La rencontre de ces deux demi-âmes est à l’origine du phénomène d’âmes (ou flammes) jumelles. Les étapes sont plus ou moins définies : une rencontre, une reconnaissance, une fatidique séparation, la tant espérée réunion afin d’accéder à la fusion ultime en soi, puis avec son autre. Avec, en trame de fond pour chaque âme, un éveil spirituel plus ou moins brutal et un chemin de guérison intense. Bien loin de l’image hollywoodienne d’un amour romantique et conditionné.

Illustration : Anna Degnbol

Des mythes hindous de Krishna et Parvati aux jumeaux cosmiques « Nommo » chez les Dogons du Mali, en passant par le couple originel des trois religions monothéistes ou encore Platon lorsqu’il explique l’amour dans Le Banquet, tous relatent la même chose : deux entités opposées formant un ensemble unifié, séparées et désormais en quête d’une fusion parfaite. Le Tao, philosophie chinoise millénaire, fait le même constat : en tout et en toute chose existent une énergie à dominante yang et une autre à dominante yin, ne pouvant exister l’une sans l’autre. Sur ces bases, les expert.es du concept de flammes jumelles avancent que l’âme est une parcelle de l’énergie créatrice du tout. Pour vivre son incarnation, elle a dû se scinder en deux pôles : l’un positif, l’autre négatif. Les jumeaux seraient les pôles de cette parcelle, qui vont s’attirer comme des aimants puis se repousser, car trop polarisés.

À travers son parcours, le youtubeur hongrois Dio Vesselinov explique lui aussi le phénomène comme une inconnue scientifique et spirituelle. En suivant les conseils de Nikola Tesla « si vous voulez trouver les secrets de l’Univers, pensez en termes d’énergie, de fréquence et de vibration » – le youtubeur avance que les flammes jumelles, c’est la rencontre de deux champs (corps) magnétiques qui provoque un échange d’informations énergétiques. L’ADN est impacté, les neurones miroirs activés, d’où l’impression d’avoir l’autre ancré en soi, même des années après. La chercheuse française en théogonie Brigitte Curot parle de jumeaux disparonatals : si deux étrangers ont un ADN identique à 95%, ils ont alors des caractéristiques de gémellité. « Sans lien de parenté ni consanguinité et, en général, de sexe différent, le lien fusionnel qui les unit devient donc sexuel et affectif. Cette gémellité est restée cachée pendant des millénaires derrière des croyances spirituelles et des tabous sociétaux.» Ces jumeaux ont un système de survie qui se réveille lorsqu’ils se reconnaissent. De plus, on craint une neuroatypie, en raison du phénomène de télépathie et des pensées jugées obsessionnelles envers l’autre, pouvant entraîner des peurs et la fuite de l’un des jumeaux. Les explications scientifiques se tiennent, mais pour autant, elles n’expliquent pas ce que la plupart des personnes relatent: un réveil brutal, le besoin de donner un sens à sa vie, une quête spirituelle qui va briser toutes les croyances limitantes portées jusqu’alors.

Âmes sœurs ou âmes jumelles?

À en croire la bulle ésotérique et énergétique, les âmes sœurs, tout comme les flammes jumelles, se sont donné rendez-vous dans leurs différentes incarnations pour expérimenter la vie sur terre. Chez les âmes sœurs, cela se traduit par un coup de foudre, des papillons dans le ventre, les mains moites et une entente rapide sur fond de jeu de séduction, avec un réajustement plutôt léger du yin et du yang et un chemin de vie plutôt linéaire (mariage et/ou enfants). Lorsque l’expérimentation atteint sa jauge, les âmes se séparent, souvent sans grands heurts, car c’est le contrat qu’elles avaient signé. Pour les flammes jumelles, c’est un chamboulement existentiel au niveau des quatre consciences : le corps réagit par une forte attirance, l’émotionnel est sens dessus dessous, l’intellect (donc le mental) et ses peurs sont mis en sourdine… En un mot : com-plé-tu-de. Il y a une alchimie et un magnétisme prégnants, le sentiment d’un retour à la maison, une envie de se livrer. Thierno Dia aka Humaniste, ancien producteur de Maître Gims, s’est livré sur sa chaîne : « Je n’ai pas eu d’attirance physique pour ma flamme jumelle. J’ai vu quelque chose de différent dans ses yeux qui n’avait rien à voir avec les autres personnes. Tout de suite, on a parlé de sujets spirituels, et j’ai vu en elle une personne exceptionnelle, sans forcément comprendre ce lien ». Puis les problèmes surviennent.

