"Je le dis au 8ᵉ degré, bien évidemment je ne me permettrais pas de dire ça de quelqu’un." Hier matin, sur le plateau de la web-radio indépendante Arts-Mada, Fabien Lecoeuvre, auteur et chroniqueur, prenait le micro et critiquait le physique des chanteur·se·s de la nouvelle génération. Et en particulier, de Hoshi.

Source : Instagram © Hoshi
Source : Instagram © Hoshi

En fait, selon lui, le monde n’aurait pas compris que pour vendre des disques et des magazines, il fallait des « gens beaux ». Et, emporté par la sagesse et la bienveillance de son propos, le chroniqueur s’attaque à la chanteuse Hoshi : « (…)Elle a un talent incroyable, indiscutable. Mais enfin, vous mettez un poster de Hoshi dans votre chambre, vous ? Elle est effrayante. (…) Qu’elle donne ses chansons à des filles sublimes. »

Vague de soutien pour Hoshi et révolte sur les réseaux-sociaux

Hoshi a aussitôt repartagé le passage sur Twitter, avec pour légende :

Tellement grave de tenir ce genre de propos @FabienLecoeuvre. On lui offre un poster ou un miroir ? J’hésite.

Hoshi

D’abord la scène française et internationale, puis la militante féministe Alice Coffin et les journalistes Hugo Clément et Rémy Buisine, tou·te·s se sont empressé·e·s de venir contre-attaquer le discours moyenâgeux du chroniqueur. S’en est suivi un déferlement de gentillesse et d’amour sur la Toile. Aussi, le compte MusicTooFrance a manifesté son soutien sur Instagram. « Force à la sublime Hoshi et à toutes les chanteuses qui ne sont pas Vanessa, Sylvie, Sheila ou Françoise. (…) Un ‘bel’ exemple décomplexé du sexisme et de la violence de l’industrie musicale envers les femmes et les minorités. »

Un scandal de plus qui soulève des questions

En fait, c’est un discours dont plusieurs ont eu honte et se disent véritablement écœurés, comme la chanteuse Clara Luciani l’expose en story : « Honte à vous, vous êtes à vomir. C’est vous le monstre, le laid, l’erreur. C’est les pin-ups qu’on accroche au mur pour faire joli, pas les artistes. Hoshi je t’aime et tu es sublime. » Parce que cette attaque révèle également une question dont la réponse nous semblait pourtant évidente : Ne devrait-t-on pas juger les artistes sur leur art et non leur physique ?

Sexisme, moquerie et irrespect à l’antenne de nos médias

Mais ce n’est pas la première et ça ne sera malheureusement pas la dernière que ce genre de discours agressifs et hypocrites est prononcé sur des plateaux. Alors, pourquoi laissez faire, laissez dire ? En 2021, comment ose t-on critiquer le physique d’un·e artiste? Et puis, comment aujourd’hui encore, après la colère et la saturation face au sexisme, à l’homophobie, au jugement, à la moquerie, comment est-il encore possible d’évaluer un·e artiste par le prisme du « male gaze » ? Ce regard masculin, hétérosexuel – et disons-le arriéré – à partir duquel la personne est sexualisée. 

Mais non, Hoshi, Tony Guedj ou encore Calogero ne sont pas là pour plaire à Fabien Lecoeuvre. Ni pour « faire bander les filles », comme il le déblatère au micro d’Arts-Mada. Dorénavant, sur les réseaux sociaux, la haine est palpable. Après les excuses du chroniqueur sur Twitter,  Hoshi réplique habilement : « C’est à cause de gens comme vous que des jeunes abandonnent leur rêve, pas à cause des maisons de disque ». 

"Comme il est difficile d'être une femme 'normale' dans ce milieu'

La chanteuse Louane, également très remontée pour toutes ces raisons, dénonce à son tour les vices sexistes du milieu musicale. « Je suis effondrée de voir l’hypocrisie, la méchanceté gratuite, l’agressivité, le manque de respect, mais surtout la violence de ces propos. Comme il est difficile d’être une femme ‘normale’ dans ce milieu qu’est la musique ». L’artiste Alma aussi, s’indigne en story « Virez moi cet ignoble de mes médias », tout comme le musicien Waxx : « ces vieux types de médias et d’ailleurs me dégoutent ».

