre le régime lui ont valu un aller sans retour en République tchèque. Femme de combat (Raja signifie « le King » en langue indienne et l’espoir en arabe), elle met sa musique au service de la cause algérienne. Elle lutte pour sa liberté et celle de son peuple, loin de son Algérie natale, avec la même ferveur, la même force, la même fermeté. Raja Meziane n’a peur de rien. Tant que son cœur appartient à l’Algérie.

Artiste engagée, « guerrière et combattante », Raja Meziane est la voix de la révolution algérienne.

© Dee Tox
© Dee Tox

« Allo Système, tu m’entends ? Tu fais la sourde oreille comme d’habitude ?! » (traduit de l’arabe) : dans le clip du morceau Allo le Système !, tu passes cet appel depuis Prague, où tu es exilée. En toile de fond, des images de la révolution algérienne. Comment as-tu mûri cette chanson ?

Elle est sortie quelques jours à peine après la grande manifestation du 22 février 2019 (pour empêcher Abdelaziz Bouteflika de briguer un cinquième mandat, ndlr). Je peux le dire haut et fort. Je suis une des personnes qui a appelé à cette révolution des années auparavant ! En 2012, je sortais une chanson qui s’appelle Revolution, c’est te dire. Sauf qu’à l’époque, je me suis fait lyncher par tout le monde, y compris le public, parce que les gens n’étaient pas encore prêts à entendre ce genre de vérité. Allo le Système !, c’était une façon pour moi de participer à cet événement, qui était comme une fête, une bouffée d’oxygène.

En 2012, tu dis que le public n’était pas prêt. Pourquoi ? Qu’est-ce qui a changé depuis ?

Il n’était pas prêt, car le traumatisme et la peur sont figé.e.s à l’intérieur de chaque Algérien.ne depuis la décennie noire (dix années de guerre civile qui ont fait près de 200 000 victimes entre 1991 et 2002, ndlr). Dès qu’on parle de révolution, de manifestation, c’est synonyme de sang. Qu’est-ce qui a changé ? Je dirais le ras-le-bol général. On nous a trop menti. On a pillé nos richesses. Ce n’est plus possible de laisser faire.

Sur Allo le Système !, tu dis que le pouvoir en place a anéanti l’éducation nationale, la culture, le savoir. Cette révolution a-t-elle en partie été initiée par la jeunesse ?

Pas vraiment… Ce n’est pas la nouvelle génération qui a décidé de descendre dans la rue. Bien au contraire. Les gens qui ont mûri, les gens qui ont vécu les années 70, le terrorisme, ce sont eux qui ont remarqué que les choses n’avancent pas et que l’Algérie ne peut plus continuer dans cette voie. Il faut des doyen.ne.s pour que la jeune génération reçoive ce genre d’informations, d’expériences, de chaleur et de volonté de changer. La jeune génération connaît Bouteflika, elle n’a jamais connu autre chose. Les Anciens ont le recul nécessaire. Et la force de ce mouvement réside dans cette belle fusion de générations.

Comment la situation a-t-elle évolué dans le pays depuis le grand rassemblement de 2019 ?

C’est de pire en pire. Rien ne change. C’est le même régime. Le président actuel, Abdelmadjid Tebboune, faisait partie du gouvernement de Bouteflika. Il l’a servi pendant longtemps. Et il est en train de mettre en place une dictature encore plus franche. L’Algérie étouffe.

© Dee Tox

Le pouvoir a profité de la pandémie mondiale pour réprimer toute contestation et museler les médias. Quels sont les retours que tu as eus ?

Il règne en Algérie une espèce de calme qui, moi, ne me rassure pas du tout. J’ai peur que la situation finisse par imploser. Trop de répression. On va où ? Je ne sais pas… Les gens perdent confiance. Celles et ceux qui soutiennent le Hirak (le mouvement de contestation qui a poussé Abdelaziz Bouteflika à la démission en avril 2019, ndlr) subissent énormément de pression, notamment El Manchar (le site parodique algérien a suspendu ses activités en mai dernier, après cinq années d’existence, ndlr). Il leur est aujourd’hui impossible d’écrire, d’exercer leur métier de journalistes. C’est grave ce qui se passe. Si on ouvre sa gueule, on est jeté.e en prison, au trou. On nous déclare la dictature et on doit l’accepter.

«Je ne vais pas changer de camp. Je n’en ai qu’un seul. C’est le peuple. J’ai vécu avec ce peuple, j’ai grandi avec ce peuple, je suis née avec ce peuple, j’ai galéré comme le peuple, et je continue de pleurer mon Algérie.»

Pour quelles raisons t’es-tu emparée du rap ?

J’ai toujours touché à différents styles de musique, parfois plus pop, mais toujours avec le même contenu engagé. Mais quand il s’agit de colère, je ne peux pas m’exprimer autrement qu’avec du rap. Pour moi, c’est comme un flot de paroles qui sortent crues, sans qu’on ait besoin d’y ajouter des mélodies compliquées, ou des sonorités harmonieuses. Avec le rap, c’est la parole qui compte. Je le dis et vous allez m’écouter (Sourire) ! J’ai mal et, désolée du terme, mais j’ai envie de cracher les mots. Parce que ça brûle !

Ton rap est baigné de musique chaâbi et de raï, une façon d’affirmer tes origines ?

Ma musique est un mélange de styles purement algériens, partant du chaâbi, tindi, naïly, kabyle, des nuances de raï. Il y a toujours un timbre qui rappelle le style algérien. Parce que c’est mon identité.

Depuis Allo le Système !, devenue l’hymne du Hirak, tu es la voix de la révolution algérienne, avec tout le poids symbolique que ce titre implique. C’est lourd à porter ?

Bien sûr. Ça m’honore, mais c’est une responsabilité énorme. Je ne veux pas décevoir ce peuple pour lequel je me bats depuis des années. De toute façon, je ne vais pas changer de camp. Je n’en ai qu’un seul. C’est le peuple. J’ai vécu avec ce peuple, j’ai grandi avec ce peuple, je suis née avec ce peuple, j’ai galéré comme le peuple, et je continue de pleurer mon Algérie. C’est très simple. Quand on n’a rien, on n’a rien à perdre. Moi je n’ai rien gagné avec ce système. Même en faisant partie du « showbiz ». Même au début de ma carrière, j’étais jeune, mais je savais déjà que quelque chose n’allait pas.

Ta participation à un télé-crochet (un mélange de la Star Academy et The Voice) t’a apporté la célébrité. Cette rage de vaincre le système de l’intérieur était déjà présente ?

Oui, cette idée ne m’est pas venue à 20 ans. J’ai vécu l’enfer des années 90, j’ai vu les corps sans vie sur le chemin de l’école. En participant à ce télé-crochet, je n’avais qu’une envie : me faire connaître. Parce qu’on ne peut pas lutter en silence. Pour faire entendre ma voix, il fallait en passer par là. Le challenge de ce genre d’émission, c’est qu’on ne peut pas chanter ce qu’on veut, sauf si on est première dans les classes de solfège, de sport, de discipline… Je bossais comme une dingue pour pouvoir chanter des chansons qui avaient du sens pour moi, sur la paix ou la Palestine par exemple.

Ta première vocation, devenir avocate, était-elle aussi motivée par la même envie ?