Le duo se rend compte de la montagne d’obstacles à surmonter afin de se réunir dans cette vie. Distance géographique et écart d’âge importants, orientations sexuelles opposées, déjà marié.e ou en couple, race (sociale), religion, langue et culture différentes. Pourtant, tout les attire. Souvenez-vous, yin, yang, lune-soleil, jour-nuit… Ce qui marque plus fortement la différence, dans une rencontre entre deux âmes jumelles, c’est l’éveil fulgurant à la spiritualité. Car souvent après la rencontre, la personne qui porte l’énergie positive (yang) s’illumine en découvrant le lien hors norme qui les unit. Ces âmes sont liées sur le plan divin, c’est un amour spirituel où l’autre est un miroir de soi-même ! « Un an et demi après notre rencontre, j’ai compris que j’étais dans ce parcours initiatique et pourquoi je n’arrivais pas à l’oublier malgré son départ, pourquoi je rêvais tout le temps d’elle… Nous étions connectés à un niveau astral ». En effet, d’après les différents témoignages, les duos sont ainsi reliés par les chakras sacrés du cœur et du troisième œil. En toute logique, le yang ressent le besoin de faire comprendre à l’autre ce qui se trame dans les coulisses de l’Univers. Le yin ressent aussi ce lien puissant, mais ne parvient pas à se l’expliquer et reste en veille. Une systémie se met alors en place. La dynamique chaser-runner, profil typique de défense psychologique, s’enclenche, avant d’être exacerbée. Le chaser poursuit, à cause de sa peur de l’abandon, et le runner fuit sans cesse, ne voulant pas être confronté à celle du rejet.

La danse des flammes

Pendant la phase de lune de miel, les deux cherchent à se suivre et à se fuir. Les qualités perçues chez l’autre sont en fait celles que l’on possède en soi, sans être encore assez équilibré.e dans son yin-yang pour les manifester. C’est l’effet miroir. D’après Fabien Marchand, auteur de Flammes jumelles : de la gémellité à l’unicité, le chaser est organisé, sérieux, contrôlant, tourné vers l’intérieur, ouvert à l’amour ; il représente l’adulte en soi. Le runner est l’enfant en soi, fuyant, léger, dans l’adaptation permanente, tourné vers les autres, avec une idée plutôt conventionnelle de l’amour. Mais ces différences perçues au départ comme des qualités deviennent des défauts qui révèlent des failles. Inconsciemment, chacun appuie sur les blessures de l’autre et c’est à cette période qu’intervient la séparation, qui peut être brutale ou convenue, souvent causée par le runner qui porte bien son nom. Agathe, de la chaîne YouTube Chemin vers l’union, reconnaît que ses peurs l’ont fait fuir : « J’idéalisais Capucine, j’avais peur de l’intensité de ce lien, je passais en mode insensible. Lors de la séparation, j’ai eu l’occasion de faire d’autres expériences qui ont été difficiles pour moi, mais qui m’ont forgée et m’ont préparée à la réunion ». Pendant cette étape, le chaser rentre dans ce que l’on nomme la nuit noire de l’âme. L’ego blessé est en souffrance et traverse une période sombre où il est mis à l’épreuve. Coupé du runner, le chaser revit la blessure originelle de l’abandon. Et le runner dans tout ça ? Toujours en veille. Car tant que le chaser n’a pas fait le travail nécessaire et continue consciemment (ou non) à poursuivre, le runner ressent la dépendance affective et fuit. Mais il ne parvient pas à exclure de ses pensées son autre malgré sa volonté de l’oublier avec d’autres relations, un ghosting, du rejet, etc.

