VIVRE SOUS LES TOITS DE PARIS

  Commencer en bas de l’échelle et vivre en haut de l’immeuble… on préfèrerait l’inverse mais le rêve parisien débute bien souvent au dernier étage des forteresses bourgeoises. Etudes, stages, boulot, désir d’indépendance… beaucoup de raisons nous amènent à emprunter le chemin de la capitale et déposer nos valises dans l’antre des ex-femmes du sixième étage.

Souvent présentée comme "studettes de charme", certainement pour justifier des loyers exorbitants, la majorité des chambres de bonne s’apparente en réalité à des cages à lapins (ou des maisons de poupées pour les mieux lotis d’entre nous). Entre exiguïté et toilettes sur le palier, vivre dans une poignée de mètres carrés se révèle être un réel exercice d’équilibriste. Trucs, astuces, galères… voici un petit aperçu d’un quotidien étriqué entre quatre murs défraichis.
 
Tour à tour salon, chambre, cuisine, salle de bain… la chambre de bonne exige une économie de mouvement exemplaire ainsi qu’une nouvelle façon d’organiser sa vie matérielle. Semblable à l’appartement témoin ultra-fonctionnel et design d’IKEA où l’on peut lire sur l’une des cloisons "Bienvenue chez moi. J’habite dans 10m2", la chambre de bonne se distingue à quelques détails près : "Bienvenue chez moi. J’habite dans 10m2. Mon loyer me coute un bras, on ne m’a pas laissé le choix du mobilier, je dois traverser trois couloirs pour prendre ma douche et aller aux toilettes".
 
Eh oui, l’absence de WC personnels dans certains logements ne relève pas d’une légende urbaine. D’ailleurs, dans ces cas là, c’est fou comme une envie pressante peut devenir aussi stressante qu’une épreuve de Fort Boyard. Comme Passe-Partout, il faut se faufiler entre les couloirs, la clé serrée au creux de la main, prête à déverrouiller la porte de l’espace de repos tant attendu (si par chance celui-ci n’est pas déjà occupé par le voisin !). Bien sûr, les studettes 5 étoiles disposent de leur propre salle de bain d’environ 4m2. Le grand luxe ! Quant à la gamme Ibis des chambres de bonne, elle propose une cabine de douche en plein cœur du coin cuisine. Un moment d’intimité privilégié entre votre ami de passage qui petit-déjeune et vous-même… Sans parler du vis-à-vis…
 
Coincé entre un lampadaire et un pan de tapisserie qui se fait la malle, il faudra miser sur le côté pratique de l’espace et abandonner toute velléité de décoration de type "scandinave épurée". L’espace étant surchargé par nature, il est très facile de le transformer en mini-brocante si vous vous aventurez à le personnaliser. Il faut donc garder en tête que chaque recoin et chaque objet sont exploitables et modulables à l’infini.
 
Voici quelques exemples de combinaisons pratiques. Certaines sont bien connues de tous (canapé-lit, lit-tiroir, lit-escamotable) mais d’autres sont le fruit de l’imagination débordante de chacun (la tringle à rideaux-sèche-linge, la cabine de douche-lavoir, la valise-tabouret, le toit-transat, les poignées-porte-manteaux…). Outre le déploiement d’une certaine ingéniosité, vivre dans un petit espace permet de gagner en organisation, en discipline et en maniaquerie également.
 
Dans ce genre de situation, être ordonné est une question de survie. Par exemple, si le même évier est utilisé pour la vaisselle et le brossage de dents, il faudra laver verres et assiettes au fur et à mesure. A moins bien sûr que certains ne voient pas d’inconvénient à postillonner leur salive chlorophylée dans la poêle incrustée du graillon du steak haché cuit quelque jours heures auparavant. Car bien évidemment, une cuisine  au format Playmobil ne laisse que trop peu de place à l’imagination culinaire. Le Cyril Lignac qui sommeille en nous peine à s’éveiller et cède souvent à la facilité des plats micro-ondes ou à la tentation du Mc Do du coin. En effet, tout plat festif de type couscous, paëlla, barbecue, choucroute, potée auvergnate, curry… est fortement déconseillé. À moins que vous n’ayez le projet de lancer une nouvelle gamme de brume d’oreiller baptisée "Cuisine du Monde".
 
Malgré tous ces détails d’organisation et d’odeurs, louer une chambre de bonne peut avoir du bon. Offrant un divertissement et un confort limités, elle nous pousse à nous imprégner de la vie qui anime les rues de la capitale. Sous le zinc des toits qui nous abritent, elle nous offre des vues imprenables sur l’impitoyable Paris et construit le souvenir de notre plus belle tranche de vie ; celui d’une jeunesse où tout semble encore possible.
 

>Retrouvez Oriane sur son blog http://www.chilloutandrideabike.com


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