Enfin bref, assez de ces discours aggressifs et contre-productifs. Place à l’humanisme, à la bienveillance et à la liberté d’être qui l’on veut, sans se faire insulter sur l’espace médiatique. Alors donnons la parole aux créatif·ve·s, aux héroïques, aux intègres, aux singulier·e·s, aux poétiques. 

Et vous, quel poster d’Hoshi allez-vous afficher sur le mur de votre chambre ? 😉

Article de Margot Hinry

L’heure est à la sculpture de citrouille et à la sélection de notre déguisement. D’ailleurs, à en croire Internet et les boutiques spécialisées, notre choix en tant que femme se réduit principalement à des tenues courtes et moulantes. Problématique ?

Halloween continue de gagner du terrain de ce côté de l’Atlantique. La fête quasi sacrée aux États-Unis prend une place de plus en plus importante dans le coeur des Français·e·s. En même temps, on comprend : l’évènement consiste globalement à célébrer l’aura et la puissance des sorcières, à engloutir une tonne de bonbons (qu’on descend, adulte, à coups de cocktails), à voir ses potes et à se déguiser. Un moment qui nous file du baume au coeur en plein mois d’octobre. 

En parlant de déguisement d’ailleurs, si le Covid restreint nos plans de se retrouver cette année, il ne nous empêche pas de fantasmer notre accoutrement. On a, par le passé, enfilé les costumes les plus classiques et fait une petite entorse à l’ambiance morbide en misant sur la fraise géante. Cette fois-ci, on voulait à nouveau tout donner. Alors pour se consoler et pour oublier quelque temps que la soirée n’aura sûrement pas lieu, on a écumé les sites dédiés.

Tapez « costume Halloween pour femmes » dans Google et vous tomberez sur une liste interminable de métiers, de personnages de fiction, de références culturelles ou actuelles transformés en tenues (en 2018, on a eu droit à l’adaptation révoltante de The Handmaid’s Tale, en 2020, celle du gel hydroalcoolique). Le dénominateur commun, c’est le peu de tissu et la façon dont les fibres sont ultra-tendues sur les poitrines des mannequins qui les portent. Même pour le gel hydroalcoolique. 

Halloween sera sexy ou ne sera pas, semblent scander ces centaines d’images évocatrices. Sexy… ou sexiste ?

Où sont les hommes (en mini-short) ?

Pour répondre à cette question, il y a plusieurs critères à analyser. Notamment la comparaison avec les modèles estampillés pour hommes. De ce point de vue là, difficile de ne pas réaliser le fossé béant entre les deux genres, et ce, dès le plus jeune âge. « Près d’un tiers des costumes de filles et plus de 90 % des costumes de femmes présentent une certaine sexualisation », chiffre Lauri Hyers, professeure-chercheuse à l’université américaine de West Chester, dans une interview avec Inquirer. « Par ailleurs, cela touche moins de 1 % des costumes de garçons et seulement 11 % des costumes d’hommes. »

Pour la spécialiste qui a observé 1600 déguisements dans les dix dernières années, aucun doute : Halloween est sexiste. « La sexualisation et l’infantilisation des costumes féminins ne font que croître », déplore-t-elle. Exemple concret : les policières écopent de qualificatifs « niais » type « candy cop » (« fliquette bonbon », en gros) et de détails enfantins comme des taches de rousseurs et des poses que l’experte qualifie « d’innocentes ». Quand les policiers, eux, bénéficient d’accessoires réalistes, et les notions de sérieux et de pouvoir que la profession implique sont plus évidentes. Un procédé aux antipodes de l’empowerment, juge-t-elle, puisqu’il « semble limiter la valeur des femmes à leurs attributs physiques ». 

Crédit : Warner Bros. Television

C’est cette inégalité qu’a aussi voulu dénoncer le Tumblr FuckNoSexistCostumes, qui oeuvre à juxtaposer les options féminines et masculines dans les magasins américains principalement. Docteur de labo en blouse blanche sobre vs infirmière avec jarretière rouge en plumes et toque agrémentée d’un petit coeur assorti au stéthoscope. Robin des bois avec carquois dans le dos et pantalon aux chevilles vs Robine des bois avec carquois dans le dos mais sans pantalon. Ou pire, tortue ninja fidèle au dessin-animé chez les garçons vs tortue ninja où la carapace a été troquée pour une robe rose et un serre-tête à antennes (allez savoir) chez les filles. Genré dès le plus jeune âge. Et les conséquences sont multiples. 

