TALENT D’ACTEUR : NIELS SCHNEIDER


Photos de Sébastien Vincent pour Pauette Magazine
 
Interviewer Niels Schneider, c’est aller vers ce bel apollon aux cheveux blonds bouclés, au sourire et au regard doux, vers Roméo le personnage que le jeune comédien joue chaque soir sur les planches du théâtre de la Porte Saint-Martin à Paris.
Aux côtés d’Ana Girardot, en jolie Juliette, Niels Schneider est un romantique prêt à tout pour celle qu’il aime – au théâtre comme dans la vie ! Du clip de cœur de pirate aux films de Xavier Dolan, en passant par plusieurs séries TV et plus récemment, dans le film Les Rencontres d’après minuit, c’est en Roméo que Niels se sent le plus à son aise. Entre Paris et Montréal, entre intime et professionnel, de lui à vous, rencontre avec Niels Schneider dans sa loge.
 
Paulette : Décris-moi un peu ta loge, qu’est-ce que l’on vit ici avec toi ? Quelle ambiance, quel est ton quotidien avant la scène ?
J’arrive deux heures avant de jouer, je prends mon temps, je fais le vide dans ma tête et je fais une petite sieste. Quand je me réveille, je me sens nettoyé de tout, c’est comme si je repartais à zéro. Je me fous un petit matelas ici, dans ma loge, et je dors profondément ! C’est une belle sieste d’une heure. À 19h30, je jette un œil sur le boulevard par la fenêtre, c’est mon endroit à moi, je n’invite presque personne.
 
Et la photo accrochée là, c’est quoi ?
C’est une photo du film Deep End, un de mes films préférés. C’est une amie qui m’a offert plein de photos de ce film.
 
Comment es-tu arrivé à jouer Roméo, dans cette pièce ?
Au départ, c’est-à-dire il y a un an et demi, j’ai su qu’il y avait un Roméo & Juliette qui se tramait, mis en scène par Nicolas Briançon. Il est venu me voir et on s’est fait une lecture. Mais ce qui est bizarre, c’est que la première fois que je suis venu à Paris, c’était il y a deux ans et demi, j’ai passé un casting pour un film qui ne s’est finalement jamais fait, face à des actrices dont Ana Girardot, et j’ai eu un énorme coup de foudre pour elle… Pas seulement elle comme actrice, elle tout court !
Puis je suis retourné à Montréal, c’était juste après Les Amours imaginaires de Xavier Dolan, j’étais inconnu au bataillon, le film n’était pas encore sorti en France. Trois mois plus tard, je reviens à Paris, je suis à l’aéroport, j’attends et je trouve un magazine avec une interview d’Ana Girardot, j’étais hyper content de la voir. Et quand je lis l’interview, je vois qu’à la question de la journaliste « Qui serait votre Roméo si vous deviez jouer Juliette », elle a donné mon nom. Je me suis dit que ce n’était pas possible… La fille dont je suis amoureux, elle donne mon nom ! La journaliste ne savait même pas qui j’étais ! J’ai ensuite trouvé son numéro rapidement, on s’est vus, on a essayé plein de fois de faire des films ensemble, et à chaque fois les films plantaient. Quand j’ai appris qu’il y avait Roméo & Juliette, j’ai sauté sur l’occasion ! Quand je suis arrivé au théâtre, j’ai vu Ana Girardot au bout de la table… C’était hallucinant. On avait tellement envie de jouer ensemble, c’est arrivé, ça a marché.
 
Qui est Roméo pour toi, comment peux-tu me le décrire ?
Roméo est un obsessif, c’est un amoureux de l’amour, c’est quelqu’un qui arrive dans un âge où il voit l’absurdité de la vie, des relations humaines, du pouvoir, des familles. Il est lucide. Sa seule échappatoire, sa seule évasion, c’est d’aimer. Ça devient sa principale obsession. Peter Brook avait une phrase très belle pour décrire Roméo, « Il a les pieds dans la boue, la tête dans les étoiles et un poignard à la main ». Son amour n’est pas mièvre, il a 16 ans, tout est vécu violement, et aimer est sa seule raison de vivre… Ca pourrait être le petit frère d’un Hamlet. Il a une réflexion sur la mort, sur l’amour très forte.
 
