TALENT D’ACTRICE : ALICE BELAÏDI

 
Rencontre avec Alice Belaïdi, une jeune actrice pleine de pep’s et d’énergie. Originaire de Nîmes et d’Avignon, Alice nous raconte ses premiers pas de comédienne jusqu’à son rôle dans le film d’Audrey Dana, cette semaine en salles, Sous les jupes des filles. Passionnée de théâtre, elle se fait une place au cinéma depuis 3 ans (Radiostars de Romain Lévy, Les Kaïra de Franck Gastambide et bientôt dans Maestro de Léa Fazer) et on la connaît à la TV pour son personnage de standardiste tyran dans Working Girls sur Canal +. Une interview en compagnie de son meilleur compagnon, son chien Jill.
 
Paulette : On est bien installées, au Jardin des Tuileries et tu n’es pas venue seule pour cette interview… Est-ce que tu peux me présenter ton animal de compagnie ?
Alice : Oui avec plaisir ! Jill, viens ici ! Tu t’assoies tout de suite. (ndlr : le petit bouledogue français d’Alice est très bien dressé, au son de sa voix). Tu montres à quel point tu es mignonne ! C’est Jill, elle a 3 ans, je n’ai pas envie de te dire que c’est ma meilleure copine parce que l’on va me prendre pour une nana qui fait de l’anthropomorphisme un peu débile mais bon, ce n’est pas loin, c’est mon compagnon de route. J’ai toujours eu des chiens, des animaux chez moi, chez mes parents, c’est ma première chienne à moi en fait et on a une vraie complicité, je l’emmène partout.
 
Tu l’emmènes aussi sur tes tournages de cinéma ?
Oh oui, pas mal de réalisateurs sont “dog friendly” tu sais ! Elle est super bien dressée, elle écoute donc je peux tout faire. Elle s’appelle Jill comme Jill Scott, la chanteuse américaine. Je l’adore et j’avais envie de l’appeler comme ça, surtout que je trouve qu’elles ont un air de ressemblance. Rires.

 
Tu as grandi avec des animaux à Avignon. Est-ce que tu peux m’en dire plus sur toi, d’où tu viens, où tu as grandi ?
J’ai des parents hippies, très babas cool, j’ai grandi dans un environnement très peace, très roots où on avait le droit de faire ce que l’on voulait avec mes sœurs. Moi j’aimais le théâtre, je m’y suis engouffrée très rapidement et être à Avignon a facilité les choses, c’est quand même LA ville de théâtre par excellence. De fil en aiguille, j’ai fait des spectacles plutôt biens, d’autres beaucoup moins biens jusqu’à Confidences à Allah qui m’a permis de jouer à Paris, j’ai déménagé, j’ai eu un agent, j’ai passé des castings pour le cinéma, c’est là que tout a commencé…
 
Tes parents étaient branchés théâtre ? Tu as quand même commencé très jeune à jouer…
Mes parents oui, ils étaient intellos de gauche, ils lisaient pas mal de livres, ils allaient eux-mêmes au théâtre, au cinéma. Pour l’anecdote, tout est parti d’un hasard car moi petite, je voulais faire des percussions, du djumbé, j’avais 7 ans. Mais on est tombés le mauvais jour d’inscription… C’était une journée pour s’inscrire aux cours de théâtre. Ma mère m’a proposé et c’est comme ça que j’ai commencé à faire du théâtre…
 
Comment passe-t-on du théâtre petite et ado, comme passion jusqu’à en faire son métier ?
J’en ai fait très jeune et ensuite, j’ai vite arrêté les cours de théâtre. J’ai commencé à faire des petites pièces. Philippe Avron qui venait jouer au Festival d’Avignon avait besoin d’une petite messagère sur scène pour lui amener des accessoires, son chapeau, son écharpe. Et il avait demandé au théâtre du Chêne Noir pour lequel je travaillais, j’affichais, je tractais dans la ville s’il connaissait une jeune femme pour faire la messagère, j’ai rencontré Philippe Avron comme ça. Et il m’a pris avec lui sur des dates de tournées et j’ai commencé à gagner des sous comme ça. Donc je suis vite partie de l’école et ça a commencé comme ça. On m’a tendu des perches que j’ai prises mais je n’ai jamais été ambitieuse, je n’en ai jamais eu, ce sont des bonnes occasions.
 
