TIM DUP : RAMASSEUR DE SOUVENIRS

Photos de Diane Sagnier

Il utilise des images simples, réalistes, parfois crues et c’est ce qui nous saisit instantanément. Ce style d’écriture, instinctif et spontané, Timothée Duperray, 21 ans, le cultive depuis son plus jeune âge. D’abord pour cueillir le cœur de ses amoureuses sur les bancs du collège, plus tard comme antidote à la froideur de l’actualité en cours de sciences politiques, avant de s’inventer des histoires avec ceux qui l’entourent, attentifs aux petits gestes du quotidien. “Je veux voir les autres autrement, toucher leurs vies, leurs sentiments”, chante-t-il dans le titre générique de son premier EP, Vers les ourses polaires. C’est réussi ! Derrière ses textes percutants, une force fragile et une mélancolie heureuse. Tim Dup n’a pas fini de nous surprendre ! Rencontre avec un magicien des mots.

Paulette : Ton premier EP sortira fin août. Est-ce que tu appréhendes cette sortie ?
Tim Dup : Non, je l’attends avec impatience. L’appréhension, elle est sur les échéances directes comme le live, parce que c’est quelque chose que tu donnes sur l’instant T. Cet EP, c’est un travail de longue haleine, entamé depuis bientôt deux ans, le temps que tout se mette doucement en route. C’est un rêve d’enfant qui se réalise !

Comment tu résumerais ces deux années de travail ?
Par l’apprentissage et la découverte. Déjà d’un point de vue humain. J’ai eu à cœur, comme chaque artiste je crois, de m’entourer des meilleures personnes possibles. C’est très agréable d’avoir fait tout ce chemin. Aujourd’hui, j’ai une équipe autour de moi qui n’existait pas il y a encore un an. Ensemble, on a avancé main dans la main. C’est beaucoup de temps et d’énergie dépensé, mais ça fait du bien de se dire que le travail paye. Sortir cet EP, c’est déjà un cadeau (sourire).

Tu dis : “Le milieu professionnel de la musique, ça fout les boules.”
Bien sûr ! C’est un univers très singulier qui est loin d’être rassurant sur le long terme et pas forcément évident à gérer émotionnellement. Il y a beaucoup de pression, des enjeux. Au-delà de leur passion et de leur motivation, les gens autour de toi investissent de l’argent donc tu es responsable. L’industrie musicale me passionne, y compris dans le cadre de mes études, je suis content de pouvoir allier les deux.

A partir de quand as-tu été approché par des pros de la musique ?
C’est moi qui suis allé au-devant des propositions (sourire). Il y a trois-quatre ans, j’ai envoyé mes maquettes aux programmateurs de salles à Paris. J’ai joué dans des bars en piano-voix. La programmatrice des Trois Baudets, qui a eu un coup de cœur pour le projet, a décidé de me programmer. J’ai rencontré mon manager actuel un peu par hasard sur le tremplin Acoustic de TV5 Monde. Il faisait partie du jury. Sur les 120 participants, je suis arrivé premier de son classement, mais aucun autre membre du jury ne s’est arrêté sur moi. Il s’est demandé s’il ne faisait pas fausse route, mais par curiosité, il a quand même voulu qu’on se rencontre. Ça s’est fait comme ça. Ce n’est pas son métier à l’origine, il est directeur d’une salle dans le Val d’Oise, avec mon co-manager. C’est une histoire des premières fois !

Tu t’es fait repérer auprès d’un public large avec le titre TER Centre. Tu as partagé le quotidien de ses passagers pendant cinq ans depuis Rambouillet. Quand as-tu commencé à regarder autour de toi ?
Assez tôt en fait. On regarde tous autour de soi, sans forcément s’en rendre compte. Un soir, au bout de quatre ans de trajet, je me suis dit qu’il fallait que j’en fasse une chanson parce que c’est quelque chose que tout le monde vit. Y a quelque chose de très fort dans le quotidien, même si on a tendance à l’oublier. En un trajet retour, soit 35 minutes, j’ai écrit le texte de TER Centre et je ne l’ai presque pas retouché. J’aime cette urgence, cette spontanéité. Il n’y a pas d’artifices, je vais droit au but !

