TALENT D’ACTEUR : PIERRE-YVES CARDINAL


Photos de Sébastien Vincent pour Paulette Magazine

Dans le nouveau film du jeune réalisateur québécquois Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal joue pour son premier grand rôle au cinéma, Francis, un personnage violent et empli de noirceur. Tom vient de perdre son amant et pour ses funérailles, il retourne dans la famille du défunt, une mère et un frère, habitants d’une ferme plus glauque et stressante que jamais… Une relation terrifiante s’installe entre Tom et Francis, pour le pire et pour le rire, comme nous le raconte Pierre-Yves Cardinal avec quelques anecdotes de tournage !
 
Paulette : On vient de finir le shooting et je vois que ça t’a intrigué, tu aimes la photo ?
Oui, j’aime bien mais malheureusement, maintenant je n’ai plus le temps d’en faire !
 
Plus le temps car tu es sur les plateaux de cinéma… Comment es-tu arrivé au casting de Tom à la ferme, de Xavier Dolan ?
Il n’y a pas eu de casting, je crois même qu’il n’y en a pas eu pour tous les personnages. Xavier Dolan m’a juste téléphoné et il m’a demandé si ça m’intéresserait de jouer ce rôle de Francis. Chose à laquelle je savais que j’allais dire oui, mais par professionnalisme, j’ai fait comme il m’a suggéré, c’est-à-dire lire le texte (ndlr : une pièce de théâtre de Michel Marc Bouchard), et revenir là-dessus. J’étais surpris du beau morceau qu’il me proposait ! C’est un personnage extrêmement complexe et c’est du bonbon pour un acteur ! C’est un énorme défi pour moi à ce moment, c’est mon premier grand rôle et me dire que j’allais tourner avec Xavier Dolan… Lui qui revenait de… J’sais pas… 3-4 passages au Festival de Cannes. C’est sûr que c’était un énorme défi, mais en même temps, je me disais, “T’es tellement en voiture là mon gars”. Tu peux pas demander mieux ! Dans tous ses films, ses acteurs et ses actrices sont toujours super bien dirigés, donc ça allait de soi que j’accepte. Après, la nervosité en rentrant dans le travail, ça s’estompe.
 
Ça a accroché tout de suite avec Xavier Dolan ? Vous vous êtes vus dans quelle ambiance ?
On se connaissait d’avant, on a travaillé ensemble en doublage, dans des studios à quelques reprises. On s’est croisés dans des parties aussi – les “parties” c’est des fêtes ! (Rires). Mais on avait pas assez travaillé ensemble et Xavier m’a demandé de faire une capsule web pour inciter les gens à voter lors d’une élection fédérale. Et il m’a avoué qu’après m’avoir vu dans ce rôle de comique vulgaire pour la capsule web, il s’est dit “C’est peut-être lui Francis, le méchant de Tom à la ferme…”.
 
Tu n’as pas eu peur d’accepter ce rôle de personnage violent sachant que Xavier Dolan aime bien donner à ses acteurs des vices et des particularités osées ? Melvil Poupaud avait joué sur sa féminité, Niels Schneider et Xavier Dolan eux-mêmes sur leur sensibilité, leur fragilité ?
Je n’avais pas peur. Il y a comme un mythe autour de ce genre de rôle, est-ce que l’acteur va réussir à sortir de son rôle, de sa dureté, de cet autre ? C’est sûr que c’est quelque chose de répulsif d’entrer dans cet univers là. J’ai bien travaillé et c’est devenu plus ludique que l’on croit. Des tas d’acteurs et d’actrices ont eu des problèmes après ce genre de rôle noir mais pour moi, ça allait. Et avec Xavier Dolan, c’était un jeu, qu’est-ce qu’il aime tourner, faire des films ! Pour lui, c’est une party – une fête, (rires). Il était tellement content ! Je me souviens de la première journée de travail, il était complètement excité alors que moi, j’avais le ventre noué par le stress… Je me suis dit relax, calme toi et suis son exemple ! Il m’a entraîné dans son énergie. C’est quelqu’un de perfectionniste, précis, il sait ce qu’il veut. Mais ce que l’on ne sait pas, c’est que dans le travail, il a beaucoup de plaisir à tourner, entre les prises on se faisait plein de blagues. On a eu des fous rires interminables, parfois, il nous fallait plusieurs minutes pour nous concentrer à nouveau. Mais le plaisir dans cette noirceur là, c’était comme une soupape, c’était nécessaire car toujours dans le dur et le violent comme ambiance de travail, moi je ne peux pas ! Faut relâcher.
 
J’aimerais te poser plus de questions sur toi, on ne te connaît pas en France et j’espère que l’on va te découvrir avec ce film…
Quoi, vous ne me connaissez pas ? (Rires.)
 