Et de fil en aiguille, tu es venue t’installer à Paris ?
Oui, je suis montée au départ pour essayer de bosser, j’en avais marre du sud, j’avais envie de bouger et en même temps je n’avais pas d’argent donc j’ai fait plein de petits boulots, à la con, mais je n’avais pas encore assez de sous pour me loger donc je squattais à droite, à gauche. Ce n’était pas très agréable comme vie donc je suis redescendue à Avignon, avec comme projet de partir, pourquoi pas aux Antilles à vendre des jus de fruits (rires). Je ne savais pas ce que j’allais faire de ma vie, les petites pièces que je faisais ne me rapportaient rien, je ne pouvais pas en vivre. Jusqu’à ce que la pièce Confidences à Allah (ndlr : pièce adaptée du roman de Saphia Azzedine, Alice est Jbara, petite bergère du Maghreb, devenue prostituée puis femme d’imam, elle parle à Allah. Dans un monde qui ne veut pas d’elle, il est son seul confident) arrive… On a monté ça en 3 semaines… Tout est vraiment arrivé par hasard dans ma vie. Mais je pense que je n’étais pas du tout prédestinée à ça.
 
Le chien d’Alice nous interrompt, elle s’évade à l’autre bout du jardin des Tuileries…
 
Je suis désolée ! Rires.

 
Alors comment es-tu passée du théâtre au cinéma ?
Pas mal de gens du métier sont venus voir le spectacle, il faisait un petit buz, dont des agents et une en particulier, Danièle Gain avec qui je ne travaille plus mais elle a été la première à m’aider, elle m’a fait passer des castings de cinéma, et des réalisateurs sont venus voir le spectacle aussi. Petit à petit, j’ai été castée comme ça. J’ai souvent pas été prise du tout, rires ! Les premiers castings, c’est toujours un enfer. Puis j’ai eu des petits rôles, ça s’est enchaîné jusqu’aujourd’hui où j’ai vraiment la chance de pouvoir choisir quand je veux jouer. Tout a changé, en très peu de temps, et j’en profite à fond. Comme je te le disais, comme je n’ai aucune ambition ou plan de carrière, j’en profite au maximum. C’est du bonus !
 
Si on fait un petit bilan, quels rôles as-tu joué et qui aimerais-tu incarner ?
Je crois que le rôle de la sensible, et moins de la gueularde de service, l’hystéro, j’aimerais revenir à mes premiers amours, aux classiques. Confidences à Allah, ce n’était pas un rôle de rigolote. Et pourtant, je serais contente de changer. Audrey Dana, la réalisatrice de Sous les jupes des filles, m’a fait confiance. Quand elle nous a demandé qui on voulait jouer, elle nous a écrit des rôles sur-mesure. Je lui ai demandé un contre-emploi, “Tu sais, j’arrive à être sensible, je sais être une fille quoi !”. Elle m’a écrit un rôle comme ça. J’ai d’abord été touchée qu’une actrice m’appelle et me propose un rôle, ça signifiait beaucoup de choses. Il y a toujours la petite compétition entre actrices et si une actrice t’aime en tant qu’actrice, c’est un petit plus ! Mais ce qui m’a le plus ému, c’est qu’elle m’a fait confiance après avoir vu une scène dans le film Radiostar, je suis une charretière, hyper vulgaire, une vraie caillera et qu’elle se dise “Cette meuf, c’est une actrice !” et si c’est une actrice, elle va jouer autre chose. Je suis touchée et je la remercie. Je suis impatiente que les gens voient le film ! Je suis curieuse de voir ce que les gens vont penser de cette partie de moi…
 
Justement, dans Sous les jupes des filles, tu es quelqu’un de réservé, timide, à la botte de Vanessa Paradis qui est un vrai mec, est-ce que c’est ton genre de te laisser faire ? Comment es-tu au quotidien ?
Je crois que je suis une insoumise quand même ! Je suis indépendante, je vis seule depuis si longtemps. J’ai eu un appartement très jeune, je me suis toujours gérée.
 
Comment as-tu travaillé ce rôle ?
Souvent je me disais que c’était tout le contraire de moi. Comment est-ce que je vais réagir ? Ok je fais le contraire. C’est ça le contre-emploi. C’était intéressant de me dire : “Oh la la mais si j’étais à sa place, je lui retournerai une baffe !”. Par exemple, il y a une scène du film où Vanessa m’appelle, me fait venir, me rappelle, me fait revenir, elle me mène par le bout du nez, elle m’humilie, et bien Alice Belaïdi elle lui dirait d’aller se faire voir ailleurs ! Alors que mon personnage non. C’est passionnant d’aller contre sa nature, et en plus, je suis une comédienne assez instinctive, la psychologie du personnage c’est pas que ça m’embête mais ça me parasite si on m’en dit trop. Moins on m’en dit, plus je serai naturelle. Si un réalisateur commence à me faire toute une philosophie, le pourquoi du comment, ça ne fonctionne pas car je ne suis pas comme ça dans ma vie, je ne suis pas vraiment une cérébrale, je suis une instinctive, du coup, de faire ce travail inverse en se posant d’abord la question de pourquoi cette meuf fait ça ou non… Ça m’a permis de m’ouvrir à des choses. Justement, avec Audrey Dana, ça a été au-delà du travail de comédienne. C’est une sacrée nana tu sais.

