Ce 28 avril 2021, le monde célébrait la journée mondiale pour la santé et la sécurité au travail. Au cœur d’une pandémie mondiale, le sujet est de mise. Mais parmi les grand·es oublié·es de cette thématique, il y a les travailleur·euses du sexe.

Aux yeux de la loi, les travailleur·euses du sexe – et notamment les prostitué·e·s – sont autorisé·es à exercer leurs activités. Seulement voilà, la législation de ces métiers, en France, reste très compliquée. La prostitution n’est pas sanctionnée par la loi pénale. Pourtant, les clients le sont. Contradictoire, non ? Il y a cinq ans, le Conseil constitutionnel votait la loi de 2016 sur la prostitution. Cette dernière, jugée dangereuse par le STRASS (Syndicat du Travail Sexuel), est évidemment contestée depuis ce jour. Zoom sur une décision remettant en cause les droits liés à la sécurité et à la santé de ces travailleur·euses.

Source : facebook © SWAG
Source : Facebook © SWAG

Pénalisation des clients, des conséquences dramatiques

Aujourd’hui, des chiffres approximatifs estiment qu’il y aurait entre 30 000 et 50 000 prostitué·e·s en France. Parmi iels, 62 % de la prostitution s’exercerait sur Internet, pour 30 % dans la rue et seulement 8 % dans des bars à hôtesses ou salons de massage. Le Syndicat du Travail Sexuel dénonce une augmentation des violences et une mise en danger de la santé des travailleur·euses depuis l’application de la loi de 2016. 

Selon lui, c’est une loi répressive, pensée au détriment de la santé. Sur leur site Internet, on peut lire « Nous dénonçons avec force la volonté de faire primer une logique abolitionniste au détriment d’une prise en compte des besoins réels de travailleur·ses du sexe et de leurs revendications. »

Précarité et vulnérabilité

La pénalisation des clients, votée il y a cinq ans, entraîne une précarité financière très importante, renforcée par la crise sanitaire. Et finalement, les travailleur·euses sont fragilisé·es et contraint·es de prendre des risques élevés pour leur santé.

Le président de Médecins du monde explique que globalement, la santé des travailleur·euses s’est dégradée depuis l’application de la loi. Dans le cadre de leurs activités, les ces dernier·es observent des difficultés à imposer le port du préservatif (augmentation des IST). Iels sont contraint·es d’accepter des clients instables, irrespectueux, violents. La santé mentale et l’isolement entrent évidemment aussi en jeu.

Concrètement, que se passe-t-il ?

En fait, la loi sanctionne l’achat de services sexuels d’une amende allant de 1 500 à 3 500 €.  Ainsi, les violences montent en cascade, les tarifs sont systématiquement négociés et l’exercice de l’activité est, selon le STRASS, effectué dans des lieux de plus en plus isolés. Les viols, les agressions, les vols avec violences continuent et se multiplient, selon l’association lyonnaise de santé communautaire pour les prostituées, Cabiria

Source : Twitter © STRASS
Source : Twitter © STRASS

Selon le STRASS, l’État serait complice de tueries

« La putophobie tue », « Clients pénalisés, putes en danger », sont les mots que l’on pouvait lire sur les pancartes des marcheur·euses lors de l’hommage à Jessyca Sarmiento. Cette femme transgenre, prostituée, a été assassinée le 20 février dernier sur son lieu de travail. Selon le Syndicat du Travail Sexuel, environ 10 personnes seraient mortes dans des conditions similaires, en à peine six mois.

Toutes les conversations convergent vers la même conclusion : cette loi. Celle du 13 avril 2016, votée pour lutter contre « un système prostitutionnel », incluant le proxénétisme et la traite des êtres humains. Mais qui finalement, empêche des travailleur·euses à faire valoir leurs droits, à exercer en règle et en sécurité, leurs activités.

261 requêtes ont été déposées par des travailleur·euses en 2019 et seront examinées par la Cour Européenne des Droits de l’Homme (selon un communiqué en date du 12 avril 2021). C’est une avancée conséquente, vers peut-être, une abrogation de la loi.

Des associations à la rescousse

À cela, vient s’ajouter depuis mars 2020, la crise sanitaire liée au Covid-19. Confinement oblige, comme la plupart des Français, les travailleur·euses du sexe ne peuvent plus exercer leurs activités. Finalement, très peu d’entre eux et elles bénéficient de l’aide de l’État. Une situation financière critique s’ajoute à un statut déjà très fragilisé. Les associations ont dû faire appel à la générosité du public pour les aider.

Ces dernières sont nombreuses et luttent constamment pour une amélioration de ces conditions de travail. D’ailleurs, Médecins du monde à mis en place depuis 2019, Jasmine. Un programme de lutte contre les violences faites aux travailleur(euse)s du sexe dans leur activité. Une aide pour faire valoir ses droits, se protéger, être soutenu·e et accompagné·e.

Pour plus d’informations, consultez également la page Facebook du Swag, organisation d’autodéfense pour travailleur·euses du sexe. 

Un article de Margot Hinry

Prendre la parole haut et fort peut paraître laborieux lorsqu’on est victime de violences. Encore plus quand on est enfermé.e.s entre quatre murs avec son tortionnaire. Si vous êtes bloqué.e.s à la maison, que parler ne vous est pas possible, l’écrit peut faire la différence.

