VENDÔME : TRIO D’AVENTURIERS HÉROÏQUES

Chez le groupe nantais Vendôme, le chant est haletant, la rythmique épique et le propos vaillant. Ce nouvel EP est un récit d’aventures, où il est question de rêves, de voyages sans retour, d’amour et d’amitiés, entre espoir et nostalgie. Les références littéraires sont nombreuses, jusque dans le titre de leur nouvel EP, Romancero, entre surréalisme et science-fiction. Rencontre avec Ronan (chant, guitare), Baptiste (claviers, basse) et Yoann (machines, percus) dans les couloirs du Point Ephémère.

Paulette : “Hymne A” a toutes les qualités d’un tube. Comment est née cette chanson ?
Ronan : C’est le premier morceau qu’on a créé après la sortie du premier EP, Orphée (2014), donc y a encore quelques influences en termes de sonorités avec des choses très aigues, très brillantes, un peu naïves, référencées dans les années 80 avec des artistes comme New Order. L’idée avec Romancero, c’était de partir sur un nouveau concept de chansons et avoir quelque chose de plus fédérateur, sans forcément penser en termes de tube. Un jour, je suis tombé sur une interview de Xavier Dolan qui représentait une certaine génération et ça m’a donné envie de faire quelque chose qui puisse s’en approcher. Et comme je suis quelqu’un d’assez pudique, j’ai appelé cette chanson Hymne A. A quoi ? On ne sait pas.

Quel a été votre parti-pris artistique pour ce nouvel EP ?
Ronan : C’est un récit d’aventures donc l’idée c’était d’avoir une narration qui s’étend sur quatre titres. Se cantonner à 3’30 ou même 4 minutes pour raconter une histoire, c’est souvent un peu frustrant. On avait envie de dépasser cette frontière du minutage et avoir quelque chose qui ressemble à un récit initiatique. J’aime bien travailler sous cette forme-là, avoir des résonances d’un morceau à l’autre, pour mieux les comprendre et ne pas laisser un titre de côté.

Vous avez ajouté de nouveaux instruments à la formule 100% synthés du premier EP : la guitare électrique et le piano. Qu’est-ce qu’ils ajoutent au son Vendôme ?
Ronan : On était un peu frustrés de ne travailler qu’avec du matériel électronique. On voulait essayer d’avoir une approche un peu plus analogique et profiter de l’instant en studio pour expérimenter des choses. Alors je me suis réconcilié avec ma guitare électrique et j’ai retrouvé des timbres que j’avais plus ou moins expérimentés auparavant, des influences qui n’existaient pas dans Vendôme mais dans le groupe précédent dont je faisais partie avec Baptiste. Ça s’entend sur Les Conquérants avec cette guitare et tout ce fatra rock qu’on partage avec Interpol. On voulait quelque chose de plus mature et de plus sombre pour équilibrer le propos de Romancero.

Yoann et Baptiste, qu’est-ce que vous apporté dans la construction des titres ?
Yoann : Ronan fait tout, il écrit les textes et compose. Nous, on essaie de le suivre sur scène ! Ronan : Ils sont trop modestes ! Ils ont un vrai rôle de catalyseur. Toute la chimie du morceau arrive à maturité beaucoup plus rapidement parce qu’ils me font prendre du recul sur ce que je fais et ils apportent forcément leur patte puisqu’ils agissent sur le live. Ils ont un impact assez important sur la structure des titres et sur les voix (puisque Baptiste fait les chœurs). C’est ce qui manquait sur le premier EP. La voix de Baptiste vient renforcer cet aspect un peu monocorde, toujours dans les barytons qui ne me plaît pas toujours. Ça crée plus de relief !
Baptiste : Ronan a commencé Vendôme tout seul en studio avec le premier EP. On l’a rejoint assez vite pour défendre le projet sur scène. Pour le deuxième EP, on a d’abord testé les titres en live avant de les enregistrer et les finaliser en studio, c’est la grande différence !

Ronan, tu viens du rock pur et dur, tes influences sont plus anglo-saxonnes, mais aujourd’hui tu fais de la pop électronique. Quand as-tu décidé d’entamer ce virage et qu’est-ce qui t’a poussé à t’émanciper de tes anciennes expériences ?
Ronan : C’est vrai que j’ai une culture très rock. Mais j’ai aussi un bagage classique, j’ai fait le Conservatoire. Ça m’a permis d’appréhender la musique et je suis allée vers le rock parce que c’était dans ma génération. Très rapidement, j’ai dû faire un choix entre l’anglais et le français, et je me suis tourné vers l’anglais même si j’avais une frustration parce que je ne pouvais pas expérimenter le français alors que j’aime cette langue. Ce qui m’empêchait de le faire ? Je crois que c’était de la pudeur et de la timidité. Passez ce cap du français, c’était aussi une manière de m’affirmer musicalement. Il fallait que j’ai un passé pour avoir plus de force pour assumer ce que je disais !

Et pourquoi l’électro ?
Ronan : Je crois que j’ai basculé le jour où mon frangin m’a acheté un best-of de New Order. Je devais avoir 15 ans. Il y avait des gens qui pouvaient avoir un background très rock et se transformer en quelque chose de très électronique. Je me suis dit, si ces mecs-là ont réussi, ça prouve que c’est faisable. Ça m’a demandé du travail mais tout ça s’est fait naturellement. J’essaie d’apprivoiser la musique électronique mais c’est loin d’être acquis.

