TALENT DE RÉALISATRICE : GIA COPPOLA


Photo de Gia Coppola par Stéphanie Chermont
 
Gia Coppola porte bien son nom et a subi la pression de celui-ci pour la réalisation de son premier film, Palo Alto. Petite-fille de Francis Ford, nièce de Sofia, Gia trace son chemin main dans la main avec l’acteur et le touche à tout James Franco. Adapté de son adolescence et de ses expériences, James Franco n’a pas été qu’un conseiller pour le scénario : il joue un prof de sport attiré par ses élèves Dont la très jolie April (Emma Roberts, nièce de Julia). Avec Teddy (Jack Kilmer, fils de Val), Fred et Emily, les 4 adolescents vont errer dans Palo Alto, à la recherche de leur avenir, de leurs délires et de toute stimulation de leur quotidien très proche de l’ennui… Que vont-ils explorer ? Comment Gia Coppola a-t-elle travaillé ce premier film ? Rencontre à Paris avec la très élégante et jeune réalisatrice de 27 ans, aussi douée avec la caméra, qu’avec la mode, la musique et les questions sur sa famille.
 
Paulette : Bonjour Gia, ravie de te rencontrer. Je m’excuse si mon anglais n’est pas parfait aujourd’hui…
Gia Coppola : Ne t’inquiète pas, le mien n’est pas parfait non plus ! (Rires). C’est pour ça que je filme.
 
Est-ce que c’est ta première fois ici, à Paris ?
Ce n’est pas ma première fois en France, je suis venue ici il y a un certain temps déjà. J’adore venir à Paris même si aujourd’hui, je n’ai vu que la chambre de cet hôtel (rires). Mais quand même, hier soir, j’ai réussi à me balader vers Notre Dame, la Tour Eiffel et j’ai pris le temps de bien dîner avec de l’excellente nourriture française.
 
Qu’est-ce que t’évoque Paris en tant que jeune femme et réalisatrice ?
C’est vraiment magnifique, j’adore toute l’Histoire qui s’est déroulée dans cette ville. Ça pourrait être un lieu pour un prochain film…

 
Tu t’appelles Coppola, un grand nom du cinéma, est-ce une bonne raison de se lancer comme réalisatrice ? Tu n’as pas peur des critiques ? Alors que tu as commencé par des études de photographie…
Oui, j’adore la photographie mais j’en ai fait le tour, j’en avais marre de photographier tout le temps, j’avais besoin de relever certains défis comme celui de me lancer en cinéma, commencer à tourner mes propres films. C’était une idée excitante et je pense que j’étais déterminée malgré toute la pression qui s’est jointe à cette envie. À cause de mon nom de famille… Mais quand j’ai rencontré James Franco, qu’il m’a expliqué son projet de film et sa volonté de le faire avec moi, qu’il croyait en moi, je m’y suis mise pas à pas, j’ai perdu toute timidité. J’ai foncé et oublié ce qui me retenait. J’ai laissé de côté toute la pression de mon nom Coppola et j’ai avancé pour faire ce film, Palo Alto et surtout, j’ai commencé à m’amuser. La pression m’a finalement donné envie de travailler encore plus !
 
Pourquoi avoir commencé par la photographie ? Qu’est-ce qui te plaît dans cet Art ?
J’avais l’impression que c’était la seule chose que j’étais capable de faire. Je ne savais pas faire grand chose mais ça oui, j’avais envie d’étudier, d’apprendre à être créative. J’ai appris avec un professeur, Stephen Shore que j’admirais, j’ai eu besoin de lui pour me guider artistiquement.
 
Est-ce que tu te souviens de la première photo que tu as prise ? La première image qui est entrée dans ta vie, même enfant ?
Je me rappelle d’un Polaroïd où ma mère fêtait son anniversaire, à chaque année soufflée, je lui offrais une photo de sa fête. À la fin, j’en ai fait un livre avec toutes les photos, pour elle. Je crois que tout a commencé à cette époque, sans le faire exprès, et j’ai continué à prendre des photos le reste du temps jusqu’à ce que ça devienne sérieux.
 
