THE RODEO : DOROTHÉE, REINE POP

Sur son nouvel EP – qui précède la sortie de son deuxième album – Dorothée Hannequin aka The Rodeo raconte les petites mésaventures de la vie, les siennes, marquée par le poids d’une rupture amoureuse. De son propre aveu, ses textes sont devenus plus sérieux, plus personnels, avec le temps. A ses débuts en solo, elle chantait des petites ritournelles folk d’une voix enfantine. Aujourd’hui, elle gagne en maturité. Même sa voix a pris de l’assurance, elle est plus solide, plus franche. Sans doute, l’expérience de la scène, qui oriente aussi le son de son nouvel album, plus pop, plus orchestré, moins minimaliste. Rencontre.

                                                                                                
Paulette : Tu as débuté la musique à 15 ans puis tu as formé le groupe de rock Hopper, avant de te lancer en solo. Qu’est ce qui a tout déclenché ?
The Rodeo : Avec Hopper, ça a duré neuf ans. Neuf ans pour un groupe, c’est énorme. C’était une longue aventure, on a fait deux albums, plus de 500 concerts. On était un peu fatigué, et il s’avère que j’avais repris la guitare acoustique un ou deux ans avant que l’on se sépare. J’aimais vraiment l’immédiateté de la chose et je me suis mise à composer des morceaux qui n’étaient pas destinés au groupe. Puis, je suis partie aux Etats-Unis, j’ai fait quelques dates dont une dans un petit club à San Francisco, qui s’appelle Hotel Utah – c’était le nom d’un de mes EP d’ailleurs (2009, ndlr) – et ça a été une révélation ! Ça a démarré comme ça je crois. Je voulais me faire violence, après avoir connu l’expérience en groupe.
 
Comment as-tu découvert le potentiel de ta voix ?
Très tardivement ! Je pense qu’on met du temps à trouver son identité vocale. Quand on est plus jeune, on imite des artistes qu’on aime bien, par mimétisme. Il n’y a qu’avec mon premier album solo que je l’ai trouvée. Et encore, même sur le nouvel EP et l’album à venir, j’ai voulu essayer des choses dont je ne me sentais pas capable, chanter dans les aigus, plus doucement. Avec mon ancien groupe, on voulait que je sois la nana à la voix rocailleuse qui hurle tout le temps, mais j’en suis revenu ! J’avais envie de choses plus apaisées, de poser la voix, de laisser de l’espace. Quand je suis seule sur scène, j’aime laisser couler la musique, faire des pauses, jouer sur les silences, les respirations. La musique, c’est un apprentissage ! Quand on vieillit, on veut quelque chose de plus mature, de plus feutré. Il faut du temps pour se décrocher de ses influences et gommer les petits tics qu’on peut chopper en écoutant d’autres artistes.
 
Tu qualifies cet EP 6 titres de parenthèse musicale. Pourquoi ?
Alors  parenthèse parce que l’EP n’a rien à voir avec l’album à venir. Je me suis mise au clavier il y a deux ans. J’ai composé deux-trois titres à partir de cet instrument et ça c’est un gros changement ! C’est parti aussi de l’envie d’ajouter des boîtes à rythmes et d’autres choses, qui sont très différentes de la musique folk traditionnelle. Et parenthèse parce que je trouve que le format EP permet ça : des remix et des choses que je n’aurai pas pu faire avec l’album. Et enfin, c’est une parenthèse personnelle. J’y raconte des choses qui me sont arrivées. Il y a un titre en français, par exemple. Ce n’est pas le premier – il y en avait déjà un sur le précédent EP – mais ça vient au fur et à mesure. C’est l’histoire d’une rupture amoureuse et j’avais vraiment envie de l’écrire en français pour que ce soit plus frontal !
 
Sur ce titre, tu n’as pas la même voix, c’était conscient ?
C’est ce qu’on m’a dit. C’est inconscient mais je m’en doutais ! Sur cette chanson-là, je ne chante pas toujours très juste, mais je l’ai fait exprès parce que je l’ai dite d’un trait, comme on annonce quelque chose à quelqu’un. Pour la petite histoire, ce titre en français était vraiment inspiré des chansons de Françoise Hardy. Il y a très longtemps, une copine, qui travaillait sur l’un de ses albums, m’avait proposé de lui écrire un morceau. J’ai composé cette chanson sans le texte. Finalement ça ne s’était pas fait mais le texte est venu plus tard. Pour moi, c’est presque un hommage ou plutôt un clin d’œil !
 
Ecrire en français, est-ce plus difficile ?
Oui c’est plus compliqué. Bizarrement, les chansons en français partent souvent d’un sentiment très mélancolique, je n’arrive pas à écrire sur des choses guillerettes. Ça demande un plus grand travail intérieur. En France, il y a des auteurs tellement fabuleux qu’il est plus difficile d’éviter les comparaisons et de faire aussi bien ou mieux. Et puis, j’aime vraiment la pop music au sens large, les mélodies pop, même dans les textes, des choses très naïves en anglais, comme Please don’t knock at my door, par exemple. J’adore tout ce qui est Motown, la soul music, les choses très désuètes avec des phrases hyper simples, les girls group des sixties, qui chantent l’amour déchu, etc., les productions de Phil Spector, toutes ces chansons de l’époque. Je ne peux pas faire ça en français, en tout cas pas pour l’instant. Je ne veux pas non plus tomber dans l’inverse avec des paroles en français que les gens ne comprendraient pas, des choses trop abstraites, avec trop de métaphores, j’aime le côté direct ! Je tends à plus d’autobiographie, à me dévoiler un peu plus en français.
 
