THEODORE, PAUL ET GABRIEL : “MARRE DES MUSICIENS DÉSABUSÉS”


Photos d’
Emma Picq
 
En 2011, Clémence Gabriel et Pauline Thomson lancent le groupe Théodore, Paul et Gabriel.  Pour Paulette, c’est le coup de foudre immédiat. Rejointes plus tard par Louise Decouflé, les filles et leur nom énigmatique cartonnent avec leur premier album, “Please Her, Please Him”. Au total, plus de 150 concerts, à la Cigale, aux Francofolies, en Angleterre, en Allemagne, en Belgique, et même en Grèce, en Turquie et en Lettonie.  
Ce printemps, le trio revient avec un deuxième album, “We won’t let you down”. Les arrangements sont plus spontanés et sophistiqués à la fois, les rythmiques plus creusées, l’exubérance lachée, comme si l’expérience apportait un surcroît de jeunesse et de légèreté dans les morceaux.
Plus pop, plus punchy, on est toujours aussi fans. Rencontre avec ces drôles de dames.
 
Paulette : Votre dernier album date de 2012. Que s’est il passé ces trois dernières années ?
Clémence : Alors déjà, le premier album nous a permis de réaliser une grosse tournée, 150 dates environ. Ce nouvel album a été écrit pendant la tournée. Le soir, après les concerts, pour redescendre sur terre, on écrivait les textes dans notre chambre d’hôtel avec Pauline. C’est pour ça que l’album est beaucoup plus live. Dans le processus d’écriture, on gardait toujours en tête la scène. L’album est plus énergique, plus vivant, plus  jeune… Le précédent était beaucoup plus calme, plus intimiste. Je pense aussi que nous avons évolué dans notre écriture, c’est une direction dans laquelle nous voulions aller naturellement.
 
On peut dire qu’il est plus rock ?
Clémence : Oui tout à fait. Plus rock, plus folk aussi un peu. On a fait un album avec plein de chansons différentes mais cohérente.
Pauline : Comme si les chansons étaient des petites planètes qui proviennent de différentes galaxies.
 
Quelles ont été vos inspirations ?
Pauline : On est toutes très influencées par la pop anglaise, des Beatles aux Arctic Monkeys en passant par Anna Calvi. On voulait enregistrer l’album à Londres pour justement retrouver ce son très anglais que l’on apprécie temps.
 
L’album a donc été enregistré à Londres et dans des conditions de live, vous pouvez nous en dire un peu plus ?
Clémence : Nous étions tous dans le studio d’enregistrement et on chantait et jouait tous ensemble. On ressent une sorte d’énergie commune, on voulait que ceux qui écoutent l’album perçoivent  qu’on était ensemble dans la même pièce, qu’on s’écoutait, qu’on se regardait pour former une dynamique de groupe. Le résultat n’est pas du tout le même que si l’on avait enregistré les instruments et voix séparément.
 
 
We won’t let you down sort ce lundi 9 mars, on pourra vous voir sur scène bientôt ?
Clémence : Oui il y a déjà quelques dates dans les pipes et on a hâte que les agendas se remplissent ! On a eu une très belle tournée pour le premier album, on est très fières et on espère que ce sera comme ça sur la prochaine tournée.   Pauline : Il faut le dire, on adore vraiment tourner ! Cela nous rend profondément heureuses.
 
Qu’est ce qui vous plaît tant dans la tournée ?
Clémence : Les aires d’autoroute (rires)
Louise : Les sandwichs triangles !
Pauline : Les pâtes Sodebo…
Louise : C’est génial de passer son temps sur la route, de donner du bonheur aux gens sur scène, c’est ce qu’on peut faire de plus beau !
 
Quel est le concert qui vous a particulièrement marqué ?
Clémence : Le Cabaret Frappé à Grenoble. Cette date a été charnière pour nous. Les organisateurs étaient incroyablement humains et puis l’ambiance était terrible ! Les concerts se faisaient sous un grand chapiteau et, autour, il y avait plein de petites tentes, de minichapiteaux. En fait, c’était les loges. Devant chaque tente, il y avait des chaises longues et les groupes de musiques se mélangeaient, discutaient entre eux… Nous on a rencontré deux garçons, un guitariste et un beat boxer, du groupe Heymoonshaker et, après avoir parlé peut être 10 minutes avec eux on a décidé de les inviter à venir faire une chanson sur scène avec nous. Ils nous ont demandé de faire pareil. Résultat, l’impro totale, on a fait deux chansons ensemble et c’était magique. Il s’est passé un truc. Le public l’a resenti, tout le monde avait très chaud, on était en sueur… Bref, un super souvenir !
Pauline : Y a aussi eu une date en Lettonie, à 30 km de la frontière russe, qui a été assez incroyable. On faisait la première partie d’un rappeur Biélorusse – totalement à l’opposé de notre univers et avec concert où il y avait beaucoup trop de pyrotechnie – et on a eu très très peur de se faire huer. Au final, ça s’est super bien passé, c’était trop marrant, la foule de jeunes hurlait comme si on était une Pop Star de MTV, c’était trop bien !
Clémence : Le fait de quitter la France nous a fait découvrir de nouveaux publics, de nouvelles énergies. Là bas par exemple, des jeunes filles sont venues nous serrer dans leur bras après le concert en nous remerciant d’avoir joué en pantalon. Chose qui ne pourrait pas se produire à Paris.
 