Oui. J’ai perdu mon papa quand j’avais 7 ans, suite à une erreur médicale. Le directeur de la clinique privée était intouchable. Ma mère n’a rien pu faire. Je lui ai promis que ça changerait quand je serais grande, que je ramènerais la justice dans le pays, que je défendrais les pauvres. Ça m’a coûté cher.

© Dee Tox
© Dee Tox

Tu es petite-fille de martyr de la révolution. Ce combat, il est inné ?

Exactement. Je vais te raconter une histoire. Ma grand-mère aussi luttait à sa manière. Elle cachait des moudjahidines (soldats improvisés, résistants, souvent d’origine paysanne, à qui l’on doit l’indépendance de l’Algérie, ndlr) aux soldats français, elle leur donnait à manger, des vêtements propres. Mon père avait à peine 12 ans, il avait un petit chien qui faisait toujours la fête aux combattants algériens. Une fois, les soldats français étaient juste à côté. Ma grand-mère avait tellement peur qu’ils la soupçonnent de quelque chose qu’elle a bâillonné le petit chien avec un bout de tissu et l’a battu à mort pour qu’il arrête d’aboyer. Elle n’avait pas le choix. Elle a brisé son cœur et celui de son fils. Parce qu’elle croyait tellement en cette cause, la liberté du peuple algérien. Quand on grandit avec ce genre d’image, on ne peut pas être quelqu’un d’autre. Les Algérien.ne.s ont trop souffert. Ma génération a grandi dans le sang, la terreur. Maintenant on a juste envie d’aimer et d’être aimé.e.. C’est ce qu’on essaie de faire avec ce Hirak, cette grande révolution pacifiste.

Tu es persona non grata en Algérie. Tu racontes l’exil dans Survivor, sorti fin janvier : « Excuse-moi maman ! J’étais obligée de partir, le chemin était pénible, j’y ai presque laissé la vie (…) mon père m’a dit avant de partir, ne te rends jamais… » (traduit de l’arabe). Es-tu prête à sacrifier ton intimité pour une cause plus grande, la libération du peuple algérien ?

Pour moi, tout va dans le même sens. Je n’ai pas vécu deux vies, j’en ai vécu et je ne vis toujours qu’une seule vie, et cette vie, elle est pleine de toutes les choses que je raconte. Ma mémoire et ma vie, c’est ce qui se passe dans mon pays. Je continuerai de chanter contre les haters, les rageux, ceux qui envient ma réussite ou mon talent… On vit dans un régime corrompu qui donne l’occasion à des gens qui ont le bras long de vous casser, de vous faire du mal et de vous empêcher de réussir. Il y a tellement à dire, à dénoncer. Le régime a tout acheté. Je suis en train de subir les conséquences d’Allo le Système ! : les trolls, les cyber-attaques, on essaie de me salir, on lance des rumeurs sur moi, on menace ma famille, mais je ne vais pas me rendre maintenant. J’ai choisi cette route et je l’assume.

Article du numéro 48 « Nouveaux.lle.s leaders » par Alexandra Dumont

Envie de vivre le match PSG-Lille du 3 avril d’une tout autre façon ? Accor Live Limitless transforme les chambres des Mama Shelter parisiens en loges privées – nourriture comprise... Et ça s'appelle « ALL with Mama ».

Passionné·e de foot ? « ALL With Mama », c’est LA soirée que vous allez vouloir passer avec votre chéri·e ou meilleur·e ami·e. Au rendez-vous ? Une loge privée pour deux, repas et apéro du soir, petit-déjeuner… Le tout, sans oublier la retransmission du match, un duplex et beaucoup de surprises.

© "ALL with Mama"
© "ALL with Mama"

Un programme qui fait rêver

Et qui ne fait pas rêver que les fans de foot ! Pour ce match, le PSG et ALL – succursale lifestyle du groupe hôtelier Accor et partenaire principal de l’équipe de foot – ont vu grand. Dans la nuit du samedi 3 avril, les chambres du Mama Shelter seront transformées en véritables loges privées pour deux personnes. Vous pourrez évidemment regarder le match, mais pas seulement : « les clients pourront vivre l’avant et l’après match via une émission TV en direct du Parc des Princes, en duplex avec le Mama pour partager ensemble des émotions, surprises et moments inoubliables… C’est l’opportunité rêvée de profiter de l’ambiance du Parc des Princes dans des chambres aussi confortables que design lors d’une nuit exceptionnelle au Mama », s’exprime ALL. 

Et lorsqu’iels parlent « d’avant » et « d’après » match, iels parlent notamment de « concert, DJ set, blind test, jeux concours et rencontres exclusives via visioconférence avec les joueurs Legend du Paris Saint-Germain présents sur place. » Impressionnant, n’est-ce pas ?

Pour 149€ (ou 6000 points rewards ALL), vous aurez droit à ce programme, mais aussi à un menu plat-dessert, des pintes, des snacks, et un petit-déjeuner au matin. Mais aussi « bien d’autres surprises ». Pour réserver cette soirée d’évasion – dont on a bien besoin, c’est par ici.

Article de Clémence Bouquerod

En ce moment, quoi de mieux que de faire le tri dans ses abonnements Instagram pour du plus positif ? Voici 8 influenceurs·ses à suivre parce qu’iels s’aiment – et que ça fait un bien fou.

Cet article est le signe qu’il vous manquait. Allez, hop, c’est parti ! On troque ses abonnements trop parfaits qui vous rendent triste ou mal à l’aise, et on switch pour du mieux ! Et pas n’importe lequel. On switch pour des influenceurs·ses au self-love communiquant. De quoi apprendre à mieux s’aimer, tout en scrollant sur les réseaux sociaux – soit 8 heures par jour, on sait. Et pour vous inspirer, voici un condensé de nos influenceurs·ses self-love préféré·e·s.

The Ginger Chloé

On l’aime pour sa bonne humeur à toute épreuve. The Ginger Chloé, c’est une femme pétillante, qui fait passer de beaux messages sur son Instagram. Son principal combat ? Dire stop aux standards de beauté. Acné, féminisme, body-positivisme, amitié, amour, … Elle évoque tous les sujets qui font du bien et qui décomplexent. Après avoir fait plusieurs régimes, elle a décidé de s’aimer. Et c’est pour ça qu’elle partage tout ça aujourd’hui. La suivre sur Instagram, c’est une certitude d’avoir sa dose de positivité du jour.

Tania Makeup Plus

Amie de The Ginger Chloe, Tania Makeup Plus est également une influenceuse self-love. Elle est très inspirante, et notamment par son style vestimentaire, où elle montre que peu importe ta morphologie – et contrairement à ce que la société veut nous faire croire, on peut porter ce qu’on veut. Elle s’était notamment engagée pour le hashtag #PasMaRenaissance !

Stéphanie Yeboah

Si vous ne la connaissez pas encore, vous allez l’adorer. Stephanie Yeboah est une influenceuse londonienne. Figure incontournable du self-love, elle est également très inspirante en termes de carrière. Vraie boss girl, elle est aujourd’hui autrice, journaliste et créatrice de contenu. Et elle partage avec nous son quotidien. Elle aussi, nous montre qu’on peut être à 100% stylé·e·s même lorsque la société ne voudrait pas qu’on le soit.