« Le marketing ciblé sur le genre ne fait que renforcer la fracture entre les sexes et les stéréotypes sexistes et limite le potentiel d’imagination des enfants et des adultes », condamne Lauri Hyers. « C’est étouffer la créativité ». Et la projection que permet la représentation, aussi. 

Seulement, plutôt que de culpabiliser celles qui aiment miser sur un minimum de tissu, elle blâme, comme la créatrice du blog, la société qui insinue que c’est ce qu’on attend d’elles – et d’elles seules. « Les fabricants créent une demande pour des costumes sexualisés en les offrant », soutient-elle. « Ils renforcent une norme que les femmes estiment devoir respecter ». 

Un constat accablant, qui n’excuse cependant pas de sombrer dans l’excès inverse : partir du principe qu’une femme qui veut montrer son corps est forcément manipulée, ou lui prêter des qualités à connotation péjorative.

« Essayer de limiter le choix des femmes est le problème principal« 

Pour USA Today, Halloween est moins réducteur qu’émancipateur. « Le corps des femmes est surveillé tous les jours de l’année. [Le 31 octobre] est un répit bienvenu et une chance pour les femmes d’exprimer leur sexualité, plutôt que de la réprimer », écrit la publication dans un article intitulé When it comes to sexy Halloween, women just can’t win (« Quand il s’agit d’Halloween, les femmes ne peuvent pas gagner », en français). 

Dans une tribune publiée sur Daily Orange, Mallory Stokker, étudiante en journalisme à l’université de Syracuse, base justement sa réflexion sur cette interprétation. 

Si elle admet que les costumes féminins sont bel et bien sexualisés, et reconnaît volontiers la pression que certaines peuvent ressentir à se conformer à cette norme qu’évoque aussi Lauri Hyers, la jeune femme défend toutefois le droit de ses paires à ne pas être catégorisées ni jugées uniquement sur leur envie de se vêtir le moins possible. Et demande à ce qu’on arrête enfin d’opposer les adeptes des tenues légères à celles qui préfèrent se couvrir.

« Que ces femmes aient décidé de s’habiller comme elles l’ont fait en raison de pressions sociales ou de leur propre désir d’être vues de manière sexuelle, leur choix n’est pas en cause. La question est de savoir comment la société interprète ce choix. » Mal et de manière inégale, fustige l’autrice.

Crédit : Disney-ABC Domestic Television

Elle tacle les double standards, qui placent les concernées dans une impasse rageante : « Ce qui est vraiment déconcertant, c’est que malgré les encouragements à s’habiller et à être sexy à Halloween, une fois qu’elles l’ont fait, elles sont souvent dégradées pour avoir incarné cette image même. À l’heure actuelle, les femmes sont confrontées à deux conséquences négatives en ce qui concerne leur façon de s’habiller à Halloween : répondre aux attentes et être considérée comme une salope, ou défier les attentes et être ostracisée. » Clairement, la journaliste marque un (gros) point.

Elle poursuit en recentrant le débat : « Les femmes devraient avoir une totale autonomie quant à leur choix de révéler leur peau ou de ne pas se présenter de cette manière. Nous devons arrêter de faire des suppositions sur leur personnalité en fonction de la façon dont elles s’habillent un jour de fête. Et le fait que nous continuions à faire ces suppositions révèle à quel point ce type de jugement est profondément ancré dans notre pensée quotidienne. » 

La solution, la professeure Lauri Hyers assure qu’elle réside dans la dégenrisation des déguisements plutôt que dans le retrait du marché de ces modèles. Femme, homme, fille, garçon ou non-binaire : la possibilité de sauter dans une micro-robe devrait appartenir à tous·te·s, sans étiquettes ni conséquences. « Halloween est censé être un moment où vous pouvez être ce que vous voulez être », conclut-elle. Preach.

Article de Pauline Machado

Lundi 14 septembre, beaucoup de lycéennes et collégiennes ont décidé de s’habiller de manière « inappropriée » – selon les dires des CPE, et de venir en cours en jupes, shorts et/ou crop-top.