Qu’est-ce qui te fascines dans le quotidien ? Ça ne manque pas un peu de magie…
Non au contraire, c’est sans doute l’endroit où il y en a le plus. J’aime regarder marcher les gens dans la rue, je suis sensible aux regards, aux gestes… on n’y fait plus attention parce qu’on est happés par tout le reste mais moi, ça me touche !

Qu’est-ce que tu trouves beau ?
La simplicité.

Chanter en français, c’est un choix ferme et définitif ?
En fait, il y a encore deux ans, j’écrivais aussi en anglais, c’était du 50-50. Ce sont les artistes français qui m’ont fait découvrir la beauté de la langue. Moustaki, Gainsbourg, cette ancienne garde, mais aussi la génération des Delerm et Beaupain. Je ne dis pas que je ne chanterai plus jamais en anglais, mais aujourd’hui c’est presque plus naturel de le faire en français. Je prends aussi plus de plaisir à écrire en français. Avec l’anglais, y a un côté presque trop facile, plus rassurant, parce que c’est une langue très mélodieuse naturellement. En français, il y a beaucoup de « an », de « on », de « rr », il faut savoir jouer des mots et des syllabes. Et puis en français, les gens sont beaucoup plus attachés à la signification des textes. C’est un challenge assez gratifiant pour un artiste je trouve.

Dans ta diction, surtout en live, on ressent une certaine révolte. C’est de la colère, de la rage ou de la violence ?
Dans l’interprétation peut-être. Sur Moïra Gynt forcément parce qu’il s’agit une déception amoureuse, donc il y a de la rancœur. Mais je n’ai pas de sentiment de colère quand j’écris. En live, c’est intéressant, de prendre le contre-pied ou de forcer un peu les traits. C’est ce qu’on attend d’un concert, que ce soit plus animé que sur disque.

Est-ce que tu écoutes beaucoup de rap et de hip-hop ?
Oui, mais c’est très récent. Je n’ai pas du tout eu cette culture rap-hip-hop. J’ai commencé à en écouter au lycée. J’aime l’urgence, les textes fleuves et le parlé-chanté.

La mélancolie, c’est une seconde nature ?
Non, c’est une première nature ! (rires) Mais pour moi, ce n’est pas synonyme de tristesse. C’est plus une sorte de flegme. J’ai justement écrit une chanson qui s’appelle Un peu de mélancolie heureuse.

Quelle vocation a l’écriture ?
J’ai toujours adoré écrire. C’est une thérapie. Je n’écris pas tous les jours mais quand j’écris, j’en ai besoin. C’est un refuge par le biais duquel on peut exprimer des choses. Certains le font à travers leur corps en faisant du sport, d’autres avec leur journal intime, moi j’écris des chansons !

Ça te permet de t’échapper ?
Oui et en même temps de se retrouver. C’est quand même un loisir assez égoïste. Et en même temps, ce qui t’inspire c’est ce qui t’entoures, donc ça peut aussi être altruiste finalement (rires).

Tu as tourné le clip de Vers les ourses polaires en Islande. Tu nous racontes ?
J’y étais déjà allé il y a cinq ans, avec mon oncle et ma tante. Et depuis ce moment-là, j’avais très envie d’y retourner. C’est vraiment un pays magnifique. Je vous le conseille les Paulette ! On avait d’abord prévu de partir à deux avec un copain, pour des vacances, et puis je me suis dit que c’était trop bête de ne pas en profiter pour tourner ce nouveau clip. Cette chanson évoque l’idée d’un voyage lointain et sans retour. Je voulais quelque chose de sauvage, des paysages très bruts et des grands espaces. C’était l’endroit idéal. On est parti à quatre avec Hugo Pillard et son acolyte qui ont réalisé TER Centre, avec un petit budget et beaucoup de concessions !