Jessie Nadeau

« Influenceuse du changement », comme elle aime bien s’appeler, Jessie Nadeau est une influenceuse qu’on aime tout particulièrement – et pas seulement parce que son couple est couple goal. Son crédo ? La santé mentale, l’anxiété, le poids, la cause LGBTQIA+… C’est une influenceuse très vraie, qui se bat pour ce en quoi elle croit. Point bonus pour ses pronoms dans sa bio, qu’on encourage tout le monde à mettre – pour toujours plus d’inclusivité.

Body Posi Panda

Grossophobie, transphobie, handicap… Megan Jayne Crabbe aka Body Posi Panda se bat contre de nombreuses causes. Nos posts préférés ? Lorsqu’elle danse et se fait kiffer, sans pas particulier, sans essayer d’être stylée. On pose d’ailleurs notre téléphone, et on danse avec elle – à chaque fois ! Petite préférence aussi pour ses posts inspirants, et point bonus (également) pour ses pronoms dans sa bio…

Tanya Compas

Non seulement Tanya Compas s’aime, mais elle est aussi activiste – comme beaucoup d’influenceurs·ses de cette liste. Sextoy, sexualité, cause noire… Tous les sujets lui importent. Et elle a notamment créé Exist Loudly, une association basée à Londres qui s’engage à créer des espaces de communauté pour les jeunes noir·e·s homosexuel·le·s. À suivre d’office !

Kenny Ethan Jones

Ok, Kenny Ethan Jones est le chéri de Body Posi Panda ; mais on l’adore tout autant. Homme trans, il s’engage pour les règles chez les hommes, pour nous apprendre à être nous-même et envoie surtout des messages de tolérance sur son compte. Le côté cool, c’est qu’il explique aussi beaucoup de choses, notamment pourquoi les pronoms sont importants, comment être un allié trans… Bref, en plus de sa dose de self-love, il nous éduque ! Et on trouve ça super.

Bonus : Sunday Morning View

Ce n’est pas rééllement un compte d’influenceurs·ses, mais on vous recommande de suivre Sunday Morning View quand même. Chaque jour, sur ce compte, vous verrez des corps différents, des images inspirantes, de beaux messages, des petites quotes positives… Bref, parfait pour remodeler son Instagram. Et en plus, vous y aurez plein d’inspiration pour suivre toujours plus de gens·tes qui font du bien !

Et vous, qui sont vos influenceurs·ses self-love préféré·e·s ?

Article de Clémence Bouquerod

"Booksmart", "Moxie", "The Hate U Give" : en 2021, le teen movie est devenu vecteur de messages engagés. Réjouissant.

Il y a des films qu’on n’oublie pas. Des séquences qui marquent et contribuent à créer des codes auxquels on s’attache. Les teen movies en font partie. Plus jeune, on les a visionnés un nombre incalculable de fois, parfois solo, parfois en bande, imprimant chaque réplique ou presque dans notre esprit en formation, s’accrochant à certaines de ces références jusque plus tard dans notre vie. A coup de dialogues cultes, ils ont façonné notre adolescence. Et plus encore, qui on est devenu·e·s. Risqué, quand on voit la dose de stéréotypes qui en a longtemps émané.

Dans les années 2000, on se souvient de Lolita malgré moi, d’Elle est trop bien ou de Comme Cendrillon. Des histoires tout droit importées des US dont le scénario tourne généralement autour d’un axe similaire : une jeune fille pas comme les autres (elle n’est pas riche et ne porte pas de mini-jupe) débarque au lycée, tombe amoureuse d’un garçon lui aussi « différent » (comprendre que même s’il est quater back, il aime la poésie) et coiffe au poteau sa copine populaire qui le prenait pour acquis. La « méchante » du film, décrite comme bouffée par la jalousie et l’envie de plaire, n’aura que ses yeux pour pleurer.

 

© Paramount Pictures

Morale du récit, pour la faire courte : les discrètes sont les héroïnes, celles qui revendiquent leur sexualité sont généralement diabolisées. Le mec qui laisse tomber sa copine pour les beaux yeux de la nouvelle, lui, est érigé en prince charmant, aussi détestable aura-t-il été avec la Terre entière avant. Pas franchement sororal quand on y pense et qu’on s’attache à décortiquer tout ça. Pas vraiment inspirant non plus tant le seul dessein de la protagoniste reste de finir avec Adonis. Et pourtant, ce sont autant de scripts qui ont dicté nos comportements, et dont on peine aujourd’hui encore à se défaire. 

Alors bien sûr, une fois adulte, on dispose d’un recul suffisant pour apprécier ces reliques nostalgiques, et y replonger sans être influencé·e. Et puis, il existe aussi des pépites qui n’ont pas (trop) fait de dégâts. La revanche d’une blonde, par exemple, tire pas mal son épingle du jeu en termes de message féministe : elle devient pote avec sa rivale, excelle à la fac de droit, dénonce un vieux libidineux pour harcèlement, remballe son ex opportuniste et refuse de se conformer à une norme qui a vite fait de la mettre dans une case pour ses tenues façon Barbie. Idem pour American Girls, avec Kirsten Dunst et Gabrielle Union, qui aborde l’appropriation culturelle entre deux coups de pom-poms. 

Mais il faut creuser pour les trouver, et aucun ne sont réellement exemplaires.

Un genre plus empouvoirant

Depuis quelques années en revanche, de nouveaux bijoux émergent sur les plateformes de streaming. Des longs-métrages et des séries qui abreuvent la Gen-Z de romances moins niaises et prévisibles que leurs prédecesseuses, pour faire la part belle aux relations fortes et équilibrées, mais aussi aux amitiés complexes et incassables. Des films qui, au-delà de ne pas céder à la trame classique qui fait de la compétition entre femmes sont gagne-pain, se distinguent par leur parti pris militant désormais essentiel.

On a nommé Lady Bird de Greta Gerwig, Booksmart d’Olivia Wilde, le bouleversant The Hate U Give de George Tillman Jr., qui raconte le combat de Starr face au deuil et au racisme systémique meurtrier outre-Atlantique, Sex Education de Oli Julian, Euphoria de Sam Levinson, ou encore Moxie, le dernier teen movie Netflix signé Amy Poehler qui incarne une parfaite mise en jambes pour jeunes filles en quête d’élan révolutionnaire. Et les autres ne sont pas en reste.

Dans Booksmart par exemple, on suit l’aventure d’une nuit de deux meilleures amies qui, après avoir bossé comme des dingues et sacrifié leur vie sociale pour intégrer les facs de l’Ivy League, se rendent compte que leurs camarades fêtard·e·s aussi, rejoigneront les rangs de ces prestigieux établissements. Comme une revanche sur une scolarité privée de pool parties, de bières et de mensonges éhontés à leurs parents qui les pensent au lit quand elles font le mur, Amy et Molly décident de se rendre à la soirée de l’année : celle d’un des élèves « populaires » de leur année. S’en suivent des péripéties rocambolesques, drôles et touchantes, qui classent la production parmi nos favorites du moment. 

Ici, pas de clichés associés aux différents statuts sociaux des lycéen·ne·s, pas de rivalité féminine douteuse, pas de romances 100 % hétéros. 

