Plus qu’un hashtag, #Iwas est devenu un véritable mouvement contre les violences sexuelles, à l’image de #BalanceTonPorc ou #MeToo. Le principe est simple : les victimes dénoncent les violences vécues par le passé en postant l’âge auquel elles les ont subi.

Photo prise à la manifestation du 8 mars 2020 à Nice

La réalité de l’âge

« #Iwas 11, c’était mon père », « #Iwas 6 environ. C’était mon cousin. Il en avait 14. Je me suis réveillée la nuit. Il ne dormait pas. Et il m’a demandé de l’aider à finir ce qu’il était en train de faire. » 

Ces tweet glaçants sont une infime partie des milliers qu’on peut lire sur la toile. Apposer un âge derrière le hashtag, un acte très sobre en apparence, mais qui devient vite bouleversant. L’âge souvent très jeune des victimes est choquant. Certain.e.s avaient seulement 6, 7 ou 8 ans au moment des faits, et leurs agresseurs font parfois encore partie de leur vie, ou font partie de leur famille.

Le problème, c’est eux

On trouve des tweets qui racontent l’horreur en détails, comme pour l’exorciser. Certains témoignent de violences qui datent de seulement quelques mois ou qui ont duré des années : «  #Iwas 5 to 13. On m’a volé mon enfance, mon corps. », «#Iwas De mes 6 à mes 14 ans. C’était le cuisinier de mon père et je ne pouvais pas parler car j’étais tétanisée et je ne voulais pas faire d’histoires. Ce n’est pas vous le problème, c’est eux. Parlez c’est important. Ça ne devrait pas exister. » 

« #Iwas 15 mais j’avais bu donc c’est ma faute. » L’excuse du degré d’alcoolémie revient souvent… Pourtant, peu importe la quantité d’alcool consommée, peu importe le comportement adopté, peu importe la tenue portée, peu importe la « réputation », etc., le seul responsable d’une agression sexuelle ou d’un viol est celui qui le commet. Rien ne justifie un tel acte !

La honte doit changer de camp

Si les victimes n’ont pas toujours trouvé la force d’en parler ou de porter plainte, c’est parce que la culpabilité et la peur de « créer des problèmes », de « faire honte à sa famille » ou de ne pas être crue est encore bien trop présente. « #Iwas 7, quand j’ai essayé d’en parler autour de moi, on m’a traité de pute. J’étais une pute de 7 ans qui avait provoqué un adulte pour me faire violer. Le viol c’est pas une honte, c’est un crime. » 

Au sein même du cercle familial, les agressions sexuelles et le viol sont encore banalisées, au point que l’on cherche à rendre la victime coupable. Les parents préfèrent parfois minimiser l’acte de violence subi par leur enfant pour ne pas « que les gens parlent », pour ne pas « avoir mauvaise réputation ». Il est parfois plus facile de fermer les yeux sur ce qu’il s’est passé et de reprendre son quotidien plutôt que de saisir la justice.
Mais si les victimes se taisent, c’est aussi parce que les agresseurs ne font que rarement face à la justice. Ils continuent d’évoluer au sein de la société en toute impunité, en toute liberté. Selon Marlène Schiappa, la secrétaire d’État à l’égalité entre les hommes et les femmes, 0,09 % des viols font l’objet d’une condamnation. Après un tel traumatisme, il est difficile de se rendre au commissariat pour raconter encore et encore la même histoire afin de déposer plainte. Un effort colossal pour un résultat incertain. Les victimes sont donc peu nombreuses à poursuivre leurs agresseurs, découragées par les longues procédures, le manque de tact, de compréhension et d’accompagnement, par la peur de ne pas être crue ou de devoir faire de nouveau face à l’agresseur.

Néanmoins, ce processus est crucial pour que ces actes soient condamnés, pour que la honte change de camp. Ce n’est jamais la faute de la victime, elle n’a rien à se reprocher. 

Apparu le 1er juin sur la toile, le hashtag #Iwas est toujours d’actualité et rappelle qu’il est important de parler – uniquement si vous en avez envie, si vous vous en sentez capable, si vous en ressentez le besoin. Ce mouvement est un grand pas en avant, que ce soit pour éveiller les consciences ou pour participer à la reconnaissance et à la reconstruction des victimes dont on salue le courage. 

Article d’Ana Michelot

L’insécurité règne dans les rues désertes depuis le confinement. C’est ce que révèlent de nombreuses femmes inquiètes par l’augmentation du harcèlement de rue. Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes partage ce sentiment. 

Avec le confinement, les femmes témoignent de l'augmentation du harcèlement de rue dans les espaces désertés. Crédits : ©Edwin Andrade.
Avec le confinement, les femmes témoignent de l’augmentation du harcèlement de rue dans les espaces désertés. Crédits : ©Edwin Andrade.

Alors que les dangers dans l’espace public étaient déjà importants pour les femmes, le confinement n’a fait que les renforcer. La peur de s’y retrouver seule « autant le jour que la nuit » et d’être victime de harcèlement s’explique par une faible fréquentation de ces lieux.

https://www.instagram.com/p/B_fQ2SwlwYC/

Une escalade de témoignages 

Depuis le 17 mars, les rues sont désertes, les magasins fermés et les transports peu remplis. Au départ, ça semblait plutôt positif, mais le confinement n’aide pas beaucoup les femmes à prendre leur place dans ces espaces. Les témoignages des victimes de harcèlement de rue se multiplient.

https://www.instagram.com/p/B_XJKCMlAZL/

L’AFP en a recueilli quelques-uns comme celui de Laurène Martin, une infirmière de 28 ans. « Le deuxième jour de confinement, des mecs m’ont sauté dessus dans le métro pour me piquer mon téléphone. J’ai crié, ils sont partis et le seul autre passager de la rame, un homme, est venu se coller à moi et m’a demandé si j’avais un mari… ». Non, vous ne rêvez pas. Non, le coronavirus n’aura pas mis un terme au harcèlement de rue. Laurène Martin ajoute que la situation « est clairement pire » qu’avant. « Il y a moins de personnes à agresser, moins de témoins, et les groupes d’hommes qui restent dehors sont ceux qui ne respectent absolument pas le confinement ».

https://www.facebook.com/payetonconfinement/posts/134016548237128

Que risque-t-on au déconfinement ? 

Marlène Schiappa a tenu à rappeler que le harcèlement de rue restait « évidemment interdit pendant le confinement », rapporte l’Agende France Presse. La secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes s’inquiète d’ »une vague de violences sexuelles au déconfinement », pointant du doigt « le sentiment d’impunité des agresseurs conjugué au phénomène de décompensation ». Pour garantir la sécurité des femmes après le 11 mai, Marlène Schiappa a convoqué un groupe de réflexion composé d’experts tels que des avocats et neuro-scientifiques. Ils sont chargés de rendre un rapport sur les mesures à prendre pour protéger les victimes. 

En attendant, il existe plusieurs dispositifs pour alerter en cas d’agression physique ou verbale. 

  • Victime ou témoin, vous pouvez contacter le 17 pour Police Secours, ou le 112, Numéro d’urgence européen. Pour les sourds et malentendants, envoyez un SMS au 114
  • Téléchargez l’application Handsaway afin de donner l’alerte suite à une agression ou harcèlement sexiste. Victime ou témoin, cette application permet de géolocaliser les victimes. 
  • Faites vos trajets avec un compagnon de route grâce à l’application Mon Chaperon. L’objectif est d’aider à renforcer le sentiment de sécurité, d’encourager la solidarité et d’éviter tous types d’agressions de jour comme de nuit. 
https://www.instagram.com/p/BotTQainAIm/

Restons vigilants face au harcèlement de rue. Gardons les yeux ouverts et venons en aide aux victimes !

Article de Nina Hossein