Justement, parlons en de ces pantalons ! Le fait de porter tout le temps des pantalons, comment interprétez vous ça ?
Clémence : C’est vraiment naturel pour nous.
Pauline : On a stylisé une particularité de notre personnalité.
Clémence : En étant androgyne, on transmet un message libertaire. Depuis le début du groupe, on ne cesse de répéter que l’important c’est de ressembler à quoi tu veux ressembler. Il s’avère que nous, c’est l’androgynie qui nous correspond et nous caractérise.  C’est émouvant pour un artiste quand il est exactement lui même et que la scène lui permet de se révéler et non pas de se cacher.
Sur le premier album on a grossi un peu le trait pour que ça devienne scénique. On était un peu trop strict et chic, mais comme notre style vestimentaire suit celui de notre musique avec le temps on se laisse aller.  Là par exemple on ne portera pas de noeud papillon, le style sera plus énergique, plus jeune.
 
Des marques fétiches ?
Clémence : Sur la cover de l’album je porte un Bombers de Pierre Rioufol, un créateur que j’adore, sinon on met beaucoup d’Acné Studio, d’Alexandre Vauthier…
 
Vous avez un rituel de bande de filles ?
Louise : Un shoot de vodka et un câlin.
Clémence : On a besoin de se sentir soutenues, on est dans une dynamique d’amour, d’espoir, c’est important de se serrer les coudes.
 
Vos chansons abordent en effet beaucoup ce sujet, celui de l’optimisme, de l’espoir. Vous avez conscience d’être un peu à contre courant ?
Clémence : (Rires) “Et voilà les trois gourdes qui veulent la paix dans le monde”.
Pauline : C’est la grande mode de la cold wave, de ces musiciens très froids. Nous, ce n’est pas du tout ce que l’on a envie de communiquer, c’est même assez énervant tous  ces musiciens qui font la gueule.
Clémence : Oui, on en a marre du génie désabusé. Ce n’est pas à la mode d’être impliqué, de revendiquer ses idées, d’avoir envie d’agir pour demain. On fait un constat très pessimiste de notre génération mais nous on trouve que ce n’est pas le cas. Nos amis se battent pour faire bouger les choses, ils entreprennent, ils remuent ciel et terre. Alors on a peut-etre une belle bande d’idéalistes comme copains mais nous on considère que notre génération n’est pas du tout ni désabusée, ni cynique. Ce serait bien d’enfin en prendre conscience et c’est pour ça que nos morceaux sont optimistes et prônent l’espoir.
Louise : On est souvent touché par des initiatives de jeunes, comme cet adolescent qui trouve le moyen de nettoyer les océans. On est quand même très loin d’être une génération qui baisse les bras non ? On est fières de notre génération et on a envie de le dire !
 
Et du coup cette génération qui croque la vie elle sort où à Paris ?
Clémence : Avec nos potes on est souvent au Sans Souci, on traîne aussi beaucoup dans la rue des Martyrs. Tu peux nous voir errer à la recherche d’un croissant (rires).
Pauline : Les week-end, vous pourrez trouver Louise au Rock and roll Circus, ivre morte, ou derrière les platines, au choix.
Louise : (rires) On aime bien boire des bières. N’importe où. Quand le Sans Souci ferme on va au Mansart, et vice et versa
 
Une petite anecdote avant de nous quitter ?
Clémence : Ahah oui ! Un jour Salvatore Adamo nous a confondu avec les Brigitte ! On a la même manageuse que lui. Et un jour, elle a voulu nous présenter à Adamo car Pauline l’adore. Du coup il s’approche vers nous et notre manageuse lui fait “Salvatore je vous présente….”. Elle n’a pas eu le temps de finir sa phrase que déjà il nous serrait dans ses bras avec un grand “Mais je les connais, ce sont les Brigitte !” C’était myhtique. Après il s’est agenouillé pour s’excuser, c’était trop mignon.
 
Une dédicace aux Paulette pour conclure ?
En choeur : Dansez avec les optimistes !

THEODORE, PAUL ET GABRIEL :: WE WON’T LET YOU DOWN
Sortie le 09 mars
 
Twitter : @TheoPaulGab
 
Concerts :
26/03 : Le Bataclan, Paris http://bit.ly/ConcertTPGBataclan
En tournée dans toute la France : http://bit.ly/WWLYDTour
 
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