TALENT D’ACTRICE : ANNA MOUGLALIS


Photos Sébastien Vincent pour Paulette Magazine
 
Pour la sortie du film Un Voyage de Samuel Benchetrit, nous avons rencontré la très belle et sensuelle Anna Mouglalis. À la fois douce et mystérieuse, l’actrice est tout sauf une diva. Simple, sincère, entière, elle a joué les plus grandes femmes de notre siècle et des temps passés, de Simone de Beauvoir à Coco Chanel, Juliette Gréco. Mais pour l’heure, dans Un voyage, Anna Mouglalis incarne Mona, une femme aimante, aimée, en phase terminale. Un rôle dur, un défi à relever pour une Anna qui a tout donné pour ce rôle, pour la première fois. Elle nous raconte.
 
Paulette : On se rencontre à l’hôtel Amour, dans le 9ème arrondissement de Paris, est-ce que tu aimes l’Amour justement ?
Anna : Ce n’est pas possible autrement je pense. Je suis Amour.
 
C’est l’un des thèmes forts du film Un voyage de Samuel Benchetrit. Comment est-ce que vous avez travaillé ces thèmes là avec le réalisateur ?
Samuel a écrit le film pour moi. On a eu l’occasion de travailler ensemble deux fois et on s’était rencontrés lors du premier film… Pour de très belles aventures. Ce film est né du désir que j’ai un rôle principal, que je puisse porter un film du début à la fin. On a vu ensemble un documentaire à la télévision par hasard, qui s’appelle Le choix de Jean, et on avait été bouleversés par ce film. C’est revenu régulièrement dans notre conversation, notamment au sujet de l’euthanasie, cette chose folle. La mort, c’est ce qui reste le plus mystérieux. Même les gens qui ont la foi la perde juste avant de mourir, dans la douleur. On se posait plein de questions. Donc ce n’est pas un film qui fait une thèse sur l’euthanasie, ni un film militant, c’est plus une histoire d’amour que l’on prend à un moment fou, ce sont les derniers instants d’une femme qui propose à l’homme qu’elle aime, et qui l’aime, de peupler ses derniers moments et qu’il écrive le dernier chapitre de son livre. À priori, ils n’ont rien de prévu. On m’a demandé régulièrement, s’il ne te restait qu’un week-end à vivre, qu’est-ce que tu ferais ? Rien je pense en fait. Je questionnerais l’angoisse. Il n’y a qu’à Hollywood qu’on se dit “Si j’avais plus qu’un week-end, je sauterai en parachute, et ceci, et cela…”.
 
Il y a sans doute une grosse différence entre ce que l’on aimerait faire et ce que l’on est capable de faire à quelques heures de la mort…
Oui c’est vrai, ce film, c’est ce couple qui s’aime mais qui n’a rien prévu sauf l’heure de la mort, ce qui est fou car normalement c’est vraiment la chose que l’on ne prévoit pas dans sa vie. Comme il écrit sur elle, elle est son sujet, il vient de finir un roman mais il lui manque un dernier chapitre, il est trop faible, alors elle va provoquer des rencontres, des états pour peupler ce dernier week-end.
 

Comment Samuel Benchetrit t’a présenté ce projet ciné ? Est-ce qu’il t’avait prévenu que tu serais à chaque plan du film ?
Il m’a fait lire le scénario qu’il a écrit dans un grand moment d’inspiration, il l’a écrit très vite. Il me l’a donné à lire et j’avais travaillé sur ce sujet, j’ai trouvé ça magnifique. Ensuite, il a réussi à accélérer le processus car normalement entre l’écriture du scénario et la réalisation du film, il peut s’écouler facilement 2 ans. Là, c’était 2 mois.
 
Au moment du tournage, comment ça s’est passé ? C’était très court je crois ? Comment ça se déroulait vu le thème difficile du film ? C’était entre le rêve et le cauchemar ?
Ça n’a duré que 3 semaines. On a tourné avec une économie rigoureuse, on a fait le film pour très très peu d’argent et c’est pour ça qu’on a réussi à tourner si vite ! Que 4 personnes dans l’équipe technique, on portait les caisses, c’était un tournage où il n’y a jamais eu d’attente, on était constamment dans le travail. Du coup, on était entièrement disponibles pour le film, entièrement présents. Si un acteur avait été sur un autre tournage, ça n’aurait pas pu être possible. On l’a fait avec beaucoup d’enthousiasme. Le fait d’être si peu nombreux nous a permis aussi de décider de tourner non stop, de ne pas faire de pause déjeuner, d’être dans le travail. C’est un film que l’on a fait comme des artisans. Il n’y a eu aucune hiérarchie entre techniciens et acteurs par exemple, ce n’était pas le sujet quoi. C’était à la fois douloureux et complètement libérateur. De vouloir l’infirme et de le faire, c’est une force. Samuel, il est doué pour ça, il va au bout, ce n’est pas quelqu’un qui a des projets, il fait juste les choses.
 