© Netflix

Juste l’envie pour les spectateur·rice·s qui ont eu le bac il y a plus de dix ans d’avoir eu accès aux mêmes contenus à l’âge clé auquel ils sont destinés. D’avoir pu grandir avec des récits qui dénoncent le sexisme plutôt que de s’en servir pour concevoir des punchlines, qui condamnent les discriminations raciales qui gangrènent nos sociétés plutôt que d’opter pour un écoeurant réflexe colorblind. Qui n’encensent plus des relations toxiques aux mécanismes et réflexions nocifs, tellement romantisées qu’elles en deviennent nos modèles ultimes d’amours véritables, mais posent les bases d’une dynamique saine et positive.

Côté coeur justement, il y a Dash & Lily, pour ne citer que la série de Noël qui a conquis bien des âmes sensibles. Une oeuvre en huit épisodes qui ne tombe pas dans l’écueil d’un « fuis moi je te suis » usé jusqu’à la corde à force d’inciter les amoureux·se·s en herbe à jouer au lieu de dire vrai, mais apprend à se découvrir en douceur, sans faux-semblants ni notions d’appartenance problématiques. Rafraîchissant.

D’aucuns argumenteront qu’il ne s’agit « que de films ». Sauf qu’en fait, pas vraiment. Pour la bonne raison que, plus encore que les autres car destiné à la jeunesse, ce genre nourrit des comportements réels à travers les actions de ses héro·ine·s fictif·ve·s. Il crée des exemples, installe des rôles-modèles, participe à la construction de personnalités et d’esprits en pleine évolution, qui cherchent autant à sortir du lot qu’à appartenir à une case bien définie. 

L’adolescence est un moment où l’on se forge aussi par ce que l’on entend, ce que l’on voit. Et avec ce nouveau cru quali bien parti pour durer, les prochaines générations ont des chances d’en ressortir (encore) plus engagées, comme d’en retenir d’importantes leçons. Tant mieux.

Une chronique de Pauline Machado

Spoiler alert : la réponse est non, vous pouvez bien sûr utiliser Tiktok. Et d’ailleurs, la réponse à ce genre de questions sera toujours non, chez Paulette.

Tiktok - © Olivier Bergeron
Tiktok - © Olivier Bergeron

Vous n’êtes pas sans le savoir, Tiktok rencontre aujourd’hui et depuis quelques temps déjà un succès phénoménal. Il est vrai, c’est une application davantage utilisée par la génération des 13/20 ans. Mais alors, à partir de la vingtaine, serions-nous trop « vieilleux » – s’il existe l’hypothèse qu’on puisse être trop vieilleux pour quelque chose – pour apprécier et utiliser l’application ? Bon, le suspense est largement gâché… mais vous l’aurez compris : la réponse est non. Et au contraire, vous allez vous surprendre à apprécier cette application.

Le format 1 minute de Tiktok

"time doesn't exist on Tiktok" - © Instagram Tiktok
"time doesn't exist on Tiktok" - © Instagram Tiktok

À la fois inconvénient et qualité, le format 1 minute rencontre beaucoup d’avis divergents. Le côté positif, c’est que, comme chaque vidéo dure entre 10 et 60 secondes, on a l’impression de ne pas y passer trop de temps et de pouvoir plus facilement se limiter – contrairement à YouTube, par exemple, qui propose des contenus beaucoup plus longs.

Mais sa plus grande qualité devient également son plus grand défaut… À cause de son format 1 minute, et justement à cause de l’impression de ne pas y passer trop de temps, on se laisse swiper pour regarder une autre vidéo…puis une autre…et encore une autre. D’une petite pause (« Aller, 5 vidéos et j’arrête »), on finit par y passer des heures – et des nuits ! À tel point que Tiktok même a créé des vidéos pour nous dire d’arrêter de scroller et d’aller dormir… C’est vous dire.

@tiktok_france

Ça fait un moment que tu scrolls. Change-toi les idées, va faire un tour... on sera toujours là à ton retour !

♬ son original - TikTok France

Les tutos et astuces de Tiktok

Plus que YouTube, Tiktok est désormais LA nouvelle plateforme pour les tutos et astuces. La raison ? Les vidéos sont courtes, rapides, et surtout très simples à retenir – notamment grâce à leur effet de boucle [ndlr, la vidéo se joue sans arrêt tant qu’on n’a pas scrollé]. Et le point positif, c’est que vu le nombre de créateurs·rices, vous trouverez forcément chaussure à votre pied. Peu importe vos aspirations et centre d’intérêts, Tiktok le propose. De la broderie à la cuisine (notre petit favori), en passant par le bricolage ou le maquillage. Oui, oui, même cette spécialité très peu connue que tu aimes (on le sait, que tu adores regarder secrètement des gens·tes réparer des carrelages. Et c’est ok).

De plus, l’algorithme est si bien fait que tu n’as même pas le temps de dire « Ouf » avant qu’il soit 100% adapté à tes goûts. Et on doit avouer qu’on a appris de sacrées astuces, depuis qu’on passe notre temps libre sur l’application. 

Et l’inspiration fût

Bonnes adresses, tenues en tout genre, maquillage, dessin, déco, photo, … Comme on vous l’a dit plus haut, sur Tiktok, il y en a pour tous les goûts – et pour tous les styles ! Et il y a également beaucoup de créateurs·rices talentueux·ses qui, en plus de vous donner des astuces et tutos, sont aussi de l’inspiration brute pour tous celleux qui s’y intéressent.

Et on ne parle même pas de toutes les vidéos classiques des réseaux sociaux, qu’on ne se lasse pas de regarder. Les animaux mignons, les vidéos humoristiques, les court-métrages, … Le tout, beaucoup plus court – et donc beaucoup plus addictif.

@dog

This is Cheddar. He’s the most gentle boy. Prefers to savor his food (ig cheddarthegolden) ##dog

♬ small bite - ja$$min

Une mine de contenus engagés

Tiktok est également une mine d’informations pour celleux qui veulent en savoir davantage sur les sujets de société ou d’actualité – ou sur n’importe quel autre sujet. Parce qu’en plus d’être un lieu de divertissement, Tiktok est également un lieu d’apprentissage. C’est impressionnant, d’ailleurs, car en ce qui concerne les sujets engagés, ce sont souvent les jeunes qui prennent le plus la parole et sont les plus éveillé·e·s. Et nous, on les encourage largement. Ça nous donne tant d’espoir pour le futur ! Homosexualité, féminisme, transidentité, racisme, santé mentale… Tous les sujets sont abordés. Des débats sont lancés, des conseils sont donnés, des notions expliquées… parfois même avec humour. Et ça, on adore.

@emohokage

le male gaze : representation et empouvoirement

♬ son original - alena

Surtout, c’est génial que ce genre de sujets soient tant abordés sur une application aussi populaire. Car sur Tiktok, on peut très vite se retrouver viral·e et en page d’accueil de tout le monde. Donc, ça permet d’éduquer des gens·tes qui ne se posaient pas forcément de questions et d’attiser leur curiosité. Et si ça peut en éveiller quelques un·e·s, c’est déjà une grande victoire.

Alors, convaincu·e·s ? Rejoignez-nous, on est bien !

Une chronique de Clémence Bouquerod

@histoires_crepues (quel nom génial!), c’est ce compte qui nous explique dans des vidéos courtes et bien senties les grandes lignes de notre histoire coloniale, et pourquoi elle est inséparable de l’histoire contemporaine de la République. Paulette est partie à la rencontre de Seumboy, l’homme derrière les vidéos! Plongée dans un passé qui fait mal, mais qu’on ne doit plus esquiver...

