THE AMAZING SPIDER-MAN VS. LES KAÏRA


Cette semaine dans les salles obscures, deux films se partagent l’affiche, un duel entre deux productions qui ont envahit les médias d’une communication virulente avant de venir s’exposer sur nos écrans, verdict.

The Amazing Spider-Man VS Les Kaïra

Le point commun entre ces deux films, qui n’ont pas grand rapport à la première approche, résulte dans leur fondement. Venant succéder seulement cinq années après à la trilogie à succès de Sam Raimi (avec Tobey Maguire), le jeune réalisateur de la comédie romantique indépendante 500 jours ensemble, Marc Webb, signe ici un reboot des aventures de l’homme araignée. The Amazing Spider-Man débarque ainsi avec l’handicap d’une odeur de plat réchauffé et peine au premier abord à convaincre les plus avertis de son potentiel novateur. Pour les Kaïra, si le budget est différent, le combat reste le même, l’industrie cinématographique vient tirer profit du buzz de la mini-série originale Kaïra shopping et nous sert sur un plateau cette adaptation format long métrage, orchestrée par Franck Gastambide. Avec une mise de départ peu convaincante d’un côté comme de l’autre, le travail d’amplification du scénario de ces deux films s’avère donc primordial pour faire face aux succès précédents et à cette redondance d’opportunisme lucratif devenu quelque peu irritant pour le spectateur, moins dupe qu’il n’y paraît.
New York VS Melun

Cinéaste de 35 ans, Marc Webb vient s’entacher aux fondamentaux avec The Amazing Spider-Man en restant bien plus conforme que son prédécesseur à l’histoire véritable des comics. Dans ce nouveau film qui se veut révélateur, les origines et la découverte des pouvoirs de l’amical Spider-Man viennent ainsi tisser leur toile sous un angle plus sombre, plus réaliste et contemporain. La direction prise, Marc Webb s’élance sans filets et jongle avec ses bases et sa propre vision du personnage. Un coup de frais qui s’amuse à mêler les genres, alliant l’action pure, le teen-movie et le drame intimiste. Le coup de maître réside dans son choix d’offrir à Andrew Garfield l’opportunité d’endosser le costume de son héros d’enfance. Bluffant de naturel, de fragilité et d’humour, l’acteur se métamorphose littéralement afin de devenir le jeune orphelin.
 
On se laisse aisément replonger dans l’adolescence, dans ce parcours atypique qu’est celui de ce garçon au portrait enfin modernisé et beaucoup moins lisse qu’auparavant. C’est un Peter Parker résolument débrouillard, geek, marginal et romantique, déambulant nonchalamment sur son skateboard et tentant de contrôler sa rage que nous propose la version de Marc Webb. Une rébellion bouillonnante, inhérente à ce personnage principal qui s’affiche moins crédule et respectueux des normes, des promesses voire des attentes liées à ses pouvoirs. The Amazing Spider-Man assure ainsi un traitement de l’histoire sous un nouvel angle et bouscule sa donne générationnelle.
 
A seulement 33 ans, Franck Gastambide affiche déjà une jolie collection de casquettes (réalisateur, scénariste, acteur) et porte également un regard distinct sur sa génération, son parcours. Toujours dans la dérision, c’est grâce à l’humour qu’il étale sur grand écran des tranches de vies. Les Kaïra, c’est avant tout un film de potes, des gars de banlieue qui se prennent à rêver d’un autre avenir où argent, filles et travail ne feraient plus qu’un. Une gloire qui transformerait la glande de leur quotidien, une rude réalité peu flatteuse, décortiquée et jamais prise en pitié. Le ton est posé, les dialogues sont crus, les gags s’enchaînent et les trois acteurs principaux roulent des mécaniques.
 
Amateurs dans le scénario, ils se révèlent également authentiques et en manque de savoir faire face caméra avec un jeu d’acteur frôlant l’agacement, un combo magique alliant une certaine manie de grimacer tout en surjouant. L’audace de ce film ne réside ainsi pas dans la direction de ce trio mais plutôt dans son dynamisme ambiant, son écriture désinvolte et sa ribambelle de références (La haine, les lascars, J.Apatow…). Les Kaïras reste avant tout une suite de sketches, qui se joue des clichés sans pour autant s’en débarrasser, un film culotté pour des âmes peu sensibles aux sous-entendus.

Super-héros VS Stars du X

Comme tout bon blockbuster, The Amazing Spider Man compte sur son potentiel divertissant et son lot de scènes spectaculaires. L’ultime combat se jouera cette fois contre l’homme lézart, interprété par Rhys Ifans, Dr. Curt Connors un scientifique et ami de Peter Parker, qui va perdre pied face à une de ses découvertes. Également présentes, les séquences aériennes apportent leur pesant d’or au film. D’abord tatillon puis as de la voltige, Andrew Garfield se mue et livre une envolée de chorégraphies d’inspiration arachnéenne avec une gestuelle à la justesse et au mimétisme quasi parfait. L’adrénaline n’en fait pas moins oublier qu’un super-héros reste avant tout un cœur d’artichaut. The Amazing Spider-Man revient avec tendresse sur le premier amour de Peter Parker, Gwen Stacy interprété par la juvénile Emma Stone. Une relation sur les bancs du lycée qui culmine sans être guimauve, un aspect de Peter Parker qui le rend plus terrien, moins chevaleresque et maladroit que dans ses précédentes versions. Deux suites sont déjà prévues pour ce reboot de Spider-Man, de nombreuses réponses sur son destin et le sort de ses parents restent en suspens,un super-héros qui n’est décidément pas prêt de quitter nos écrans. D’ailleurs, The Amazing Spider-Man réserve une scène à la fin de son générique !
Du côté de Melun, Mousten, Abdelkrim et Momo, nos trois amis d’enfance entendent sortir de la galère en passant un casting pour devenir acteurs de films X. Un défi de taille pour ces célibataires endurcis, une expérience sur mesure pour ces fanatiques du milieu. Le reste du film se déroule donc sans grande surprise et en grande partie en-dessous de la ceinture. Les vannes sont volontairement graveleuses, les insultes, les fautes de français et de syntaxe deviennent monnaie courante, on frôle la misogynie également, ce qui peut aisément rendre le spectateur hermétique à cet humour qui se veut réaliste. Un réalisme qui s’apparente toutefois plus à une surenchère de clichés sur la banlieue et ses habitants. En mettant de côté les fesses, le film s’engouffre dans un pèle mêle de péripéties et finit par s’essouffler. Les Kaïra oscille ainsi entre comédie française aux faux airs d’Amérique et film ambitieux avec une flopée de guest-stars. Des lascars qui divisent mais qui savent faire parler d’eux, une virée en banlieue avec une bande d’illuminés, une comédie loufoque, osée mais surtout populaire.
 
> The Amazing Spider-Man, de Marc Webb
Voir la bande-annonce
> Les Kaïra, de Franck Gastambide
Voir la bande-annonce
 

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