On doit te le demander souvent mais comme Samuel Benchetrit et toi vous étiez ensemble, vous avez eu cette vie privée, comment ça se passait pour travailler ? De la femme à l’actrice ?
Nous, on n’a jamais dissocié vie privée et cinéma. Et pour ce film, il n’y a eu aucune limite. Moi c’était la première fois que je m’exposais comme ça, j’ai toujours eu énormément de pudeur par rapport aux larmes, à l’expression de la douleur. Mais bon, je mûris aussi. Je suis plutôt quelqu’un qui se met dans un coin pour pleurer, je n’ai jamais compris pourquoi on pleurait face caméra même si certains acteurs m’ont bouleversé en le faisant… Là, c’est un rôle pour lequel je ne me suis même pas posée la question, c’est au-delà de la pudeur… Donc j’ai exploré des choses que je n’avais jamais exploré au cinéma, des états de douleur et d’abandon face à la caméra, se laisser filmer là-dedans…
 
Comment ça a été tourné ? Dans le film, tu oses et tu donnes tout, de la nudité à la sexualité, du désespoir à l’abandon justement…
On a tourné plusieurs nuits quand même, mais pour une scène de grande tristesse, j’étais seule sur le trottoir et ils étaient tous dans la bagnole. Avec les passants qui ne savaient pas du tout qu’on était en train de tourner, la caméra n’était pas visible, il n’y avait personne autour de moi, ils me voyaient en larmes, pieds nus, en train d’hurler… c’était une expérience particulière et je me suis dis que la fiction protégeait au final. Quand on est plongé dans un personnage comme ça, bah on le vit.
 

Par rapport à tous les autres films dans lesquels tu as joué, en quoi ce rôle dans Un voyage a-t-il été différent ? En quoi ce personnage, Mona, a-t-il bouleversé ton jeu d’actrice ?
C’est un rôle que j’ai pris à bras le corps. Ça a changé par rapport à mon affectation de la douleur d’un personnage, ça m’a touché et ça continue à me bouleverser. C’est ce qui m’intéresse. Souvent, on a l’impression que les acteurs qui pleurent sont des acteurs doués, voilà, moi j’ai toujours fait l’économie de ça parce que j’étais trop pudique, et bien là, j’ai franchi ça, j’ai franchi cette pudeur mais parce que c’était nécessaire là, pour ce film.
 
Point commun avec tes autres rôles, c’est une femme forte, tout comme Simone de Beauvoir, Coco Chanel et Juliette Gréco, des rôles de femmes fortes que l’on t’a confié…
Je dois évoquer une femme forte pour certaines personnes et surtout, le fait d’incarner des femmes fortes me rend forte ! Je grandis avec ces personnages. Ça me transforme.
Revenons à quelques questions plus légères et plus sur toi, ta vie. Tu as vécu dans le Var ? Mais aussi à Nantes, aujourd’hui à Paris…
Je suis née dans le Var. J’ai aussi vécu à Nantes mais j’habite à Paris depuis que j’ai 16 ans !
 
Dans quel coin de Paris on peut te croiser ? C’est quoi ton Paris ?
Je suis en scooter alors je me balade partout dans Paris, j’aime Paris, j’aime cette ville.
 
Quand tu ne joues pas, que fais-tu ?
Je lis beaucoup, je suis maman et je voyage pas mal. J’aime apprendre des choses, je suis curieuse. J’aime apprendre à jouer d’un instrument, d’ailleurs faudrait que je m’y mette sérieusement. J’apprends, je fais des recherches et j’écris énormément, j’ai très envie de réaliser…
 

Ah oui ? Quel genre de film aimerais-tu réaliser ?
Je n’en parle plus, j’ai essayé de faire un film pendant 3 ans, j’avais raconté le sujet et puis je n’ai pas réussi à le faire donc j’arrête d’en dire plus. Mais là j’écris un film et j’espère le réaliser bientôt. À côté de ça, j’ai le théâtre, le cinéma, il faut juste que tout s’articule bien et qu’il y ait une alchimie de choses, que tout se passe bien.
 
Et ton côté mode, par rapport à Chanel, comment arrives-tu à t’épanouir dans cet univers-là, qu’est-ce que ça représente pour toi aujourd’hui ?
Quand je suis entrée dans cet univers, j’avais plein d’a priori sur la superficialité de ce milieu. Il se trouve que j’ai rencontré les personnes les plus profondes et les plus étonnantes que je connaisse, notamment Karl Lagerfeld. J’ai été initiée au luxe et à la beauté. Je le trouve passionnant Karl Lagerfeld. Il est capable de la plus grande futilité comme de la plus grande connaissance.
 
Qu’est-ce qui t’inspire chez lui, qu’est-ce qu’il t’a dit qui t’a donné envie de continuer ?
Il a une façon de me regarder qui a changé plein de trucs. Il a pris des photos de moi alors que je détestais ça, je me sentais anéantie, regardée comme un objet et j’avais l’impression qu’il fallait que je fasse semblant d’être jolie, je n’ai jamais été mignonne moi… Lui, il a choisi dans les photos ce que j’avais de plus singulier, et c’est un cadeau quand on est jeune d’être regardée par un tel œil. C’est l’un de mes plus beaux cadeaux.
 
Dernière question, Paulette, ça t’évoque quoi ?
Paulette, ça m’évoque les années 40… Un côté rétro, il n’y a plus de filles qui s’appellent Paulette ! Ça me fait penser à un milieu populaire, quelque chose de nostalgique…
 

>Un Voyage, de Samuel Benchetrit
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