THE DRUMS, DE A À Z

Guetté désespérément depuis trois ans comme on attend une bouteille jetée depuis l’autre rive de l’Océan Atlantique, Encyclopedia, le nouvel album de The Drums, est une magnifique révélation pour le moins inattendue.

 
Jonny et Jacob, les deux membres fondateurs du groupe new yorkais, illustrent bien le proverbe “On n’est jamais si bien servi que par soi-même.” Ne pouvant pas compter sur leurs parents mystiques vilipendant leur homosexualité, ou leurs concitoyens interdits face à leur mentalité décalée, les deux garçons ont fait preuve d’une certaine résilience pour parvenir à se reconstruire. Ils retracent leur parcours dans cette encyclopédie des sentiments.
Témoignage.



Paulette : Vous avez fondé The Drums il y a six ans. Où en êtes-vous aujourd’hui ?
Jonny : Oh mon Dieu, c’est si complexe ! Je ne me suis jamais senti aussi bien. Je suis confiant. Chaque jour est différent. Évidemment, nous avons  eu des moments difficiles avec des membres du groupe, des maisons de disques et des managers qui nous ont laissé tomber. Parfois je me demande si nous sommes des gens difficiles à vivre ; tout le monde semble incapable de rester longtemps à nos côtés ! Il y a sûrement une part de vérité là-dedans, et je m’efforce d’être moins compliqué, mais, je suis comme je suis.
Je crois que les artistes doivent être un peu difficiles. Quand tu veux rendre les gens heureux, c’est inévitable que tu sois moins content qu’eux ! Je crois que c’est de la responsabilité de l’artiste de devenir égoïste dans le processus créatif. Avoir deux membres du groupe en moins, c’est avoir deux personnes, deux opinions en moins à représenter. Jacob et moi avons une vision très spécifique sur la manière de faire un album. Nous ne demandons rien à personne : nous le faisons ! Et c’est agréable, car Jacob et moi avons fondé ce groupe ensemble, réalisé le premier EP Summertime en 2009 et le premier album The Drums en 2010 ensemble. Et nous y revoilà, après Portamento et nos échecs de groupe en 2011. C’est comme une mise à jour constante et un beau retour à notre forme originelle. C’est pour cela que nous avons appelé notre nouvel album Encyclopedia. Parce qu’il y a toujours de nouvelles informations entrantes et sortantes. Chaque chanson représente un volume encyclopédique.
Voilà où nous en sommes aujourd’hui !



Avez-vous pensé à arrêter The Drums ?
Jonny : Il y a eu quelques moments de doute. Mais à partir du moment où Jacob et moi avons compris qu’être tous les deux était plus une force qu’une faiblesse, nous avons été inspirés et avons décidé d’y aller franco. Dès que nous avons composé la première chanson I Can’t Pretend, nous sentions, nous savions que nous allions faire un grand album. En général, quand on termine un album, on est fatigués, on ne veut plus en entendre parler, notre sève créative s’est évaporée. Et malgré cela, nous sommes toujours prêts à faire la suite. C’est une capacité rare qui nous étonne.

Trois titres de vos chansons assemblés forment une drôle de phrase : “Kiss Me Again Let Me Break My Heart” !
Jonny : (rires) Ma vie est une montagne russe. Nous avons juste été honnêtes sur nos ressentis. Quand j’ai écrit Kiss Me Again, je venais de tomber amoureux. C’est dur pour moi d’être amoureux, et cette chanson est la plus joyeuse de toutes les chansons d’amour de cet album. Mais il y a toujours cette peur de perdre l’autre et quand je dis Kiss Me Again, ça veut dire : fais-le vite avant que ce sentiment ne disparaisse. Il y a toujours de la panique derrière chaque chose. (rires)

Tu as déclaré que cet album ne passerait pas le “Test du Cool à Brooklyn”. Comment peux-tu dire cela ?
Jonny : On n’a jamais eu l’impression d’appartenir à cette scène. On fait partie de ce monde, mais pas complètement. On n’a pas de potes musiciens, on n’a pas d’amis, tout court ! On est comme deux vieilles filles qui faisons du rock du mieux que nous le pouvons. (rires) On n’est pas intéressés par ces groupes de mecs ou de filles qui se disent “Hey ! Allons répéter tous ensemble dans un garage et voir ce qui se passe !” On n’aime pas du tout ça. On entend des morceaux dans nos têtes et on les enregistre comme ça.



Qu’est-ce qui t’énerve le plus ?
Jonny : Ça ne me poserait pas de problème qu’un mec hétéro s’habille comme une fille s’il avait une raison de le faire, autre que “regardez-moi, j’attire votre attention” afin que les gens achètent son disque ou le prennent en photo. Peut-être que dans le futur, ça ne me dérangera pas, mais actuellement, une part de moi-même est révoltée et une autre me dit que les gens devraient faire ce qu’ils veulent, car c’est aussi le message que je véhicule. Jacob et moi sommes gays, et nous nous prenons des douches froides constamment par des groupes où les mecs vont s’embrasser sur scène, mais dès qu’il n’y a plus personne qui regarde, rien ne se passe ainsi. Ils sont bien loin de cette image, ils n’ont aucun ami gay, ne sont même pas intéressés par promouvoir la vraie culture gay, normaliser l’homosexualité, c’est juste une manière de faire le show et de ne pas blesser leurs petites copines. Et ça, ça me rend fou. Mais peut-être que je n’ai aucune raison d’être énervé par ça. Je comprendrai peut-être un jour ma propre erreur. (rires)

