TALENT D’ACTRICE : DORIA ACHOUR

 
Pour la sortie du film “Papa was not a Rolling Stone” de Sylvie Ohayon, nous avons rencontré deux de ses acteurs : la jeune et talentueuse Doria Achour et Marc Lavoine, son beau-père violent dans le film. L’occasion était trop belle pour Paulette de mieux connaître cette actrice, Stéphanie à l’écran, une adolescente qui rêve d’un avenir plus doux et d’un quotidien hors du commun.
Cette histoire, c’est celle de sa réalisatrice, celle d’un livre écrit trois ans auparavant sur sa vie, ses périples amoureux, dans une cité de La Courneuve. Flash back dans les années 80, Marc Lavoine nous raconte en toute décontraction ses quelques souvenirs… Ça décoiffe !
 
Paulette : Doria, comment tout a commencé pour toi au cinéma ?
Tout a commencé un peu par hasard. C’était une annonce dans Libération, ils cherchaient une petite fille pour incarner la fille de Sergi Lopez dans un film de Manuel Poirier (ndlr : Les Femmes… Ou les enfants d’abord, en 2002). À l’époque, on envoyait encore des photos, ma mère l’a fait. Elle m’a demandé si j’avais envie et c’était oui. Ils nous ont rappelé, ça a marché et j’ai fait ce film. Ensuite, j’ai trouvé un agent mais je n’avais que 9 ans (Rires). Et j’ai continué !
 
Dès tes 9 ans, tu as su que tu voulais être actrice ?
J’ai tout de suite su que je voulais être actrice ou réalisatrice, j’adorais le cinéma et j’avais commencé à faire des courts métrages avec mes copines. Ce premier film a été vraiment marquant, j’étais un bébé…
 
Pour Papa was not a Rolling Stone, qu’est-ce qui t’a donné envie de faire ce film ?
C’est la réalisatrice, Sylvie Ohayon. Elle est surprenante. On s’est rencontrées et elle m’a parlé de tout son parcours, elle m’a aussi parlé d’elle. C’est quelqu’un qui a fait des choses tellement différentes, d’études de Lettres à un travail dans la publicité, dans les bijoux, elle a écrit des livres. Elle s’intéresse à tout ! Elle m’a fasciné dès le départ. Ensuite, elle m’a parlé de son bouquin et j’ai lu son livre avant de lire son scénario. C’est là que j’ai trouvé toute la matière possible du film, tout son style, j’ai accroché. Et à la lecture du scénario, j’ai vu ce à quoi elle voulait s’attacher, pour un film d’1h30, on ne peut pas parler de tout.
 

 
Est-ce que tu peux nous décrire ton personnage ?
Je suis Stéphanie, une ado très ambitieuse qui est un peu le fruit du hasard entre un père et une mère qui ne se connaissaient pas. Je crois qu’elle s’en veut d’être née de ça et en même temps, elle s’est créée à partir de ça, c’est ce qui la rend forte. Elle est digne, elle a besoin de beaucoup d’affection, qu’on la rassure aussi. Elle trouve auprès de sa meilleure amie toute l’attention dont elle a besoin, même si Stéphanie n’est pas très sympa en retour. Elle veut s’en sortir mais pas à tout prix, elle reste digne, donc elle choisit de s’en sortir par les études.
 
Le film est tourné en cité, à la Courneuve, et tu joues une fille qui veut s’en sortir, comment as-tu perçu cet engagement ?
Je ne suis pas née dans une cité. Après, c’est la Courneuve des années 80, je ne sais pas s’il y a vraiment un point de vue politique, en tout cas, ce n’est pas la banlieue d’aujourd’hui. Sylvie avait envie de rééquilibrer les choses et de dire : “Non, tout n’était pas pourri, moi je vais vous donner ma version de l’histoire, c’est comme ça que j’ai vécu les choses”. Il y avait de l’amour, de la bienveillance, les gens communiquaient, tout était simple. Je pense que c’est seulement un point de vue sur une époque et une façon de rétablir cette vérité qui existe et c’est comme ça qu’elle l’a vécue.
 
Que penses-tu des années 80 justement ? Les tenues, les attitudes, l’amour aussi ?
Pour moi, les années 80, tout comme les années 60 et 70, ce sont des époques entraînantes avec de l’énergie, de la vivacité. Après, toute cette énergie que l’on voit dans le film, c’est lié à la place de la danse. L’amour, je crois que ça reste universel, on peut retrouver ce genre de relation aujourd’hui.
 
