YANIS PASSE À L’HEURE BLEUE

crédit : Valentin Le Cron

Son EP L’Heure Bleue n’est que le début d’une aventure musicale entre Paris, Berlin et bien d’autres voyages. Yanis a 27 ans cette année, le crâne presque totalement rasé, le piercing au nez, les tatouages aux histoires lointaines. On le sent déjà grand, sa voix est belle et posée, son style bien déterminé. Son visage rappelle un ancien personnage, Sliimy, laissé dans un imaginaire collectif. On le découvre aujourd’hui avec un nouveau projet bleuté, être rêve et réalité, presque sous hypnose…

Paulette : On parle déjà pas mal de toi, sur les réseaux sociaux, on te voit chanter pour des émissions comme C à vous, Le Grand Journal, Le Grand 8, peux-tu nous dire d’où viens-tu ? Quelles sont tes racines ?
Yanis : Je suis né et j’ai grandi jusqu’à mes 19 ans à Saint-Etienne, une ville pas très loin de Lyon, les gens ne situent pas toujours (rires). Et ce qui est curieux, c’est que j’ai toujours eu le sentiment de venir d’ailleurs. Je n’ai jamais aimé appartenir à quelque chose de précis, donc à Saint-Etienne, même si c’est ma ville, je marchais parfois comme un inconnu. J’ai commencé à faire de la musique là-bas, dès 8 ans, je me suis inscrit dans une chorale. Même si la chorale est arrivée comme un hasard, je crois que inconsciemment j’avais très envie de chanter, au fond de moi. Le 26 mai, je serai à Saint-Etienne pour une date, c’est d’ailleurs la première fois que je retourne dans ma ville… J’appréhende mais j’avais envie de retourner là-bas avec de la musique, avec mon projet. Je prête beaucoup d’importance aux symboles, celui-ci en est un !

Qu’est-ce qui t’a fait partir de Saint-Etienne ?
Je suis parti grâce à Sliimy. J’ai créé ce personnage à l’âge de 13 ans sans jamais me douter que ce protecteur, ce mentor, allait m’emmener aussi loin. Je ne pense pas que j’aurais pu créer quelque chose sans avoir un alter ego. Au tout départ, Sliimy, c’était une sorte d’assemblage de visuels qui me permettait de m’extérioriser. J’ai pensé à David Bowie, Kate Bush, Björk. Même sans avoir forcément créé un alter ego, ces artistes jouaient sur le mime, sur une esthétique. J’avais envie de faire ça, sans pour autant être moi et être ramené à un quotidien un peu brutal. Sliimy, il était un peu espiègle, dans un autre monde. Donc grâce à lui, à 19 ans, je suis venu faire des concerts à Paris, j’ai signé dans une maison de disques.

C’est vrai que ton visage nous rappelle Sliimy et ce succès “Wake up”, que s’est-il passé de cette époque (2009) à Yanis, aujourd’hui ?
Tellement de choses ! J’aime regarder dans le passé, je me dis que c’est en ayant conscience du passé que l’on avance. J’ai eu un moment de recul, j’ai dû faire des choix. Je me posais des questions, où veux-tu amener Sliimy ? Tu l’as créé, ce personnage, mais où va-t-il finir ? J’ai décidé de le laisser dans un imaginaire, je n’aime pas vraiment que l’on dise qu’il est mort, c’est arrivé dans la presse qu’on l’écrive. Et bien non, c’est une idée, c’est fictif, il ne meurt pas. C’est comme dire que le Petit Prince est mort ! Pour moi Sliimy est encore dans un imaginaire où les gens se souviennent des lunettes, des couleurs, du nœud papillon…

Et alors Yanis dans tout ça, comment est né ce nouveau nom, nouveau projet ?
Je pense que Yanis a toujours été là. Il a décidé de s’exprimer d’une manière différente. C’est bizarre de parler de moi à la troisième personne ! (ndlr : il rigole et commence à chanter ce mot, schizophrène). (Rires). J’ai l’impression que lorsque l’on parle de musique ou d’art, on se met toujours en scène. Je suis parti à Berlin pour une histoire d’amour, ça m’a fait un déclic. J’ai commencé à écrire “The Run”… C’est marrant car Berlin, je n’ai pas aimé cette ville au premier regard, à la différence de Paris. Tout est brut, tout n’est pas beau, il fallait creuser pour rencontrer des gens, découvrir des coins de vie. J’ai eu besoin de ça, d’aller là-bas et de chercher, fouiller. C’est plus structuré comme mode de vie. Je me sentais moins à l’écart aussi, en tant qu’artiste, j’ai rencontré pas mal de monde. Berlin, ça a été une renaissance pour moi, comme un terrain vide. J’ai eu un lâché prise, à Paris, j’étais trop dur avec moi-même. “The Run”, “Faces” (qui n’est pas sur l’EP), ont été écrits en Allemagne.

David Bowie t’influence en tout point, les personnages, l’imaginaire, Berlin… Comment as-tu vécu sa disparition ?
J’ai eu du mal à réaliser qu’il soit mort. Peut-être qu’il est parti sur Mars. Il m’a fasciné jusqu’à la fin… J’ai son album, je viens d’acheter le vinyle et c’est brillant, touchant. Jusqu’aux dernières heures, son art aura été sa vie, sa vie aura été son art. C’est une énorme source d’inspiration et pour beaucoup de personnes. Il n’a fait aucune faute dans sa carrière. Il a eu le chic de s’effacer pour mieux revenir. Je me sens proche de lui en ce sens, comme Bowie, peu m’importe d’être devant les caméras, ce qui est essentiel, c’est écrire, créer. Si ça se termine, se meurt, s’efface, je pense que je serais profondément triste.

Peux-tu me raconter ta rencontre et la manière intimiste dont vous avez travaillé les morceaux avec Apollo Noir en studio ?
C’est grâce à Ludo (ndlr : Ludo Martin, photographe et aussi propriétaire du bar où nous réalisons cette interview, Les Justes à Pigalle, Paris). Il m’a présenté Apollo Noir. Ça a été un grand changement pour moi, disons qu’avant cette rencontre, j’étais dans une bulle, solitaire. Mais à Paris, j’ai tissé des liens, j’ai rencontré des personnes incroyables, ça m’a fait du bien. Avec Apollo Noir, on s’est vus autour d’un verre, puis une deuxième fois autour d’un titre, ça a été naturel. Le premier titre que l’on a fait, sans blaguer, c’est Hypnotized ! On a improvisé, il lançait des sons, je chantais, on a trouvé cette mélodie et ça a été au-delà de la musique ! Humainement, c’est hyper fort entre nous, on est trop proches.

De quoi parlent tes morceaux ? Qu’est-ce qui t’a inspiré au moment de l’écriture de “L’Heure Bleue” ?
Disons que ces chansons parlent de la connexion, les rencontres entre deux personnes et jusqu’où ça peut nous mener. Hypnotized, c’est cette relation d’amour avec une personne qui te pousse à être toi, à te laisser aller et ça peut même devenir toxique. Y&I c’est aussi une relation d’amour, intense, pur, libre. On le vit pleinement. J’ai une confrontation en moi, j’ai appris ça en sortant de Saint-Etienne et en voyageant, c’est être soi et accepter la force de l’autre. L’hypnose, c’est similaire, quelle force peut avoir l’autre personne sur toi ?

Les clips, l’image et la danse sont à la base de ton travail, on le ressent. Comment as-tu travaillé celui du titre Hypnotized où l’on voit d’ailleurs Charlotte Le Bon (entre autres) se faire hypnotisée ?
L’idée de ce clip est née avec mon meilleur ami, Raphael Cioffi, autour d’un verre (Encore ! Rires). On s’est dit que ça devait être totalement fou de filmer l’hypnose, de façon presque documentaire. Ça retrace bien aussi l’idée du lâcher prise qui m’a mené à L’Heure Bleue, grâce à l’autre, aux autres. Pour la danse, je n’ai jamais pris de cours mais je me souviens danser des heures dans ma chambre, sur du George Michael, du Britney Spears… D’ailleurs, j’imite très bien Britney Spears ! (ndlr : Yanis imite en live de cette interview Britney Spears avec Baby One More Time… I). Ou alors je me souviens d’un album que j’ai encore, Dance 96, avec du Gala, Scatman, Corona avec The Rhythm of the Night. Bref, pour revenir à la danse, j’ai besoin d’exprimer des choses avec mon corps, faut venir me voir sur scène car il y a un lien avec les chansons !