Quand la nuit noire a rempli son rôle d’ego killer, le chaser se relève. Étant la partie consciente du lien, il débute et approfondit son ascension spirituelle : guérison des blessures de l’âme théorisée par Lise Bourbeau (abandon, rejet, injustice, trahison et humiliation), thérapie énergétique, nettoyage des chakras et du karma transgénérationnel, changement alimentaire, découverte des capacités parapsychiques, poursuite de son véritable chemin de vie. « J’ai mis un terme à notre relation ‹amicale›, je faisais de la méditation tous les jours, des balades en forêt, je portais des pierres tout le temps sur moi, j’ai quitté ma femme, j’ai travaillé sur mes blessures profondes qui se traduisaient par un besoin de contrôle », explique Kévin, chaser d’un duo de flammes jumelles québécois, en compagnie d’Annie. Ainsi, le chaser s’aligne à l’intérieur et à l’extérieur, réajuste son yang et augmente son yin. Son énergie est redirigée vers lui et cesse d’alimenter le runner. Il ne cherche plus la validation ni l’amour de l’autre et devient complet en lui-même. Il est amour inconditionné, sans possession ni attente, sans jugement ni peur. Vu que le duo possède la même parcelle d’énergie, le runner ressent qu’il n’a plus de « jus », une absence s’immisce en lui, mais surtout, il vibre d’un amour trop grand pour continuer à se fuir. Il rentre alors dans sa nuit noire de l’âme qui dure un peu moins longtemps que son autre. Il admet que l’autre est spécial.e en affrontant sa peur du rejet, en s’abandonnant à l’amour, un amour pour lequel il n’avait jamais vibré avant. « Alors que j’étais dans une autre relation, j’ai commencé à penser à lui de manière soudaine, je voulais lui parler, je ressentais ses émotions à distance quelques fois. Puis j’ai compris que c’était lui et pas un autre ! », avoue Annie. Par son retour, le yin enclenche la phase de réunion, la vie à deux. Mais le parcours n’est pas terminé ! Le duo devra œuvrer à faire rayonner l’amour inconditionnel, l’énergie originelle. Tout ce parcours se compte en mois, voire en années. De quoi désespérer des âmes en peine prêtes à tout pour attirer leur autre…

Ego spirituel et dérives virtuelles

Avant les blogs et les vidéos, des flammes jumelles étaient séparées durant des décennies par ignorance. Grâce à l’explosion de contenus Internet, le savoir est partagé, même si les dérives surviennent, comme partout. Pour Adeline Garnier, avec « la prolifération d’une vitrine pseudoscientifique grossièrement affichée sur le Net, la thématique âme jumelle mettrait en relief combien l’homme serait testé dans son libre arbitre, son courage et son discernement à extraire de lui-même la vraie information ». En effet, sur YouTube, il y a comme des airs de sectes virtuelles, avec un vocabulaire, des manières de faire et des savoirs bien propres à cette communauté ésotérique divisée en sous-groupes : les un.es l’expliquent scientifiquement, les autres se penchent sur une méthode psychologique, psychanalytique ou de développement personnel. « Tout le monde possède une flamme jumelle, mais il n’est pas garanti que l’incarnation des deux se fasse en même temps» ou encore « ne surtout pas confondre relation abusive/toxique avec la relation de flammes jumelles. Cette dernière est difficile, mais n’appelle pas la violence physique ou psychologique ! », martèlent les youtubeur.es comme un mantra, pour prévenir les abus de cette recherche obsessive.

D’autres tombent même dans l’érotomanie et sont persuadé.es d’être l’âme jumelle d’une célébrité. Il suffit de taper les termes « flammes jumelles » sur la plateforme pour se rendre compte de l’obsession derrière ce phénomène et par conséquent de son potentiel lucratif : capitalisation des vues, addiction aux tirages de tarot journaliers, perte d’autonomie quant à ce parcours pourtant personnel… Sans compter le besoin d’être rassuré.e par les différent.es youtubeur.es (souvent autoproclamé.es) thérapeutes proposant de l’aide et des soins énergétiques moyennant des sommes parfois astronomiques.

Un article sur Reddit, écrit par un membre de la communauté, à propos d’un couple de flammes jumelles réunies, Jeff et Shaleia de TwinFlameUniverse, dénonce les abus du couple et leur influence sur leurs étudiant.es : intimidation, menaces afin de les extorquer… Ils auraient même renvoyé des personnes qui ne se définissaient pas comme cisgenres pour motif que « toutes les flammes jumelles sont masculines et féminines à la fois, mais elles sont mieux ‹ glorifiées› dans un corps masculin ou féminin» – alors que les âmes sont énergie et de fait, agenres. Elles s’incarnent dans n’importe quel corps et fusionnent au-delà du sexe ou du genre. Le youtubeur américain trans de la chaîne Ascending Lion en est la preuve. Après avoir fait son coming out de « twin flame » lors de l’ouverture de sa chaîne, il a posté une vidéo où il évoque sa transidentité en ces termes : « Je me suis toujours identifié à ce que la société considère comme des attitudes et des comportements masculins. En tant que yang de mon duo, j’ai eu du mal à accepter d’équilibrer cette énergie et d’augmenter mon yin. Ce parcours, c’est aussi ça : nous pousser dans ce qui est juste et équilibré. En tant qu’homme trans, j’ai le droit de pleurer et ça ne fait pas de moi un homme “moins” que les autres ». Les commentaires encourageant en dessous de sa vidéo redonnent foi en l’humanité. Grâce à Internet, des personnes se reconnaissent, ne se pensent plus folles comme la société aurait tendance à les cataloguer et surtout, font communauté.

