TALENT D’ACTRICE : CIOMARA MORAIS

 
À peine arrivée à Paris de Lisbonne, l’actrice Ciomara Morais nous retrouve dans un café parisien, le Zèbre à Montmartre. Son sourire un peu fou, ses grands yeux doux et sa joie nous font presque oublier le froid qui secoue la ville. Avec une autre actrice (Cheila Lima) moitié Angolaise, moitié Portugaise comme elle, Ciomara joue un duo de sœurs confronté à la dureté de la vie, de la guerre, de la pauvreté. Malgré toutes leurs aventures parfois traumatisantes, les deux filles trouvent le temps de s’aimer, de découvrir leur corps, leurs envies, leurs rêves. Alda et Maria où comment se laisser porter par un exil adolescent, un peu ailleurs, un peu ici.
 
Dans le film Alda & Maria, tu apprends quelques mots de français. Dans la vraie vie, qu’est-ce que tu connais de la France, de notre langue ?
Pour moi, la France c’est le pays de l’amour ! Et surtout, c’est un lieu aux doux parfums (rires). D’ailleurs, le mien est français enfin je crois ! (ndlr : elle regarde dans son sac et oui, c’est “Chance” de Chanel).
 
De quoi parle le film Alda & Maria, quelle est l’histoire de ces deux jeunes femmes entre le Portugal et l’Angola ?
Alda et Maria sont deux sœurs, elles sont allées au Portugal pour fuir leur enrôlement. Au début, c’est très beau et agréable parce qu’elles attendent comme deux adolescentes leur mère. Elles habitent dans un hôtel, elles sont dans de bonnes conditions durant l’été, elles s’amusent… Mais un jour, leur mère arrête de leur envoyer de l’argent et elles doivent partir. L’aventure commence.
 

Qu’est-ce que l’on peut dire de ton personnage, Alda ?
Je suis la grande sœur, j’ai 17 ans. Je ne suis pas très drôle dans le film, pas très enthousiaste. Je pense que mon personnage doit se sentir responsable pour sa petite sœur. Je m’inquiète toujours à propos de notre mère, de notre père disparu, de notre situation, de l’argent. C’est un personnage très complexe et à l’opposé de qui je suis ! Je suis d’un naturel joyeux, heureux et je pense que l’on ne vit qu’une fois, alors il faut en profiter. Il faut voyager, apprendre, voir, c’est ça la vie.
 
Comment es-tu arrivée au casting du film ?
La réalisatrice Pocas Pascoal a fait un casting auquel j’ai participé. Elle avait envie au départ de parler, qu’on lui raconte ce que l’on fait, ce que l’on est. Et ensuite, elle a demandé à jouer une scène du script. Je me souviens, je devais jouer un moment avec ma sœur supposée, et c’était une scène à forte sensation, nous devions passer du rire aux larmes, puis nous devions presque nous battre !
 
Ce film sur l’exil, la guerre, l’amour, c’est son histoire à elle, à la réalisatrice. Étais-tu au courant ?
Et bien non. Elle ne nous a rien dit. On a su tout ça qu’à la fin du film… Son but était de nous laisser construire les personnages, à notre manière. Elle ne nous a jamais influencé. C’est incroyable. Certains réalisateurs te reprennent au millimètre près, Pocas non, elle nous laissait libre dans la discussion, l’interprétation. Si j’avais su dès le départ que c’était son histoire, j’aurais été différente. La magie aurait disparue. Quand on a trop de détails, l’imagination se réduit.
 
 
Comment s’est passé le tournage ? Comment fonctionnait votre duo ?
C’était vraiment surprenant, Cheila Lima qui joue ma sœur est une actrice adorable. On s’est vraiment bien amusées malgré le sujet du film. Pendant le tournage, je suis tombée malade. En fait, on a tourné en octobre et en novembre alors que l’on devait faire comme si c’était l’été. J’avais tellement froid ! Avec Cheila, on a travaillé notre duo ensemble, c’était important. On a toutes les deux des sœurs donc ça ne nous a pas paru difficile. On a copié la réalité.
 
