TALENT D’ACTEUR : PIO MARMAÏ


Photo d’illustration : Mélanie Elbaz / Photos iPhone : Stéphanie Chermont
 
Le film Toute première fois de Noémie Saglio et Maxime Govare sort dans une semaine et le week-end dernier, Pio Marmaï a été récompensé au Festival de l’Alpe d’Huez pour son rôle sensuel et sexuel dans cette comédie borderline, très actuelle et pleine de légèreté. L’occasion pour nous de publier à nouveau notre rencontre avec le bel éphèbe qui commence 2015 en beauté !

C’est dans son atelier de motos, en banlieue parisienne, que Pio nous reçoit, en toute décontraction pour une interview publiée dans le numéro “Je suis une fille en fleurs”, de Paulette. Bien plus qu’un beau mec, la nouvelle tête d’affiche du cinéma français est drôle, décalée, entière.


Paulette : Est-ce que le fait de jouer un comédien, ça t’a permis de faire des choses que tu ne ferais pas toi-même ? Qu’est-ce que tu as osé faire ?
Pio : À partir du moment où c’est incarné, on peut se permettre de tout faire. On peut être totalement excessif, totalement à côté de la plaque. Je ne pense pas au jeu réaliste, à la réalité, j’essaie de jouer avec mes partenaires, de profiter.
 

Où ne souhaites-tu pas aller ?

Dans la facilité, dans l’habileté, les choses où on m’attend, ça, je n’ai pas envie de les faire.
 
Tu tournes souvent sur la base d’un scénario qui parle d’amour, de séduction ou d’amusement, de fumette aussi, ça te ressemble au quotidien ?
La défonce, l’humour ? Tu t’imagines bien que je vais répondre non ! (Rires). Pour l’amour, c’est lié à un stéréotype français, t’as un visage qui n’est pas trop vilain, tiens, on va te filmer comme ça, faut que ça rende bien… Du coup, tu vas aussi tomber amoureux… Peut-être que c’est un truc qui a marché sur certains films et on veut le reproduire, me le faire jouer à nouveau. C’est dur de tenir dans ce milieu-là, quand tu es jeune, arriver à passer 15 films. Ce n’est pas évident. Il y a une sorte de consommation d’individus. Ça va très vite. Pour l’instant, pour moi, ça se passe très bien. Peut-être qu’en travaillant sur des rôles plus singuliers, plus courts comme sur le film de Pierre Salvadori (ndlr : Dans la cour, avec Catherine Deneuve et Gustave Kervern), il y a moins cette figure récurrente avec les filles, on m’a proposé autre chose. Mais ce n’est pas évident, il y en a très peu, faut les trouver et les bons films, il n’y en a pas des masses qui se font en France !
 


Tu es fan de moto, tu aimerais que l’on te propose un rôle lien à cette passion ?
C’est une autre partie de ma vie qui n’a rien avoir avec mon métier d’acteur et je trouve qu’au cinéma, c’est toujours très mal traité. La moto, c’est plus que simplement l’objet en lui-même. Je travaille sur des objets parce que je les fabrique, mais ensuite, il y a un truc autour qui se dégage des motos que je fais avec mes amis. Je suis dans la moto depuis plus de 10 ans, plus longtemps que je suis acteur au cinéma. aujourd’hui, c’est devenu la mode, 3 guignols vont faire des BMW noires, tout le monde trouve ça drôle et chic, masculin et viril d’avoir un peu de barbe et les cheveux en arrière, tant mieux si ça peut m’amener des clients mais avant, c’était moins chic. C’est mal traité car je crois que les médias tentent de s’emparer de cette forme de liberté là, de ce que ça développe, ça perd de son innocence, de son insolence, c’est dur ce que je dis mais c’est vrai !
 
Qu’est-ce qui t’a plu il y a 10 ans quand tu as commencé à faire des motos ?
Ma mère était déjà à moto, des gens de ma famille sont dedans aussi, j’ai eu ma première mobylette à 14 ans et puis je voulais aller toujours plus vite, 50 Km/h ça me faisait chier. Je voulais aller à 80, puis 120, et encore plus vite. Et après, heureusement je suis allé vers des motos plus calmes. Mais j’ai aussi pas mal de motos de course. C’est sans doute mon point commun avec Jocelyn Quivrin, il était assez fan de vitesse, comme moi. Je fais gaffe aujourd’hui, par rapport à quelques années où je prenais des risques, tu te plantes à 300 km/h, c’est terminé… Bon, après ce qui est cool, si que ton corps s’il est pulvérisé, il y en aura partout… T’as pas le temps de bouger, de souffrir. (ndlr : Rire jaune. Il est quand même 9h30 du matin pendant l’interview). Tu veux un café ? Ouh…
 
Je fais un aparté mais je vois Jésus un peu partout dans ton atelier, pourquoi ?
C’est vrai, j’ai pas mal de représentations, des lithographies, des sérigraphies aussi… Je ne sais pas exactement pourquoi mais c’est peut-être à cause de mon père, il a lui-même beaucoup de tableaux, c’est un peu “antiquités man”, il collectionne les secrétaires en bois ! Dans la maison à côté, qui est celle de mon père, il y a beaucoup trop de secrétaires… (Rires).
 
 
Comment travailles-tu tes rôles ? Je pense justement au film “Dans la cour” où tu joues un drogué plus vrai que nature.
Je n’ai jamais testé l’héroïne mais j’ai écouté avec précision les indications que l’on me donnait, c’est très casse-gueule comme rôle, surtout que c’était très court. C’est beaucoup plus dur à faire, selon moi, que de tenir un film pendant une heure et faire le mariole. Je me prépare en faisant beaucoup de sport, ça me permet de tenir le rythme sur un film. Un tournage, c’est une gymnastique et une tenue pendant deux mois par exemple, tu te lèves tôt, tu travailles intensément.
 