Hier a eu lieu un mouvement de libération des jeunes femmes, mis en place sur les réseaux sociaux. D’abord apparue sur TikTok, cette idée a très vite été relayée et encouragée par des personnalités publiques, comme Angèle, l’ex-secrétaire d’Etat à l’Egalité femmes-hommes Marlène Schiappa ou encore la militante féministe Caroline de Haas. Le but ? Protester contre les interdictions vestimentaires dans les établissements scolaires – et ainsi protester contre le sexisme ordinaire

Les origines 

Depuis la rentrée, de nombreux témoignages fusent sur les réseaux sociaux. Des témoignages de filles qui montrent leurs tenues, choquées que celles-ci soient considérées comme inappropriées. Ces tenues ? Des crop-tops, des shorts, des jupes, des robes… Choquant, n’est-ce pas ? Le pire, c’est les commentaires du personnel d’autorité : « cela va déconcentrer les garçons », « c’est provocant », « ici on est là pour apprendre », … 

L’expérience 

Lundi 14 septembre, donc, de nombreux.se.s jeunes se sont habillé.e.s de manière « provocante » – certains garçons ayant même joué le jeu. Le résultat ? Beaucoup se sont plaint.e.s de ne pas avoir été accepté.e.s en cours, d’avoir eu des avertissements et des réflexions du corps enseignant. Par exemple, @NaisTalon sur Twitter, explique qu’une amie à elle (qui portait un short de la même longueur qu’un garçon) s’est pris un avertissement, alors que le garçon non. Autre exemple : @Amantiaaa sur Twitter a partagé une photo d’elle et de ses amies, expliquant qu’elles ont toutes été « recalée[s] parce-que ce n’est pas approprié ». 

A la suite de ce mouvement, de nouveaux hashtags ont vu le jour pour continuer de partager des témoignages sexistes ou déplacés. Les deux nouveaux en date ? #Balancetonbahut et #Balancetonprof. Encore une belle initiative pour libérer la parole. 

Article de Clémence Bouquerod 

Peu après le scandale Moha La Squale et #Balancetonrappeur, Angèle et Léna Simonne, sœur et copine de Roméo Elvis -lui aussi accusé, ont été harcelées sur les réseaux sociaux. Et non, ce n’est pas normal. 

Ces derniers jours, sur tous les réseaux sociaux et sous les photos d’Angèle, on a beaucoup retrouvé le commentaire : « Balance ton frère ». Référence au titre d’Angèle « Balance ton quoi », ce commentaire pose beaucoup problème. Déjà, parce qu’il n’est pas à vocation de dénonciation, mais bien écrit pour décrédibiliser Angèle, ouvertement féministe. Comme si elle était responsable des actes de son frère. Pardon ?

Des faits

Pour rappel, la semaine dernière, peu après le scandale Moha La Squale, un hashtag a été créé pour dénoncer les actes sexistes et agressions sexuelles commises par des rappeurs. Sous #Balancetonrappeur, plusieurs ont été accusés, notamment Jok’air ou encore Roméo Elvis. La jeune femme qui avait accusé le rappeur belge a d’ailleurs précisé son histoire sur StreetPress le 11 septembreIl l’aurait en réalité suivie dans une cabine d’essayage et touchée sans son consentement. 

Mais malgré les accusations qui accablent Roméo Elvis, beaucoup d’internautes ont réagi à contre-sens. Au lieu d’aller éduquer le présupposé agresseur, ils sont allés harceler Angèle, sa sœur, et Léna Simonne, sa compagne. 

…au sexisme ordinaire 

Déjà, apprendre que son frère ou son copain a agressé une femme, c’est assez choquant. Mais l’apprendre depuis les réseaux sociaux, cela en rajoute une couche niveau charge mentale. Alors qu’il aurait fallu compatir avec Léna Simonne et Angèle, qui, rappelons-le, n’ont aucune responsabilité concernant les actes de Roméo Elvis. Oui, oui, même si elles sont toutes les deux des personnalités publiques engagées dans le féminisme. Elles n’ont pas mérité ces humiliations.

Pour rappel, une personne féministe n’a pas toujours de pouvoir sur les pensées et les actes de sa famille ou de ses amis, ni l’influence dont elles rêveraient. On appelle ça l’utopie. Si on peut tenter d’éduquer ceux qui nous entourent, on est parfois impuissant face à leurs actes. Et quant il est question d’irrespect, de violence ou pire, d’agression sexuelle, notre sentiment de défaite se voit encore plus amplifié. Et là, recevoir des menaces et des reproches n’a jamais été aussi difficile à gérer.

Faire la morale OK, éduquer OUI mais harceler, non. Jamais.

