En 2019, 84% des décès au sein du couple sont des femmes qui succombent sous les coups de leur partenaire. Lutter contre les violences faites aux femmes, ce n’est pas l’apanage des femmes : c’est l’affaire de toute une société, y compris les hommes – principaux acteurs de la violence. À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, ce mercredi 25 novembre, la maison des femmes lance #BeAMan, un spot de sensibilisation porté par la voix de Cédric Doumbé, multiple champion du monde de kickboxing, pour condamner toutes les formes de violences faites aux femmes.

Que ce sont les violences faites aux femmes ?

Pour commencer, rappelons concrètement ce que sont les violences faites aux femmes – et rappelons à quel point elles sont trop banales, à quel point les chiffres sont aberrants.

Redéfinir la masculinité

L’éducation toxique inculquée aux garçons est ce qui perpétue l’impunité masculine dans des cas d’agressions sexuelles et de viols commis par des hommes hauts placés. C’est ce qui incite les hommes à percevoir les femmes comme des objets disposables à merci, que ce soit dans les cas de viols conjugaux ou de harcèlements de rue. C’est ce qui entrave le bon fonctionnement des institutions juridiques, qui, pour 100 plaintes pour viol n’en condamnent que 10.

Participer activement à l’éradication des violences genrées revient à questionner la définition de la masculinité de nos jours, et à déconstruire l’éducation bagarreuse inculquée aux membres masculins de notre société. 

#BeAMan

Il est maintenant primordial d’inclure les hommes aux discussions sur les violences de genre. Cela, la Maison des femmes l’a bien compris. À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, l’association lance une campagne de sensibilisation destinée à interpeller les hommes sur la question des violences de genre, et à les inciter à s’engager plus activement pour cette cause.

Fondée en 2016 par Ghada Hatem, La Maison des femme, située à Saint-Denis, offre un soutien aux femmes en situation de précarité ou victimes de violences. En partenariat avec Cédric Doumbé, neuf fois champion du monde de kickboxing, l’association milite pour l’inclusion des hommes au sein du combat contre les violences conjugales dans son nouveau spot de sensibilisation #BeAMan (« Sois un homme »).

Le but : que les hommes réalisent qu’ils font partie de la solution.

Quelle place pour les hommes dans la lutte contre les violences faites aux femmes ?

Combattre l’indifférence et l’attentisme face à des situations de violences, voilà un objectif clé dans la réduction des violences de genre. Sans confisquer la parole aux femmes, les hommes doivent pouvoir écouter les expériences et ressentis de ces dernières, afin de comprendre leur privilège et ne pas reproduire de comportements sexistes. 

S’engager contre les violences faites aux femmes, c’est aussi participer à la remise en question des injonctions à la « virilité » qui pèse sur les hommes. C’est arrêter de faire un parallèle systématique entre « masculinité » et « violence ». C’est construire une vision inclusive de ce que c’est qu’« être un homme » en déconstruisant la perception toxique de la virilité.

Victimes et témoins de violences…

Article d’Inès Paiva

En ce deuxième confinement, les victimes de violences conjugales sont à nouveau enfermées avec leur agresseur. Inquiète, l’association En avant toute(s) craint une recrudescence des cas.

On le sait, le premier confinement avait contribué à l’augmentation du nombre de violences conjugales et familiales. Et pour cette deuxième vague, l’association En avant toute(s) redoute une recrudescence des cas. D’autant que cette première semaine confirme déjà une hausse des témoignages. 

De nombreux témoignages

Depuis vendredi dernier, le tchat Commentonsaime.fr connaît déjà une forte hausse des fréquentations. Louise Delavier, co-fondatrice de l’association En avant toute(s), s’alarme : « depuis l’annonce du confinement, des jeunes femmes victimes de violence nous ont déjà fait part de leurs grandes craintes ». Et en voici quelques exemples [TW Violences conjugales] :

  • « J’ai accepté que mon ex violent me recontacte car j’ai beaucoup souffert des mesures sanitaires qui m’isolent énormément. Je sais qu’il me fait du mal mais je ne supporte plus d’être seule.« 
  • « Ce sont sans cesse des insultes, des menaces, des viols… Il me fait très peur et la terreur m’épuise. J’ai très peur de comment va se dérouler le confinement.« 
  • « ​Je suis dans une relation violente. J’avais pu retourner chez ma sœur pour souffler, mais elle a un enfant et je n’ai pas pu rester. Je suis obligée de retourner avec lui et le confinement me fait extrêmement peur.« 

Des similitudes avec le premier confinement

Comme au premier confinement, le principal problème est la cohabitation forcée. Car si « le confinement est un outil précieux pour freiner la propagation du virus« , comme le rappelle l’association En avant toute(s), « la cohabitation forcée est aussi un catalyseur des tensions au sein des couples et des familles. Dans un contexte d’isolement social, la violence risque de s’amplifier dans les ménages où elle est déjà présente, voire de naître là où le terrain est fertile.« 

Pour rappel, la fréquentation du tchat Commentonsaime.fr pendant le premier confinement avait connu une nette augmentation. Ce qui avait obligé l’association à élargir ses horaires d’ouverture. Et aux vues de ces premiers témoignages, on s’inquiète de la suite. 

