Être victime d’agression sexuelle ou de viol est l’une des épreuves les plus dures d’une vie. Cinq femmes nous racontent comment elles ont réussi à s’en remettre.

Je sais, cela peut paraître dur à croire. Mais on peut se remettre d’une agression sexuelle ou d’un viol. Promis. Vous n’avez aucune obligation, mais si vous préférez ne pas vous qualifier de victime, c’est tout à votre honneur. Et que vous ayez envie de pleurer, crier, porter plainte, ne pas porter plainte, rire, sourire, sortir, ou rester sous votre couette, c’est ok aussi. On avance step by step. Une chose est sûre : il ne faut pas perdre espoir. Et pour y arriver, voici cinq témoignages de victimes qui vont bien aujourd’hui. Pour vous, pour toutes celles qui souffrent, et les autres. 

Anna* – 21 ans – Étudiante

Anna a vécu des agressions sexuelles répétées de la part du copain de sa mère lorsqu’elle était au collège. En plus de tout ça, elle a été victime de chantage de sa part et il avait sur elle une forte emprise émotionnelle. Un an après les premières agressions, un jour où il l’a vraiment effrayée, elle a décidé d’en parler à sa mère. Parce qu’elle était manipulée, celle-ci ne l’a pas crue. 

Anna raconte qu’elle est passée par plusieurs stades. D’abord, la peur, la honte. Peur de l’impact que ça aurait sur sa famille, sur la relation de sa mère avec cet homme. Puis, la volonté de dire la vérité a été plus forte. Par la suite, elle a décidé de porter plainte. « Moi, je ne me voyais pas aller de l’avant s’il n’y avait pas quelqu’un qui reconnaissait que ce qui s’était passé n’était pas bien », explique-t-elle. Après de longues heures à raconter, re-raconter, à aller voir la même psychologue que son agresseur, et grâce à une avocate « qui s’est battue« , elle a gagné. Un an de sursis, fiché comme pédophile, et finalement 3 000 euros d’amende après appel. Pas grand-chose, mais pour Anna, c’était déjà une victoire. « Je ne voulais pas le laisser gagner. Le procès, ça a été mon truc personnel, ma vengeance personnelle. Je me suis reconstruite avec cette force-là, je m’interdisais de vivre comme ça à 14 ans.  De tomber en dépression, de me bloquer par rapport au sexe. Je m’en suis sortie, à ce moment-là, grâce à mes amis, qui me faisaient me sentir bien, et à mon premier copain.« 

Aujourd’hui, elle explique qu’elle a réussi à se construire quand même. « Toute cette histoire, je m’en suis libérée maintenant. Ce qui reste en fond, c’est le problème avec ma mère, qui continuait de le voir ». Mais malgré les problèmes familiaux que cette histoire aura créés, « aujourd’hui, [elle] en fait une force. » Son secret ? Les médecines douces. Ne voulant pas raconter son histoire à des inconnus, elle a particulièrement aimé l’hypnose – qui lui a permis de se reconstruire elle-même, le reiku et le shiatsu. Et même s’il peut y avoir des jours sans, elle conseille : « il faut vouloir aller mieux, et si tu ne t’en sens pas capable, il ne faut pas baisser les bras mais faire les efforts à ton échelle, petit à petit. Il faut se donner le temps, mais rester motivé·e et ne pas perdre espoir. Ce n’est pas toi le problème, c’est eux qui sont malades. Le plus important, c’est de prendre du temps pour toi, de rester avec les gens qui te font du bien.« 

Image d'illustration de la médecine douce, qui a sauve Anna et Laura
Image d’illustration de la médecine douce, qui a sauvé Anna et Laura – © JD Mason

Laura* – 25 ans – Journaliste

Agressée dans une petite rue par un groupe d’hommes, Laura n’a pas compris tout de suite ce qui était en train de lui arriver. Elle a été sauvée par un groupe de jeunes qui passaient par là. Même s’ils ne l’ont pas vue, leurs rires ont fait fuir ses agresseurs. Et si elle ne saura jamais quelle était l’intention finale de ces hommes, elle ne vit « plus dans le monde de Bisounours dans lequel [elle vivait].« 

Par la suite, elle s’est sentie très seule. Et ce n’est qu’après avoir développé des troubles alimentaires, anxieux et du sommeil qu’elle s’est décidée à en parler à ses meilleurs amis. Meilleurs amis qui lui ont sauvé la vie, en allant la voir, en la soutenant, et en prenant rendez-vous pour elle chez un psychologue. La première étape vers la guérison, pour Laura, fut la parole. Et c’est ainsi qu’elle a fini par expliquer la situation à sa mère, qui l’a prise au sérieux et l’a tout de suite soutenue. S’en est suivie la recherche d’une psychologue spécialisée, et l’achat par son père d’une bombe lacrymo, pour assurer sa protection. 