Sur cet EP, les textes empruntent au champ lexical du voyage, de l’aventure. Quelles seraient les différentes étapes de ce voyage ?
Ronan : Définir l’ordre des chansons a été un long processus. Les chansons devaient l’une après l’autre suivre une trame narrative. J’avais envie de commencer par quelque chose d’épique – c’est ma conception d’une introduction. J’ai choisi Hymne A parce qu’elle est très facile pour l’oreille. Y a pas d’accords trop bizarres ou de choses dissonantes. L’objectif c’est d’accrocher l’auditeur et l’amener à suivre l’aventure avec nous, d’où l’usage des pronoms personnels. Le deuxième titre Les Conquérants symbolise une fuite en avant spontanée, un regard sur ce qu’on a délaissé. C’est nostalgique. Avec Madone, on est sur une chanson d’amour pure et dure, assez imagée et surréaliste, très intimiste même si elle est racontée avec pudeur. A l’océan jeté fait office de conclusion. Une conclusion assez naïve que j’ai complètement piqué à Candide de Voltaire. A la fin du récit, l’auteur dit qu’il faut cultiver notre jardin. Après avoir vécu tout ce cycle d’aventures au travers de ces trois chansons, on se pose à un endroit et on sème tout ce qu’on a pu récupérer. On verra ensuite ce qui se passera.

Quelles sont les figures que vous avez croisées, qu’elles soient réelles ou fantasmées ?
Ronan : Je suis parti au Canada cet été sur un coup de tête. Je suis allé aux chutes du Niagara comme un gros touriste. Je m’attendais à un truc bien américain mais j’ai été hyper déçu ! Parmi toute cette espèce d’industrie touristique de dingue, en me baladant, je suis tombé sur un grand marbre sur lequel était gravé un poème de José Maria de Heredia qui m’avait déjà beaucoup influencé sur Les Conquérants, un poème du même nom. Tomber nez à nez avec cette stèle par hasard, c’était génial et profondément romantique. Le lendemain, j’ai décidé d’appeler l’EP Romancero, comme un clin d’œil au destin.

Tu as choisi de chanter en français. Qu’est-ce que tu ne pouvais pas exprimer dans une autre langue ?
Ronan : La sincérité.

Comment expliques-tu qu’aujourd’hui il y ait de plus en plus de groupes qui osent chanter en français ? De ton côté, qu’est-ce qui t’a décomplexé ?
Ronan : On n’a pas trop de théorie là-dessus. Moi, c’est Dominique A qui m’a donné l’envie d’écrire en français. Dans son écriture, y a quelque chose de très littéraire et en même temps de très accessible. Et plus récemment, des artistes comme Abd Al Malik. Tout ça témoigne de la richesse de la langue française. Richesse qu’on peut exploiter sans se dire “je suis un gros looser”, à l’heure où de plus en plus de groupes chantent en français. Dans les années 80, y avait un retour au français assez important et comme la musique est cyclique peut-être que ça vient de là. Je pense que le rap a aussi un grand rôle à jouer parce que de plus en plus démocratisé.

On vous qualifie de nouveau visage de la pop française, porte-voix d’une génération. C’est à cette génération que vous vous adressez dans Hymne A. Quel message aimeriez-vous lui faire passer ?
Ronan : Dans Hymne A, il y a un écho à ce que pourrait représenter une génération avec ces moments pas évidents consécutifs à la crise économique. Mais le titre apporte une certaine fraîcheur, quelque chose de très fédérateur et fraternel. Si on avait un message à faire passer ce serait ça – même si je n’ai pas la prétention d’avoir un porte-voix suffisamment important. La première idée, c’est la fraternité et puis l’espoir. Après les événements tragiques du 13 novembre, tout le monde s’est mis à marcher dans la même direction, à marcher pour les mêmes raisons et c’est ça qui est beau. C’est peut-être ça aussi que j’ai voulu faire passer dans Hymne A.

Sur Facebook, j’ai remarqué que des groupies vous ont lancé leurs petites culottes à la fin d’un concert. Ce n’est pas un privilège réservé aux boys bands ?
Ronan : (rires) C’était un fake ! C’était des collègues de bureau. Mais on a eu le droit à des “je t’aime”.

Une dédicace aux Paulette ?
Ronan : On a passé un excellent moment avec les lectrices de Paulette à Nantes à L’Opium (dans le cadre de la tournée Bricole Tour, ndlr). C’était surréaliste parce qu’on a été programmé très rapidement. On a l’habitude des cafés-concerts avec des mecs qui boivent de la bière mais là quand on est allés prendre l’air sur le Hangar à bananes, on a vu une file de filles. On s’est dit : “Punaises elles viennent pour nous”, mais en fait c’était pour Paulette ! (rires) C’est un public très agréable !

VENDÔME :: ROMANCERO (EP)
Disponible en digital

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Soundcloud : https://soundcloud.com/vendomemusic

Concerts :
21 janvier, Le Rond Point, Nantes
23 janvier, L’International, Paris
20 février, Joker’s Pub, Nantes

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