De vraies solutions

Si vous êtes victimes ou témoins de violences conjugales ou familiales, il existe des solutions. Gratuites et anonymes. Vous n’êtes pas seul·e·s, et on est tou·te·s derrière vous. 

S’il y a urgence, vous pouvez composer le numéro 17, celui de la police secours, le 112 si vous êtes en Europe, mais pas en France – ou le 114 si vous êtes sourd·e·s, malentendant·e·s, aphasiques ou dysphasiques. 

Si vous êtes en capacité de téléphoner, mais qu’il n’y a pas d’urgence, vous pouvez appeler le 3919, numéro mis en place par le gouvernement. 

Pour signaler une violence en ligne ou vous renseigner, vous pouvez faire un tour sur ce site. 

Et si l’écrit est votre seule solution (surtout pendant le confinement), il existe, comme vous l’avez compris, le tchat Commentonsaime.frcréé par En avant toute(s). Ouvert tous les jours de 10 heures à 21 heures, il contient même une option pour fermer rapidement la fenêtre.

Courage à tou·te·s pour ce deuxième confinement ♡

Article de Clémence Bouquerod

The Batata, c’est une collection de vêtements solidaire imaginée par la journaliste Elsa Wolinski. Comme un cri du coeur, cette marque est le moyen de faire taire les injonctions, mais surtout un soutien aux victimes de violences conjugales. 

The Batata c'est une collection solidaire pour l'amour et sans clivage. Crédits : ©Victor Malecot.
The Batata c’est une collection solidaire pour l’amour et sans clivage. Crédits : ©Victor Malecot.

The Batata, c’est un mot original au sens très réfléchi. S’il signifie « pomme de terre », en arabe tunisien, ce terme renvoie à une expression populaire : une femme avec des rondeurs. Alors oui, Elsa Wolinski souhaite clairement exprimer sa position. Sa marque de vêtements solidaire aux trois syllabes est une révolte humaine. 

Cette collection lancée récemment se veut inclusive et contre les injonctions. Pétillante et colorée, The Batata mise sur les codes vestimentaires de rue. De quoi être confortable tout en arborant un look sans clivage. 

Une marque engagée aux côtés de l’association Putain de guerrières

Elsa Wolinski a fait le choix de faire de The Batata une marque solidaire. En ce sens, elle s’est engagée à reverser 10 % de chaque vente à Putain de guerrières. Créée par d’anciennes victimes de violences conjugales, l’association apporte son écoute et son soutien afin d’accompagner les femmes violentées du début à la fin. 

https://www.instagram.com/p/B6UIhhBKz4D/

L’argent récolté va permettre de payer des nuits d’hôtel afin de mettre ces femmes en sécurité. Il servira à proposer aux victimes les premiers soins, mais aussi de fournir des biens de première nécessité à leurs enfants. Le but étant d’apporter un remède à la détresse immédiate et surtout de donner l’espoir d’un avenir meilleur. « Nous avons tous la capacité d’agir, de combattre pour la liberté. D’être acteur de ce monde et d’en faire jaillir la lumière, la plus puissante, la plus crue, celle de la solidarité », exprime Elsa Wolinski. Comme un cri du coeur, c’est un appel à l’amour que cherche à propager The Batata. 

https://www.instagram.com/p/B9e7pT4gnUs/

Des masques de guerrier.ères 

Parce qu’il est fortement recommandé d’en porter un depuis le début de la crise sanitaire, The Batata a lancé sa ligne de masques. C’est d’ailleurs devenu l’accessoire indispensable en ce moment. Fabriqués mains, avec de beaux tissus ou des broderies, ils deviennent peu à peu tendance. Alors plus d’excuses, il est maintenant possible de sortir masquée tout en restant stylée. 

The batata lance sa ligne de masque dont 10% seront reversés à l'association Putain de guerrières. Crédits : ©The Batata.
The Batata lance sa ligne de masque dont 10 % seront reversés à l’association Putain de guerrières. Crédits : ©The Batata.

Pour découvrir les pièces à shopper, rendez-vous sur l’e-shop.