Il est aussi question d’amour. Qui est Moïra Gynt ? « Un avion de chasse » ?
Il faut que je fasse attention à ne pas dire de connerie parce que je ne la connais pas. C’est presque son vrai nom en plus, mais je lui ai quand même demandé son avis ! C’était pendant mes révisions d’exams, elle s’asseyait toujours à la même place et moi aussi. Je me suis dit qu’il y avait peut-être un truc entre nous, mais c’était juste un fantasme (rires). Elle était très belle, habillée mode mais pas trop, ce genre de filles qui a tout pour elle. J’ai pensé qu’on pouvait facilement être déçu par l’amour avec une fille comme ça. C’est le sujet de la chanson. L’histoire d’un homme qui est tellement dégoûté par l’amour qu’il finit par devenir prêtre. C’est dit en filigrane à la fin de la chanson.

Autre figure féminine dans ton répertoire, Carmen ?
Sur le morceau Mortelle Habanera. Encore une histoire d’amour naufrage. Je cite un passage de L’amour est un oiseau rebelle, premier acte de l’opéra de Georges Bizet. Habanera est une danse qui a inspiré beaucoup de rythmes contemporains. J’aimais bien le parallèle avec Don José, qui est prêt à tuer Carmen, à cause d’un amour déçu.

Dans quel environnement as-tu grandi ?
Dans un environnement familial rempli d’amour. Rambouillet est une ville un peu bourgeoise mais je n’ai pas honte d’être bien né. Je suis même plutôt chanceux. Dans une famille qui m’a inculqué des valeurs. Dans une grande fratrie – je suis le plus jeune des quatre enfants donc j’ai bénéficié de l’expérience de mes aînés. On a grandi à la campagne et je trouve ça plutôt sain pour un enfant. J’avais tout l’espace dont j’avais besoin (sourire). Mes parents sont très attentifs à ce qui se passe aujourd’hui. Surtout parce qu’ils ont peur, mais aussi parce qu’ils sont passionnés et fiers de moi.

Qu’est-ce qui a formé ton oreille ?
L’apprentissage du piano classique dès l’âge de 7 ans. C’était assez cool parce que ma prof alternait morceaux classiques et contemporains – salsa, tango, pop, les Beatles, Les Choristes. Il y avait beaucoup de musique à la maison, mes parents écoutaient de tout. Mon père faisait des compils’ à ces copains pour partager ses morceaux préférés. On avait 15 compils’ différentes par an !

Quelle relation entretiens-tu avec ton piano ?
Il occupe une grande place dans ma vie, c’est mon refuge. On apprend beaucoup sur soi-même quand on joue d’un instrument. C’est un peu bateau de dire ça, mais c’est un peu comme un ami à qui on se confie. Plus tu joues, plus tu t’appropries l’instrument jusqu’à ne faire plus qu’un avec lui.

Analogique ou numérique ?
Acoustique, je ne suis pas un geek. Je suis davantage partisan de faire un jam avec plein de musiciens plutôt que de m’enfermer dans un studio pendant deux heures pour bidouiller des trucs. Plus récemment, je me suis mis à écouter beaucoup d’électro et beaucoup de hip-hop et c’est ce qu’on a essayé d’amener avec Pavane qui co-arrange les morceaux avec moi. A la fois le côté maison-acoustique et organique, et en même temps, l’électro, les basses et les synthés.

Tu es toujours étudiant aux CELSA, vers quoi te diriges-tu ?
La musique. Je suis déjà hyper content d’avoir l’opportunité d’essayer d’être artiste mais j’espère que ça va continuer. Et si ça ne marche pas, j’aimerai bien me reconvertir dans la com’ mais toujours dans le milieu de la musique.

Une dédicace aux Paulette ?
Rendez-vous le 13 septembre aux Etoiles pour fêter la sortie de l’EP. Ce sera mon premier concert en tête d’affiche, j’ai hâte !

TIM DUP :: Vers les ourses polaires
Sortie le 26 août 2016

Facebook : https://www.facebook.com/music.TimDup
Twitter : https://twitter.com/Tim_Dup
Instagram : https://www.instagram.com/_timdup_/

En concert à Paris le 27 août (Festival Rock en Seine) et le 13 septembre 2016 (Théâtre Les Etoiles)

JEU CONCOURS
Paulette vous offre 2 x 2 places pour le concert de Tim Dup le 13 septembre au Théâtre les Etoiles
Les gagnants seront tirés au sort parmi les bonnes réponses à la question suivante. Dans quel pays a été tourné le clip de Vers les ourses polaires ? 
Merci de commenter ci dessous. 

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