“Je me suis préparée avec Kamel Ouali”
 
C’est sûr que tu es très active dans ce film, on te voit danser, chanter du Jean-Jacques Goldman, faut que l’on en parle…
(Rires). Je ne suis pas danseuse à la base, j’ai eu le droit à un mois et demi de préparation avec Kamel Ouali ! Il est très dur mais c’était super. Il m’a appris en un mois et demi ce que j’aurais pu apprendre en un an. J’ai réussi en un mois à faire le grand écart. J’avais fait un peu de danse orientale mais il y a 7 ou 8 ans donc… c’était un vrai défi. J’étais avec des danseurs pro donc ils avaient l’impression que c’était naturel, que tout le monde pouvait le faire. Retenir des chorégraphies, ils l’apprenaient en deux minutes et moi, je devais me concentrer au maximum pour les retenir, c’est un véritable travail de mémoire. Ça peut paraître bête mais je n’avais pas cette mémoire là.
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Et Jean-Jacques Goldman, tu comprends cette admiration de Stéphanie dans le film ?
Oui je la comprends. Je ne l’ai pas partagée adolescente, ce n’est pas vraiment ma génération mais les textes qu’il écrivait à cette époque, je comprends que Sylvie se soit retrouvée dedans. “Envole-moi” colle parfaitement avec le film ! Mais j’ai aussi mes chanteurs français, je suis fan de Barbara. C’est ma Jean-Jacques Goldman à moi.
 
Tu écoutes quoi comme musique à part Barbara ?
J’écoute beaucoup de rap français, Oxmo Puccino, Rocé, la Scred Connexion, Haroun. Sinon évidemment, NTM, IAM… Après, j’écoute pas mal de jazz. Et plus récemment, j’ai découvert James Blake. Coup de cœur.


 
Comment se sont passées les scènes avec Marc Lavoine, ton beau-père dans le film ?
Elles se sont bien passées, après c’est vrai que toutes les scènes avec Marc, ce n’était que terrible ! On était très complices pendant le tournage mais on ne pouvait pas développé ça car il n’y avait pas de scènes pour ça (Rires). Il se sentait mal à l’aise de devoir me frapper tout le temps et surtout, de frapper la comédienne qui jouait Stéphanie petite. Dès que l’on disait “coupé”, il venait avec un doliprane, de l’eau et il me disait : “Ça va, je ne t’ai pas fait mal ?”. Et je lui répondais : “Non,  ce n’est pas grave on continue”.
 
Quand tu n’es pas sur un plateau de cinéma, que fais-tu dans la vie ?
Je fais des études ! J’ai repris un Master de cinéma à la Sorbonne, à Paris 1. Je suis en esthétique du cinéma, huit heures de cours par semaine et j’ai un mini mémoire à rendre, il y a un peu de boulot. Ça m’a tellement manqué l’année dernière de ne pas y aller… Après le bac, j’ai fait deux ans de prépa, j’avais besoin de cet enseignement théorique, et là c’est en cinéma donc c’est en complément de ce que je fais. Après mon master, je sais que je vais être triste ! Je ne sais pas si ça existe un doctorat de cinéma mais j’aimerais bien…
 
Une idée de sujet de mémoire justement ?
Je vais rester dans mon côté intello chiant mais mon film préféré c’est Andreï Roublev de Tarkovski et j’aimerai bien faire mon mémoire là dessus.
 
As-tu un mot de fin pour nos lectrices ?
Mes chères Paulette, j’espère que ce film vous plaira et surtout, n’hésitez pas à y emmener votre Georges !
 
 
Paulette : Comment la réalisatrice de Papa was not a Rolling Stone vous a-t-elle donné envie de faire ce film ?
Marc Lavoine : On s’est rencontrés dans un restaurant, elle était très bien habillée, menue, comme un personnage de roman. Et j’ai compris qu’il s’agissait de raconter un morceau de sa vie, un morceau déterminant. Elle m’a raconté son histoire et je l’ai lu ensuite. Son œuvre et sa gentillesse m’intéressent. C’était impossible de refuser.
 