« Pour le moment je travaille beaucoup en France mais ça ne veut pas dire que je ne repartirai pas. »

Niels Schneider, ton nom a des résonances russes, allemandes, canadiennes, françaises, tu m’expliques ?
Alors j’ai des grands-parents qui viennent de Russie, de Saint Petersburg. Sinon je suis de souche française, mes autres grands-parents sont Français. Schneider, je crois que c’est Alsacien. Et je suis né en France, et toute ma famille est partie vivre au Canada en 1997. Au début, c’était juste pour un an ou deux, finalement on est restés ! Je suis revenu seul il y a deux ans et demi. Mais pas forcément définitivement, j’adore Montréal, je suis vraiment amoureux de cette ville. Là, pour le moment je travaille beaucoup en France mais ça ne veut pas dire que je ne repartirai pas.
 
Plutôt Paris ou Montréal alors ?
Dur… Plutôt Paris… Même si c’est une ville moins accueillante et plus froide que Montréal… Quand on commence à connaître Paris, c’est une ville pleine de charmes et qui a de nombreux bons côtés. Montréal, je suis tombé amoureux assez vite de cette ville et c’est marrant parce que j’ai un côté autant Français que Québécois, je sens que je ramène beaucoup du Québec en France, et je me sens profondément parisien quand je suis au Québec. En gros, je suis étranger partout (Rires).
 

Plutôt Roméo ou Casanova ?
Casanova, je ne le connais pas assez ! Je suis plutôt Roméo ! Il est plus libertin Casanova que Roméo ? Mais je suis Roméo. Je suis assez monomaniaque, quand j’aime quelqu’un je projette tout sur cette personne, je ne suis pas trop dans la polygamie, ça me déprime, je trouve ça banalisant. C’est vrai qu’en France on prône un peu ça, avoir beaucoup de partenaires mais moi non, je n’aime pas ça.
 
Qu’est-ce qui t’a fait tomber amoureux d’Ana Girardot, qu’est-ce qu’il faut pour te séduire ?
Ana par exemple, c’était sa lumière. Elle est éblouissante de grâce et de lumière. Mais un homme peut l’être aussi ! Ce n’est pas que féminin. Mais elle a aussi du caractère, ce n’est pas forcément masculin non plus. Je regarde aussi le physique parce que le désir est aussi physique. C’est un mensonge de dire le contraire. Mais la perception du physique change quand on la connait et que l’on sait sa personnalité… Le physique correspond à une préconception d’une personnalité souvent trompeuse.
 
Quelle chanson écoutes-tu en ce moment, en boucle ?
Il y en a plein ! Attend je te fais écouter une chanson de Connan Mockasin, « Forever Dolphin love ». Tu aimes ? (NDLR : Niels met la musique pendant l’interview). J’aime la basse façon Joy Division, j’aime la voix du mec, j’aime aussi la bizarrerie du morceau, il y a quelque chose de punk. En fait, j’ai l’impression que c’est du caramel dans les oreilles. Je les ai vus en concert au Silencio à Paris, c’était fabuleux.
 
 
Est-ce que tu te souviens du dernier film qui t’a fait pleurer ?
Oui, je m’en souviens. C’était Suzanne de Katell Quillévéré. C’est l’un des plus beaux films de l’année je trouve…
 
Est-ce que tu as une phrase culte ?
« A l’impossible, je suis tenu », de Jean Cocteau. C’est une bonne devise !
 
Où est-ce que l’on peut te trouver le vendredi soir ?
Au théâtre ! Ça dépend des moments. Et si ce n’est pas au théâtre, je vais prendre un  verre un bistrot à côté du théâtre, je suis souvent dans les parages.
 
On t’a vu dans des campagnes de mode – Isabelle Marant par exemple, tu aimes la mode autant que le théâtre ?
Non, ça me fait du fric tout simplement (Rires). Le problème c’est que j’aime bien faire des films où il n’y a pas beaucoup de budget… Qui paient peu ou en tout cas pas suffisamment pour vivre. Donc en faisant une photo, ça me permet de vivre !
 