La rencontre avec son âme jumelle est un message que l’Univers nous envoie pour une élévation spirituelle : « Ding dong, c’est l’heure ! Tu as atteint la dernière vie de ton incarnation, ton karma doit être nettoyé, toutes tes failles comblées, toutes les pièces de ton être recollées », conclut le youtubeur. Sacré challenge, non?

Article du numéro 46 « Dimensions », signé Douce Dibondo

Après ce qui était probablement mon vingt-sixième visionnage du film The Craft (« Dangereuse Alliance » en français – petite pépite witchy des nineties), je me suis mise en quête sur les réseaux sociaux et plus particulièrement Instagram, de contenus digitaux inspirants sur la magie.

Alors qu’il est aisé de tomber sur de (très) nombreux comptes anglo-saxons intéressants (@thehoodwitch et @themexicanwitch, pour ne citer qu’eux), il n’en est pas de même du coté francophone. Nous pouvons avoir l’impression de manquer un tantinet de figures de références 2.0 vers lesquelles se tourner sur les réseaux pour se renseigner sur ce qui touche à la magie.

Mais je suis revenue victorieuse de ma quête et vous propose aujourd’hui une sélection de 5 comptes Instagram français, coups de cœur personnels, pour saupoudrer votre quotidien de magie ! Apprenties sorcières en quête de guidance, érudits confirmés en manque de contenu digital ou simples curieux souhaitant explorer d’autres contrées, ce petit guide est fait vous.

1. @latisanieretatouee : Autrice du livre « Les gardiennes de la lune », Stéphanie Lafranque explique avec passion l’impact sous-estimé de la lune sur nos énergies personnelles et nous fait porter un regard différent sur le monde. Lisez, et laissez-vous porter.

2. @odilechabrillac : Un compte comme un journal intime pour l’autrice du livre « Âme de sorcière », prof de kunda-magie et naturopathe. Des pensées poétiques, bilans de chaque journée, qui nous invitent à l’introspection. Une imagerie entre nature, figures de sorcières et sororité.

3. @spellitout.newsletter : Prolongement de la newsletter du même nom créée par la journaliste Arièle Bonte, les posts renvoient à ses contenus mensuels 100% witchy : liens d’actualités, collaboration avec une sorcière moderne et recommandations culturelles. (Abonnez-vous !)

4. @tiffanygarrido : Cette jeune artiste et sorcière moderne partage avec nous son univers à l’esthétique soignée. Sous ses photos, ses dessins ou ses tirages de tarot, Tiffany transmet ses questionnements et ses apprentissages. Un feed inspirant entre magie, développement personnel et créativité.

5. @lilith.tarot : On ne pouvait décemment pas finir ce guide sans parler de tarot. Lilith est une référence en la matière ! Elle propose chaque jour le tirage et l’analyse détaillée d’une carte. On découvre avec elle la profondeur de chaque arcane. Une belle manière d’apporter un éclairage différent à sa journée.

BONUS ASTRO : Parce qu’on a tous (mais si) un amour plus ou moins caché pour l’Astrologie.

  • Bonus n°1 : Filez rire de votre signe (et de ceux des autres) avec les listes et les tops pop-culture d’@astrotruc
  • Bonus n°2 : Tous les jours, @les_oracles_disa poste sur son feed une vidéo d’« Horoscope Magnétique ». Un concentré de conseils souvent très pertinents et empathiques qui donnent parfois l’impression qu’elle lit un peu dans notre âme (de manière plutôt sympathique !)

S’ouvrir à ces sujets, c’est accepter d’élargir un brin les frontières, pour entrevoir un monde plus grand que celui que nous pensions connaitre. C’est aller à la rencontre de soi et à la rencontre d’un univers vaste et empli d’énergies.

