TALENT D’ACTEUR : CYRIL DESCOURS

Portrait réalisé par Léo Delafontaine pour Paulette

Justine a rencontré le beau Cyril Descours, acteur à suivre de près et actuellement à l’affiche du film La ligne droite.

Découvert dans Clara Sheller, Paris Je t’aime ou encore Complices, Cyril Descours est actuellement à l’affiche de La ligne droite de Régis Wargnier. Aux côtés de Rachida Brakni, il joue le rôle d’un coureur de 400m qui vient de perdre la vue dans un accident de voiture. Avec ce film, Cyril Descours décroche son premier grand rôle au cinéma : une récompense bien méritée. Rencontre avec un mec qui n’a pas froid aux yeux !

 
Paulette : Dans La Ligne droite tu joues Yannick, un athlète de haut niveau et non-voyant, un double défi pour toi ?
Incarner ce personnage, qui n’était pas proche de moi, a été un vrai travail. Quand j’ai su que j’allais passer l’audition pour ce film, j’ai décidé d’aller au stade à côté de chez moi pour faire un 400 mètres. J’ai mis mes baskets, j’ai commencé à courir comme un dératé mais, au bout de 250 mètres, je n’avais plus de souffle, j’étais mort. Là je me suis dit : "Ok, ça ne va pas être facile". Le lendemain, j’y suis retourné, j’ai essayé de partir moins vite, j’ai trouvé mon rythme et ça a payé puisque j’ai été retenu pour le rôle. Avant le début du tournage, j’ai quand même dû m’entraîner pendant 3 mois afin d’atteindre un certain niveau. C’était très intense, la première fois que je travaillais autant en amont pour un film.

Qui t’a aidé pour t’entraîner ?
Je me suis entraîné avec Ladji Doucouré (champion du monde du 100m haies), Teddy Tamgho (champion du monde de triple saut) et surtout avec Aladji Ba (athlète non-voyant médaillé de bronze au championnat du monde I.P.C de 2002) et son guide (Denis Auge). Car courir c’est une chose, mais courir attaché à une autre personne par un fil et réussir à  être synchronisé avec elle pendant 400 mètres, c’en est une autre ! Je dois beaucoup à Aladji, il m’a beaucoup aidé. En plus, sur le tournage, il était tout le temps de bonne humeur, il a énormément d’humour. Des fois j’arrivais le matin et il me faisait "Attends, fais voir ? Ah non, c’est bon, t’es bien coiffé", de la part d’un non-voyant, ça a de quoi surprendre. Du coup après tu relativises tout. Pourquoi se plaindre quand t’as des mecs comme ça qui, malgré leur handicap, sont hyper bien dans leur peau ?

La ligne droite (2011), Gaumont distribution

Je suppose que pour préparer ce rôle tu as côtoyé d’autres non-voyants en dehors des pistes ?

Oui, j’ai d’ailleurs fait une rencontre très marquante d’un mec qui s’appelle Raphaël. Il a 20 ans, il est sportif, beau gosse, il a une copine etc… Mais il est atteint d’une maladie qui lui fait perdre la vue, c’est-à-dire qu’en l’espace d’un an, il s’est vu devenir aveugle progressivement. Comme les similitudes entre mon personnage et lui étaient importantes, pour travailler mon jeu, j’ai pris exemple sur certains de ses gestes. Par exemple, quand il mettait ses lunettes, j’avais remarqué qu’il touchait la pointe de ses branches pour ne pas se les mettre dans les yeux, et, quand il parlait à un interlocuteur, il avait toujours le réflexe de se tourner vers la personne alors qu’un aveugle de naissance, lui, ne le fait pas. Dans le film je faisais donc pareil. Du pur mimétisme. Je voulais vraiment être crédible, je ne voulais pas juste tendre mes bras et agiter les mains dans l’air…

Mais ton personnage a les yeux ouverts tout le long du film ! Comment réussit-on à jouer un non-voyant dans ces cas là ?
En fait, dès le début, j’avais demandé à ce qu’on me mette des lentilles opaques qui m’empêchent de voir, ça aurait rendu mon travail beaucoup plus facile ! (rires). Mais ça n’existe pas…  Comme on ne voulait pas faire comme dans le film Ray, où le personnage a les yeux fermés, il a fallu trouver un compromis. Finalement, on m’a mis des lentilles qui me cassaient la brillance du regard et qui me floutaient la vue, comme ça, j’étais dans une brume permanente. Ensuite, pour avoir le comportement adéquat, je me faisais des petites séances dans le noir, je mettais des bandeaux et, régulièrement, je fermais les yeux pendant le dîner histoire de m’habituer, de ressentir des sensations, d’être dans le vrai afin de mieux pouvoir jouer mon personnage. Quand, dans les projections, certains me demandent si je suis non-voyant, c’est la plus belle des récompenses.

