VICTORIA BEDOS : “J’AIME FAIRE L’AMOUR, C’EST UN CRI DU CŒUR”


Photos de Sasha Marro

Fille de Guy Bedos et soeur de Nicolas Bedos, Victoria Bedos prend toute la lumière dans Vicky, en salles le 8 juin. Réalisé par Denis Imbert avec qui elle avait co-écrit La Famille Bélier, l’autofiction retrace le parcours d’émancipation de la jeune femme, guidée par la liberté.
Et c’est sur un air enfantin et innocent, sucette à la bouche, que Victoria Bedos, 32 ans, nous parle de sexe et de musique.

Paulette : Tu es scénariste, chanteuse et maintenant actrice. Tu peux revenir sur ton parcours ?
Mon instrument principal c’est l’écriture, même si ça m’est un peu tombé dessus : j’étais première de la classe et on me destinait à de grandes études. Moi, je voulais être vétérinaire, faire de l’équitation… C’est avec une option atelier d’écriture en fac d’histoire que j’ai écrit ma première nouvelle, puis à 23 ans, je publiais mon livre, Le Déni. J’ai écrit ce bouquin pendant que j’étais avec un homme qui m’a demandé en mariage. J’ai préparé tout le mariage, avant de m’apercevoir que je n’avais pas du tout vécu. J’ai tout annulé ! C’est comme si je m’étais étouffée moi-même, j’étais dans un rôle qui ne me correspondait pas : soit j’étais la fille de, la sœur de, la femme de… Ce n’était pas moi, pas ma féminité. Alors je me suis mise à écrire, sans forcément savoir que c’était des chansons. C’était comme un cri, j’ai écrit ces chansons à la main alors que les scénarios je les fais à l’ordinateur. Et je me suis mise à chanter, chose que je n’avais jamais faite.

Avant de créer ton duo avec Banjo, Vicky Banjo, tu ne savais pas que tu avais ce talent en chant ?
Non, je ne sais pas… J’étais en colère et j’ai ressenti le besoin de chanter, comme quand parfois tu as besoin de hurler. Je voulais dire une vérité que je n’arrivais pas à dire, donc je l’ai chantée. Banjo était mon pote, et après avoir lu mes textes, il a eu envie de composer les mélodies. Ce qui est magnifique c’est qu’il n’avait jamais composé sur des textes qu’il n’avait pas écrit, surtout que c’est des textes de femmes.
Quand j’ai créé Vicky Banjo, j’ai écrit en même temps La Famille Bélier. Le soir je chantais, et la journée j’écrivais La Famille Bélier. Après j’ai rencontré Denis [Imbert], on nous avait proposé de co-réaliser La Famille Bélier, puis finalement Eric Lartigau l’a fait et c’était très bien. Avec Denis, on cherchait une idée de scénario, et on n’en trouvait pas. Deux scénaristes qui cherchent une idée c’est un peu comme une date, on parle beaucoup de soi ! Je me suis beaucoup livrée à lui, de manière très impudique. Et un jour, il est sorti du restaurant et m’a dit “On va faire un film sur ton histoire, et tu seras l’actrice principale”.

Vicky c’est ton premier film en tant qu’actrice. Comment ça s’est passé ?
Au départ j’ai trouvé l’idée folle, parce que je n’avais jamais fait ça de ma vie ! Pourtant, en me proposant ça, il m’a libéré, c’est comme s’il me permettait de m’exprimer et d’oser être à l’image et pas planquée derrière un scénario.

Du coup, plutôt micro, plume ou caméra ?
Micro et caméra, j’aime bien les deux ! Là, on sort le disque en même temps que le film ! Vicky est un personnage qui chante, après je ne sais pas ce qui va prendre. Ça se trouve, après le film, personne ne va me proposer de rôle… Mais je m’en fous je me les écris ! (rires). L’écriture je déteste ça, mais je ne peux pas faire autrement, c’est vital. Si je n’écris pas j’ai peur de mourir d’un cancer. J’ai une écriture un peu psychanalytique, ça fait du bien mais ça me fait mal, et j’en avais marre d’aller chercher des trucs.

Dans quel contexte as-tu écrit les textes des chansons ?
Je venais de quitter cet homme avec qui j’allais me marier, et j’étais un peu fâchée avec ma famille qui était opposée au mariage. Du coup j’étais un peu en vagabonde, je n’avais pas d’appartement, plus de mec, pas de métier, pas d’argent, rien du tout… Je les ai écrites dans un contexte assez étrange, où j’étais tellement perdue que c’était ce qui me maintenait un peu.

“ J’ai fait l’amour très tard, et j’ai eu un corps de femme très tard aussi.”

Tu parles énormément de la sexualité de la femme dans tes textes.
Oui, parce que j’ai fait l’amour très tard, et j’ai eu un corps de femme très tard aussi. J’étais une petite fille et quand j’ai accédé à ça je me suis tout de suite je me suis maquée. Je n’avais jamais eu de liberté sexuelle. Quand je suis partie de ce mariage, j’ai eu envie de manger la vie et de manger les hommes ! Et de me faire manger par les hommes !