N’ayant pas su réagir durant son agression – à cause de ce qu’on appelle l’effet de sidération, elle s’en est longtemps voulu. Mais aujourd’hui, elle « commence à s’apaiser ». Pendant longtemps, pourtant, il était compliqué pour elle de reprendre une vie normale. Laura explique : « j’ai essayé de trouver un petit boulot, mais il était impossible pour moi de prendre le métro. Je me suis renfermée sur moi-même. Sortir la nuit et rencontrer des hommes – peut-être malintentionnés, c’était impossible. Je ne m’en sentais pas capable. » Aujourd’hui, elle a rencontré un homme respectueux. Au départ, elle voulait juste « reprendre possession de [son] corps, mais finalement ça a matché ». Ce qui l’a aidée ? Accepter d’y aller petit à petit, d’avoir des bas, et d’avoir parfois peur des hommes – même si elle insiste, « ils ne sont pas tous dans le même panier ». Et pour dormir, elle conseille la médecine douce et les calmants à base de plantes, « pour ne pas tomber dans l’engrenage des antidépresseurs ». 

Image d'illustration d'entraide, qui a sauvé toutes ces femmes
Image d’illustration d’entraide, qui a sauvé toutes ces femmes – © Sincerely Media

Aurélie – 20 ans – Étudiante 

Aurélie a vécu trois agressions sexuelles au cours de sa vie. Un viol, de la part d’un camarade de classe plus âgé lorsqu’elle avait 14 ans, et une agression de la part d’un ami de ses parents, en vacances, peu après. Environ quatre ans après ces deux événements traumatisants, elle a mis les mots sur ce qu’elle avait vécu. Et c’est après avoir commencé son travail de reconstruction qu’elle a été victime de nouveaux attouchements, encore une fois par un adulte, ami de ses parents, qui l’hébergeait alors qu’elle était seule dans un pays étranger. 

« [Les deux premiers] ont ruiné mon innocence. Je ne connaissais rien au sexe, j’étais une enfant. A l’école, l’histoire avec mon camarade m’a valu une réputation de pute. J’étais dans le déni total, alors j’ai voulu assumer. Après, j’ai fait n’importe quoi avec les garçons, pour dominer et me sentir responsable de mon corps », confie-t-elle. Parce que lorsqu’elle a essayé d’en parler, cela ne s’est pas toujours bien passé. Ni avec ses amis, ni avec sa mère – qui ne l’ont pas crue. « Ce qui m’a aidée à me reconstruire, c’est mon papa. Il m’a dit qu’il était désolé, qu’il aurait aimé être là pour moi plus tôt. Il m’a conseillé de parler à un psychiatre. Ça aussi, ça m’a beaucoup aidée. » Et c’est là qu’elle est partie seule à l’étranger. Alors, elle a rechuté. Elle a dû changer de logement plusieurs fois, n’a pas osé le dire à son père. « J’allais mieux à cette période. Alors, je me suis demandé ce que j’avais fait pour mériter ça. Je me suis dit qu’au bout de 3 fois, c’était de ma faute. J’ai commencé à culpabiliser.« 

Ce qui l’a sauvée ? Une belle rencontre. Sa nouvelle hébergeuse. « Cette dame était très spirituelle. Elle m’a expliqué qu’il nous arrivait des choses horribles pour avoir un futur plus beau. Que si la vie était plate, on ne pourrait pas être heureux, car il faut connaitre le plus bas pour être au plus haut. Du jour au lendemain, je me suis sentie bien et heureuse pour la première fois. Je ne peux pas me projeter trop loin, à dire comment j’irai demain. Parce que si je m’imagine aller mal, j’irai mal et si je dis que j’irai bien et que ce n’est pas le cas, je serais déçue. Mais je peux parler d’aujourd’hui et de quelques jours en arrière. Et je dirais que ça va. » Son conseil ? « Il faut se laisser le temps, s’autoriser les rechutes, et essayer de voir du beau, même dans le plus terrible.« 

