TALENT DE RÉALISATEUR : DANIELE LUCHETTI


Photos de Sébastien Vincent pour Paulette Magazine
 
Son nouveau film, Ton absence, est sa réalisation la plus personnelle, la plus intime. Le réalisateur Daniele Luchetti évoque avec force et sensualité les états d’âmes d’un couple et de leurs deux enfants. Ils s’aiment par passion, se déchirent,  s’aventurent vers d’autres horizons sexuels mais se retrouvent, dans une Italie des années 70, avec beauté et poésie. Un film très bien réalisé, romantique et réaliste, qui nous a donné envie de rencontrer celui qui en a eu l’idée, inspiré par sa propre vie et famille… Rencontre avec Daniele Luchetti.
 
Paulette : Je travaille pour un magazine qui s’appelle Paulette, quel personnage vous imaginez avec ce prénom ?
Daniele Luchetti : Je ne sais pas exactement mais c’est vrai que l’on considère souvent les femmes françaises plus gracieuses que les femmes italiennes… Sans doute car les Françaises ne savent pas user du chantage qu’utilisent les femmes italiennes ! Paulette, ce n’est pas une femme qui fait du chantage c’est sûr ! (Rires).
 
En parlant de femme, votre film Ton Absence  parle de la femme qui est soit maman, soit maîtresse, soit féministe, est-ce que c’était votre volonté au départ de parler des femmes dans différents domaines ?
Oui c’est juste. Je suis parti avec l’idée de travailler sur la famille italienne avec trois déclinaisons. Tout d’abord, le couple Guido et Serena, la famille paternelle, la famille maternelle. Dans ces trois cas, c’est une femme qui domine effectivement ! Elle domine sans donner l’impression de dominer, soit par la chaleur, soit par la froideur, soit par la victimisation. La famille, c’est l’unique institution dans laquelle l’Italie croit encore ! L’Italie ne croit plus en l’État, en l’Église ou en la Politique. Mais en revanche elle croit encore en la famille et dans celle-ci, c’est toujours l’élément féminin qui domine. Ce n’est pas Mama italienne telle que l’on imagine, ça, c’est un cliché littéraire !

 
Est-ce que vous vous êtes inspiré de personnages féminins autour de vous, est-ce dans ce film, il y a de votre maman, de votre femme, de votre fille ?
Exactement, les personnages féminins de mon film, c’est ma mère et ma femme ! J’ai inventé les événements mais les caractéristiques qui font les personnages représentent assez fidèlement les personnages de ma famille.
 
Tout un passage du film se situe en France, avec un groupe de femme féministes, comment vous est venue cette idée ?
Je me suis souvenu du moment où le corps s’est libéré, la nudité a cessé d’être un tabou, pas simplement dans la famille mais aussi à la télévision, au cinéma, c’était l’idée que tous les corps, toutes les voix étaient belles à leur manière. Et ça, je l’ai appris à seulement 10 ans. Ça a été un moment très important pour moi.
 
Finalement, c’est un film très personnel, et dans toute votre filmographie (Aprile, La Nostra Vita, Mon frère est fils unique) sans doute votre long-métrage le plus intime…
Oui, j’ai cherché des éléments très personnels, j’ai posé des hypothèses sur chaque personnage en me disant “Qu’est-ce que j’aurais fait si j’étais à sa place ?” c’était un grand travail d’imagination, avec de la distance aussi, mais aussi un travail à l’envers par rapport à la distance.
 
Ton Absence traite avant toute chose de l’Amour… À la fois vital et passionnel, comme si ce genre d’Amour ne pouvait se vivre qu’en Italie. Qu’en pensez-vous ? Je ne sais pas si on aurait pu faire le même film en France, avec des acteurs français…
C’est marrant car lorsque j’ai écrit ce film, j’avais dans la tête une phrase de Truffaut : “Ni avec toi, ni sans toi” (ndlr : dans le film La femme d’à côté, 1981). C’est impossible de rester trop loin ou trop près. Et c’est exactement ce qu’il se passe dans le film, des forces les attirent, des forces les repoussent, ils sont toujours tiraillés entre l’un et l’autre.

