THÉÂTRE : RÊVE D’AUTOMNE


Paulette a assisté pour vous à la pièce Rêve d’automne, qui se donne en ce moment au Théâtre de la Ville à Paris.

Nous sommes au théâtre. Nous sommes dans un théâtre. Nous sommes dans un musée. Nous sommes dans un cimetière. Peu importe. Un homme. Une femme. Pas de chabada entre eux mais beaucoup de poussière qui les accable. C’est une relation mortuaire où la chair est muette de peur. Angoisse face à la mort. Certitude de se perdre pour toujours. Les mots de Jon Fosse sonnent aussi poisseux et désarmants que ceux de Marguerite Duras. Ils donnent envie de boire un verre de vin rouge et de se cacher la vue à l’aide d’une paume de main rugueuse et étrangère.

La mise en scène de Patrice Chéreau célèbre cet aveuglement volontaire et féroce face à l’insoutenable. Cet amour douloureux. La mère tentaculaire qui se permet de commenter nos choix amoureux. Cette grand-mère trop usée pour qu’on se sente proche d’elle ou un enfant, notre enfant, qui agonise tout seul car la mise à mort n’accepte aucun compromis humain ; comme une sorte d’infanticide qui nous condamne à tous devenir des assassins amoureux lorsque l’effondrement des corps est plus furieux qu’un attachement animal.

L’homme est joué par Pascal Greggory qui rend son personnage formidable de lâcheté.  Il erre des heures entières dans les cimetières mais il est incapable de se rendre à l’enterrement de ses proches. Il traîne une suffisance glaciale qui se heurte à ses pieds nus et à son dos courbé par la déchéance.

La femme est interprétée par Valeria Bruni Tedeschi qui, il faut le souligner car la vue peut être vivace, est profondément belle. Elle est folle d’amour pour l’homme. Elle est lui, elle est son chien, elle est le chasseur et la biche. Elle suffoque en imaginant l’homme sans maison. Elle pense à mettre des chaussettes rouges parce qu’elle a froid à côté de l’homme qui n’arrive plus à mettre son manteau paralysé par ses membres anciens. Elle arrive encore à marcher lorsque l’homme s’effondre.

Ils s’aiment. Ils se haïssent. Ils se nourrissent l’un de l’autre au milieu d’un cimetière. Leur cimetière. Notre cimetière.

 
Rêve d’automne :: une pièce de Jon Fosse
Mise en scène par Patrice Chéreau
Avec Pascal Greggory et Valeria Bruni Tredeschi

Théâtre de la Ville
Jusqu’au 25 janvier 2011
Informations ici
 

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