Est-ce que @histoires_crepues peut être définie comme une plateforme de vulgarisation de l’histoire coloniale française?

Oui, l’objectif est de défricher cette histoire et, surtout, de réfléchir à ses impacts sur notre présent. On a plein de mémoriaux de la Seconde Guerre mondiale, on voit bien ce besoin de s’ancrer dans l’Histoire pour construire la citoyenneté française. Or, si certain.e.s d’entre nous n’ont accès qu’à la partie de l’Histoire qui les dévalorise ou les humilie, alors ça crée des citoyen.ne.s qui ont du mal à s’intégrer.

Comment t’est venu le besoin de créer ce compte?

Quand je suis parti vivre à Shanghai, j’ai compris à quel point j’étais français ! Je me suis dit qu’il était temps d’assumer ma francité, et je me suis aussi demandé pourquoi je n’avais jamais réussi auparavant. Puis, il se trouve que j’ai découvert les conférences de Saïd Bouamama sur les figures de la révolution africaine : je découvrais une histoire de la lutte anticoloniale, et je voyais combien une vidéo pouvait amener les gens à se poser des questions, les autoriser à aller chercher par eux-mêmes. Je ne suis pas historien, en revanche je veux rendre accessible au plus grand nombre des dates, des lieux, des anecdotes pour que les gens aient la curiosité de fouiller, car les médias et l’école ne le feront pas pour nous.

Justement, est-ce que le grand combat d’@histoires_crepues n’est pas précisément une modification profonde de la manière dont l’histoire coloniale est enseignée dans les écoles de la République?

Si, exactement. Le projet s’appelle ainsi en référence aux cheveux crépus, mais aussi parce que, par nature, l’Histoire n’est jamais lisse, tout s’entremêle et il faut ramener de la complexité pour pouvoir analyser. Si on ne complexifie pas, si on dit juste «C’était mal, ce que vous avez/nous avons fait», alors les gens rejettent tout en bloc, refusent d’en parler. Cette complexité, c’est le rôle de l’Éducation nationale ! Or, dans mes souvenirs de programmes scolaires comme dans les commentaires que je reçois, on n’entend pas parler de cette Histoire, ou du moins pas à la hauteur de son importance. Parfois, on a eu quelques cours sur la guerre d’Algérie, mais qui ne permettent pas de saisir à quel point elle est constitutive de ce qu’est la France, et notamment la République française.

Explorer et comprendre notre passé colonial, c’est donner à tous.tes des outils pour repenser la citoyenneté française.

@histoires_crepues

Il y a beaucoup de désinformation par omission?

Tout à fait! J’ai fait toute mon école primaire dans une école Jules Ferry, on m’a appris son combat pour une éducation laïque, gratuite, obligatoire, et j’étais fan! J’étais content d’être dans un espace qui porte ce nom. Quand j’ai découvert ensuite que Jules Ferry était aussi un grand promoteur de l’empire colonial français, empreint de cette idée de mission civilisatrice des races supérieures, je me suis senti trahi…

L’actualité a dû propulser ton compte Instagram!

Après la vidéo sur Gallieni, je suis passé de 4000 à 26000 followers en 4 jours ! Mais si j’ai pu faire cette vidéo à point nommé, c’est parce que je travaillais sur le sujet depuis longtemps. Pendant un an et demi, j’ai fait des stories sur mon Instagram perso, puis créé @annales_coloniales où je compilais des archives de 1906 à 1935, disponibles sur Gallica (le fonds numérique de la Bibliothèque nationale de France, ndlr). Fin mars, j’ai créé la chaîne YouTube. Sur Instagram, je faisais surtout des posts avec un travail de fond, mais vu l’actualité pendant le confinement, il m’a semblé utile de montrer comment l’histoire coloniale pouvait nous aider à analyser ce qui se passait – les violences policières, le déboulonnage de la statue de Schœlcher en Martinique, les actes de racisme, donc j’ai connecté mes vidéos à IGTV en les rendant le plus ludique et accessible possible. Mais je ne veux pas faire que de l’actualité, je vais continuer mon travail de fond.

Parlons des statues : est-ce que tu veux nous « présenter » Gallieni?

Ah oui, il est passionnant! Et omniprésent dans l’espace public français. Il ne s’agit pas de nier son génie militaire, indéniable, mais de comprendre dans quel contexte il s’est distingué. Officiellement, la statue place Vauban à Paris célèbre le fait qu’il a défendu Paris pendant la Première Guerre mondiale. Mais il était déjà à la retraite et la raison pour laquelle on l’a rappelé, la vraie raison de l’hommage, qui est aussi l’essentiel de sa carrière, c’est sa gestion de Madagascar, du Tonkin et du Soudan français à la fin du XIXe siècle, avec peu de soldats et peu de moyens. Et d’ailleurs comment a-t-il fait ? Il a utilisé dans les colonies la politique des races. 

Sur la base des travaux d’Arthur de Gobineau, auteur de l’Essai sur l’inégalité des races humaines, il a hiérarchisé les groupes ethniques par critères physiques et a ainsi pu bénéficier d’alliances au sein de la population locale pour instaurer le travail forcé, qui d’ailleurs va faire davantage de victimes que les combats et les massacres.

Mais faut-il déboulonner sa statue? Est-ce que la supprimer ne revient pas à nier, à effacer l’histoire qu’on veut justement faire reconnaître?

Tout d’abord, je dois préciser qu’à part la statue de Schœlcher en Martinique, il n’y a eu aucune tentative de déboulonnage récemment. Cet acte a créé une hystérie collective autour du mot déboulonnement, qui a diabolisé toutes les initiatives de justice mémorielle ! Quant aux statues, il existe plein de moyens autres que les hommages dans l’espace public pour faire connaître une histoire : l’enseignement, les musées lorsqu’ils sont bien conçus, les discours médiatiques, les journées de commémoration. Les statues de Pétain ont été déboulonnées parce qu’on ne voulait pas lui rendre hommage, et pour autant, il n’est pas oublié… Conserver des statues comme celle de Gallieni ne fait que faire violence à une partie de la population. On leur dit : «Vous n’avez pas le droit à votre part de l’histoire de France et en plus, c’est celles et ceux qui vous ont oppressé.e.s qui reçoivent tous les hommages.»

Est-ce qu’on ne peut pas envisager des plaques explicatives plus exhaustives?

Vu l’inaction de nos dirigeant.e.s, je pense qu’il faut quelque chose de plus radical. En face du musée des Colonies, qui est devenu le musée de l’Histoire de l’immigration, il y avait une statue rendant hommage à la mission coloniale Marchand. Elle représentait le commandant Marchand, des tirailleurs sénégalais et des soldats français. Lorsque la statue du commandant a été dynamitée en 1983 par l’Alliance révolutionnaire caraïbe, il n’y a eu aucune plaque. Ni pour expliciter ce qu’était cette mission ni pour rendre compte du déboulonnage, alors que ç’aurait été l’occasion d’expliquer toute la complexité de cette histoire… Les pouvoirs publics ont choisi le déni et le silence, ce qui me fait douter de leur capacité à faire des plaques plus honnêtes.

