VARIATIONS DE PLAISIRS AVEC BENJAMIN PAULIN

Photos, Ramon Palacios Pelletier

Il avait commencé sa carrière dans un groupe de rap, Puzzle. Depuis 2010, il a rangé au placard son bonnet et troqué le flow rap contre de la chanson française aux textes épurés.

Avec la sortie de ce 2e album, Benjamin Paulin confirme son statut de chanteur à texte. A écouter et à découvrir !

 
Paulette : Tu reviens seulement un an et demi après la sortie de ton précédent album. Rapide non ?
Benjamin Paulin : Rapide oui et non. Le premier album je l’avais enregistré et écrit quasiment un an et demi avant sa sortie. Il a attendu un sacré bout de temps dans les tiroirs avant de voir le jour. Donc entre temps, j’avais eu le temps de me remettre à écrire pour ce nouvel album. Ça peut donc sembler rapide vu de l’extérieur, mais vu de l’intérieur c’est long !
 
Le premier extrait de l’album Variations de Noir est sorti en 4 clips. Pourquoi avoir fait un tel choix ?
On a eu cette idée avec mon directeur artistique, idée que l’on trouvait plutôt sympa. On avait envie de quelque chose de très sobre et de très jusqu’au-boutiste. L’idée de regarder des gens écouter la chanson nous a plu. On a contacté, par l’intermédiaire du réalisateur du clip, quelques actrices qui ont accepté de jouer le jeu.
 
Elles connaissaient le titre avant ?
Pas forcément. Cela a été assez spontané, il n’y a pas eu de direction d’actrices. Elles ont été libres d’interpréter la chanson telle qu’elles le voulaient. Mais on a quand même fait plusieurs prises !
 
Et pourquoi Hafsia Herzi, Zoé Felix et Rosy de Palma ?
On a fait un listing d’actrices avec le réalisateur, les 3 noms figuraient dans cette liste. J’avais déjà discuté avec Zoé, qui était plutôt branchée pour le faire. Le réalisateur a tout de suite demandé à Rossy, c’était quelqu’un que j’avais envie d’avoir dans la vidéo. Il se trouve que Rossy avait acheté mon précédent disque et qu’elle aime ce que je fais, elle a donc accepté de suite. Tout a été tourné dans la même journée, c’était un moment hors du temps.
 
L’album s’intitule Deux, c’est effectivement ton 2e album sous le nom de Benjamin Paulin. Mais y’a-t-il un autre sens derrière ce chiffre ?
Sur le 1er album, je m’étais enfermé dans un carcan lié à un habit de scène. A la fin de la tournée, je me suis senti fatigué de m’être enfermé là dedans. Le postulat de départ de ce nouvel album, en tout cas l’histoire que moi je me racontais dans ma tête, était le rapport conflictuel entre l’auteur et l’interprète quand il s’agit de la même personne. Il y a un tout un sous texte dans cet album qui raconte cette histoire.
 
 
À l’écoute de l’album, on y découvre beaucoup de mélancolie. C’est un sentiment que tu ressens ?
Je crois que c’est quelque chose que j’ai vraiment essayé de cacher sur le précédent, que j’avais en retenue, que j’ai eu besoin de lâcher sur ce disque. J’ai en général du mal à montrer mes émotions. Pour cet album, je me suis imposé un dogme, à savoir sortir de ma zone de confort. Globalement, c’est un album sur lequel j’ai voulu plus me livrer. Ensuite, cela correspond à des périodes de vie où j’ai perdu des gens et où j’ai vécu des évènements bouleversants, j’ai eu besoin de le dire.
 
La page rap est donc définitivement tournée ?
Non pas du tout !
 
Ça ne s’entend pourtant pas…
Non. Sur le précédent album, j’aurais répondu oui, carrément. Mais là, en fait non, j’ai réussi vocalement et musicalement à la tourner, et je n’ai plus peur aujourd’hui de me replonger dans le hip-hop ou tout du moins de m’en servir comme une influence forte dans mes prochains morceaux. Parce qu’aujourd’hui, je sais que je peux m’en extraire. Alors que sur mon précédent album, j’en n’ étais pas totalement extrait, malgré moi. Aujourd’hui, c’est quelque chose que j’assume beaucoup plus, qui au contraire est une force pour moi, et non un handicap.
 
"J’AVAIS ENVIE DE REVENDIQUER MON IDENTITÉ FRANÇAISE EN MISANT SUR DU TEXTE ET PAS SUR LA CARICATURE DE RAPPEURS AMÉRICAINS"
 
Comment est née cette envie de venir à la chanson française ?
Dans un souci de vérité, d’être honnête avec soi. J’avais un problème avec le côté rap, qui me semblait à l’époque un peu parodique. Faire du rap, c’était un peu un truc de yéyé, des mecs qui s’habillent comme les Américains, qui font la même chose que les Américains mais en moins bien. Du coup, je me suis dit à quoi bon ? J’avais envie de revendiquer mon identité française, c’était le moment de miser sur du texte et non sur la caricature d’une mouvance outre Atlantique. J’avais besoin de couper court très clairement avec ce côté parodique qui me semblait grotesque à ce moment-là, avec lequel j’ai beaucoup de tendresse aujourd’hui parce que je m’en suis éloigné.
 
Et du coup, écrire est devenu un exercice difficile ?
C’est plus difficile parce que dans le rap tu peux assommer les gens avec les mots. Mais quand tu veux faire du texte dans la chanson, chaque mot doit vouloir dire quelque chose, sinon il est inutile. Donc c’est plus difficile d’écrire, tu peux moins te cacher derrière des formules. T’es beaucoup plus à poil quand tu chantes que quand tu rappes.
 
Une dédicace aux Paulette ?
J’embrasse toutes les Paulette et j’espère vous voir à mes concerts et qu’on aura l’occasion de se croiser.
 
BENJAMIN PAULIN :: DEUX                         
AZ / Universal
Sortie le 4 juin
 
 
Concerts :
17/05 : Elesmes, 59
06/07 : La Perrière, 61
 
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