Article de Clémence Bouquerod 

Suite au remaniement, nous avons appris la nouvelle composition du gouvernement français. Ça a piqué, et ça pique toujours autant aujourd’hui. Impossible de rester muette face à ce nouveau couperet qui vient de tomber sur la gorge des citoyen.ne.s . Pardonnez l’expression, mais est-ce qu’on ne se foutrait pas un peu de notre gueule ?

Le ministère de la culture du viol et de la LGBTphobie

Permettez-moi de vous dire quelques mots sur notre nouveau ministre de l’Intérieur, j’ai nommé Gérald Darmanin. Cet homme est actuellement visé par une enquête pour harcèlement sexuel et viol. (Visiblement, il cumule autant les infractions que les mandats – lui qui est également maire de Tourcoing). Ce qui signifie qu’aujourd’hui, en cas de harcèlement sexuel ou de viol, nous portons plainte auprès de policier.e.s eux.elles-mêmes dirigé.e.s par… un homme accusé de harcèlement sexuel et de viol. Oui. « On soutient les femmes victimes d’agressions », « On vous croit », « N’hésitez pas à parler », etc., c’est du pipeau, finalement. 

Il vous faut une preuve de plus ? Marlène Schiappa, anciennement Secrétaire d’État à l’égalité Femmes-Hommes, est nommée ministre déléguée à la citoyenneté, sous la direction de Gérald Darmanin. C’est le comble de l’ironie… et de la misogynie. 

Ajoutons également que notre nouveau ministre de l’Intérieur a tenu des propos racistes envers Christiane Taubira, la qualifiant de « tract ambulant pour le FN ». Sans parler de ses nombreuses positions LGBTphobes qui se promènent, entre autres, sur son compte Twitter.

Petit florilège :

Le ton est donné par celui qui se targuait, en juin 2013, de ne pas vouloir célébrer personnellement de mariage entre deux hommes ou deux femmes s’il était élu maire de Tourcoing. Et de se rendre à la Manif pour tous. 

Placer Gérald Darmanin à ce poste, c’est clamer haut et fort que la justice ne s’applique pas de la même manière en fonction de son genre et de son rang social. Ni de sa couleur de peau – à ce propos, le panel de nos gouvernant.e.s est d’une blancheur éclatante…

Une partie des membres du gouvernement de Jean Castex (AFP)

Placer Gérald Darmanin à ce poste, c’est aussi valoriser la culture du viol, c’est rire au nez des victimes, c’est se moquer de la Justice, c’est bafouer les droits des femmes et des personnes LGBTQIA+. C’est honteux, tout simplement. 

Une Justice pour qui ?

Et comme ce n’était pas suffisant, Eric Dupond-Moretti a été nommé ministre de la Justice, lui qui a défendu des violeurs et des auteurs de féminicides, lui dont les plaidoiries se basent sur l’humiliation, lui qui s’est plus d’une fois illustré par ses propos sexistes, antiféministes. Il déclarait sur le plateau de LCI, en mars 2018 : « Que siffler une femme, ça devienne une infraction pénale, c’est ahurissant. La bienséance doit régler ça, pas la loi. Avant d’être vertueux, bien sûr (j’ai sifflé des femmes dans la rue). Et puis il y a d’ailleurs des femmes qui ont dit ‘Moi, ça me fait très plaisir d’être sifflée‘. J’ai entendu ce matin une dame que je ne nommerai pas mais que j’aime beaucoup qui dit : ‘Moi, je ne regrette de ne plus l’être‘. On ne peut pas monter les uns contre les autres en permanence. » Non. Mille fois non.

Peut-être aurait-il mieux fallu qu’on lui rafraîchisse la mémoire et qu’on lui rappelle ses paroles, fièrement lancées sur le plateau de LCI, face à Audrey Crespo-Mara ? Là même où il déclarait ne jamais vouloir accepter un poste au ministère de la Justice, car il n’en avait pas les compétences ?

À la question : « Si on vous proposait un poste au ministère de la justice, vous l’accepteriez ? », il répondait : « Non (Rires). Vous voulez que je vous le signe ? D’abord, personne ne me le proposera. Et ce serait un bordel, mais alors… Nan, mais personne n’aurait jamais l’idée ! Sotte, totalement saugrenue, incongrue, invraisemblable de me proposer cela. Et moi, franchement, je n’accepterai jamais un truc pareil, non. Non. » Et à la question : « Pourquoi ? » : « Parce que ce n’est pas mon métier. Faut en avaler des couleuvres pour faire de la politique. » Visiblement, il a fait bon festin ! Puis il ajoutait : « C’est une discipline, un exercice, et j’en ai pas les compétences. Et je n’aimerais pas faire ça. » Ah. Ça promet…

https://www.instagram.com/tv/CCXiC-6qpcW/?hl=fr

Rassemblons-nous !