Vous êtes toutes les deux originaires du Portugal et d’Angola. Que peut-on dire de la situation entre les deux pays ?
L’Angola était une colonie du Portugal. Ensuite, le pays s’est battu pour son indépendance. Mais une guerre civile a éclaté. Et pendant cette guerre, pas mal d’Angolais sont allés vivre au Portugal pour ne pas se battre, pour ne pas engrainer ses enfants dans les combats. Aujourd’hui, la situation est bien différente. Le Portugal vit une grande crise alors que l’Angola grandit petit à petit. Ils se rejoignent.
 
Malgré ce contexte politique atroce, le film n’est pour autant pas dur à voir : vous formez un duo de filles enjoué et vivant. Comment peut-on expliquer ce sentiment ?
Je crois que c’est une question de culture. En Europe, vous avez l’électricité, l’eau courante alors qu’en Afrique, dans de nombreux endroits, il n’y a pas tout ça. Il n’y a même pas assez de nourriture pour manger. Et je ne sais pas comment l’expliquer mais toutes ces contraintes ne nous empêchent pas de sourire. Même quand tout est sombre, on trouve le moyen de croire que ça va changer, qu’il y a de l’espoir. Je peux en parler car dans ma famille, j’ai des Européens et des Africains. Je ne parle pas de couleur mais de culture. Et j’ai pris l’habitude d’observer toutes les différences !
 
Quelles sont les frontières entre la fiction et la réalité ?
Elles sont fines. Mes proches par exemple qui ont vécu dans les années 70 et les années 80 ces événements sont comme dans le film. La vie était belle en Angola et un jour, certains ont décidé de partir au Portugal. Tout a basculé. Ils étaient professeurs, docteurs, physiciens et arrivés au Portugal, ils ont commencé à faire des ménages ou des chantiers. Comment l’accepter ? Je pense que Pocas, la réalisatrice, n’a pas été non plus jusqu’au bout, sinon son film aurait été vraiment dépressif. Je ne crois pas que ça soit son idée, elle voulait raconter une histoire d’amour pour Maria, une histoire de vie et de travail pour Alda. Son but était de se concentrer sur les bonnes choses dans une mauvaise situation.
 

Quand as-tu décidé de devenir d’être actrice ?
Je n’ai jamais décidé de l’être en fait ! Je voulais être enseignante. Mais j’avais besoin de gagner ma vie et un ami m’a proposé de faire des publicités. Je n’y ai jamais pensé. Encore moins à la télévision ! Mais j’ai commencé à en faire, via une agence. J’ai testé un premier casting pour une émission de télévision très connue au Portugal ensuite (ndlr : Morangos com Açúcar) et j’ai été prise ! Tout s’est enchaîné de cette manière. Pourtant, dès que l’on disait action, j’étais terrorisée. Tout ce programme terminé, j’ai commencé une école de cinéma et j’ai appris à jouer. Alda et Maria est mon premier grand film. J’ai 31 ans et je joue une jeune femme de 17 ans, un vrai challenge.
 
Est-ce que le cinéma français est une source d’inspiration ?
Oui, vraiment. Je suis admirative de Catherine Deneuve. Elle est magnifique, talentueuse et tellement sexy ! D’année en année, elle est de plus en plus belle. J’aime l’image qu’elle dégage, fière et grande.
 
Quels sont tes projets à venir ?
Je commence un nouveau film en février entre le Portugal et l’Angola encore. Mais avant ce tournage, je retourne à l’école pour me former comme réalisatrice. J’aime l’humour noir, c’est un peu ma spécialité. J’ai d’ailleurs une envie de scénario, dans un cimetière avec un homme que l’on enterre. Ça paraît bizarre mais c’est en référence à l’Angola. Quand quelqu’un meurt, personne n’a le droit de dire du mal de lui. Même si c’est le pire individu de la planète. Dès que la personne part, elle devient un saint. Les vivants ont peur des représailles de l’âme du mort. Moi, j’aimerais traiter de cette croyance avec humour.
 
As-tu un mot pour nos lectrices ?
Les filles, allez au cinéma ! J’espère que vous aimerez le film autant que j’ai eu du plaisir à le tourner.
 
> Alda & Maria de Pocas Pascoal
En salles ce mercredi 14 janvier 2015
Partager sur :

Vous pourriez aimer...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *