Après une cérémonie d’inauguration très suivie, le nouveau président américain s’attelle déjà à la tâche. Aperçu d’une politique en contrepied de l’ère Donald Trump. 

Chose promise, chose due. Celui qui avait pour slogan « Build Back Better » compte bien « mieux reconstruire » après la présidence de Donald Trump, considérée pour beaucoup particulièrement destructrice. A peine arrivé au pouvoir, les grands points de sa politique sont déjà clairs.

Faire face à la crise du coronavirus

Donald Trump a été très critiqué sur sa gestion du COVID, jugée trop laxiste. Joe Biden quant à lui en fait sa priorité. Ses premières promesses sont explicites : prendre au sérieux la pandémie et contre-attaquer. Il se lance premièrement dans une grande campagne de vaccination. L’objectif est clair : confirmer cent millions de vaccinations sur les cent premiers jours de sa présidence. Dans un second temps, il promet également une hausse des moyens pour faire face à la pandémie. Une hausse des tests donc, mais aussi des traitements et des soignants disponibles seraient prévue.

Et pour pouvoir réaliser ces objectifs, Biden a annoncé vouloir faire usage du Defense Production Act. Cette loi fédérale de 1950 est un équivalent de l’état d’urgence français. Pensée en temps de guerre froide, elle permet de diriger l’effort productif du pays, stabiliser les prix et les salaires, contrôler les crédits dans l’objectif de faciliter les productions nécessaire à la sécurité nationale. C’est donc un effort de guerre qui est déployé pour contrer l’avancée du virus. Et c’est une décision nécessaire, dans la mesure où l’on estime que plus d’Américain·e·s sont morts du COVID qu’à cause de la Seconde Guerre mondiale.

Sur le plan social enfin, des mesures ont été prises pour mieux comprendre les divers impacts du virus. Déjà, un plan d’aide économique pour les petites entreprises est prévu. Une unité d’intervention quant à l’impact des inégalités raciales dans la propagation du virus est également attendue. A sa tête, on retrouve l’Afro-américaine Dre Marcella Nunez-Smith, professeure à l’université de Yale. Pour pouvoir participer à l’effort mondial également, Biden a contacté l’Organisation mondiale de la santé. Alors que son prédécesseur en était sorti en juillet dernier, le nouveau président a confirmé sa volonté d’y revenir.

La promesse du Green New Deal environnemental 

Centrale lors de la campagne démocrate, l’écologie reprend de l’ampleur politique. En effet, Trump jugeait les lois environnementales de Barack Obama contraires aux principes d’une économie libérale. Beaucoup ont donc étés abrogées, au profit d’une certaine idée de la compétitivité. Un des premiers ordres du nouveau président, ancien vice-président d’Obama, a donc été de travailler à les remettre en place. 

Sur les traces d’Obama toujours, Joe Biden a choisi des représentant·e·s symboliques dans cette visée environnementale. On retrouve au ministère de l’Environnement John Kerry, ancien ministre des Affaires étrangères et poids lourd démocrate. C’est lui qui a négocié les accords de Paris en 2015, et qui supervise donc la réintégration des Etats-Unis après le départ précipité de Trump en Novembre 2020.

L’écologie a aussi la part belle au sein des divers ministères. On retrouve Janet Yellen au ministère de l’Economie, ancienne conseillère économique de Bill Clinton. Elle se définit par une vision progressiste de l’économie, en particulier sur les questions liées au changement climatique. Jennifer Granholm, la nouvelle ministre de l’Energie, est quant à elle une experte des énergies vertes. Enfin Michael S. Regan dirigera l’agence de protection environnementale. Expert des questions concernant la qualité de l’air, il a déjà travaillé avec les administrations de George W. Bush et Bill Clinton.

Une volonté de rassembler, en tension avec un projet politique progressiste 

C’était le mot d’ordre de la cérémonie d’inauguration : rassembler les Américain·e·s. Après des dernières semaines très mouvementées, Joe Biden veut être le président de tous·te·s. Pourtant sa politique sociale prend entièrement le contrepied de celle de son prédécesseur, et de l’idéologie de ses sympathisants. Par exemple, le financement du fameux mur avec le Mexique a déjà été suspendu. Bien instauré dans une politique migratoire progressiste, le nouveau gouvernement ne compte donc pas continuer la construction du projet phare de Donald Trump. Plus encore, Biden a déjà suspendu le muslim ban, autre projet phare de l’ancien président. Les ressortissant·e·s de nombreux pays musulmans sont donc de nouveau bienvenu·e·s aux Etats-Unis. 

Sur la question de l’immigration surtout, le nouveau gouvernement fait déjà exemple. Alejandro Mayorkas, fils de réfugié·e·s cubain·e·s, prendra la tête du ministère de l’Intérieur. C’est la première fois qu’un hispanique occupe ce poste. Historique surtout, la promesse de régularisation faite aux « Dreamers« , jeunes immigré·e·s ayant grandi aux Etats-Unis. C’est donc une politique pro-immigration. 

Reste alors la question de la pauvreté grandissante. La ministre du Logement, Marcia Fudge, devra déjà superviser le gel des expulsions de logement, allongé jusqu’à fin mars par Biden. Par ailleurs, sur la question de l’enseignement, les remboursements des prêts étudiants ont déjà été suspendus. Et, comme promis, c’est un éducateur professionnel qui a été placé à la tête du ministère de l’Education. Miguel Cardona est en effet lui même enseignant, et un fervent défenseur de l’éducation publique. Bien sûr, l’Obamacare, programme de sécurité sociale accessible à tous et bête noire de Donald Trump, devrait être rétabli.

Enfin à l’ère de Black Lives Matter, la question des inégalités raciales est au coeur de la politique démocrate. Premièrement, le nouveau ministre de la Justice, Merrick Garland, est connu pour son engagement pour l’équité raciale. D’ailleurs l’administration Biden donne l’exemple, mettant à l’honneur la représentation. C’est un gouvernent historiquement représentatif, avec en son sein un nombre record d’Afro-américain·e·s, d’Indo-américain·e·s et d’Hispaniques, en plus de respecter une très belle parité homme-femme. C’est également Deb Haaland, première ministre autochtone, qui prend la tête du ministère de l’Intérieur. Et parmi ses responsabilités, la gestion des « réserves » de Natif·ve·s, qui a souvent été décriée. L’inclusivité historique des LGBT dans le nouveau gouvernement est enfin remarquable. Pete Buttigieg étant le premier ministre ouvertement homosexuel (il officiera aux Transports), et Rachel Levine la première secrétaire ministérielle ouvertement trans (administrée secrétaire adjointe à la Santé). 

Une politique internationale dans les traces d’Obama

L’administration Trump s’était pourtant vantée d’avoir une politique militaire plus pacifique que celle d’Obama. Et si les opérations armées sous Obama avaient en effet fait polémique, l’interventionnisme américain risque de bien reprendre. En effet, le nouveau ministre de la Défense, Lloyd Austin est un vétéran des guerres en Irak et en Afghanistan. La nouvelle directrice du renseignement, April Hains est quant à elle connue pour avoir été la conseillère adjointe aux Affaires de sécurité nationale lors du second mandat d’Obama. Enfin, le ministre des Affaires étrangères Antony Blinken est connu pour son interventionnisme, et avait plaidé en faveur d’une plus grande présence américaine en Syrie.

La diplomatie, jusque-là difficile, devrait aussi reprendre de plus belle. Premièrement William Burns, connu pour avoir enclenché les négociations avec l’Iran qui ont menées aux accords de Téhéran de 2015, a été nommé au poste directeur de la CIA. Ensuite, Linda Thomas Greenfield, la nouvelle ambassadrice américaine à l’ONU, est une diplomate chevronnée, experte des questions africaines. Katherine Tai, enfin, nouvelle représentante au Commerce, est une spécialiste de la Chine. Une de ses premières missions sera donc de rétablir les liens commerciaux entre les deux pays. 

Le nouveau gouvernement américain se veut donc ouvertement hérité des mandats de Barack Obama. Et possédant la majorité au Sénat et à la Chambre des députés, son champs d’action est largement facilité. Mais alors qu’un jour nouveau se lève sur l’Amérique démocrate, les partisans de Donald Trump sont en déroute. Et quand le mouvement complotiste QAnon continue à prendre de l’ampleur, l’opposition politique risque elle aussi, de changer de visage.

Un article de Shad De Bary

Avant-hier, les quatre élues démocrates Alexandria Ocasio-Cortez (New York), Ilhan Omar (Minnesota), Ayana Pressley (Massachusetts) et Rashida Tlaib (Michigan) ont été réélues à la Chambre des représentants américaine. Les élections américaines du 3 novembre 2020 ont, entre autres, défini un tiers des membres du Sénat (Chambre haute) et de la Chambre des représentants (Chambre basse), qui forment ensemble le Congrès américain. 

« The Squad » 

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De gauche à droite : AOC, Ayanna Presslay, Ilhan Omar, Rashida Tlaib

Ces quatre politiciennes issues de minorités ethniques, souvent désignées comme formant « The Squad », ont été maintes fois la cible de commentaires racistes de Donald Trump. Le nom « The Squad » est devenu viral après avoir été utilisé pour la première fois par Alexandria Ocasio-Cortez (AOC) sous un post Instagram suite à l’élection législative de 2018. Toutes ayant moins de 50 ans, elles sont perçues comme étant un nouveau visage du parti démocrate à l’avenir prometteur.

Politiquement, les quatre élues appartiennent à l’aile gauche des démocrates et prennent régulièrement la défense de mesures climatiques ambitieuses, d’un accès aux soins pour tous;tes les Américain.e.s et autres causes progressistes.

Qui sont-elles ?

Alexandria Ocasio-Cortez est pressentie comme étant l’étoile montante du parti démocrate américain depuis son élection en tant que plus jeune membre du congrès américain en 2018. Elle incarne la voix de la jeunesse progressiste pour le 14e district de New York (une partie du Queens et le Bronx) et revendique son adhésion au mouvement socialiste démocratique, c’est-à-dire le courant gauche du parti démocrate. Pendant sa campagne de 2018, elle s’est démarquée par sa gestion très « millennial » des réseaux sociaux, et par sa stratégie de cibler des électeur.trice.s traditionnellement abstentionnistes. Depuis, elle jouit d’une popularité grandissante parmi l’électorat démocrate en soutenant des causes comme une assurance-maladie pour tous.tes ou un college (université américaine) public gratuit.

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Ayanna Pressley & Alexandria Ocasio-Cortez

L’avenir politique d’Ayanna Pressley semble également prometteur : première femme afro-américaine élue au conseil de Boston il y a 10 ans, Pressley souhaite apporter un « leadership activiste » au Congrès, dit-elle en 2018 après son élection.

Ilhan Omar et Rashida Tlaib sont les deux premières femmes musulmanes à accéder au Congrès américain.

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Rashida Tlaib & Ilhan Omar

Représentante du Minnesota élue en 2018 à la Chambre des représentants, Ilhan Omar est de plus la première femme d’origine somalienne à être élue dans une assemblée législative américaine. Son ambition politique se centre sur la création d’une société américaine multiculturelle et sur un accès à l’éducation et à la formation des personnes défavorisées.

Rashida Tlaib, elle, se distingue par sa forte critique des relations israélo-américaines et est la première palestino-américaine à être élue Congresswoman. Elle s’inscrit dans le même mouvement socialiste démocrate que AOC, Ayanna Pressley et Ilhan Omar, et a défrayé la chronique il y a deux ans pour ses attaques virulentes envers Donald Trump.

La victoire du Squad à la Chambre des représentants était prévue. Si les sondages prédisaient une victoire relativement facile aux quatre élues, les Démocrates espéraient également pouvoir étendre leur nombre de sièges au sein du Congrès. AOC estime ainsi que Joe Biden ne s’est pas assez occupé de l’électorat latino-américain pendant sa campagne pour la présidentielle, perdant des votes précieux en faveur des Démocrates.

« Ce n’est que le début »

« Notre sororité est solide », a tweeté Ilhan Omar pour célébrer la victoire du Squad, précisant qu’elle « croit en [leur] pouvoir. Et ce n’est que le début ». Bien qu’une présidence Trump serait un obstacle majeur à leurs ambitions, le Squad compte bien continuer dans sa lignée et impulser le changement sur les scènes politique, sociale et économique américaines.

Surtout que ce ne sont pas les seules nouvelles positives des dernières élections ! De nombreux.ses candidat.e.s démocrates appartenant à des minorités ont remporté un siège au Congrès américain mercredi dernier.

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Sarah McBride

Parmi les 547 candidat.e.s LGBTQIA+ inscrit.e.s (ce qui représente déjà un record), au moins 35 ont été élu.e.s ! Au Sénat américain, l’élue Sarah McBride est la première femme transgenre à atteindre un poste aussi élevé dans l’histoire des États-Unis. À 32 ans, Ritchie Torres devient le premier afro-latino-américain homosexuel à siéger à la Chambre des représentants, aux côtés de Mondaire Jones, 33 ans, qui se revendique fièrement afro-américain et homosexuel. Kim Jackson devient la première sénatrice de Géorgie à se dire ouvertement appartenir à la communauté LGBTQIA+, et l’activiste de Black Lives Matter Cori Bush remporte un siège à la Chambre des représentants (État du Missouri). 

Ces résultats sont sans aucun doute une victoire pour la représentation des minorités sur la scène politique américaine. Sarah McBride tweete après sa victoire : « J’espère que cette soirée montrera à un enfant LGBTQ que notre démocratie est assez grande pour elleux aussi ». 

Article d’Inès Paiva

Écrit pour le documentaire “All In : The Fight For Democracy”, documentaire sur le droit de vote aux Etats-Unis, Turntables est le nouveau titre pop de Janelle Monáe.