Léa – 20 ans – hôtesse de l’air 

Léa a été victime d’attouchements sexuels de la part d’un adulte lorsqu’elle attendait une amie, dans un bar et en pleine journée. Elle avait 13 ans. Plus tard, elle a aussi été victime de viols pendant plusieurs années, commis par son copain de l’époque. Cela a duré 4 ans, pendant lesquels il ne prenait pas en compte son « non« . La première fois, elle avait seulement 16 ans.

« J’avais l’impression que c’était de ma faute, que je n’étais pas assez bien, que j’avais un problème. Parce que c’était mon copain, je croyais que c’était normal. Et quand je me suis rendu compte que c’était lui le souci, je n’ai pas réussi à le quitter car c’était une des seules personnes qui étaient proches de moi. J’étais totalement isolée. Depuis toujours, il m’interdisait de voir mes amis et ma famille. » Heureusement pour elle, le confinement – sans lui – lui a permis de faire un travail sur elle-même. À la fin de celui-ci, elle a réussi à quitter cet homme – et à enfin mettre un terme à cette relation toxique. « Je me suis rendu compte peu après l’avoir quitté que j’étais tellement mieux sans lui. J’arrivais à refaire des projets sur le long terme, alors que j’en était incapable lorsque j’étais avec lui.« 

Par peur qu’on la traite de menteuse ou qu’ils s’en veuillent, elle n’a pas tout dit à ses parents. Ils savent juste qu’elle a vécu un viol. Très compréhensifs, ils l’ont motivée à aller voir une psychologue qui a l’habitude de s’occuper de violences sexuelles. Depuis, Léa se qualifie avant tout de « survivante ». Et même s’il y a des hauts et des bas, le fait d’en avoir parlé l’a énormément aidée. « En fait, on se rend compte qu’on n’est pas tout·e seul·e. Qu’autour de nous, on a des gens compréhensifs. J’ai appris à écouter mes besoins, à ne plus me laisser marcher dessus et à ne plus tout donner aux autres. J’ai repris la place que j’étais censée prendre. Je n’ose pas utiliser le mot force, parce que c’est horrible de dire qu’après avoir vécu ça, on arrive à en faire une force, mais je pense que c’est le cas. Ce qui est sûr, c’est que je tolère de moins en moins les témoignages que je lis sur les réseaux. Et j’ai envie de participer à ce militantisme, même si pour l’instant c’est de manière anonyme.« 

Image d'illustration du militantisme féministe, qui a sauvé Léa et Aurore
Image d’illustration du militantisme féministe, qui a sauvé Léa et Aurore – © Delia Giandeini

Aurore – 29 ans – Chargée de projets 

Après avoir été attouchée par des enfants de son âge lorsqu’elle avait 8 ans, Aurore a vécu deux viols en soirée, alors qu’elle était alcoolisée. L’un par un inconnu, où tout le monde savait ce qu’il se passait mais personne n’est venue l’aider, et l’autre par un ami proche qui a profité de son état. 

Il y a 5 ans, lors de la vague #MeToo, elle comprend enfin. « C’est une grosse prise de conscience qui m’est tombée sur la gueule. Je pense qu’au fond de moi je le savais, mais je ne me l’étais même pas avoué à moi-même. Ça a été hyper dur ; j’ai fait une dépression, j’ai commencé à faire des crises d’angoisse. Mais ça a été la première étape pour commencer à guérir. » Après en avoir parlé à son compagnon de l’époque et à une psy, elle a été poussée pour en parler à ses parents. « Ça a été une libération incroyable. J’avais vraiment peur qu’ils s’inquiètent pour moi, mais j’ai vraiment senti qu’un poids s’enlevait de mes épaules. Ça nous fait du bien d’en parler, d’extérioriser. Pas de banaliser la chose, surtout pas. Mais ça fait partie de la vie, et en parler plus ouvertement – même à des gens en soirée – m’a aidée.« 