Strong mother protects her child from danger. Stop violence against children. A big fist threatens a woman and her baby. Vector Illustration

Un confinement toujours plus alarmant

En période de confinement, les phases de sorties quotidiennes ne sont plus vraiment permises. Il est difficile pour les personnes violentées de s’aérer le temps d’un instant. Victimes comme agresseurs deviennent plus anxieux.ses et les phénomènes de violences s’aggravent. 

Une semaine après le début du confinement, 32 % de signalements concernant les violences conjugales étaient enregistrés. Interstats présente désormais chaque semaine un bilan des plaintes déposées dans le cadre des violences intrafamiliales, sur les personnes de 15 ans ou plus. La situation n’évoluant pas dans le bon sens, on comptabilise près de 2 500 plaintes sur la semaine du 20 au 26 avril. Un chiffre en augmentation, comparé aux semaines précédentes, et à l’année passée. 

Adrien Taquet, secrétaire d’État, chargé de la protection de l’enfance, alerte quant à lui sur la sécurité des plus jeunes. Le 20 avril, il annonçait une hausse de 89 % des appels passés au 119 « Allô enfance en danger », par rapport à la même semaine l’année dernière. Beaucoup d’entre eux, effectués par des voisins ou des camarades de classe. 

Un bilan, qui n’est pas des plus rassurants, et une situation qui inquiète toujours autant. « Ces dernières semaines, tandis que s’aggravaient les pressions économiques et sociales et que la peur s’installait, le monde a connu une horrible flambée de violence domestique », a déploré le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, le 5 avril. 

« Pour que l’écrit sonne aussi fort que les cris »

De nouveaux canaux s’ouvrent pour faciliter la parole des victimes et leur porter assistance. Pour que « l’écrit sonne aussi fort que les cris », En Avant Toutes crée un tchat sur la plateforme : Comment On S’aime ?

https://www.instagram.com/p/B_AMc6sgNrM

« Il s’agit d’un moyen discret de parler de sa situation et de trouver de l’aide. Nous avons déjà l’habitude de traiter ces enjeux, car même en temps normal, des femmes et personnes LGBTQIA+ nous contactent parce que l’écrit leur est indispensable. Par exemple lorsqu’elles sont séquestrées ou qu’elles n’ont pas la possibilité de téléphoner discrètement… », explique Louise Delavier, à la tête du projet, aux côtés de Ynaée Benaben et Thomas Humbert.

Pour entrer en contact avec un membre de l’association, et avoir accès à la discussion instantanée, il suffit de se connecter au site web, puis de cliquer sur l’onglet « je discute avec une professionnelle ». Le processus n’est pas éloigné des dispositifs mis en place habituellement, puisqu’il fonctionne sur le même modèle que le numéro national 3919. Différence majeure : ici, tout se passe à l’écrit. « L’idée est de permettre aux personnes d’obtenir une écoute, des conseils et d’être redirigées en toute confidentialité. »

Aujourd’hui, environ 20 à 25 % des conversations engagées par tchat concernent directement le confinement. Les autres situations de violences restent toutefois intimement liées avec ce qu’il se joue. Ce sont « soit des situations d’urgence, soit des personnes que nous suivons depuis un moment et qui nous font part de difficultés particulières pendant le confinement, soit des personnes qui sont en sécurité, mais qui ont le temps de penser et à qui des situations de violences passées reviennent. Nous avons aussi eu des situations de violences intrafamiliales, plus nombreuses. » L’urgence est à la parole, écrite comme orale. 

Fuir, pour aller où ? 

Même s’il reste indispensable que chaque citoyen.ne limite ses allées et venues, jamais au grand jamais, rester chez soi dans le cadre de violences conjugales et familiales est une option envisageable. Comme le rappelle Louise Delavier : « Vous avez le droit de partir. Votre santé, votre bien être sont une priorité. C’est vous qui savez quand et comment agir. »

Des numéros sont mis à disposition, des dispositifs aussi. On les détaillait d’ailleurs plus longuement, ici, en début de confinement. 

Pour rappel : il vous est possible de contacter les forces de l’ordre, en ligne sur Arrêtons les violences. Le 115 vous permet d’être relogé.e en urgence. Des nuitées d’hôtel sont aussi prises en charge par le gouvernement. Pour celles et ceux qui pourraient sortir ou s’exprimer à haute voix, le 3919 reste à votre disposition, tout comme le 17. Les pharmacies sont aussi prêtes à vous entendre, avec le code « masque 19 ». Et le 119, « Allô enfance en danger », est toujours accessible pour signaler des violences commises envers les enfants. 

Au micro de BFM TV, Adrien Taquet le rappelait : « Il faut être attentif.ve à ce qui se passe dans l’immeuble, de l’autre côté du mur. Et dans le moindre doute, ne pas hésiter à aller sonner à la porte, en respectant la distanciation sociale, pour faire redescendre la pression et montrer qu’on est là », « dans le moindre doute, appelez le 119 ».

Nous sommes tous.tes responsables face aux violences. Maintenant, et après le confinement ! 

Article de Marie Le Seac’h