Comment es-tu passée derrière la caméra ? De la photographie à la réalisation, il n’y a qu’un pas ?
J’ai l’impression que le cinéma, c’est une extension de la photographie. J’aime les costumes, les musiques, j’aime la mise en scène, travailler avec des acteurs et apporter des éléments à un scénario. Gérer plusieurs grosses caméras qui bossent ensemble, ça a été un vrai défi qui m’a plu. Une fois sur le tournage, j’ai senti que j’étais à ma place.
 
Parlons un peu plus de toi. Comment travailles-tu, comment s’est passé le tournage de Palo Alto, ton premier long-métrage ?
James Franco m’a demandé de choisir dans son livre les histoires que je préférais. Je les ai ensuite adaptées pour le script et James me disait de ne pas trop les travailler. On a ensuite testé l’une des histoires en la filmant avec quelques amis le temps d’un week-end. On a pu observer ce que ça donnait, ce que ça valait, ça nous a aussi laissé une chance de travailler entre amis, comprendre l’histoire, la cerner. Après cet entraînement, j’ai compris que je ne voulais pas un film fait de plusieurs histoires mais d’une histoire entière, il fallait combler les blancs avec ma propre imagination. L’idée était de capter l’essence du livre de James et de faire en sorte que tous les personnages s’accordent entre eux. James m’a vraiment aidé dans l’interprétation des personnages. Il ne restait plus qu’à les diriger.
 
“Avec James Franco, ça a tout de suite collé”
 
Comment as-tu rencontré James Franco ? Comment ça s’est passé ?
On s’est rencontrés par hasard ! Je l’ai vu un jour et le lendemain, je le revoyais à une fête. Ma mère nous a en quelque sorte présentés l’un à l’autre, ils se connaissaient et elle pensait que l’on deviendrait vite de bons amis. Ça a tout de suite collé, il s’est très vite intéressé à ce que je faisais, on est restés en contact avec l’idée de travailler un jour ensemble. Il m’a ensuite donné son livre que j’ai adoré. James avait envie de l’adapter au cinéma, dès le départ, comme un challenge.
 
C’est ton premier film et tu n’as pas choisi le plus simple : adapter un livre que tu n’as pas écrit et qui raconte les souvenirs de James Franco plus jeune. Comment l’as-tu abordé ?
En fait, c’était plus simple que prévu. C’était dur car c’était mon premier film mais j’avais déjà une matière, de quoi commencer à bosser. J’ai surtout eu la chance de l’avoir à mes côtés et de m’aiguiller pour tel ou tel personnage, c’est comme tu le dis, son inspiration.

 
On le voit partout James Franco, on dit même qu’il travaille H-24… C’est vrai ?
Oh yes ! C’est un workaholic !
 
Était-ce la même complicité avec tes acteurs sachant que vous avez à peu près le même âge ?
J’adore mes acteurs, nous sommes de très proches amis dans la vie. J’étais tellement triste quand le film s’est fini. On est tout le temps en contact, j’ai tellement appris de chacun d’eux, ils m’ont inspiré aussi et c’est génial d’avoir ses copains pour travailler.
 
“Sofia ne m’a pas aidée pour réaliser le film”
 
On lit que Sofia Coppola t’a aidée pour le film, est-ce vrai ou complètement inventé ?
Non pas du tout. J’avais besoin de me faire mon propre chemin en cinéma, de le faire par moi-même. J’ai montré mon film à ma famille bien plus tard et ils m’ont soutenu. Sofia était en train de faire son nouveau film en même temps donc elle ne m’a pas aidée.
 
Ce qui est scotchant, c’est votre ressemblance dans la manière de réaliser… Qu’en penses-tu ? Elle aussi a commencé par filmer la jeunesse à ses débuts…
Je ne peux qu’être flattée ! J’adore Virgin Suicides, c’est l’un de mes films préférés. Bien sûr, c’est ma tante, c’est comme une grande sœur. Je peux l’admirer mais je peux aussi aller plus loin dans mon propre travail.
 