Article de Nina Hossein

Tristesse, injustice mais réalité : le confinement pour lutter contre l’épidémie de Covid-19 a pour impact l’augmentation des violences conjugales. Enfermée avec un bourreau, la victime n’a que très peu d’échappatoires, c’est un fait. Face aux premiers chiffres dévoilés et les appels des associations, le gouvernement a instauré plusieurs dispositifs afin de venir en aide à celles qui en auraient besoin. On vous a dressé la liste.

À Toulouse, le groupe de collage féministe multiplie les opérations pour dénoncer les violences conjugales. Crédits : ©Lucie Lescastreyres.
À Toulouse, le groupe de collage féministe multiplie les opérations pour dénoncer les violences conjugales. Crédits : ©Lucie Lescastreyres.

Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, l’annonçait jeudi 26 mars sur le plateau de France 2. « En zone gendarmerie », les violences conjugales ont augmenté de « 32 % en une semaine » et de « 36 % en une semaine » dans la zone de la préfecture de Paris, expliquait-il. 

Alors que les signalements augmentent, le 3919, numéro vert dédié aux victimes, est lui moins sollicité. Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes s’en inquiète et a partagé son ressenti à l’antenne d’Europe 1 : « Ça veut dire qu’il est difficile de téléphoner quand vous êtes enfermés avec l’agresseur ». Alors, pour freiner la recrudescence des violences conjugales, plusieurs dispositifs sont désormais accessibles pour tenter d’aider les victimes. 

« Masque 19 », le code pour donner l’alerte en pharmacie

C’est une des premières mesures qu’a données Christophe Castaner pour freiner l’explosion des violences conjugales. Il est important que les victimes de violences conjugales puissent appeler à l’aide. « Dans la pharmacie, au moment où la femme qui peut être battue s’y rend sans son mari », un code a été établi pour qu’elle « puisse donner l’alerte » a expliqué le ministre de l’Intérieur. 

Ce dispositif est apparu en Espagne et tend aujourd’hui à se généraliser en France. Pour élargir le dispositif, des centres d’accompagnement éphémères se mettent en place dans les centres commerciaux. Des consignes seront données aux forces de l’ordre afin qu’elles puissent « intervenir en urgence ».

Dans le cas où le conjoint aurait connaissance de ces dispositifs, d’autres moyens plus discrets ont été mis en place pour donner l’alerte. 

Les violences conjugales s'accélèrent pendant le confinement, et la crainte de féminicides augmente. Crédits : ©Lucie Lescastreyres.
Les violences conjugales s’accélèrent pendant le confinement, et la crainte de féminicides augmente. Crédits : ©Lucie Lescastreyres.

Signaler ces violences en ligne

S’il s’avère être difficile de joindre des plateformes d’appels (3919), le gouvernement a également développé un moyen de donner l’alerte plus discrètement. La plateforme gouvernementale en ligne Arrêtons les violences permet de dialoguer avec des forces de l’ordre de manière anonyme. Marlène Schiappa a indiqué que la plateforme resterait « active 24h /24 et 7 jours sur 7 ».

Une application gratuite, App-Elles, permet aussi d’avertir sur sa situation. La fonction « alerte » envoie un SMS d’appel à l’aide à trois contacts choisis au préalable. Elle transmet également la position GPS et prend automatiquement une photo pour renseigner au mieux la position.

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« Il n’est pas interdit de fuir », rappelle le collectif #NousToutes ! 

Bien que les mesures de confinement prises par le gouvernement déconseillent les sorties, de nombreux collectifs comme #NousToutes le rappellent, les victimes peuvent se sauver et fuir. Dans ce cas, il est possible d’appeler le 115, numéro d’urgence sociale, pour obtenir un hébergement.

https://www.instagram.com/p/B9rr9k9A-PD/?utm_source=ig_web_copy_link

De son côté, la ministre de la Justice, Nicole Belloubet a demandé à ce que le « traitement des affaires de violences conjugales continue d’être assuré par les juridictions, désormais fermées au public pour éviter la propagation du virus ». Dans un communiqué, la ministre a affirmé que « la lutte contre les violences faites aux femmes demeure une priorité de politique pénale clairement affirmée par le ministère de la Justice ». 

Lutter contre les violences intra familiales 

C’est ce que souhaite aussi le gouvernement : lutter contre les violences faites aux enfants. Pour cela, le 119, numéro d’appel pour l’enfance en danger est joignable 24h /24 et 7 jours sur 7. On peut aussi compter sur le « guide des parents confinés » pour accompagner les familles.

De son côté, l’association #NousToutes a mis en place un groupe WhatsApp. « Confinement et parentalité »  donne chaque jour des idées d’activité à donner aux enfants pour éviter les violences parentales.

https://www.instagram.com/p/B91hTEGghng/

Famille, ami(e) ou encore voisin, vous êtes aussi appelés à rester vigilants et à alerter si vous êtes témoins de violences conjugales.

Article de Nina Hossein.