Son sauveur, ça a été le militantisme. « Pendant des années, je me suis empêchée de militer car je pensais qu’entendre les histoires de toutes ces femmes me ferait trop de mal. Mais en fait, c’est un moyen d’expression qui me convient bien. Je pense que je suis là aujourd’hui pour accompagner les femmes qui ont vécu des choses similaires, les soutenir, marcher main dans la main avec elles. Je suis passée de la détresse à la colère, mais au moins, je me sens moins impuissante. Aujourd’hui, je suis plutôt en colère contre le patriarcat, c’est une révolte plus générale. » Et point positif, ces étapes lui ont aussi permis de reprendre possession de son corps : « c’était dur pour moi d’avoir une sexualité épanouie. J’avais pris presque 60 kilos, pour me créer une sorte de carapace. Mais ma psy et mon militantisme m’ont permis de reprendre ma place, et ça m’a apporté beaucoup de confiance en moi, d’amour et de respect pour mon corps que je n’avais pas avant. La chose à retenir, c’est qu’il n’y a pas de bon rôle de victime. T’as tous les droits : celui de te sentir morte à l’intérieur, d’avoir des coups durs, mais t’as le droit aussi de vivre pleinement ta vie, de faire la fête et d’avoir une sexualité complètement décomplexée. Je trouve que c’est important de parler, mais il ne faut pas se mettre de pression. Il faut faire confiance au processus de guérison. Et le jour où tu te sens prête à en parler à d’autres victimes et que tu te sens capable d’aider, ça procure un sentiment un peu spécial. C’est des moments forts, c’est se trouver une communauté de sœurs ou d’adelphes, et ça permet de savoir qu’on n’est pas seul·e·s.« 

Si vous êtes victime ou connaissez quelqu’un qui a besoin (et envie) d’aide, il existe des solutions. Pour les connaître, et en profiter pour parler à quelqu’un de manière gratuite et anonyme, vous pouvez appeler ces numéros : 

  • 0 800 05 95 95 – Viols Femmes Informations, que vous pouvez appeler pour toutes violences sexuelles pour du soutien, de l’aide, ou tout simplement une écoute. 
  • 3919 – Violences Femmes Infos, pour toutes violences, les victimes et même leur entourage, pour du soutien, de l’aide, ou de l’écoute. 

Dans tous les cas, prenez soin de vous, et prenez votre temps. Vous n’avez aucune obligation. Et on est tou·te·s derrière vous. 

* Les prénoms et les âges ont été modifiés pour des raisons d’anonymat.  

Article de Clémence Bouquerod 

« Garçon manqué » est une locution qui signifie « fille qui a des allures de garçon« . Alors que les codes de genre s’effacent de notre société, quel est vraiment le sens de cette expression ? Manon raconte.

Quand les codes de genre perturbent l'évolution des enfants.
Crédit : S&B Vonlanthen on Unsplash
Quand les codes de genre perturbent l’évolution des enfants.
Crédit : S&B Vonlanthen on Unsplash

A l’heure où les codes de genre sont, plus que jamais, remis en cause, c’est quoi être un garçon manqué ? « Si on décortique l’expression, c’est quand même assez particulier », nous confie Manon, 26 ans. « D’abord, on qualifie généralement une fille de garçon, ce qui est déjà assez étrange, de porter un jugement sur le sexe, comme si l’on pouvait venir défier sa conception biologique. Ensuite, on a le terme ‘manqué’, soit comme si nous avions manqué quelque chose dans le sens de raté, en l’occurence là son genre ou ce qu’il devrait être. Soit peut être aussi dans le sens de quelque chose qui nous a manqué, donc là, le sexe d’un homme. C’est particulier quand on essaye de l’expliquer, non ?« 

« C’était bien d’être un garçon, ils étaient courageux et forts… »

Derrière les mèches rebelles de sa coupe courte, ses yeux noirs semblent témoigner d’une grande concentration. Elle réfléchit. Après chacune de mes questions, elle opère une introspection intérieure, comme pour se mettre en accord avec elle-même avant de réponde. Manon est une femme, hétérosexuelle et elle aime les chats. « Quasiment toute mon enfance, j’ai entendu cette expression, sans comprendre le sens. ‘Tu es un garçon manqué’. Petite, j’étais presque fière de l’entendre. C’était bien d’être un garçon. Ils étaient courageux et forts, ils réussissaient dans la vie, ils pouvaient devenir tout ce qu’ils voulaient. » Elle sourit nerveusement : « je ne veux pas choquer en disant ça. Je le ressentais réellement de cette manière quand j’étais jeune. Il n’y a que maintenant que je comprends l’horreur de ce que l’on met dans la tête des enfants« .