Le pire texto que tu aies reçu ?
C’était il y a un an et demi, j’ai changé de portable et je reçois un texto le jour de mon anniversaire, « Bel anniversaire Niels, je pense à toi », et j’ai répondu : « Merci, merci, qui est-ce ? ». Et la personne m’a répondu :  » T’es vraiment qu’un gros connard ». Et je n’ai jamais réussi à trouver qui c’était…
 

C’est quoi le plus beau compliment ou la plus belle phrase qu’une fille t’a fait ?
Hier j’ai reçu un super beau compliment ça tombe bien, j’y pensais en me disant que c’était le plus beau compliment que l’on m’a fait. Quelqu’un m’a dit : « Tu m’as donné envie de remonter sur les planches ». Je me rappelle très bien les personnes, quand j’étais jeune, qui m’ont données envie de jouer. Je trouve que donner l’envie à quelqu’un de monter sur scène ou d’aimer comme Roméo, c’est le plus beau compliment.
 
Qui t’a donné envie de monter sur scène ?
Mon grand frère Vadim, et un acteur Québécois, que vous ne connaissez pas ici. On était dans le même lycée, j’avais 11 ans, lui 15 ans, et il jouait le dindon dans un Feydeau. Il avait une présence extraordinaire, fabuleuse et je me suis dit que j’avais envie de faire ça aussi.
 
“What do you want pretty girl ? »

As-tu une anecdote avec ou sur Xavier Dolan, comme tu as tourné pour J’ai tué ma mère et Les Amours Imaginaires ?
Xavier Dolan, j’étais ébloui par son courage. On a tourné tous les extérieurs en premier, car l’on n’avait pas un centime, et après ça, il nous a dit, « il n’y aura pas de film ». Et en deux semaines il a trouvé l’argent pour filmer en intérieur. Il est fabuleux. J’ai une anecdote incroyable à te raconter, mais c’est un peu long. Avant les Amours Imaginaires, on a fait un road trip avec Xavier et Monia (NDLR : Monia Chokri). On était dans un bled perdu au Texas qui s’appelle Dolan’s Spring justement ! C’était très religieux, il voulait tourner là pour Laurence Anyways mais rien que l’idée d’amener Melvil Poupaud dans ce coin en femme, il allait se faire tuer en deux secondes ! Dans notre voyage, on avait besoin de réserver un hôtel, on avait besoin de wifi, et on trouve un petit bar où on pouvait se connecter. Xavier me dit : « Niels, tu peux venir avec moi parce que… j’ai peur ». (Rires). On rentre dans le bar, une serveuse édentée nous accueille, il y avait des mouches partout, elle tapait les mouches partout dans son bar. Et là elle nous dit : « Yay there is the wifi downstairs ! », et Xavier tremblait, en sueur, on descend les escaliers et là on voit une fontaine dégueulasse avec des sous dedans, et un panneau : « Make a wish ». Et quand il passe la porte du sous sol, tout le monde se retourne et le regarde, je me suis dit qu’il allait s’évanouir, il était vert ! Et la serveuse se retourne et lui dit : « What do you want pretty girl ? ». On s’est dit « Putain on est au Texas avec une bande d’homophobes, il va se faire défoncer ! ». Finalement, on est sortis mais je n’ai jamais vu Xavier avoir peur comme ça !
 
A un moment, dans Roméo & Juliette, on te voit nu. Ça ne te pose aucun problème la nudité sur scène ?
La première fois au lit, entre Juliette et Roméo, ce n’est pas que fleur bleue. C’est aussi une histoire de sexe, de désir, de passion. C’était important de montrer que c’était la première fois qu’ils faisaient l’amour ! Quand je suis spectateur et que je vois deux personnes en train de faire l’amour en chaussettes et en caleçon, je trouve ça grotesque et gênant. Et là, je ne trouve pas ça vulgaire mais c’est un beau moment ! Je ne suis pas prêt à tout mais là, c’était normal. Si je faisais cette scène en caleçon, les gens n’auraient parlé que de ça !
 
Si je te dis Paulette, ça te fait penser à…?
Ça me fait penser à une ménagère des années 40 (Rires). Ménagère, mais moderne !
 
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