Dans Maestro, sorti l’été dernier, justement, on le voit, tu as pris du muscle !
Alors là, c’est aussi parce que je me nourrissais énormément… Ça correspond à des périodes de ma vie, probablement. J’avais besoin d’être plus costaud. Ça se voit que je suis une grosse masse ? Oui, je suis une grosse masse. C’est une plaisanterie. C’est vraiment par période mais j’adore le sport vraiment, je fais beaucoup de course à pied, je soulève des poids, c’est bête et con, je cours aussi sur un tapis. J’ai fais des sports de combat mais ça ne m’intéresse plus. J’ai eu un moment très difficile dans ma vie privée il y a 1 an et demi, et j’avais l’impression qu’être musclé, ça allait m’aider à affronter une période très difficile. J’ai préféré faire du sport plutôt que de me défoncer à mort. Je ne parle pas d’un vulgaire petit chagrin d’amour de seconde zone… Ça m’a aidé. Autre chose, j’ai aussi une consommation de bière astronomique, donc si je me laissais aller, ce qui est mon cas en ce moment malheureusement, je deviendrai semi obèse. J’adorerais que l’on me dise, qu’un metteur en scène me propose d’être un “semi obèse ma”, pour un rôle, pour un film génial. Bon, faudrait que je sois sûr que le film sera bien parce que la pire des choses c’est de prendre 20 kg et de te retrouver dans un film mauvais… Perdre 20 kg, ce n’est pas fastoche !
 
On est dans ton atelier, en banlieue parisienne, pourquoi nous as-tu donné rendez-vous ici ?
Il n’y a jamais personne qui vient ici, à part mes clients et mes associés, c’était plus simple de se rencontrer ici car chez moi, ma compagne dort, c’est un espace ouvert, les voix auraient fait échos et seraient venues la réveiller… Et puis, c’est un espace assez grand ici, je viens tous les jours, on se sent bien. On a fabriqué ce lieu comme un espace très vivant, en haut on a un très grand jardin, c’est dommage qu’il pleuve. C’est un vrai lieu de vie.
 
 
Tu es souvent appelé le beau gosse. Est-ce que ça te gêne ?
Je crois que ça fait partie des codes dans l’écriture des comédies françaises. J’ai l’impression que c’est au-delà même de l’aspect physique. Un film doit reposer sur des piliers rassurants pour qu’il fonctionne auprès du public. C’est légitime. C’est vrai que dès que je fais un film, j’ai le rôle du beau gosse. Après, je n’ai pas envie de passer ma vie à faire ça car ça ne m’intéresse pas du tout, je ne voue aucun culte à mon visage ! Mais je précise une chose quand même : je mets de la crème tous les matins.
 
“Je ne voue aucun culte à mon visage”
 
Qui admires-tu comme réalisateur, réalisatrice, avec qui aimerais-tu travailler ?
Je travaillerais bien avec Quentin Dupieux, j’aime bien son cinéma un peu étrange, très drôle. Cédric Klapisch, Albert Dupontel… “9 mois ferme”, ça m’a bien fait rire, je me suis dit que pour un film français, c’était vraiment très très drôle, ça ne se passe pas dans le Nord, avec une poste… J’aime bien quand les comédies se démarquent les unes des autres, quand c’est singulier.
 
Quelle est ta plus grande qualité ?
Je crois que c’est ma curiosité… C’est tout. C’est une qualité d’être curieux non ?
 
Oui ! Et ton pire défaut ?
Je suis un peu excessif. Je suis comme un enfant, je ne peux malheureusement pas m’arrêter quand je commence quelque chose… Quelques que soient les choses. Et parfois, ça peut être très négatif.
 
Léa Fazer, la réalisatrice de Maestro, dit de toi que tu es un “acteur de l’instant”. Qu’est-ce que ça signifie ?
Je pense qu’elle fait référence au fait que quand je joue, je n’essaie pas de copier mais j’espère toujours inventer en direct avec mon partenaire, ou ma partenaire. Je pense que c’est la seule manière de travailler, dans un rapport ludique et créatif. La préparation d’un film c’est très important, mais une fois sur le plateau, ça il faut l’oublier. Le corps, il l’a intégré. Il faut être dans l’immédiateté. Et quand on est dans cet instant, ça permet de s’autoriser des choses assez extrêmes. Mais il faut arriver à trouver cette spontanéité, c’est dur. C’est aussi une question d’humour, sur le tournage de “La Ritournelle”, avec Isabelle Huppert, on rigolait beaucoup. C’est une femme très drôle. On fait du cinéma, faut se faire plaisir ! On n’est pas l’usine, la moindre des choses, c’est de prendre du plaisir à le faire ! La vie va tellement vite… Faut en profiter. Il faut jouir de ce travail, rire, sinon, quel ennui.
 
Si je te dis Paulette, ça te fait penser à quoi ?
Ça me fait penser à une femme très rassurante avec quelque chose dans les cheveux. Tu vois cette publicité avec une femme qui fait du lait ? La Laitière ?
 
Euh, tu veux dire que Paulette se trouve derrière les fourneaux ? C’est cliché non ?
Ah non ! C’est moi qui fait la cuisine. Je passe aussi l’aspirateur, j’aime bien. Mais je ne fais jamais la vaisselle. Ça, je te le dis tout de suite, la vaisselle, jamais !


 
> Toute première fois
De Noémie Saglio et Maxime Govare
Sortie le 28 janvier 2015

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