Alors, prêt.e.s à saupoudrez votre vie de magie ?

Article d’Alexandra Hostier

ĖSO. Paris est un collectif connecté autour d’une nouvelle vision de l’ésotérisme. Des évènements qui rassemblent autour de la découverte de soi, du pouvoir de l’intuition, de l’accès à l’invisible, de l’ouverture d’esprit, de la guidance, du bien-être et de la clairvoyance.

Pour célébrer la fin de l’année 2019, ÉSO. Paris a imaginé une première journée dédiée aux pouvoirs de l’invisible à Paris. Samedi prochain, le 9 novembre 2019, le collectif nous donne rendez-vous chez Maison Nomade, repère food et bien-être de la capitale, pour une journée holistique.

Au programme ? Ateliers et workshops pour se reconnecter avec son intuition et consultations d’experts pour en apprendre plus sur soi.

  • 11h-12h30 : Atelier « Développer ses énergies magnétiques »
  • 11h-15h : Séances individuelles Access Bars®
  • 13h-14h30 : Atelier « Développer son intuition avec le Tarot »
  • 15h-16h30 : Kundalini Class
  • 17h-18h : Sound Meditation aux Crystal Bowls
  • ATELIERS DE 12h-17h30 : Séances individuelles Astrologie / Séances individuelles Voyance
  • 18h : Talk sur la Spiritualité (entrée libre/ places limitées)
  • ALL DAY : BOUTIQUE ÉSOTÉRIQUE

Vous avez toujours voulu rencontrer un.e medium, un.e astrologue et essayer la sound meditation ? Vous attendiez l’opportunité rêvée pour développer votre intuition et votre magnétisme ? Inscrivez-vous vite !

Retrouvez ici le lien d’inscription pour toutes les activités de cette journée holistique et plus d’informations sur la page Instagram du collectif ÉSO. Paris. Rendez-vous samedi pour explorer ensemble les pouvoirs de l’invisible et découvrir une nouvelle vision de l’ésotérisme.

MAISON ÉSO, le samedi 9 novembre 2019 de 11h à 19h,
chez Maison Nomade au 140 rue du faubourg Saint-Martin, 75010 Paris

Article d’Alexandra Hostier

Des sikhs de Bobigny à la divinité Oro au Bénin en passant par sœur Germaine dans son couvent versaillais, Pierrick Mouton explore la pensée magique par une approche documentaire et immersive auprès de différents groupes de croyances et de communautés. Un voyage méditatif et introspectif surprenant.

« Je m’intéresse beaucoup à la cosmogonie et aux récits des origines. J’essaye de réactiver certains mythes en les confrontant à un langage et à une méthode contemporaine », confie- t-il. En résulte un ensemble narratif hétéroclite composé d’interviews, de dialogues, d’objets et de dessins qui, intégré à un espace d’exposition, prend des formes diverses et variées : films, créations sonores, livres et autres supports. À travers ces différents médiums, l’artiste et vidéaste dévoile un regard singulier sur les thèmes du sacré et de la religion. Au cours de ses pérégrinations, Pierrick Mouton est ainsi allé à la rencontre des sâdhus en Inde, de sorciers au Bénin ou de sœurs aux abords de Paris. « Je garde une certaine distance face aux différentes célébrations auxquelles j’ai pu assister ces dernières années. Ma démarche tente en effet d’isoler leurs gestes pour mieux en saisir la symbolique profonde, universelle, ou millénaire. » 

Pierrick Mouton

Rendre visible l’invisible

En questionnant les pratiques religieuses, le travail de Pierrick dévoile un autre regard sur des actions qui paraissaient jusque-là insignifiantes. Un processus créatif qui se révèle très spirituel, à l’image de son compte Tumblr baptisé poétiquement Les îles ont un silence qui s’entend. Comment réussir à retranscrire le silence dans une photo, ou plus largement, comment matérialiser ce qui est de l’ordre du non visible ? Par ce procédé, l’artiste interroge les rapports entre cinéma et invisible et en explore les limites. Quand on suit le quotidien de personnes qui se concentrent principalement sur la contemplation du vide, vers une autorité ou un impératif invisible, on se retrouve face à une difficulté inhérente à les représenter. 