Le sens du terme

Alors, quand je lui demande ce que c’est réellement d’être un garçon manqué, Manon farfouille dans une boîte devant elle et me sort des photos d’enfance. Sur l’une d’elle, elle porte ces baskets blanches à grosses semelles des années 90 qui reviennent à la mode. Dedans, une paire de chaussettes hautes qui blousent sur ses chevilles. Un gros sweat vintage, similaire à ceux qu’on aime dénicher en friperies. Dessous, un short en jean noir qui lui tombe mi-cuisse. Elle change de photo. Sur la nouvelle, elle porte une salopette bleue en jean, une paire de baskets blanches qui ressemblent de loin à des Stan Smith et une casquette.

« Visiblement, c’est ça être un garçon manqué« , répond-elle. Dans le dictionnaire L’internaute, on apprend que « garçon manqué » est une locution qui signifie « fille qui a des allures de garçon« . Ainsi, je soulève la curiosité de Manon. « Avez-vous déjà entendu l’expression ‘fille manquée’ ? Aujourd’hui, je ne comprends pas que l’on puisse éduquer des enfants avec des codes de genre si prononcés. Surtout quand ça ne va que dans un seul sens. »

Une robe et des baskets

« Quand j’ai été plus grande, vers 12 ou 14 ans, au moment où l’on commence à se poser des questions sur notre identité, j’étais en désaccord avec moi même. Je ne savais pas si j’avais le droit de mettre des robes ou des jupes comme les autres petites filles. Je ne savais pas si je pouvais couper mes cheveux courts comme les petits garçons. Pourtant, j’aimais ces deux choses là. Je ne savais pas si je pouvais mettre des baskets ou si je devais porter des nu-pieds. Ce ne sont que des vêtements, que des cheveux, ça ne définit en rien mon genre ou mon sexe. Mais à 14 ans, je n’en savais rien. » Manon sort une nouvelle photo dans un éclat de rire. Sur cette dernière, elle expérimente la robe à fleurs violettes assortie à des baskets. « C’était ma tenue préférée, quelques années après« , continue-t-elle en riant.

Plus sérieusement, elle me confie être heureuse aujourd’hui. Non pas parce qu’elle peut porter des robes et des baskets librement, mais « parce qu’aujourd’hui les codes de genre bougent« . « Les vêtements et les cheveux ne cantonnent plus personne à une apparence de genre. Je suis heureuse qu’aujourd’hui les enfants puissent grandir en se posant d’autres questions que les miennes. Qu’ils apprennent à voir au-delà de l’apparence, et même au-delà du genre. » Manon jette un oeil aux photos qu’elle a posées devant elle. « C’est une époque compliquée sur tout un tas de points, mais c’est une très belle époque pour être un enfant« .

Article de Aurélie Rodrigo

Elles ont entre 51 et 62 ans : Dans «Ménopausées», ces sept femmes ouvrent les portes de leur intimité et abordent ce sujet souvent tabou. Honteuses, invisibles, bouleversées… Elles confient dans les moindres détails le dérèglement hormonal le plus important de leur vie.

Dans « Ménopausées », sept femmes se confient, à visage découvert, sur cette période de leur vie.
Photo d’illustration – Crédit : Photo by Artem Beliaikin on Unsplash

Après la progressive dé-construction des tabous autour des règles, les cris de détresse des jeunes mamans qui appellent à la transparence sur la maternité, les Ménopausées veulent se faire entendre. Dans un documentaire «Infrarouge» de Blandine Grosjean et Joëlle Oosterlinck, elles disent «haut et fort» la vérité sur la ménopause. Des symptômes, au silence en passant par le rapport au corps. Elles sont 11 millions, pourtant c’est une première à la télévision française.

Tabous et solitudes

Ces sept femmes se partagent l’écran pendant 52 minutes. Personne d’autre, ni médecin, ni expert. Elles apparaissent à l’ombre des arbres et parlent de sécheresse vaginale, de fuites urinaire, ou encore de bouffées de chaleur. Certaines en rient, d’autres apparaissent plus touchées. Toutes sont très différentes et leur caractère singulier, presque attachant, donne de la force à leur témoignage.