Cet EP sonne très vintage avec ses ambiances années 60. C’est une époque qui te fait fantasmer ?
Oui surtout aux Etats-Unis. Sur le dernier album, j’étais très branchée Phil Spector. A l’époque, il y avait carrément des pools d’auteurs-compositeurs, qui écrivaient pour des nanas. Je suis assez admirative de ces chansons pop qui restent pour l’éternité, des voix d’époque et de la manière dont c’était très rapidement enregistré. Je suis assez nostalgique de ça. Un titre comme Please don’t knock at my door a été fait en une après-midi. Je dis souvent que je n’aime pas passer trop de temps en studio, je veux que ce soit rêche, qu’il y ait des petites erreurs. Pour moi, ça doit représenter un temps T dans les sentiments et dans la musique. Aujourd’hui à l’ère du home studio, on peut retravailler des chansons à l’infini. Ça donne des choses assez froides malheureusement !
 
 
Le nom de l’EP est Tale Of Woe, Contes d’infortune en français. Pourquoi ce titre ?
C’est étrange et pas très joyeux. Comme Le fantôme de tes pas l’indique, l’année dernière, j’ai connu une rupture amoureuse. Cet EP c’est les petites mésaventures de la vie. C’est aussi  toutes les choses dont je suis nostalgique, des constats de vie, de perte de proches. Mais pour moi, c’est juste un renouvellement. Ma grand-mère était bouddhiste donc je reste très positive ! A New Hope part de cette idée, j’ai écrit cette chanson après un voyage en Inde. Là-bas, on est confronté à d’autres choses, alors on se remet en question, on réfléchit à sa vie, aux directions qu’on prend. C’est toutes ces petites choses qui font que les textes deviennent entre guillemets plus sérieux et beaucoup plus personnels.
 
Tu as enregistré l’album à venir à Paris, avec des invités de marque : François & The Atlas Mountain, Coming Soon, Gush pour ne citer que les plus connus. C’est assez rare d’être si bien entourée. Quel était le rôle de chacun ?
Toutes ces personnes sont des amis ou des proches dont j’admire le travail. J’aimais bien ce côté famille, un peu rassurant. Et pourquoi faire appel à un trompettiste qu’on ne connaît pas alors qu’à côté de soi, on a un mec super qui va assurer. On a souvent partagé les mêmes scènes. On se rend compte que c’est un milieu très petit, et c’est important de garder ces liens entre nous, on se protège les uns et les autres et on s’entraide. Aujourd’hui, je me mets à composer ou chanter pour ceux qui ont participé à mon album.
 
Ton premier album était country-folk, le deuxième sera plus pop. Tu confirmes ?
Il est plus pop et plus arrangé dans l’esprit Phil Spector/Motown ou dans le style de Nick Waterhouse ou Christopher Owens du groupe Girls – des groupes qui restent indie mais qui ont ce côté musique roots traditionnelle américaine. C’est moins minimaliste et plus orchestré. Il n’y a pas de boîtes à rythmes, mais des instruments vintage. Et c’est plus produit et plus riche, dans le sens où il y a plus d’instruments. C’est des vignettes de vie, donc des histoires différentes.
 
Il y a plusieurs références au diable : dans le titre de ton deuxième album, La musica del diavolo, et dans une chanson, Devil in me. Est-ce que tu es croyante ?
Non, non. Je ne crois pas tellement en Dieu, même si une partie de ma famille est catholique et une autre partie bouddhiste. J’ai choisi ces références pour le côté rock’n’roll. J’aime les biographies d’artistes, c’est ma passion ! Devil In Me parle de la rencontre de Robert Johnson (guitariste et chanteur de blues américain, ndlr) avec le diable. Je suis fascinée par les destins de vie, et donc, je crois davantage en la vie et ses rencontres. Quand j’étais en tournée en Italie (25 concerts en 26 jours, ndlr), j’ai rencontré un fantôme et c’est ce qui a donné le titre de l’album, pourtant je suis quelqu’un de très cartésien. La femme qui est apparue, le spectre, avait un grand sourire – j’ai l’impression de passer pour une folle (rires) – elle nous a accueillis dans sa maison avec un grand plat de pâtes (rires). Il y a quelques titres un peu noirs dans ce nouvel album, c’est aussi pour ça que je l’ai appelé ainsi. La pochette de l’album n’est pas encore terminée mais elle va s’inspirer de ces choses ésotériques, de la magie noire. Je ne suis pas du tout branchée par le surnaturel, ce genre de choses, mais j’aime l’esthétique. Depuis que je suis toute petite, je suis fascinée par les films d’horreur et d’épouvante, les séries B, des trucs complètement absurdes. Dans le théâtre et dans la danse, j’aime les choses qui bousculent. Même si ma musique est plutôt conventionnelle, j’aime que ça m’interpelle dans le texte et dans certain thème.
 
Une dédicace aux Paulette ?
Juste avant cette interview, j’étais avec Pablo, le leader du groupe Moodoïd et il me disait de faire un gros bisou aux Paulette. Alors je fais un gros bisou aux Paulette… et de la part de plusieurs musiciens je crois !
 

THE RODEO :: TALE OF WOE (EP)
Believe / Grown Kid
 
Deuxième album, La Musica del Diavolo
Sortie le 9 février 2015
 
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