Mais ça va changer ! Est-ce que tu es un peu comme ton personnage, quelqu’un de dur, brut ou au contraire, es-tu plutôt du genre sensible et doux ?
J’ai un tempérament variable en fait mais j’espère ne pas être comme Francis, mon personnage ! C’est un extrême insoutenable. Je le croiserais dans ma vie, je me dirais “Ok non, je ne veux pas que tu sois dans ma vie toi !”, (rires). J’espère ne pas lui ressembler. Je pense par contre que la noirceur de ces êtres là est dans chaque être humain. Il y a des gens qui ont été plus ou moins chanceux. Francis n’a pas eu beaucoup d’affection, il n’a pas de moyens pour gérer ses émotions, tout crash là-dedans… La manipulation, la violence, ça vient vite. C’est un être différent de moi et j’aimerais que ça le reste !
C’était un tournage joyeux malgré l’idée du film, tu parlais de fous rires, qu’est-ce qui vous faisait rire justement ?
On se faisait des blagues tout le temps, complètement à côté du film ! On a déconné non stop ! Les acteurs, on tombe facilement dans le burlesque et l’absurde et j’ai du mal à le raconter. C’est gênant en fait. C’était une ambiance de plateau, avec la fatigue, les effets secondaires, tu tombes dans le rire gras, il n’y a plus aucune raison ! 10 personnes qui ne peuvent plus s’arrêter de rire… C’est vraiment trop honteux pour le raconter j’te jure ! What happens in Vegas, stays in Vegas… Ça sera ma défense ! (Rires.)
 

Est-ce que tu peux me raconter comment tu en es venu au cinéma ? On ne trouve pas beaucoup d’informations sur toi sur internet, on ne connaît même pas ton âge…
On a pris la décision avec mon agent de laisser planer un mystère, ça laisse une place à l’imagination…
Je pense que je portais ce désir là d’être devant la caméra depuis longtemps. J’ai eu des expériences de pièces de théâtre à l’école tout jeune et il y a eu comme une drogue là-dedans, d’être sûr scène, d’avoir toutes ces têtes là qui te regardent et qui partent à rire ! Je suis resté pris avec ce désir là, je dis “pris” car il y a comme une fatalité, c’est extraordinaire comme métier mais ce n’est pas facile. J’ai appris à travailler pour les bonnes raisons plus que pour le cash ou la célébrité. J’ai fait tellement de théâtre où on n’avait pas de budget, pas d’argent, on le faisait juste pour le trip, pour monter quelque chose, on y croyait.
J’ai été chanceux de connaître ce métier là car au Québec le marché est dur et il faut se diversifier. Il y a plein de comédiens qui font du théâtre, du cinéma, de la télévision, de la voix et ça a été mon cas. Rapidement j’ai voulu toucher à tout et je me suis attaché à chacun de ces medium là. Mais mon premier amour, c’est le cinéma, on est tellement choyé. L’attention au détail, les costumes, les maquillages. Pour Tom à la ferme, la maquilleuse a fait un travail remarquable… J’arrivais le matin et j’avais de la difficulté à croire que je pouvais être capable de faire quelque chose, je me disais “Non mais là je suis trop de bonne humeur, ça ne marchera pas, ça ne marchera pas”. Et avec le maquillage, elle alourdissait mes traits et je voyais apparaître devant moi le personnage, je commençais à l’habiter.
 
“J’adore Gérard Depardieu dans Cyrano de Bergerac”

Quel rôle aimerais-tu que l’on te propose au cinéma ?
Je crois que j’aimerais jouer dans un film d’époque, j’ai vu pas mal de films comme ça et j’ai une attirance pour cette tenue que ce genre de rôle demande. J’aime ça, vraiment, j’ai une fascination pour ces univers avec des règles de société strictes. Je suis incapable de t’en citer un tellement j’en aime. C’est absurde ! J’adore Gérard Depardieu par exemple dans Cyrano de Bergerac, qu’est-ce qu’il est magnifique ! C’est un genre de film, moi je tombe dessus à la télévision je vais rester scotché… Pour un acteur, ce qui est fun, c’est d’entrer dans un univers qu’il ne pensait pas explorer, avec une énergie, et se retrouver avec un réalisateur qui sait ce qu’il veut, c’est ça le principal.
 
Quand tu n’es pas sur un plateau de cinéma, que fais-tu dans la vie ?
Je fais énormément de sport ! J’adore ça, parfois je me réprime car sinon, je ne ferais que ça. J’aime beaucoup prendre un livre aussi dans ma bibliothèque et travailler un texte, c’est un moment précieux, je prends un texte classique et je le retravaille en monologue. C’est d’autant plus intéressant quand tu n’as pas à le jouer. T’as de la liberté, tu trouves des choses.
 
Et comme sport, tu fais quoi ? Ça se voit tu me diras !
Oh mon dieu, c’est plutôt qu’est-ce que je ne fais pas ? J’exagère… Mais j’ai des gros buzz, je vais prendre un sport et ne faire que ça pendant une période. J’étais fou de tennis pendant de nombreuses années. J’ai fait de la boxe, de la natation, du ski nautique, je joue au hockey très souvent, à Montréal.
 

Si je te dis Paulette, tu penses à quoi ?
Paulette, ça me rappelle le film Ponette (ndlr : de Jacques Doillon en 1996), j’étais fasciné par ce film et c’est resté en moi. C’est un film avec des enfants, une petite-fille doit vivre le deuil de sa mère. Ça fait longtemps que je l’ai vu et le jeu des enfants m’a tellement bluffé, je m’en souviens… Paulette, Ponette !
 

>Tom à la ferme, de Xavier Dolan
Sortie le mercredi 16 avril 2014
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