Tu éclaires aussi l’idéologie du développement, en rappelant que les pays dits « sous-développés » ont été spoliés et désor ganisés de manière systématique pendant des siècles, raison pour laquelle leur développement économique ne peut être évalué en regard du nôtre. Est-ce que ce discours ne déresponsabilise pas les dirigeants africains qui se sont succédé au pouvoir depuis les indépendances?

Dans mon travail, j’essaie du mieux possible de garder ma position de Français– afro-descendant, certes, mais je ne suis pas légitime pour parler de ce qui se passe sur le continent. Je travaille d’un point de vue français, pour déconstruire la manière dont médiatiquement on traite ces sujets ici. Le développement est une terminologie et une grille de lecture qui orientent beaucoup notre vision et qui doivent être remises en question avec ce nouveau prisme d’histoire coloniale.

Quant aux liens étroits entre histoire coloniale et violences policières, ta vidéo sur le sujet est édifiante! Est-ce que certains pays ont réussi à changer leur police?

Après la mort de George Floyd, la ville de Minneapolis a annoncé que sa police allait être démantelée. C’est un chantier qu’il faudra suivre de près. Je ne suis pas spécialiste et je ne connais pas d’autres initiatives de ce genre. Les mouvements anti-police estiment que la police maintient essentiellement un ordre d’oppression des plus riches sur les plus pauvres, et que pour inventer d’autres formes de régulation, il faut revoir en profondeur nos valeurs et notre modèle économique. La réflexion est donc bien plus globale.

Tout un programme, en effet ! Sur toutes ces questions (post/néo-) coloniales, comment vois-tu le futur?

À court terme, il n’y aura pas de réaction politique. Mais il y aura de plus en plus d’actions de désobéissance civile, une vraie mobilisation citoyenne efficace, comme il y en a sur les questions d’écologie ou de féminisme. L’organisation de ces mouvements va se mettre en place peu à peu et à plus long terme, dans un siècle, ce sera acquis. Tout le monde aura intégré l’histoire coloniale de la France.

À suivre sur le compte Instagram @histoires_crepues.

Article du numéro 48 « Nouveaux.lle.s leaders »par Alexia Sena

Il manquait des écouteurs sans fil chez Marshall ; ils viennent de les créer. Et les Mode II vous raviront si vous appréciez le bon son.

Mode II - © Marshall

25 heures d’autonomie. Intra-auriculaires. Sans-fil. Confortables. Son emblématique. Voici quelques mots pour décrire les Mode II, nouveaux écouteurs signés Marshall. Rangés dans leur étui, ils sont également dotés d’un style très marqué, avec un effet cuir et un côté très rock’n’roll. Et on reconnaîtrait la marque entre mille. En bref, ils vont devenir vos parfaits compagnons de voyage.

Son emblématique

Les Mode II sont censés être dotés d’un son incroyable. Et la marque de rockeurs tient ses promesses. Le volume y est plus fort qu’en général, le son y est détaillé, les basses grondantes, les médiums naturels et les aigus nets. Et pour ceux qui sont moins familiers avec ce vocabulaire, Marshall précise : « Les Mode II sont des écouteurs intra-auriculaires sans fil conçus pour fournir une expérience audio percutante. Extrêmement faciles à transporter dans leur étui de charge compact, ils produisent un son exceptionnel sans aucun câble ». Et c’est ce qui les différencient largement de leurs concurrents.

Et en bonus, il est possible de configurer ses propres paramètres d’écoute et d’égalisation sur l’application. De quoi se créer un son à 100% personnalisé.

Technologie pointue

Chaque écouteur offre environ 5 heures d’autonomie. Mais l’étui propose jusqu’à cinq recharges totales, « pour un total de 25 heures de lecture nomade. » Cool, non ? Côté confort, rien à dire non plus : ils sont petits, légers, ergonomiques… Et on peut choisir parmi quatre embouts – pour un port sûr. Aucun risque non plus qu’ils glissent à cause de la transpiration, car ils ont un indice d’étanchéité IPX4. Pour changer de musique, mettre pause ou prendre un appel, il suffira d’un simple touché. Plus besoin d’aucun câble – sauf pour les charger…

Mode II - © Marshall

Campagne de pub marquante

Pour cette sortie, Marshall lance la campagne « Never Stop Listening ». Et l’invité phare n’est autre que le parrain du punk… Iggy Pop ! Le choix de ce musicien était évident pour Marshall, qui était déjà bien familier avec le personnage : « Iggy fait partie des rares artistes qui sont restés originaux, rebelles et bruyants (dans tous les sens du terme) au fil des années », s’exprime Andrew Sekora, directeur créatif de la marque.

Le but de cette campagne ? Mettre en avant l’importance d’écouter. « L’écoute continue lorsque vous retirez vos écouteurs. C’est ce qui donne vie à notre monde. Lorsque nous écoutons quelque chose avec attention, nous nous ouvrons à l’apprentissage et à la compréhension à un niveau que nous n’atteindrions jamais par nous-mêmes. Lorsque plusieurs personnes sont sur la même fréquence, l’effet est très puissant. Nos voix réunies ont le pouvoir de créer des changements massifs, et le changement fait du bruit. » Et nous, on adore ce message.

Les Mode II sont déjà en pré-commande sur le site, et seront disponibles à partir du 18 mars.

Article de Clémence Bouquerod

Estelle Yoka Mossely est championne olympique de boxe et championne du monde en poids légers. À 28 ans, elle est également maman et engagée contre les préjugés. Interview.

Estelle Yoka Mossely [habillée par la créatrice Lena Toya] - © Karim Foudil
Estelle Yoka Mossely [habillée par la créatrice Lena Toya] - © Karim Foudil

Après avoir gagné les Jeux Olympiques à Rio en 2016, Estelle Yoka Mossely a également remporté le titre de championne du monde de boxe en poids légers. Vendredi, elle a re-défendu « sa ceinture mondiale IBO » – et a gagné. On a eu la chance de l’interviewer après sa victoire, et aussi à l’occasion de la Journée Internationale des droits de la femme.

Bonjour Estelle ! Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

J’ai commencé la boxe parce que j’avais envie de faire un sport de combat, après avoir fait d’autres sports assez différents. C’était d’abord un souhait de découvrir un nouvel univers, et puis j’ai continué parce que ça m’a beaucoup plu. J’ai été bien accueillie, j’avais le même traitement que tout le monde et c’était un peu ce qui me plaisait – il faut savoir que j’étais la seule fille de mon club à l’époque. L’engagement et la dureté de ce sport, aussi… C’est le premier sport dans lequel j’ai commencé les compétitions et ça m’a donné envie de continuer. À 17 ans, j’entre en équipe de France et je me qualifie en 2016 pour les Jeux Olympiques. Je remporte les Jeux Olympiques cette année-là. Je suis passée professionnelle en 2017, un an après les jeux et après mon premier enfant. J’ai eu un deuxième enfant il n’y a pas longtemps. Je viens aussi tout juste de re-défendre ma ceinture mondiale IBO, en boxe professionnelle.

Qu’est-ce que ça fait, d’avoir été sacrée championne du monde de boxe en poids légers ?

