TOUTES LES ÉTAPES POUR DEVENIR UN GEORGES STYLÉ

 
Illustration, Pierre Babut
 
Je vis à Paris depuis quelques années maintenant et je suis impressionné par la capacité de certaines personnes à porter des vêtements archi-basiques tout en ayant l’air stylé.
C’est particulièrement vrai chez un de mes très bons amis, Nicolas. C’est un mec qui porte 365 jours par an le même t-shirt blanc col bateau, sous la même chemise en chambray bleu, avec le même jean Levis brut et les mêmes bottines fatiguées. Et s’il a l’air aussi stylé avec son T-shirt, c’est parce qu’il le porte avec un naturel déconcertant. On a l’impression que la pièce a été taillée sur lui, et qu’il ne l’a jamais enlevée.
 
Équilibre et instinct
C’est le propre des gens qui ont l’air stylés : cette capacité à porter – on dirait – presque tout et n’importe quoi avec désinvolture, et qu’en plus ça leur aille bien. Ceux qu’on croise dans la rue et qui accrochent un œil un peu exercé avec un sous-titre envieux : "Wow, qu’est-ce que ces boots lui vont bien !".
Mais tout ne va pas à tout le monde. Georges, ne fonce donc pas acheter les mêmes illico !
En plus, les gens qui ont du style se divisent en deux : ceux qui savent exactement ce qui leur va et où acheter tel type de pièces et ceux qui le font inconsciemment et qui sont un jour tombés sur une pièce qui leur allait à merveille et la traînent pendant des années jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il vaut mieux rejoindre la première bande, comme ça, au moins, tu es sûr de savoir où tu mènes ta barque.
 
Très souvent, le style d’une tenue peut se résumer à l’équilibre entre les pièces : la façon de gérer les contrastes de coupes, matières et couleurs, de superposer deux ou trois pièces fortes sans ressembler à un arlequin, de porter juste assez d’accessoires pour avoir l’air d’un rocker et pas d’un portemanteau.
L’un des maîtres dans cet art est Johnny Depp, sans conteste un des acteurs les plus stylés de sa génération, et le seul en tout cas à avoir maîtrisé un style aussi unique, à base de Dita rondes à verres polarisés, de Borsalinos et de costumes de mafieux des années 30, avec des foulards et des colliers noués un peu n’importe où et n’importe comment. En apparence. Tu peux voir, s’il t’arrive d’éplucher ses looks au cours des années, à quel point il a évolué : d’un ado attardé avec de longs cheveux gras et des chemises bouffantes à col pelle à tarte à la fin des années 90, au dandy rock qu’on connaît aujourd’hui.
 
La mode c’est comme le karaté
On peut penser la mode comme un art martial, où tu ne peux arriver à un sommet temporaire qu’en ayant appris, puis désappris toutes les techniques. Masutatsu Oyama, le fondateur de l’école du Kyokunshikai et l’un des plus grands karatékas de la seconde moitié du XXe siècle, commença comme un simple immigré coréen, et se mit en tête de défier un par un tous les karatékas du Japon, jusqu’au dernier, pour leur prouver qu’il était meilleur qu’eux, et que la culture de son pays avait au moins autant droit de cité que la leur.
 
Pour cela, il commença par ingérer en dojo toutes les formes traditionnelles de judo et de karaté, jusqu’à y être accompli. Mais ce n’était pas suffisant. Il se tourna donc vers des formes anciennes du hyunmundo, l’art martial traditionnel coréen, basé sur la connaissance interne de l’anatomie du corps humain et de la maîtrise du Ki, l’énergie spirituelle qui s’en dégage. Toujours pas suffisant. Il s’exila donc au sommet d’une montagne et là, pendant trois ans, entreprit de désapprendre tout ce qu’il avait appris en combat réel, en revenant à une forme de lutte beaucoup plus brutale et primitive, son corps contre la nature. En s’entraînant contre des troncs d’arbre, en grimpant des falaises gelées à mains nues, en méditant en sarreau par moins dix degrés dans la neige.
Quand il redescendit de sa montagne, il partit au Japon et défit un par un, méthodiquement, tous les plus illustres représentants de toutes les écoles de karaté, jusqu’au dernier.
 
L’échelle du style
Les gens les plus accomplis stylistiquement ont suivi ce même processus de pensée. Ils ont commencé par acquérir les bases communes de la mode, morphologies, coupes, couleurs associées au teint et entre elles, équilibre entre différentes pièces, qu’est-ce qui peut être porté avec quoi, et plus difficilement avec quoi d’autre. Puis ils ont remis en question tout ce qu’ils avaient appris pour pouvoir passer par-dessus ces codes bien établis et créer un "style" fort : une attitude générale plus qu’un look, qui les définit et les précède.
 
Si donc il y avait un chemin à parcourir dans la mode, ce serait idéalement celui-ci : 

Le débutant : habillé chez Celio par maman et par défaut. 
Celui qui acquit les notions de base : maîtrise des couleurs  neutres dans une tenue (bleu clair, marron, gris clair et anthracite, blanc), savoir choisir les vêtements à peu près à sa taille, reconnaître un bon jean, commencer à s’orienter vers des achats plus qualitatifs que quantitatifs. 
Celui qui acquit les notions intermédiaires : maîtrise de couleurs plus avancées (bordeaux, bleu nuit, bleu pétrole, lie-de-vin, cognac, etc.), reconnaître immédiatement ce qui est à sa taille et ce qui ne l’est pas, n’acheter plus que des pièces qui vont parfaitement, tant en termes de couleurs que de coupe.
Celui qui acquit les notions avancées : mixer matières (chambray et jersey par exemple), coupes (un tee ou un sweat complètement déstructuré avec une veste Lanvin aux épaules très travaillées), couleurs (faire des camaïeux subtils, par exemple bordeaux/cognac/rouille/cumin), reconnaître les spécificités d’un créateur et savoir par conséquent exactement vers qui se tourner quand chercher tel type de pièces.
Le grand maître : porter un t-shirt blanc, deux bracelets en cuir et une paire de bottines, chaque pièce sélectionnée et usée avec une patine et un amour particulier. L’accomplissement dans la sobriété. Less is more. Johnny Depp et mon pote Nico (même si chez lui c’est inconscient).

Et sinon, pour vous motiver à devenir un grand maître, je vous conseille d’écouter un remix de Swimming Pool de Marie Madeleine par James Pallmor ! 

 
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