Dans la dernière scène, qui se déroule au stade de France, on te sent vraiment ému, c’est toute ta pression qui s’est relâchée d’un coup ?
Oui, vraiment. Cette scène finale a été tournée pendant le meeting Areva : Usain Bolt devait courir juste après nous, il y avait 45 000 spectateurs dans le stade présents pour voir des athlètes, et non pas des acteurs, bref, on avait une pression énorme. Surtout que, pour ne pas perturber la compétition, on n’avait droit qu’à une seule prise donc, si on se plantait, c’était foutu ! Alors forcément, quand je donne la réplique à Rachida, dans ce stade mythique où 45 000 personnes font un silence de cathédrale pour nous laisser jouer notre scène, les larmes qui coulent sur nos visages ne peuvent être que sincères… C’était un one-shot à sensation extrême, je ne l’oublierai jamais de ma vie. J’étais submergé par l’émotion. 

Complices (2008), Pyramides distribution

Tu es un habitué de ces rôles complexes et poignants. Je pense notamment à Complices, où tu joues un prostitué, ou à L’enfant de l’aube, où tu incarnes un jeune papa dont la petite amie est morte en couche ? 

Je sélectionne mes rôles, je fais vraiment attention à choisir uniquement des personnages qui m’intéressent. On m’a déjà proposé des rôles récurrents dans des sagas de l’été pour TF1 ou des trucs du genre mais je n’ai pas envie de ça ! Je refuse les projets que je ne trouve pas assez exigeants, où il n y a pas suffisamment d’idées à défendre. Je pourrais travailler plus, mais je préfère incarner des rôles intenses et prendre le temps de réfléchir, de lire attentivement les scénarios que je reçois.

D’ailleurs, quels sont tes projets à venir ?
J’ai terminé il y a 3 semaines une fiction pour France 2, Le chant des sirènes, réalisée par Laurent Herbiet et dans laquelle je joue le rôle principal aux côtés de Sabrina Ouazani (Des hommes et des dieux). C’est l’histoire d’un jeune un peu paumé, orphelin, qui vient de Picardie, et qui décide de tenter sa chance dans la chanson, à Paris… Tiens, j’y pense, y avait pas une émission qui s’appelait La Chance aux chansons ?

C’est vieux ça ! C’était présenté par Pascal Sevran, non ?
Ah oui voilà ! (Rires) Bon, ben rien à voir en fait, car lui l’émission qu’il va faire ça s’appelle New Stars. Lors d’une des auditions, il va rencontrer une fille de qui il va tomber amoureux mais il va également faire la rencontre d’une bande de bagarreurs qui lui propose de venir faire les gros bras dans leur groupe. Il accepte car, avec eux, il a enfin l’impression d’avoir trouvé une famille sauf, qu’au fur et à mesure que sa relation se développe avec sa petite copine, il se rend compte que ses nouveaux amis sont des Hooligans et qui plus est des néonazis…


Le combo gagnant ! Et, permets-moi de te poser cette question, mais est-ce que dans ce téléfilm on te verra nu ? Parce que j’ai l’impression que c’est le cas dans pratiquement tous tes films.
En gros, tu n’as vu que les films où je suis à poil ! (rires). Je tiens à préciser qu’il y en a d’autres où je ne le suis pas…

Mais ils ont beaucoup moins d’intérêt ceux-là !
(Rires) C’est vrai, tu as raison, quand j’y pense, même le film Vive la bombe, qui parle quand même des essais nucléaires, je réussis la performance d’apparaître nu sous la douche à un moment où je suis irradié ! Je pense qu’il y a un petit côté voyeuriste qui rentre en compte. Les femmes sont contentes de voir un homme nu, et vice versa, du coup, les réalisateurs sont tentés de déshabiller leurs acteurs… Il ne faut pas se leurrer, on le voit tous les jours à la télé : quoi de mieux pour vendre une brosse à dent qu’une nana à poil avec son dentifrice ? Sincèrement, ta question est intéressante et ça me permet de le dire : je suis fier d’avoir fait un film comme La ligne droite et c’est drôle parce que je n’y suis pas nu mais, paradoxalement, c’est le film où le travail avec mon corps a été le plus important et aussi le film où j’ai le plus donné de ma personne !

Avant de partir,  une petite dédicace pour Paulette ?
Ô, Paulette… Tous les soirs, je viens te voir… Je vais sur ton site, pour te rendre visite… Avec un clic, je…euh…je…

Tu as voulu tenter un alexandrin ? 
Et c’est une tentative échouée (rires) !

 

  LA LIGNE DROITE :: REGIS WARGNIER

avec Rachida Brakni, Cyril Descours                                     

Actuellement en salles 

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