Elles se disent ni comprises, ni accompagnées, ni renseignées. «Comme on [en] parle très peu, en fait, tous ces symptômes, je ne les ai pas forcément rattachés à la ménopause, je les ai rattachés à une dépression.» Des conséquences sur le moral sous-estimées par notre société. Pour elles, c’est là toute l’importance de ces témoignages, «briser le silence». Mettre fin à une sensation de solitude, de gêne ou de honte, et elles le font très bien!

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«Ce qui reste, c’est ce qu’on est et ça pose la grande question : sans mon corps, sans ce que j’affiche, qui je suis? Et est-ce qu’on peut m’aimer […]?» Des sentiments de mal-être entretenus par une construction patriarcale de la femme. Jeune, sexy et désirable, la France nourrit un culte de la féminité qui exclut certaines réalités, dépeintes dans ce film documentaire.

Dénoncer, mais surtout rassurer, parler et informer

Ce film ne s’adresse pas seulement aux femmes, mais aussi à leur partenaire, leurs proches, leur univers professionnel. Pour qu’ils comprennent, pour que la ménopause ne soit plus synonyme de la mort de la féminité, et surtout pour que l’on en parle. «Ménopausées» est aussi destiné aux filles et aux femmes qui voient cette passe comme une fatalité sans issue, sans savoir. La ménopause c’est «aussi une renaissance quand on l’accepte», plus de libertés et surtout «plus de maturité». «Quand je me regarde dans le miroir, je me dis : Ah mais pour une grand-mère, tu n’es pas si mal que ça.»

Un documentaire bientôt diffusé sur France 2

Article de Aurélie Rodrigo.

Les mots ont parfois plus d’impact qu’on ose le croire. Alors non, ils ne laissent pas de marques bleues ou violacées sur notre corps. Par contre, ils peuvent rester en nous de manière indélébile. S’en soigner devient un véritable combat quand leur lame lacérée nous a touché.e. Et alors, mêmes les paroles les plus douces auraient du mal à tout effacer. On se définit à travers eux, on se constitue sous leur poids.  

Illustration de @la_vouv

Les mots ont résolument un impact, et la bienveillance ne doit jamais être prise à la légère. On retrouve @loisedewildeman, notre social media manager et directrice artistique digitale, témoignant de cette douleur infligée par les mots.

« Plus violents qu’un coup, plus blessants qu’une insulte, les mots sont une arme redoutable. (Trop) vite dits, ils continuent souvent de résonner pendant des années. « Tu es moche », « Tu es grosse », « Tu ne sers à rien », « Personne ne t’aime et ne t’aimera jamais », « Je ne comprends pas ce que ce garçon peut bien te trouver ». Ces mots vivent encore en moi, presque 7 ans après qu’ils aient été prononcés.

Avec le temps et grâce au travail de ma thérapeute, je commence à m’en détacher. Mais je les subis toujours, ils me font mal, ils s’attaquent à mon amour propre, à toutes mes relations. Il m’arrive de les oublier, puis ils reviennent envahir mes pensées à la moindre erreur, et exacerbent ma culpabilité. Ils ont une réelle emprise sur moi et je sais que le chemin à parcourir pour qu’ils n’en aient plus est encore long.

Il se peut qu’un jour, vous ayez dit une chose qui blesse quelqu’un aujourd’hui encore. Avoir conscience du poids de ses mots est une incroyable qualité, c’est savoir se maîtriser et respecter la personne à laquelle on s’adresse même lorsque la colère semble plus forte. 

Alors, faisons attention à tous ces mots que l’on dit « sans vraiment les penser » ou en pensant que demain, ils seront oubliés. Si c’est à vous qu’ils ont été adressés et que vous ressentez le besoin d’en parler, ne minimisez pas notre douleur et n’ayez pas honte de vous faire aider. »

Aujourd’hui, en France, une femme sur 10 est touchée par l’endométriose. Pourtant, cette maladie inflammatoire chronique reste peu entendue, peu diagnostiquée. De la douleur à la fatigue en passant par les crampes et maux en tout genre, les symptômes sont divers et variés. Les quotidien des personnes qui en sont atteintes peuvent parfois être un véritable enfer.