Ça fait toujours plaisir d’obtenir des titres et surtout quand on évolue dans un nouvel univers. Et il se trouve que la boxe professionnelle était un univers nouveau. Mais c’est assez différent de la boxe olympique, même si ça reste la même discipline. Le premier titre, quand je l’ai obtenu, j’ai eu l’impression de passer un cap dans ma carrière. Il faut savoir qu’en boxe, il y a plusieurs fédérations, avec plusieurs ceintures possibles à obtenir. Mon objectif ? C’est de réunifier les ceintures. Donc, lorsque j’aurai réunifié les ceintures, je pourrais enfin dire que je suis la première mondiale. Aujourd’hui, c’est une première étape et ce n’est pas encore l’aboutissement final, mais c’est une étape importante et indispensable pour avoir l’ascension que je souhaite.

Estelle Yoka Mossely [habillée par la créatrice Lena Toya] - © Karim Foudil
Estelle Yoka Mossely [habillée par la créatrice Lena Toya] - © Karim Foudil

Vous combattez les préjugés des femmes dans la boxe. En avez-vous vécu durant votre carrière ?

Je n’ai pas forcément rencontré de préjugé, ou en tout cas ça ne m’a pas plus marqué que ça. Mais ce sont des choses qui existent et je sais que d’autres athlètes en ont peut-être subi. Notamment à l’adolescence, où certaines filles arrêtent le sport car elles subissent des remarques, ou parce que leur corps change et qu’elles ont peur de le montrer. Il y a aussi certaines cases dans lesquelles on veut absolument mettre les gens… Voilà, l’idée de mon action « boxer les préjugés » de mon association, c’est tout simplement de dire que chaque personne est à sa place là où il pense être à sa place. Et qu’il existe pour tous·tes quelque chose qui lui correspond. Mais, pas qui lui correspond par rapport à ce qu’on aimerait voir de lui, mais qui lui correspond juste parce qu’il a envie, qu’il aime et qu’il se sent épanoui dans cette discipline. Donc « boxer les préjugés », c’est se dire qu’on est à sa place partout où on veut l’être.

Vous êtes championne du monde de boxe, maman, mais aussi engagée dans votre association. Comment arrivez-vous à allier toutes ces casquettes à la fois ?

J’arrive à avoir toutes ces casquettes à la fois en ayant envie. Je pense que la volonté, c’est la première chose. La deuxième et c’est une certitude, c’est le travail. Et puis, il faut être bien entourée aussi. Aujourd’hui, au sein de l’association, il y a une équipe qui s’est engagée avec moi, qui a vraiment envie que l’association grandisse et d’aider les sportifs. C’est indispensable d’avoir une bonne équipe pour mener les choses à bien, surtout quand on fait plusieurs choses à la fois. Côté maman, pareil, j’ai ma famille qui est là, qui me soutient et qui me permet de m’entraîner correctement. Et puis, la boxe c’est le travail. Tout ça, avec une bonne organisation pour la lier à mes autres activités. Mais c’est le travail qui donne les bonnes notes et qui permet de gagner mes combats.

Quel message souhaiteriez-vous faire passer ?

Je pense que c’est important de se sentir bien dans la discipline dans laquelle on veut évoluer. On ne nous attend pas forcément à une certaine place, mais la priorité c’est de se sentir bien soi et d’avoir envie de le faire. Et je pense qu’après, il n’y a pas de raison que les choses ne se fassent pas. Assumer ses choix, c’est une manière aussi de combattre justement les préjugés, ce genre de choses. Si j’ai un clin d’œil à faire, c’est de dire que Paris 2024 va nous montrer l’exemple, en mettant la parité homme-femme en avant lors des Jeux Olympiques. Et je pense que c’est une action symbolique et indispensable pour mener à bien nos différents combats.

Et nous, on a hâte de voir ça !

Article de Clémence Bouquerod

Lili Sohn est autrice de bande dessinée. Après l’annonce de son cancer du sein, elle a réalisé qu’elle voulait réaliser son rêve. Aujourd’hui #CancerSurvivor et maman, elle nous explique l’impact que la maladie a eu sur sa vie. Vidéo.

Lili Sohn a toujours été passionnée de dessin et de bande dessinée. Mais elle n’osait pas se lancer, de peur de ne pas être assez « douée ». Après l’annonce de son cancer du sein, il y a sept ans, elle ose. À l’origine, le but est de tenir au courant sa famille et ses ami·e·s. Repérée par un éditeur, elle vit aujourd’hui de ce métier, et a été soignée. Elle a notamment publié « La Guerre des Tétons », « Vagin Tonic » ou encore « Mamas ». Devant notre caméra, elle nous parle de reconstruction de soi et nous donne ses conseils self-love.

Vous pouvez également la retrouver sur Instagram, où elle est assez active. Pour vous procurer ses BD, c’est par ici.

Vidéo réalisée par Clémence Bouquerod

En l'honneur de la la Journée internationale pour les droits des femmes on vous présente nos cinq livres coups de coeur et féministes.

5 livres - Alexandra Fuller

Aujourd’hui, on rend hommage à la lutte pour l’égalité. On en profite pour découvrir des autrices engagées et des récits engageants.

"Broderies", Marjane Satrapi

Publié après la série à succès Persepolis, Broderies s’insère parfaitement dans l’univers chaleureux et humoristique de Marjane Satrapi. On retrouve les même personnages, qui traversent les deux oeuvres, inspirés de sa vie. 

Cette bande dessinée met en scène les femmes iraniennes, qui se retrouvent après les repas. Alors que les hommes se reposent, elles se regroupent et discutent de tout, des hommes, des mauvais maris et des bons amants surtout. Avec beaucoup de finesse et d’esprit, Satrapi nous attire dans ces moments intimes. En filigrane, les protagonistes donnent une image de la culture iranienne et de la place de la femme dans la société en général. 

"Certaines n'avaient jamais vu la mer", Julie Otsuka

Julie Otsuka est une artiste et romancière américaine, d’origine japonaise. Elle retrace dans cette oeuvre le vécu de la première génération de femmes japonaises à émigrer en Californie. 

Vendues à des maris qui ne seront jamais ceux qu’elles retrouveront de l’autre côté de l’océan, les jeunes filles quittent leur patrie pour les Etats-Unis. Sur place, la désillusion est rapide, et la vie n’est pas celle qu’on leur avait promis. L’autrice donne une voix à ces femmes oubliées de l’histoire. C’est aussi l’occasion d’en apprendre plus sur l’influence de la Seconde guerre mondiale sur cette population, plus vraiment japonaise mais pas assez américaine pour certains.

"Kim Jiyoung, Née en 1982", Cho Nam-Joo

Dans ce roman, Cho Nam-Joo s’inspire de son expérience de femme ayant quitté son emploi pour s’occuper de sa fille. Elle dresse alors le portrait de la société coréenne, et de son sexisme rampant.

Kim Jiyoung, son personnage principal et également mère au foyer, se met un jour à parler avec la voix d’autres personnes. Afin de comprendre cette dissociation, le roman remonte jusqu’à sa naissance, et fait la chronologie de son vécu. Elle raconte alors son éducation sexiste et ses luttes pour être considérée comme égale à ses frères, à ses camarades, collègues et amis masculins. Une réflexion profondément féministe qui en a fait un des best-seller en Corée et a inspiré le film éponyme.