Le désir féminin est également un sujet omniprésent dans le film. Tu avais envie de libérer la parole sur le sujet ?
Je n’ai jamais eu cette démarche féministe, au sens “Je porte le drapeau des femmes”. Il s’avère que je le fais un peu malgré moi, et je suis heureuse de le faire. Je pars toujours de l’intime, j’aime faire l’amour, c’est un cri du cœur qui m’est propre, et tant mieux si ça peut libérer d’autres femmes ! Quand une femme couche avec un homme c’est une pute, et quand un homme le fait c’est un Don Juan. J’ai eu un grand frère à qui on a tout permis sur ce niveau-là, alors que mon père a failli tomber dans les pommes lorsqu’il a appris que j’avais fait l’amour pour la première fois. Et j’avais 22 ans ! Je trouve qu’il y a une injustice fondamentale entre les hommes et les femmes. J’avais envie de dire, c’est pas parce que tu fais l’amour que t’es une pute, c’est pas parce que tu picoles que t’es alcoolique… La jouissance, le bonheur, le plaisir, je trouve que c’est plus compliqué pour une femme d’y accéder.

Que penses-tu des femmes d’aujourd’hui et de leur rapport au sexe?
Je trouve ça un peu étrange en ce moment. Au moment où je me suis retrouvée célibataire, j’ai eu une grande période de légèreté. Pas mal d’hommes me disaient que maintenant les femmes se font du bien toutes seules, et qu’ils se sentent un peu inutiles. Il y a une revendication de la sexualité libre, mais je ne trouve pas que ça rende heureuse. Personnellement je suis beaucoup plus heureuse en couple et fidèle, j’aime le cadre de la conjugalité. Alors que quand je suis vraiment libre, je trouve ça vertigineux… Je ne sais pas comment les femmes vont être bien là.

Dans le film, il y a un personnage un peu particulier qui s’appelle Claude. Tu nous expliques qui c’est ?
C’est mon sexe, dans le film. J’ai donné un prénom à mon sexe. (Rires).

Pourquoi ?
C’est une réflexion qu’on a eu avec Denis, on se disait : “Beaucoup de mecs donnent un prénom à leur bite et chez les femmes ça ne se fait pas”. On a voulu inverser les codes. J’avais envie que ce soit un prénom un peu vieux et unisexe. Et je me suis aperçue que c’était le prénom de mon parrain après…

A l’écran, tu compares ton premier orgasme à un “coup de destop dans le gosier”. Est-ce qu’on peut dire que c’est le déclencheur de l’histoire ?
Complètement ! Enfin dans la vraie vie, ça ne s’est pas vraiment passé comme ça. C’est l’histoire d’une petite fille coincée dans son corps qui ne sait pas ce que c’est que la jouissance, et qui ne se l’est jamais autorisé. C’est parce qu’elle jouit que tout à coup, elle chante. Ça lui libère la voix, le corps, et même la cage thoracique, c’est pour ça que je parle de destop. Quand je me suis mise à chanter, c’est comme si ça m’avait ouvert les côtes, j’avais l’impression que j’arrivais mieux à respirer.

“Les femmes aussi ont le droit de jouir et de jubiler”

Tu es fille de, sœur de, comment le vis tu au quotidien ? Est-ce que ce film est ton exutoire ?
C’est une autofiction mais aussi une comédie, donc j’ai inventé plein de choses dans le film. Mais oui il y a quelque chose d’assez libérateur. Ce n’est pas que j’avais envie d’exister coûte que coûte, c’est comme si tout d’un coup je voulais rétablir une égalité. Je trouve que dans ma famille, les hommes sont dans la lumière et les femmes sont dans l’ombre. Et d’une certaine manière ma mère m’a élevée en me disant, “tu as le droit d’exister toi aussi”. Et c’est presque par défi pour elle aussi que j’ai voulu faire ce film, en disant, “tu vois maman, les filles aussi peuvent y arriver”.

Aujourd’hui, quels sont tes projets ?
On va déjà voir ce que ça donne, le disque et le film. Sinon, on vient de terminer d’écrire un nouveau scénario avec Denis, qui est un remake sur les fantasmes sexuels, donc on reste dans la même thématique… On est obsédés en fait je pense ! Et là on a signé une comédie romantique. Dans la continuité de La Famille Bélier et Vicky, on poursuit avec un personnage féminin, mais on sort enfin de la tribu familiale.

Un message pour les Paulette ?
N’ayez pas peur de faire l’amour, n’ayez pas peur de boire des coups, les femmes aussi ont le droit de jouir et de jubiler !

> Vicky de Denis Imbert
En salles le 8 juin 2016

Partager sur :

Vous pourriez aimer...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *