Les mutilations génitales féminines interdites et pénalisées au Soudan ? C’est une réalité et une victoire pour ce pays qui comptabilise 87,6 % de victimes d’excision – des femmes âgées de 15 à 49 ans selon le dernier rapport de l’UNICEF datant de 2013. Et si la nouvelle retentit autant, c’est aussi parce que le combat pour y arriver a été long.

Le gouvernement de transition soudanais a criminalisé la pratique de l'excision. Crédits : ©Loïse Dewildeman.
Le gouvernement de transition soudanais a criminalisé la pratique de l’excision. Crédits : ©Loïse Dewildeman.

Au Soudan, l’excision est une pratique culturelle et religieuse très ancrée dans les mœurs, considérée comme essentielle pour la réputation des jeunes femmes. Et elle présagerait un bon mariage à venir…

Des mœurs qui impactent la santé, la vie, de neuf femmes sur dix au Soudan. Et selon l’OMS, ces dernières subissent surtout une excision de type III (infibulation). Les grandes et/ou petites lèvres sont retirées, et généralement le clitoris. Les praticiens recousent la plaie de manière à ne laisser passer que l’urine et le sang des menstruations. 

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Les Soudanaises vivent cet épisode comme un réel traumatisme et rencontrent de nombreuses complications médicales par la suite. En effet, les mutilations génitales féminines provoquent des infections urinaires, utérines et rénales, des kystes, des aggravations gynécologiques et de très fortes douleurs lors de rapports sexuels. 

Les femmes retrouvent enfin leurs droits

Le chemin a été long et semé d’embûches avant de parvenir au 22 avril, date à laquelle le Soudan a criminalisé l’excision.

Souvenez-vous, sous le régime d’Omar El-Béchir, les femmes étaient totalement privées de leurs droits. Discriminées par tous les moyens, elles avaient notamment l’interdiction de porter des pantalons et leurs comportements étaient très fortement contrôlés. Quant à la pratique des mutilations génitales, les nombreuses tentatives pour les interdire ont été rejetées par un parlement sous la coupe d’Omar Al-Béchir. 

Face à cette situation, les femmes ont été à l’avant-garde d’un mouvement social qui a renversé Omar El-Béchir et son gouvernement, en avril 2019. Un an après, les mutilations génitales féminines sont rendues illégales, passibles de trois ans d’emprisonnement et d’une amende. Bien que ce ne soit pas cher payé, c’est une revanche sur la vie, un cri de victoire pour les femmes victimes de cette discrimination genrée et pour celles et ceux qui luttent à leurs côtés.

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Cette décision délivrante, prise par le gouvernement de transition que personne n’attendait en ces temps épidémiques, permet aux Soudanaises de retrouver de nombreux droits. Le droit à la vie, à la santé, à la non-discrimination, le droit de ne pas subir des traitements inhumains et surtout de ne pas être soumise de force à des tortures physiques et psychologiques. 

Une victoire nuancée ?

Si cette nouvelle loi est un véritable soulagement, certaines craintes persistent. Il reste difficile d’envisager qu’une loi parviendra à mettre fin à la pratique des mutilations génitales féminines souvent tenue dans la clandestinité. Parce que oui, si la pratique a toujours été très répandue elle est aussi taboue. 

Mais cette annonce amorce une nouvelle ère, un tournant pour l’ensemble des Soudanaises. Celle où les femmes ne se tairont plus, celle où l’on peut dénoncer des pratiques enfin rendues illégales et dire non. Non à toutes formes de torture. Non à la discrimination genrée. Et le Soudan semble doucement s’engager vers cette transition favorable aux respects des droits humains.

Article de Nina Hossein