TECHNIQUE : LE « DÉCOIFFAGE » À SEC

Bernard Cavalié photographié par Léo Delafontaine pour Paulette.

Le Piano-coiffure de Bernard Cavalié est une sacrée expérience. D’abord car le lieu est agréable et surtout parce que son propriétaire y pratique une technique originale, la coiffure à sec.

Un faux air de Bernard Lavilliers, Bernard Cavalié est un ancien prof d’anglais, musicien et baroudeur invétéré, converti à la coiffure en 1973. Formé par le plus grand styliste du moment, Vidal Sassoon, à Londres, il se spécialise d’emblée dans la coupe sur cheveux secs. De retour à Paris, il complète sa formation chez Christian Lacheni, rue du Cherche-midi, avant de lancer son premier salon rue des Lombards où il coiffe dehors, en terrasse. Rapidement, naît l’idée d’en faire un Piano-coiffure où tous les mois il organise invite divers artistes tels que Thommy Flanagan (pianiste d’Ella Fitzerald), Barry Harris, Christian Brenner, Gilbert Bécaud (son parrain) et bien d’autres encore… Installé désormais au 48 rue Richelieu, il perpétue son cabaret, et sa technique de coupe à sec.

Ici, nul besoin d’amener la photo de Jenifer Aniston, découpée fiévreusement dans le dernier Télé7Jours. Bernard sculpte directement sur votre tête, en tenant compte de ce que vous avez dans la tête, afin de façonner la coupe de vos rêves. Conquise (Oh ! le joli carré aux épaules !), Paulette en a profité pour lui poser quelques questions. Rencontre avec un "décoiffeur" né.

Paulette : Vous vous décrivez comme un "décoiffeur", pourquoi ?

Le décoiffeur est à la coiffure ce que l’impresionnisme" est à la peinture… Fini les catalogues qui vous présentent des stars auxquelles vous voulez ressembler – mieux, que vous voulez être ! Je suis décoiffeur parce que la coiffure n’existe pas, c’est l’individu qui la fait vivre par sa personnalité. Chaque coiffure est unique et dépend de l’humeur du moment, de la météo, du désir et de 150 paramètres différents… C’est une recherche permanente, un vrai travail d’investigation en même temps que celui de son propre investissement… La "décoiffure", c’est le contraire d’une coiffure statique et figée par de la laque ou un quelconque fixateur… Je suis décoiffeur parce que libre !
 
Quelles sont les principales étapes de la coiffure à sec ?
Je commence par regarder la structure générale de la personne qui se présente à moi : sa façon de marcher, de s’habiller, son port de tête, la place de ses cheveux dans sa silhouette et les tics qui l’accompagnent (chez les personnes à cheveux longs ou à frange par exemple). Je masse son cuir chevelu, ce qui permet de sentir les implantations, les épis tout en évacuant toute tension chez la personne. On se met d’accord sur la longueur à couper puis je commence à tailler une infrastructure comme on pose les fondations d’un édifice. J’obtiens ainsi une forme générale avec les bonnes proportions. Je sculpte ensuite un premier dégradé afin de faire ressortir les volumes recherchés. L’image globale apparaît alors, donnant déjà une idée assez précise de la coupe finale. Je poursuis avec un effilage minutieux pour permettre aux cheveux de s’imbriquer les uns les autres de façon à se soutenir et construire les volumes aux bons endroits. Après le shampoing et le soin, je finalise le dégradé et l’effilage sur les cheveux propres et secs !
 
Quels sont les avantages par rapport à la coiffure traditionnelle sur cheveux humides ?
C’est un travail long et précis pour le coiffeur qui demande beaucoup d’observation et de concentration, l’idée étant que les mèches se replacent "miraculeusement" dans le bon sens lorsque la cliente secoue la tête ! Ceux qui coupent sur cheveux mouillés (comme on l’enseigne depuis plus d’un demi-siècle dans les écoles de coiffure) raccourcissent les cheveux avant de les mettre en plis en les chauffant, ce qui donne évidemment un résultat éphémère qu’il faut reproduire hebdomadairement – clientèle idéale pour les coiffeurs ! Décoiffer c’est donc coiffer pour plusieurs mois, car ce que l’on a en sortant se retrouvera le lendemain au réveil, ce qui fait que l’on pourra se laver la tête autant de fois que l’on voudra !
Quel est le secret d’une coupe réussie ?

Une coupe réussie est celle que l’on ne voit pas, qui s’intègre parfaitemement à la personnalité de l’individu. Une coupe réussie ne doit pas pénaliser l’individu mais l’avantager ! On reconnaît une coupe réussie au fait qu’on ait la tentation d’y passer les mains ou l’envie de toucher ! Mais le grand principe à ne jamais oublier c’est que les cheveux, c’est pas sur la tête mais dans la tête !

Piano-coiffure, 48 rue Richelieu Paris 1er. 70 euros la coupe / Tel : 01 42 96 01 58
 

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