Pour mieux le comprendre, on vous propose, grâce aux mots précieux d’Alexandra, aka @hstalex, de plonger dans une journée type, en compagnie de l’endométriose.

08h15 : Réveil. Première pensée : la douleur. Côté gauche aujourd’hui : bas ventre, dos, hanche. Tu as dormi 5h, c’est mieux qu’hier ! Tu enfiles ton leggings informe, pas franchement flatteur, mais tant pis, c’est le seul vêtement qui n’accentue pas les douleurs.

11h56 : En train de t’étirer dans des positions absurdes dans les toilettes du bureau. Des postures apprises avec ta kiné pour te soulager. C’est un échec. Tu prends 2 anti-douleurs et retourne travailler.

15h33 : Message Facebook. « J’ai parlé avec l’amie de ma cousine hier, elle avait de l’endométriose, comme toi. Depuis sa grossesse elle est guérie, tu sais ! » Pas la force d’expliquer que chaque cas est complètement différent, qu’on ne « guérit » pas d’une maladie chronique comme l’endométriose (mais que les symptômes peuvent par contre diminuer d’intensité et être gérable). Tu ne parleras pas non plus de ta fausse couche et des médecins qui te disent que la maladie progresse vite. À 25 ans, on te demande de considérer le fait de ne pas pouvoir avoir d’enfants.

20h10 : Tu devais prendre un verre avec une amie, mais la douleur est intenable, tu as dû rentrer. « Tu ne fais pas d’efforts ». Faute de cocktail, tu décides de te faire une tisane. Tu te retrouves avec une tasse d’eau froide à la main et pas de portable. Crevée, c’est lui que tu as posé dans le micro-ondes. Bon. Au moins, tu ne l’as pas allumé !

01h50 : La douleur parle toute seule, compagne d’insomnie. « Mal, mal, mal… » Allez, ça va, c’est le week-end, tu vas pouvoir récupérer. Tu commences enfin à sombrer. Dernière pensée : « Euh, mais c’est pas demain tes règles ? »

Tout mon amour et mon soutien aux personnes touchées par cette maladie qui, bien au-delà de règles douloureuses, peut impacter tellement d’aspects de nos vies. Vous êtes des guerrier.es !

Depuis plusieurs semaines maintenant, voilà que confinement semble rimer avec productivité. Oui… Mais pour qui ? Vous avez bien assisté à cet effort mondial de créativité, mais suivre le rythme a été compliqué. Vous avez flirté plus d’une fois avec la culpabilité, en ayant ce sentiment de « laisser aller ». Et si, simplement, vous faisiez taire toutes ces voix extérieures, et que vous vous écoutiez, vous, et uniquement vous ?

Aujourd’hui, @loisedewildeman, notre social media manager et directrice artistique digitale, revient sur ces injonctions omniprésentes durant le confinement :

Vous aussi vous les voyez, toutes ces séances de sport en live, ces IGTV de recettes healthy et ces milliers de bons conseils pour garder la ligne pendant le confinement ? Vous aussi, on vous demande ce que vous faites de constructif pendant votre temps libre ? Vous aussi, vous en avez déjà marre ? Vous voulez savoir ce qui a changé pour moi ? J’ai les cheveux plus gras que jamais, ça fait des semaines que je ne me suis pas maquillée ni habillée, je n’ai rien entrepris et personne n’arrivera à me faire culpabiliser.

Le poids de toutes ces injonctions toxiques ne doit pas peser sur nous, ni pendant, ni après le confinement. C’est indécent de s’inquiéter de ses kilos en trop dans ce contexte anxiogène où l’on reste chez soi pour sauver des vies. Et bonjour la grossophobie ! Car oui, cette injonction à perdre du poids coûte que coûte, c’est de la grossophobie.

Faites du sport et faites attention à votre alimentation uniquement si vous en avez envie, si vous en ressentez le besoin. Si quelqu’un vous juge à la fin de ce confinement parce que vous avez pris du poids ou que vous ne vous êtes lancé.e.s dans aucune nouvelle activité, éloignez-vous vite de cette personne, elle ne vous mérite pas ! 