L’artiste « chanteuse-autrice-compositrice-performeuse-productrice-actrice-activiste » Janelle Monáe a annoncé le 8 septembre la sortie de sa nouvelle musique Turntables. Elle sera diffusée dans le documentaire “All In : The Fight For Democracy” qui parle du droit de vote aux États-Unis. 

Cette musique est la première de l’artiste depuis sa dernière nomination aux Grammy Awards. C’est une chanson qui parle des problèmes actuels du droit de vote aux USA, en vue de l’élection présidentielle qui arrive à grand pas. Message qui fait sens, sachant que Janelle Monáe est co-présidente de l’association « When We All Vote ».

Des ambitions féministes

Janelle Monáe, en plus d’être une artiste accomplie, est aussi activiste. Activiste pour le droit de vote, donc, mais aussi activiste pour les droits des femmes. En effet, elle a été à l’initiative de #FemTheFuture, un projet visant à motiver et aider les femmes du secteur du divertissement et des médias. Une autre bonne raison de la streamer.

Vous pouvez écouter dès maintenant le titre Turntables sur toutes les plateformes de streaming, en attendant de la retrouver dans le documentaire “All In : The Fight For Democracy” -disponible exclusivement sur Amazon Prime Video le 18 septembre. 

Article de Clémence Bouquerod

À tout juste 29 ans, Alexandria Ocasio-Cortez est le nouveau visage d’une politique fraîche et moderne aux États-unis. Forte de ses origines latino, celle que l’on surnomme AOC a su se faire une place dans univers majoritairement blanc et masculin : le 3 janvier 2019, elle devient la plus jeune candidate jamais élue au Congrès. Paulette vous propose un retour sur le parcours de cette femme d’exception. 

Alexandria nait et grandit dans le Bronx, un quartier pauvre de New York, au sein d’une famille d’origine hispanique. Après avoir entamé des études scientifiques, elle choisi finalement de se tourner vers l’économie et les relations internationales qu’elle étudie à l’Université de Boston. Elle réalise à cette occasion un stage auprès du sénateur démocrate Ted Kennedy qu’elle assiste sur les questions d’immigration. Lors de la campagne présidentielle de 2008, elle soutient le candidat démocrate Barack Obama pour lequel elle réalise du démarchage téléphonique. À l’obtention de son diplôme en 2011, elle retourne dans le Bronx pour aider sa mère et y travaille en tant que serveuse. En 2016, elle participe activement à la campagne de Bernie Sanders ; celui-ci la soutiendra dans son ascension politique quelques années plus tard. 

Après que son frère a envoyé la candidature d’Alexandria au comité Brand New Congress, elle se présente en 2018 à la primaire démocrate de la 14e circonscription de New York. Malgré une finance de campagne nettement inférieure à celle du candidat sortant, Joseph Crowley, elle le bat. Tandis que, certain de gagner, il adopte une attitude condescendante, la jeune femme mise sur une stratégie digitale et compte sur le soutien d’électeurs traditionnellement abstentionnistes. Elle l’emporte par la suite face au républicain Anthony Pappas avec 78% des voix, ce qui lui vaut d’être élue à la Chambre des représentants des États-Unis. Pour tenter de la décridibiliser, une vidéo dans laquelle elle danse sort la veille de sa prestation de serment. Elle se moque alors de cette attaque et se filme à nouveau en train d’esquisser quelques mouvements au Congrès en affirmant : « J’entends dire que le Parti républicain pense que les femmes qui dansent sont scandaleuses. Attendez qu’ils découvrent que les femmes parlementaires dansent aussi ! »

Se revendiquant socialiste démocrate, elle est située à la gauche de la gauche, prend partie pour des politiques progressistes et lutte contre la corruption dans les milieux institutionnels. Elle critique le système capitaliste qu’elle identifie à un modèle non durable et créateur d’inégalités sociales et soutient le projet d’une taxe sur les hauts revenus. Sur le plan sociétal : gratuité des frais d’université, assurance maladie pour tous, égalité des LGBTQ+ et gun control sont autant d’enjeux pour lesquelles elle s’investit. En matière d’immigration, elle milite pour la suppression de l’agence américaine ICE (Immigration and Customs Enforcement) et souhaite « créer une voie d’accès à la citoyenneté pour davantage d’immigrés ». Enfin, la jeune femme se montre intransigeante en matière d’environnement et œuvre pour que l’électricité du pays repose exclusivement sur les énergies renouvelables d’ici 15 ans. Véritable vent de fraîcheur, certains voient en elle la nouvelle Barack Obama.

Vous l’aurez donc compris, AOC est la personnalité à suivre ces prochaines années. On espère que le futur de la politique états-unienne sera aussi brillant et progressiste que la jeune femme. Mieux, on espère qu’il aura son visage.

Article de Juliette Mita