On vous voit souvent incarner des séducteurs gentils, cette fois-ci vous êtes un beau-père odieux et violent…
Ça fait deux fois que l’on me propose des personnages un peu rêches comme ça, le premier c’était avec Jean-Louis Trintignant il y a vingt ans. On était des fascistes pendant la guerre d’Espagne. Et puis il y a eu le mari de Mathilde Seigner dans “La liste de mes envies”, un personnage très trouble et angoissé. Là, on touche à la violence pure, physique, systématique. Je suis le bourreau de cette petite fille. C’est terrible car j’avais à jouer des scènes avec Stéphanie enfant, je devais la frapper. Et frapper une enfant, une jeune femme aussi, c’est un acte odieux. Ça a été des scènes compliquées à faire mais on les a faites ensemble. On se parlait beaucoup. J’essayais d’être le plus délicat possible dans la gymnastique des choses. Avec Doria, c’était différent parce qu’elle voulait qu’on les joue réellement. On les a joué réellement, je n’appuyais pas les coups évidemment mais on a refait souvent des prises. La scène du football sur le canapé, on a du les refaire, c’était raté, j’en étais malade pour elle et pour moi. Mais c’était au service de film que je crois réussi et au fond, le film raconte une histoire positive, qui va dans le bon sens. La représentation du village de la Courneuve, cette solidarité entre les gens, les valeurs de la famille, de la transmission, du courage, de l’amitié et de l’amour…
 
Le film se déroule dans les années 80, les looks de cette époque, vous en pensez quoi ? Ça vous rappelle quelques souvenirs ?
Moi je suis parti de banlieue en 78-79, j’ai commencé à jouer dans une troupe de théâtre et à travailler à l’Olympia. Je vivais entre Orly, Fresnes et Rungis. Je suis venu à Paris pour bosser, j’ai arrêté mes études à 16 ans. Je connaissais le look de banlieue dans les années 70 plutôt, que j’avais ou que mes copains avaient. Dans les années 80, j’étais déjà à Paris, les looks étaient différents. La nuit parisienne faisait que les gens prenaient plus de risques, c’était plus coloré, c’était plus créatif. Les boites de nuit étaient décorées par des artistes, Garouste par exemple, il avait fait le Palace, le Privilège… Les gens qui tenaient ces endroits avaient aussi de l’ambition dans la programmation. Il y avait une nuit très agitée, très culturelle.
Et en même temps, c’étaient les années du sida, ça a crispé beaucoup. On était solidaire pour contre attaquer cette invasion moraliste… C’était chouette côté look, les années Montana, Mugler, Vivienne Westwood, Gaultier, et le streetwear qui influençait la mode, la musique aussi… Les Cure, les Sex Pistols en 77 qui ont emporté tout ça, Police, Bob Marley, on allait dans des sens imposés qui réunissaient finalement par la qualité de leur musique. Il y avait aussi des groupes progressifs, Yes, Genesis, Peter Gabriel, tout ça, on a eu une fusion musicale de dingue.
 
“J’ai vendu des esquimaux avec Gérard Depardieu”
 
Et puis la chanson française était très forte, puissante. Je me souviens quand j’ai signé mon contrat en 1982, dans ma maison de disque il y avait Alain Bashung, Barbara, Léo Ferré, Michel Berger, France Gall, Véronique Sanson, Alain Chamfort, Julien Clerc, je les côtoyais tous les jours. Ils se mettaient autour d’un piano avec des textes intenses. Ils ont marqué mon souvenir, ma mémoire car je les voyais, je les croisais en studio ! Quand je travaillais à l’Olympia je me rappelle, les gens dans la rue ou au café du coin, c’était Richard Bohringer, Maxime l
Forestier… Il y avait un peu partout des gens connus, je me souviens même avoir vendu des esquimaux avec Gérard Depardieu ! J’ai placé Louis Aragon à l’Olympia. C’était une sentinelle, une impression grandiose. De ces années-là, j’ai une carte époustouflante de gens que j’ai croisés ! Dont Barbara, par terre devant l’Olympia avec ses chaussures à la main. Je lui ai demandé si je pouvais lui rendre service d’ailleurs, parce que je bossais à l’Olympia… C’était pas mal du tout. (Rires).
 
Un mot aux Paulette pour conclure ?
Je suis ravi déjà de découvrir Paulette, j’avoue mon inculture qui aujourd’hui cesse ! J’adresse aux Paulette et aussi aux journalistes, fondatrices et créatrices mes respects les plus sincères et je vais m’empresser de rejoindre la tribu Paulette !
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