« Pendant la crise sanitaire, les femmes doivent accoucher seule – sans accompagnant« , c’est l’information qui circule d’une bouche à l’autre depuis quelques semaines. Oui, car la grossesse est une étape importante dans la vie d’une femme, et d’un couple. Neuf mois à patienter pour la venue au monde d’un être cher. Et vient l’épidémie du COVID-19 qui bouscule pas mal les choses… Aujourd’hui, les futures mamans s’inquiètent quant à cette naissance qui ne saurait tarder. Marion Fremont, enceinte de 9 mois, témoigne ses angoisses quant à la non-présence de son conjoint pour accueillir leur deuxième enfant à l’hôpital. 

Accoucher est un moment unique pour un couple. Crédits : ©Anthony Tran.
La grossesse et l’accouchement sont des moments uniques pour un couple. Crédits : ©Anthony Tran.

Interdire les conjoints ou accompagnant unique d’assister à l’accouchement de la future maman, une rumeur qui se propage lourdement aux quatre coins du sol français. L’objectif, comme on peut l’entendre de la part des médecins, spécialistes ou encore à la lecture de certains articles, serait de mettre en sécurité les nouveau-nés, les mères ainsi que les professionnels de santé en raison de la crise sanitaire.

Faute de moyens, certaines maternités interdiraient l’accès en salle de naissance et n’autoriseraient pas les visites. Pour Marion Fremont et son conjoint, c’est un moment unique qu’on pourrait leur voler. « On ne vit ce genre d’événement exceptionnel qu’une, deux ou trois fois dans une vie. Alors je pense qu’ils auraient pu faire les choses autrement ».

Infirmière à l’île de la Réunion, Marion Fremont est stressée à l’idée de se retrouver seule durant la majeure partie du travail. Cette situation est, selon elle, due à un manque de moyens matériels. La décision finale serait, pour son cas, prise au moment venu de l’accouchement. « Ils pourraient autoriser le papa du début à la fin de l’hospitalisation, en limitant à 48 heures le séjour lorsque cela est envisageable. Il suffit d’être strict sur le fait qu’il doit rester confiné en chambre avec la mère et le bébé. Mais par manque de personnel et de matériel, cela ne serait actuellement pas possible ».

Lors de l'accouchement, la présence des futurs parents est essentiel afin d'établir le lien avec le nourrisson. Crédits : ©Luma Pimentel.
Lors de l’accouchement, la présence des futurs parents est essentiel afin d’établir le lien avec le nourrisson. Crédits : ©Luma Pimentel.

Et le conjoint dans tout ça ? 

C’est un réel coup de massue pour son conjoint. Si Marion se retrouve seule, son compagnon ne pourra potentiellement pas assister aux premiers jours du nourrisson. Pourtant ce sont des moments essentiels pour établir les premiers liens. Les futurs parents avaient par ailleurs choisi l’haptonomie afin de préparer l’arrivée du nouveau-né. Il s’agit de communiquer avec le bébé in utero et donc de créer des liens affectifs grâce au toucher. « Cette méthode inclue vraiment le papa dans tout le déroulement de la grossesse, de la naissance et de l’après. Mon conjoint est très déçu, mais nous allons malheureusement devoir nous plier aux règles », explique la future maman.

Le droit de chaque femme à accoucher dans la dignité 

Face aux décisions fermes prises par les maternités, le Collège National des Gynécologues Obstétriciens Français (CNGOF) a rappelé l’importance de « garder à l’accouchement sa composante humaine et familiale ». Ainsi, le compagnon serait autorisé – hors cas exceptionnel – durant la phase active de travail « sans possibilité de va-et-vient ». 

L’OMS a également réagi face à la situation. Elle a rappelé « le droit à toute femme d’accoucher dans de bonnes conditions, qu’elle soit positive ou non au coronavirus ». En ce sens, elle aurait le droit d’être accompagnée de la personne de son choix si les conditions hospitalières le permettent.

https://twitter.com/WHO/status/1241387000990781440?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1241387000990781440&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.doctissimo.fr%2Ffamille%2Fnews%2Fcoronavirus-presence-du-pere-pendant-l-accouchement

Pour plus d’informations, le Ministère des Solidarités et de la Santé énonce dans son communiqué les règles à suivre pour l’accompagnement de la grossesse et de l’accouchement durant la crise sanitaire.

Article de Nina Hossein.