Comment travailles-tu ta voix ?
En buvant du vin ! (Rires). Je blague, c’est très mauvais d’ailleurs… Sauf pour Janis Joplin. Elle est parfaite ! Disons que la chorale, pendant plusieurs années, ça m’a appris à chanter au mieux, dans un groupe, tu es obligé de t’adapter aux autres voix. Ça développe aussi ton oreille. J’ai pris des cours de chant quand j’étais plus jeune aussi.

On découvre sur tes bras, ton corps, plusieurs tatouages. Quelle est leur histoire ?
Sur la main gauche, c’est comme mon gant. Je suis gaucher, c’est inspiré d’un mandala. Ça commence d’un point central pour se développer jusqu’aux contours… Ça donne l’impression d’une fleur qui s’épanouie. Sur mon bras, on peut voir un polaroid, tatoué à Paris et sinon un œil… tatoué au Texas ! (Rires). C’était lors d’un festival, j’ai voulu le faire car je dessine des yeux depuis que je suis tout petit. On me regardait beaucoup à l’école, j’ai toujours attiré le regard des autres, je me sentais mal. Du coup, ça me fascinait, je me posais des milliards de questions, je crayonnais des yeux. Ça donne quelque chose de presque religieux. Mes tatouages, ce sont presque mes visas ! Celui-là, c’est un hommage à Dali. Je suis fan, comme de Magritte aussi (ndlr : le clip Crave a été inspiré par Magritte).

5 questions titres :

> The Run – Où aimes-tu courir, t’échapper ?
Dans la nature, sans hésiter ! Et si je pouvais choisir… Je partirai en Norvège. C’est mon rêve, partir là-bas, dans le Nord du pays. Je suis allé à Oslo, c’était magnifique.

> Hypnotized – De quoi es-tu capable sous hypnose ?
De tout… (Rires). Je pense que nous sommes capables de tout sous hypnose ! Ça dépend de ce que la personne en face me demande… Avis aux fétichistes ! Non je rigole.

> Y&I – De quelle manière aimes-tu ?
Avec énormément de passion. J’aime me dire qu’on embarque dans un grand huit à deux. Passion, aventure et beaucoup de rebondissements. Sinon je suis célibataire, si jamais je peux laisser mon numéro… (Rires).

> Aura – As-tu une belle aura jusque là ?
Je pense que l’on ressent pas mal de choses à la première rencontre avec quelqu’un. Après, mon aura, je n’en sais rien et j’ai peur d’être prétentieux. J’aspire à être une bonne personne, d’où les changements dans ma vie. Personne n’est parfait mais on peut toujours s’améliorer.

> Crave – Que rêves-tu pour ton avenir ? Qu’est-ce que l’on peut te souhaiter ?
De créer encore et encore ! Et surtout d’être épanoui.

Ta dédicace aux Paulette ?
Vous êtes formida-BLEUES. J’ai plein de Paulette dans mon groupe d’amis et je crois que tout le monde est une Paulette en soi, ou alors nous sommes tous des Paulette en devenir…

YANIS :: L’HEURE BLEUE (EP)
Y&I records

Concerts :
17 février : Badaboum, Paris

BONUS
Paulette vous offre 2 x 2 places pour assister au concert de Yanis qui aura lieu le 17 février au Badaboum. Les gagnants seront tirés au sort le vendredi 12 février parmi les bonnes réponses à la question suivante : De quelle star américaine, qu’il imite à la perfection, Yanis a t-il fait la première partie en juillet 2009 ? Merci de commenter ci-dessous.
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