 
Est-ce qu’il y a quelque chose d’Italien là-dedans ?
Je ne sais pas mais ma famille était comme ça, et je suis sûr que d’autres Italiens le vivent comme ça aussi… (Rires). Mais je pense que oui hein ! Et les Français alors, c’est comment l’Amour ?
 
En France, on a souvent le cliché de pouvoir aimer plusieurs personnes tandis qu’en Italie, c’est le sentiment de n’aimer qu’une seule femme ou qu’un seul homme et de s’y accrocher… Disons qu’en France, on a l’impression d’être plus libres en amour…
En France, c’est peut-être ce sentiment d’avoir et de garder son propre espace, surtout quand on aime… C’est intéressant. En Italie, non, l’espace privé n’existe pas ! Si tu es avec quelqu’un, tu donnes tout, tu n’as pas de secrets, tu n’as pas de téléphone, tu n’as pas de lieu à toi, tout est partagé et lié.
 
Mais alors c’est comme ça que vous aimez, vous ?
Non, moi je n’aime pas, c’est pour ça que je me suis jeté dans “la rivière” (ndlr : en français, jeté à l’eau !).

 
Pourquoi avoir choisi de si belles personnes pour les acteurs ? Ils sont terriblement séduisants.
Oui, je crois que la force étrange de cet amour entre mon père et ma mère, que je transcris dans le film, est lié au fait que c’était un homme et une femme très très beaux. Quelque part, il y avait une sorte d’effet miroir entre les deux. Et au lieu de créer une liberté, si je suis une femme très belle je dois avoir un homme très beau, c’était comme un piège entre les deux, ils s’attiraient l’un vers l’autre.
 
Est-ce que votre famille a vu le film ? Qu’est-ce qu’ils en ont pensé ?
Ma mère était très tranquille jusqu’au moment où le film est sorti car elle a du expliquer à ses voisins ce qui était vrai et ce qui ne l’était pas ! Et depuis, elle existe des choses différentes à qui lui demande, et comment on lui demande…
 
Comment vivez-vous votre propre vie, calquée sur le film ?
Ma vie, c’est comme le film vraiment, à l’image près.
 
Mais c’est un peu dangereux de mettre autant de soi dans un film non ?
En fait, ma vie sentimentale en ce moment est aussi dramatique que celle du film… Je pense que c’est le film qui m’a porté malheur ! (Rires).
 
À côté du film, qu’est-ce que vous faites en ce moment ? Dans le film, on voit un intérêt pour la sculpture, l’Art, la peinture…
Non je suis un passionné de cinéma et puis c’est tout. Mais s’il devait y avoir une deuxième voix expressive, ça serait la cuisine. C’est dans la cuisine moderne que me sont venues beaucoup d’idées que j’ai ensuite exploitées dans les films. L’idée par exemple de la cuisson rapide de la viande, des poissons, même des légumes, ça permet de garder toute la fraîcheur et le parfum des aliments, ça je l’ai amené dans le cinéma, tourner rapidement permet de garder la fraîcheur des sentiments, de ce qui se passe. On pourrait écrire un livre sur ce sujet, sur le parallèle entre cinéma et cuisine ! Surtout entre le processus créatif de la nourriture et le fait de filmer.
 
Et alors quel plat vous cuisinez le mieux, comme un excellent film ?
En ce moment, je suis fort pour ça (Daniele Luchetti me montre une photo d’une bille plate transparente). C’est une recette d’un plat très pur à la base. C’est une bulle d’eau minérale. Une sphère d’eau gazeuse. Je ne peux pas dire comment je les fais mais c’est chimique, avec de l’algue, en extérieur l’apparence est solide mais dès qu’on la met dans la bouche, ça devient de l’eau. C’est magique ! C’est mon côté créateur en cuisine.
 
Est-ce que vous avez un mot de la fin ?
Bah oui, est-ce que cette Paulette est mariée ? (Rires).

 
>Ton Absence, de Daniele Luchetti
Sortie en salles le 28 mai

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