 
En parlant de Sous les jupes des filles, quelle était l’ambiance de tournage ? Entre toutes les actrices que tu as vu, avec qui tu joues aussi, Vanessa Paradis, Laetitia Casta, Isabelle Adjani, Géraldine Nakache, Julie Ferrier, Marina Hands… Comment ça s’est passé ?
Si je prends Vanessa Paradis, elle a été d’une générosité extrême avec moi, ça a été une vraie rencontre, comme avec Audrey Dana, je peux être contente de ces deux vraies belles rencontres dans ma vie. Ça va perdurer, je vais les revoir. Ça n’arrive pas tous les jours et pas dans tous les films ! C’est vrai que parfois on s’aime beaucoup pendant deux mois, et après, on retourne tous à nos vies, on s’oublie. Comme dans tous les taffs. Mais quand le matin tu te lèves pour aller jouer avec Vanessa, c’est solaire ! Elle est lumineuse, généreuse, gentille, et puis c’est une star ! Elle dégage quelque chose de fort… Je ne suis pas tout fan du foot mais ça m’avait fait la même chose avec Éric Cantona, il y a des personnes comme ça qui entre dans la pièces et pfiou, ils ont une aura. Eric Cantona, il fait 1m95 alors on pourrait se dire c’est ça, mais Vanessa elle ne fait pas du tout 1m95 et elle est loin de 100 kilos… (Rires). C’est une petite bonne femme qui irradie autour d’elle, ça a forcément joué sur moi et je suis une véritable éponge ! J’ai absorbé tout ça, en plus de l’énergie d’Audrey Dana… Elle nous a traité en tant qu’être humain, elle nous a écouté, il y avait un temps pour chacune sur le plateau, pour le son, l’image, pour les électros, les machinos, elle a fédéré autour d’elle, une véritable équipe. Je retourne tourner avec Audrey les yeux fermés ! Et je crois que si tu poses la question à toutes les actrices elles te répondront la même chose, on a adoré faire ce film !
 
Qu’est-ce que tu fais lorsque tu ne joues pas, pendant ton temps libre ?
En ce moment j’écris pas mal. Mais je sais m’ennuyer, ça ne me fait pas peur ! Il y a de nombreux moments de ma vie où je vais juste me promener avec mon chien dans le Bois de Vincennes à Paris, je fais du sport, de la course, et je descends aussi voir mes parents dans le sud. Je lis énormément aussi, j’adore passer des journées dans mon lit à dévorer des romans quand je ne travaille pas. D’ailleurs, je viens de commencer le livre “Cent ans de solitude” (ndlr : de Gabriel Garcia Marquez), que je n’ai jamais lu. Parfois je me fais un petit classique comme ça, c’est ma mère qui me l’a acheté, elle m’a dit : “Faut vraiment que tu rentres dedans, ce n’est pas facile !”. Donc voilà, je m’y suis mise. Mais un livre m’a fait vraiment rire cette année, c’est accessible à tout le monde, je le recommande, “Un homme ça ne pleure pas” de Faïza Guène, c’est génial ! Franchement, je l’ai offert à mes sœurs, à ma mère, à mon attaché de presse, tout le monde s’est marré alors les filles, je vous les conseille, ça fait trop du bien de lire des livres comme ça !

 
On va parler de Working Girls, la série diffusée sur Canal + dans laquelle tu joues, est-ce que toi-même tu es une working girl ?
Oh oui, je suis une grosse bosseuse. À chaque fois que j’ai un projet, j’y travaille beaucoup et je suis même un peu chiante. Je suis souvent frustrée, insatisfaite, très stressée, assez perfectionniste. Oui, une working girl mais que dans ce qui me plaît ! C’est pour ça que j’étais nulle à l’école, j’avais zéro de moyenne en maths et 19/20 en français car j’aimais lire des bouquins et écrire des rédactions. C’est mon défaut, et c’est vrai que je disais d’Audrey Dana qu’elle a réussi à m’ouvrir sur certaines choses, c’est lié, quand je n’aime pas, je suis radicale, facho, “J’aime pas ça ! J’aime pas ! Je n’aime pas cette musique !”, (rires). Je suis autant fainéante sur des sujets qui m’énervent que bosseuse sur des sujets que j’adore. Et j’adore mon métier.
 
