« Mais ça n’a aucun sens, pourquoi n’a-t-elle pas réagi ? Si ça lui était « vraiment » arrivée, elle se serait défendue, elle serait partie, non ? C’est ce que j’aurais fait. » 

Vous vous êtes peut-être déjà dit cela en entendant une histoire d’agression. En 2019, une enquête IPSOS révèle que 43% des Français.e.s pense que si une victime se défend vraiment, elle fait fuir l’agresseur. 30% des Français.e.s considèrent que si la victime ne réagit pas, ce n’est pas une violence sexuelle.

Des mécanismes psycho-traumatiques encore méconnus

Il s’agit là d’un mythe persistant et contribuant à la culpabilisation et décrédibilisation des victimes. Celles-ci, ne comprenant pas non plus pourquoi elles n’ont parfois pas réussi à fuir, finissent en effet souvent par se penser responsables.
Or, cette incapacité à agir face à ce type de violence possède un nom et n’est en aucun cas le témoignage d’une faiblesse. Il s’agit d’un phénomène qui peut impacter la victime à long terme : la sidération psychique.
Pour déconstruire les mythes qui perpétuent la culture du viol, il faut se pencher sur ces mécanismes qui sont mis en place par le cerveau lors d’une agression sexuelle.

​Sur le site internet de son association « Mémoire traumatique », le Dr Muriel Salmona, psychiatre spécialiste des psycho-traumatismes explique que dans le cas des violences sexuelles, on peut noter l’enchaînement de quatre mécanismes : la montée du stress dans l’organisme, la sidération, la disjonction et la dissociation.

Lors de l’agression, le cerveau perçoit tout d’abord le danger et prépare le corps à la fuite en sécrétant les « hormones du stress », l’adrénaline et cortisol. Les muscles se tendent, le rythme cardiaque s’accélère : le corps est prêt à fuir.
Malheureusement, fuir n’est pas toujours si simple. L’esprit se retrouve paralysé par la surprise que ressent la victime face au non-sens de cette violence (exacerbée si l’agresseur est un proche, par exemple). Cette incrédulité paralyse les fonctions d’analyse de la situation. L’esprit est comme vide, sans pensée ni possibilité d’agir.

@rinnecococ

Sidération, Dissociation, Mémoire Traumatique

​Dans l’incapacité de réfléchir et de passer à l’action, l’organisme ne peut réguler les hormones du stress et en est saturé. Une « surchauffe » qui l’expose à des risques cardio-vasculaires. Pour protéger les divers organes, le cortex disjoncte, ce qui lance dans le corps des hormones proche de la kétamine et de la morphine ayant un effet anesthésiant. L’organisme ralentit brutalement et la victime est alors comme déconnectée de ses émotions et sensations physiques. C’est la sidération psychique.

La victime peut également expérimenter un état de dissociation, avoir un sentiment d’irréalité, comme si elle observait la scène en tant que spectatrice ou que ça ne lui arrivait pas vraiment à elle.

En perturbant le fonctionnement normal du cerveau la disjonction affecte également son travail de gestion des souvenirs et est à l’origine de la création d’une « mémoire traumatique ».
À l’inverse de ce qui se passe dans le cas de souvenirs « normaux » (dépourvus de ce type de violence), le souvenir de cet événement n’est pas assimilé normalement et est stocké dans une partie du cerveau qui n’est pas accessible en permanence à l’état conscient.
Les souvenirs sont alors souvent confus, mais peuvent revenir de manière soudaine et brutale dès lors que quelque chose (un lieu, un geste, une odeur, une parole…) rappelle l’évènement à la victime.

Pour aller plus loin : accédez à une vidéo explicative du Dr Muriel Salmona ici

Mieux comprendre ces mécanisme à l’œuvre lors des violences sexuelles, c’est aussi une manière de lutter contre les idées reçues qui isolent et culpabilisent les victimes. Vous n’êtes pas responsables de cette violence et vous n’êtes pas seul.e.s.

Article d’Alexandra Hostier