Dans son court-métrage Le Tempestaire datant de 1947, Jean Epstein s’est confronté à cette difficulté. « Pour filmer la présence invisible du vent, il filme un arbre qui se plie sous les bourrasques du temps. Ce sont donc les conséquences d’une présence ineffable (le vent) qui apparaissent à l’écran. J’ai suivi la même démarche lorsque j’ai filmé des visages ou des gestes de fidèles. C’est une manière pour moi de représenter par le visible (le rite du fidèle), ce qui est de l’ordre du non visible, à savoir la croyance de ces communautés en un Dieu omnipotent, omniscient. » En 2016, Pierrick est ainsi parti au Bénin pour tenter d’incarner la présence d’Oro, un culte vaudou ancestral toujours actif dans le sud du pays : « Oro est une divinité de la nature, une divinité du vent, une divinité invisible. Dans le pays Yoruba, c’est la plus influente, la plus terrible, et la plus puissante. Il est interdit de filmer ces rites sous peine de mort ou d’amnésie soudaine. À travers le témoignage d’initiés rencontrés sur place, le film entend rendre visible cette divinité cachée. » Ou comment s’emparer de l’impalpable en contournant les contraintes… 

Pouvoirs extralucides 

Les contraintes, Pierrick Monton s’en affranchit en les faisant siennes. Il cite Alexandro Jodorowsky et ses théories psycho-magiciennes. « Des solutions miraculeuses lui ont parfois permis de tourner certaines scènes de manière inattendue. Chacun de ces événements donne une impulsion à ses films. Cette manière d’appréhender le réel permet d’être attentif au caractère magique ou imprévisible des situations. » Un postulat qui occupe une place importante dans son travail. En 2009, il a tourné un documentaire dans un couvent de religieuses, les Diaconesses de Reuilly à Versailles. C’est là qu’il a rencontré une des sœurs de la communauté, sœur Germaine. En commençant ce travail au sein d’un univers fermé, il a tout de suite pressenti les limites que lui imposait la communauté. Certains lieux lui étaient inaccessibles. N’ayant qu’une vision parcellaire de leur vie, lui est venue l’idée d’apprendre à sœur Germaine à se servir d’une caméra pour qu’elle participe à la documentation de son quotidien. Petit à petit, le film s’est mué en un journal intime. « Sœur Germaine a développé un intérêt grandissant pour la caméra, en se confrontant par la même occasion, à son image et à sa condition de religieuse. Les images qu’elle a pu tourner sont à la fois très personnelles et d’une très grande qualité plastique. Elle joue ou plaisante. Parfois, elle laisse simplement tourner la caméra en attendant que quelque chose se produise, une épiphanie. » L’exposition Correspondances (2015) à la Nunnery Gallery de Londres, présentait cette collaboration à travers un corpus de films, un livre, des échanges de lettres, des photographies et des e-mails. 

Pierrick Mouton

Dans un autre registre, Pierrick, qui a voyagé en Inde à plusieurs reprises, s’est confronté en 2018 aux sikhs vivant à Paris et ses alentours, pour appréhender leurs modes de vie dans un pays comme la France, si attaché à la laïcité. Une expérience qui l’a profondément touché. « J’ai été séduit par leur philosophie et leur sens de l’hospitalité. Les sikhs mettent l’accent sur la méditation, la prière, la musique et l’accueil du prochain. Ils sont rigoureusement végétariens, ne boivent pas d’alcool, ne fument pas, portent un turban, ne se coupent pas les cheveux, se lèvent à l’aube et prient deux fois par jour. Profondément égalitaires, ils rejettent le statut inférieur de la femme tel qu’il existe dans d’autres religions monothéistes, et contredisent les systèmes de castes de l’hindouisme. Enfin, ils ont une forme de tolérance à l’égard des autres croyances. Le Guru Granth Sahib, le livre saint des sikhs, intègre des passages de la Bible, du Coran, du Talmud, et des Upanishad. » 

Pour celles et ceux qui croient au diable, Pierrick vient de terminer une création sonore pour France Culture sur l’exorcisme, Montre-moi ce que je veux voir pour que je puisse te l’enlever (2019). Pendant plusieurs mois, il a suivi des prêtres exorcistes pour comprendre les signes d’une possession démoniaque et le déroulement d’une séance d’exorcisme. Rien que de l’évoquer, ça fait froid dans le dos ! 

Article de Pauline Weber

Article du numéro 43 « Spirituel »