Hedi Slimane vous a photographiés en 2009, 2010 et 2011. Quelle relation cultivez-vous avec lui ?
Jonny : Je ne savais pas qui c’était en 2009 lorsqu’il nous a contactés pour nous photographier à Los Angeles. Nous sommes des amis proches ; je reviens de 10 jours de vacances en sa compagnie, où je lui ai préparé à dîner chaque soir ! C’est une des personnes les plus adorables que j’aie jamais rencontrées. C’est un vrai artiste. Nous avons quelques similarités dans nos éthiques de travail. Il ne s’est jamais soucié de ce que pensaient les gens, en particulier quand il a quitté ses différents jobs dans des maisons de mode que nous ne mentionnerons pas ici. Il ne change pas de place, il est comme le Soleil, le monde tourne autour de lui ! (rires) Il est très bien seul. Il a une vraie vision de ce qu’il veut faire. Et nous sommes un peu pareils. Nous devons penser à notre art sur le long terme, pace qu’un jour, nous devrons regarder en arrière et examiner ce que nous avons fait. Et nous ne voulons pas nous dire “oh c’était il y a quelques années, quand on laissait les gens nous dire ce que nous avions à faire.” Ca ruinerait tout.

Où cachez-vous cette “Magic Mountain” ?
Jonny : (rires) Dans nos coeurs. C’est bête, mais c’est vrai. C’est une sorte d’endroit imaginaire sécurisé où nous nous retrouvons pour être créatifs et nous couper du reste du monde. Ainsi, nous avons des moments magiques.



Ecoutez-vous des groupes français ?
Jonny : Oui, Hedi m’a fait découvrir un vieux groupe : Elli et Jacno. Ca semble si cliché ! Mais il m’a montré des vidéos sur Youtube et c’est très inspirant. On a toujours trouvé Jacno très cool ; ce petit français qui expérimentait les synthés, et on s’est trouvé un oeil particulier en commun. Elli et Jacno n’a pas été une influence sur notre nouvel album, mais nous avons bien sûr toujours apprécié les bonnes chansons pop. Nous aimons les chansons qui ont un début, une fin, et au milieu, un couplet, un refrain, un deuxième couplet et un deuxième refrain, peut-être une partie un peu instrumentale… Les chansons qui ont une histoire à raconter, basées sur des expériences vécues. Et souvent, les histoires tristes sont plus faciles à faire passer via une chanson pop. C’est un modèle de structure de chanson chez nous.

Vous avez annoncé que vous joueriez différemment “Let’s Go Surfin’”, parce que cette chanson vous semble à l’opposé de votre réalité actuelle. C’est un peu triste, car beaucoup de gens vous ont connus grâce à cette chanson et gardent cette image pop dansante de vous…
Jonny : Nous prenons cela en considération. Nous la jouons, car nous savons que les kids veulent entendre les chansons qui les ont amenés à tomber amoureux du groupe quand ils viennent à nos concerts. Mais quand il s’agit de composer un nouvel album, on se fout royalement de ce que les fans, même les plus proches, ont envie d’écouter ! (rires)

Comment considérez-vous l’Amour et ses dérives ?
Jonny : C’est compliqué. Les gens procréent pour toutes sortes de ‘shitty reasons’ : se sentir jeune à nouveau, oublier la mort, trouver un sens à sa vie. Je crois que si j’avais eu une enfance heureuse, je penserais différemment, mais ce n’est pas le cas. Alors je suis juste honnête et si ça saoule les gens, tant pis ! Peut-être que c’est une erreur. Mais du patelin d’où je viens, tu serais déjà enceinte parce que tu es dans le début de la vingtaine et que tu es assez grande pour te reproduire, ce qui veut dire que tu devrais le faire. Et c’est juste une des seules raisons ; c’est dingue ! L’autre jour, un ami nous racontait qu’une de ses connaissances avait rompu avec un garçon et lui avait annoncé sa grossesse juste pour le faire rester ! Donc cet enfant sera éternellement puni par ce comportement. Je crois que c’est de l’abus d’enfant ! child abuse (rires) Et ça, c’est la vie !
Concernant mes parents, j’ai tourné la page, je ne les vois plus. Si quelque chose ne fonctionne pas pendant plusieurs années, mieux vaut trouver quelque chose qui marche ailleurs. Sinon, c’est de la perte de temps.



Vous posez-vous des questions existentielles tous les jours ou les oubliez-vous dès que vous avez fait un album ?
Jonny : (rires) Je crois que la vie est une question existentielle à elle seule. On ne peut juste pas échapper à l’esprit de l’Existentialisme. Mais il y a des beaux moments de joie, comme maintenant. (Hilare, il déguste une mozzarella avec fougue, ndlr)

Faites-vous souvent des compromis ?
Jonny : Mmmoui. Je rêve de devenir agriculteur biologique.
Mais tu pourrais le devenir !
Jonny : Oui, mais j’ai trop de choses à faire.

Quels sont vos projets ?
Jonny : Pour The Drums, la sortie de l’album le 23 septembre et la tournée avec notre passage à Paris au Trabendo le 17 novembre, entre autres, et Jacob en a aussi.
Jacob : C’est un projet mouvant, c’est un radio drama à l’ancienne que je réalise avec la compagnie de théâtre écossaise Twelve Stars, qui a été montée par quelques anciens de chez Factory Records. Je vais enregistrer les musiques et autres effets sonores pour cette pièce. J’espère que des stations de radio le passeront tard le soir et qu’on vendra quelques CDs. Ca devrait être fun.



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