"Bad Feminist", Roxane Gay

Roxane Gay n’est pas un exemple. Elle ne veut surtout pas en être un. Dans Bad Feminist, elle confie des anecdotes personnelles et des réflexions sur le féminisme moderne. 

Cet essai suit le fil d’une réflexion sur son expérience du féminisme, du racisme, de la sexualité. De ses parents à ses ami·e·s, de « son rival » aux personnages de séries télévisées, des réseaux sociaux à la représentation des Noir·e·s dans la culture, elle retrace toute la construction d’une lutte pour l’égalité. Sans oublier de rire d’elle, de prendre du recul, elle offre le récit passionnant de la réalisation d’un féminisme intersectionnel et sans (trop de) prise de tête. 

"De la marge au centre; Théorie féministe", bell hooks

Bell hooks est le nom de plume de Gloria Watkins. Dans les années 1970, celle qui se destinait à l’enseignement étudie à Stanford et côtoie les militantes féministes. 

Elle remarque alors que ce milieu est profondément marqué par le racisme et une forme de jugement de classe. Les grandes avancées féministes semblaient alors destinées aux femmes blanches et bourgeoises. De la marge au centre est un essai en réponse à cette lacune du mouvement. Elle y pose les bases d’une sororité nouvelle et du féminisme intersectionnel. Un essentiel à découvrir pour une lutte réellement inclusive.

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Un article de Shad De Bary

C’est lorsqu’elle est au lycée de Kauai à Hawaï que Akasha Rabut découvre la photographie en immortalisant les plus belles plages de surf pour l’agenda annuel. Mais, loin des clichés paradisiaques que son environnement lui impose, la jeune fille s’éprend de pop culture, de musique et d’art, dont elle s’abreuve à chacun de ses passages en Californie où vit une partie de sa famille. S’en suivent alors de longues séances dans la chambre noire à décortiquer les principes de ce qui deviendra très vite chez elle une obsession.

Diplômée de l’Institut d’art de San Francisco, Akasha Rabut vit aujourd’hui à La Nouvelle-Orléans, une ville où elle est arrivée par hasard et qui porte à jamais dans son histoire les effets dévastateurs de l’ouragan Katrina de 2005. Au début, ce n’est pas le coup de foudre. Loin des siens, elle ressent un vide immense en voyant les maisons détruites et les commerces fermés. Mais très vite, les habitants l’accueillent à bras ouverts et elle ne quittera plus jamais Crescent City, une ville déterminante dans son travail artistique. « La résilience et la capacité des gens à continuer de célébrer leur patrimoine m’ont beaucoup marquée. Malgré le drame qui les entoure, le mode de vie des habitants est résolument vivant, ce qui fait de La Nouvelle-Orléans un endroit unique au monde », confie la photographe qui se consacre corps et âme au sujet depuis plus de dix ans.

Sur les bords du Mississippi

De cette fascination est né Death Magick Abundance, son premier livre paru en mars dernier aux éditions Anthology. Un nom évocateur qui se réfère au cycle de la vie d’un peuple en reconstruction, où l’énergie créative et festive a pris le pas sur la tragédie du passé. Par son approche ethnographique de la photographie, Akasha Rabut a ainsi documenté la singularité d’un lieu en collaborant avec des personnes rencontrées dans la rue avec qui, très vite, elle se lie d’amitié. D’un naturel pourtant timide, la jeune photographe s’affranchit de ses craintes derrière l’objectif. La plupart de ses images sont inspirées de la culture de rue des Second Lines. Organisées par les Social Aid and Pleasure Clubs des quartiers, ces parades sont une tradition issue des Jazz Funerals. Elles se sont formées au XIXe siècle lors des enterrements en musique, où la First line était composée des proches du ou de la défunt.e, du corbillard et des musicien.ne.s et la Second Line, du public qui se joignait à la procession. Aujourd’hui, ces Second Lines sont autant de prétextes pour se retrouver en musique avec, parfois, des hommages ou des combats pour la justice sociale. 

Berceau des musiques afro-américaines, la capitale louisianaise vit en effet depuis plus de trois cents ans au rythme de ces danses effrénées qui colorent les rues d’un métissage culturel sans pareil. Cet héritage, la photographe l’honore dans un subtil devoir de mémoire qui explore en images les phénomènes et les traditions multiculturel.le.s à l’image des Southern Riderz, ces cow-boys parcourant les rues à cheval ou encore des Caramel Curves, ce club de moto insolite exclusivement réservé aux femmes noires. « C’est une célébration de l’empowerment féminin incarnée par des femmes de couleur dans une société et une industrie naturellement dominées par les hommes. Plus qu’une démonstration tape-à-l’œil, ce groupe de femmes roule fièrement en talons aiguilles pour chasser l’idée que ce sont les hommes blancs qui sont à la base de tout. » Inspirée par la mode et les couleurs, Akasha affine son appétence visuelle à la vue de ces tenues toutes plus extravagantes les unes que les autres, faites de dentelle noire, de jupes en cuir ou de combinaisons roses et blanches.

Une artiste engagée

Le projet dont elle est le plus fière? « En 2014, j’ai rencontré Chris Herrero, le directeur de la fanfare Edna Karr, qui m’a invitée à photographier l’intégralité du groupe », confie-t-elle. porte-drapeaux, majorettes, pendant toute la saison du Mardi gras, Akasha suit cette joyeuse bande sur six kilomètres, le long de leurs itinéraires de parade. « J’ai également assisté à leurs répétitions presque tous les jours. Ce fut une expérience si spéciale et inestimable pour mon livre et mon processus créatif. J’ai même eu accès en coulisses à des célébrités locales. Malheureusement, cette section a été retirée de mon livre malgré l’attachement que je porte à ces images, mais rien ni personne ne me privera de cette expérience qui a changé ma vie à jamais et qui incarne toute la magie que La Nouvelle-Orléans a à offrir», ajoute-t-elle, très émue. 

En parallèle, elle a fondé le Creative Council, un programme extra-scolaire conçu pour les jeunes de la ville intéressé.e.s par des carrières dans les arts créatifs et les médias numériques. « Les étudiant.e.s qui participent au programme reçoivent une allocation de 50 dollars par atelier. Cumulative, elle leur sera distribuée sous forme de subventions pouvant aller jusqu’à 1500 dollars à la fin de leurs études afin de couvrir leurs frais de scolarité ou l’achat de matériel », explique-t-elle.

En réponse à la mort de George Floyd, et plus largement aux violences policières qui sévissent un peu partout dans le monde, Akasha a également mis en vente son livre avec un T-shirt et un tote bag pour la somme symbolique de 100 dollars. Elle a reversé l’ensemble des bénéfices aux Blacks Voters Matter, une organisation populaire lancée par LaTosha Brown visant à étendre l’accès et le droit de vote par-delà les différences raciales ou sexuelles. Loin de faire de la simple promotion touristique, Akasha espère, par la nature de son travail, soutenir La Nouvelle-Orléans et ses habitant.e.s. « C’est un sujet compliqué, tout comme cet endroit qui est très fragile. Il est crucial que vous ayez conscience de son histoire très particulière et que vous épauliez les entreprises locales lorsque vous venez ici. C’est de cette manière que l’on parviendra à préserver sa richesse culturelle. »

Article du numéro 48 « Nouveaux.lle.s leaders » par Pauline Weber.