Es-tu comme ça aussi en amour ?
Je crois bien oui… Excessive en tout cas ! Perfectionniste oui aussi…
 
Est-ce que tu te souviens de la plus belle déclaration d’amour que l’on t’ait faite ?
J’étais adolescente, c’était ma première histoire romantique, on avait 14-15 ans et mon chéri était venu pendant la nuit me déposer un cadeau et une lettre d’amour derrière le volet de ma chambre. Et je crois qu’il n’y a aucun mec qui a fait un truc aussi romantique depuis ! Rires.
 
Et c’était quoi le cadeau ?
Je crois que c’était une petit t-shirt Com-Eight, la marque de Joey Starr, un truc d’ado qui coûtait cher. Et son mot d’amour, je l’ai encore ! (Rires).
 
À l’inverse, quelle déclaration t’a le plus blessée ?
Un jour, un mec m’a envoyé un SMS en me disant : “Tu crois qu’il y a moyen de moyenner ?”, sympa. Et je lui ai répondu : “Tu rigoles ?”. Et il m’a répondu : “Oui mais tu m’as dit que tu n’étais pas romantique”. Il était cash. Ce texto a beaucoup, beaucoup fait rire mes copines. Si tu me lis, je ne dirais pas ton prénom, mais merci ! On balance hein !
 
Sous les jupes des filles… Ça se demande ce qu’il y a sous ta jupe à toi, Alice ?
Écoute, on ne me l’a pas encore posé cette question ! Ça, je vais le garder perso, je ne le partage pas comme ça. (Rires). Le film à la base s’appelait “Homosapiennes”. Je pense que c’était une idée de féminiser ce mot, la base de ce que l’on est, c’était intéressant de le rendre féminin.
 
Tu parles du film avec humour et joie, est-ce que tu as une anecdote drôle à me raconter ?
Oui ! On était toutes ensemble pendant une semaine dans une salle où il faisait très chaud en juillet l’année dernière. C’était une verrière sans clim et il faisait 55 degrés à l’intérieur. On était toutes un peu bourrées pendant cette scène, toutes un peu frisées. Avec Vanessa, on s’éventait, l’une mettait des glaçons dans le dos de l’autre, solidarité totale. Et à un moment donné, Vanessa entend le mot “Glace”. Alors elle crie “Il y a des glaces ! Il y a des glaces !”, la rumeur s’est propagée. Mais il n’y en avait pas. La régie est allée acheter des glaces et quand elles sont arrivées, le tournage s’est arrêté, tout le monde s’est jeté sur les glaces de Sylvie Testud à Géraldine Nakache, Audrey Dana, Isabelle Adjani, on a tout arrêté et pendant 20 minutes c’était la folie. Il y avait celles qui étaient plus cônes, d’autres plus Mister Freeze… On s’est régalées !
 
Quelle personnage de cinéma ou de la littérature admires-tu ou as-tu admiré ?
Ado, par exemple, quand je lisais Antigone, ça me bouleversait. Je trouvais qu’être féministe il y a si longtemps, c’était fort. Ce personnage, c’était la force féminine en tout point ! Mais aussi Lysistrata, à l’époque Grecque, qui faisait la grève du sexe. Son histoire, ça m’a marqué. Je ne me sens pas féministe mais je suis fière d’être une fille ! Je n’aimerais pas du tout être un mec ! Vraiment pas ! Nous, on a tous les avantages mais pas les inconvénients aujourd’hui, c’est peut-être pas vrai pour nos grands-mères ou nos mères, je me sens tellement libre dans ma vie, mon couple, mon taf, même s’il y a encore des choses à changer – les salaires par exemple ! Mais pour rien au monde je deviendrais un homme. Si on a un mec bien, on est censée être des princesses, et à côté, on est indépendante et on a notre mot à dire !
 
Dernière question, si je te dis Paulette, ça te fait penser à quoi ou à qui ?
J’aime bien, ça me fait penser à une petite fille. C’est le retour des vieux prénoms, Jane, Suzanne, Paulette, Jeannette. Une petite fille avec des couettes, voilà Paulette pour moi !
 
>Sous les jupes des filles, d’Audrey Dana
Sortie le 4 juin 2014

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