On ne connaît pas bien l’héroïne de Palo Alto, Emma Roberts (la nièce de Julia Roberts), qui est-elle ?
Elle est un peu plus âgée que son personnage en réalité, c’est une excellente actrice car elle a su se replonger dans son adolescence et se souvenir de qui elle était. Une actrice adolescente n’aurait peut-être pas eu le recul et la maturité nécessaire… C’est une fille très drôle, pleine d’expérience et j’ai beaucoup appris d’elle.
 
Qu’est-ce que l’on peut raconter sur Palo Alto, qu’est-ce que dégage cette ville californienne ?
Je crois qu’on le sent dans le livre de James Franco, à Palo Alto, il y a une atmosphère très particulière, celle de l’expérimentation, de l’envie d’essayer. La ville est jeune, et cette jeunesse a envie de réussir, de faire quelque chose de son existence, de montrer qui elle est, ce qu’elle va devenir. J’ai essayé de garder cette ambiance. C’est aussi à cause de la banlieue de Palo Alto, il n’y a pas grand chose à faire là-bas, à part s’attirer quelques ennuis.
 
Est-ce que ça a été la même chose pour toi, dans ton adolescence ?
Oui ! Je ressemble définitivement à ces personnages. Je viens de Los Angeles, là-bas c’est différent mais j’ai mes grands parents qui habitent dans le nord de la Californie pas loin de Palo Alto. Donc je me sens proche de ces jeunes. J’ai un peu vécu les mêmes questionnements que ceux de mes personnages.
 
 
Ce n’est pas ta première réalisation, il y a ce très beau clip “All my life” tourné à Las Vegas… Tu peux m’en dire plus ?
Oh génial, tu l’as vu ? J’adore Las Vegas, j’ai une fascination pour ce lieu et c’est pourquoi j’ai tourné ce court métrage. Mon cousin (Robert Schwartzman)voulait un clip pour sa musique, j’ai tout de suite saisi l’opportunité ! Ce que j’aime à Las Vegas, c’est observer les gens qui deviennent fous, bizarres. C’est très intéressant en tant que spectateur, observateur. C’était cool de réaliser ce clip car dans cette ville, dans ce casino, le temps s’est arrêté. On ne sait jamais quand le soleil se lève ou se couche, du coup, on a travaillé dur sans se rendre compte du temps qui passait.
 
Tu as la chance de travailler avec ton grand-père Francis Ford Coppola dans sa maison californienne. Ce n’est pas un secret, comment ça se passe entre vous ? Est-ce qu’il te conseille ?
En vivant à Los Angeles, pas très loin, j’ai l’opportunité d’y aller pendant les vacances et les étés. J’ai même passé plusieurs mois dans sa maison quand il était en train de réaliser son long-métrage Twixt. C’est important car ça a été comme une école de cinéma pour moi, j’ai suivi le tournage. J’ai appris de lui aussi. Ça m’a laissé le temps aussi d’écrire, de confronter mes idées.
 
Et que fais-tu quand tu ne travailles pas sur un film, au quotidien ?
Je fais tout plein d’expériences, je vis ma vie pleinement et ça me sert d’inspiration. Je traîne beaucoup avec mes amis, je vais beaucoup au musée, voir des concerts, je regarde pas mal de photographies, de films. Parfois, juste en allant prendre une bière avec des amis, l’inspiration me vient !

 
Quel genre de musique aimes-tu ? Comment as-tu choisi la musique pour Palo Alto ? Connais-tu un peu la musique française ?
J’ai confié la musique à Dev Hynes (Blood Orange, Lightspeed Champion). J’ai aussi voulu choisir de petits groupes pour accompagner musicalement l’histoire, pas de musiques trop connues. C’est ce qui me plaît. Et oui, la musique française… Je connais Phoenix ! (Rires). Après je suis assez fan de Serge Gainsbourg.
 
Dernière question : Paulette, à quoi ça te fait penser ?
Comment dis-tu “potatoe” en français ? Je pensais que ça se disait Paulette. (Rires). Une bonne grosse patate. My bad !
 
>Palo Alto, de Gia Coppola
Sortie le 11 juin 2014
Voir la bande annonce :

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