Si la lecture de cette chronique vous a donné la nausée, vous a ouvert les yeux et/ou vous a révolté.e.s, nous vous invitons alors à signer la pétition de @jeneveuxpasdenfant, « Pour un gouvernement qui ne promeut ni misogynie, ni culture du viol, ni LGBTQIA+phobies » et à vous mobiliser en vous rendant devant les lieux symboliques de votre ville.

À Marseille : vendredi de 18h à 21h devant le Palais de Justice ; à Montpellier : vendredi à 18h, place de la Comédie ; à Nantes : vendredi à 18h, place Bouffay ; Annecy : vendredi à 18h devant le Tribunal ; à Tours : vendredi à 17h devant le Palais de Justice ; Paris : vendredi de 18h à 20h30 devant l’Hôtel de Ville.

Pour connaître les lieux et les horaires des rassemblements en fonction des villes, RDV dans la story d’@irenevrose, elle est épinglée à la Une !

Chronique de Juliette Minel

Le sexisme ordinaire s’invite dans ce que nous côtoyons le plus chaque jours, nos mots, nos phrases, nos écrans. L’écriture inclusive semble avoir encore un long chemin, surtout face à notre correcteur, éternel sexiste et discriminant.

Capture d'écran de mon iPhone alors que j'écrivais quelques mots qu'il ne connaissait pas.
Capture d’écran de mon iPhone alors que j’écrivais quelques mots qu’il ne connaissait pas.

« La langue française est sexiste. Vous ne me croyez pas? Il y a une blague à ce sujet. Une vieille blague, mais très éclairante. Un courtisan, c’est un homme que l’ont voit auprès du roi. Une courtisane, c’est une pute. Un entraîneur, c’est un homme qui entraîne les sportifs. Une entraîneuse, c’est une pute. Une homme facile, c’est un monsieur agréable à vivre. Une femme facile, c’est une pute. Une homme publique c’est quelqu’un de connu. Une femme publique c’est une pute. […] Et vous pouvez continuer longtemps comme ça. […] Le vocabulaire, les mots que l’on emploie peuvent se révéler profondément machiste. » Comment mieux introduire que par cette intervention cyniquement véridique de Catherine Arditi sur L’Obs? La langue française est sexiste. Mais je ne vous apprends rien. Comment dit-on auteur au féminin? Médecin? Metteur en scène? Plombier? Passons à un autre degrés, comment dit-on vainqueur? Triste prédestination…

Sms, posts sociaux, mails, documents word et j’en passe… Tous les jours nous côtoyons notre correcteur automatique, ce vieil aigri à l’esprit trop étroit pour évoluer avec notre société. Alors que l’écriture inclusive gagne du terrain progressivement pour mettre à mal nos vieilles règles grammaticales sexistes, le correcteur, lui ne s’y met pas. Pour illustrer simplement cette discrimination dans l’apprentissage de la langue française, parlons de l’accord du genre. Par exemple, « le masculin l’emporte toujours sur le féminin ». Il fallait bien faire un choix! Vous pensez que c’est dû au hasard? Le masculin l’emporte sur le féminin parce qu’il est considéré comme étant plus noble depuis le XVIIe siècle, voilà donc sa représentation dans la langue française. Avant quoi s’appliquait simplement la règle de proximité ou de quantité.

Ecriture inclusive, où es-tu?

Pour palier ces absurdités, nous glissons -lentement- vers l’écriture inclusive ou langage épicène. Définition. « L’inclusive language vise à inclure toutes les personnes pouvant ne pas se sentir représentées (en matière de sexe, d’ethnicité*, de religion, etc.) par une désignation. Le gender-inclusive language, qui concerne plus particulièrement l’absence de représentation des différents genres (en l’occurrence du genre féminin) en est une spécificité. Ce qu’on appelle, depuis quelques années en France, l’« écriture inclusive » est en fait une écriture inclusive de genre, donc une écriture incluant, c’est-à-dire représentant, les différents genres. » Bien que le chemin soit encore long, les efforts dans les tournures de phrases, ou la dit « féminisation des mots » se font sentir. Oui, je précise « dit féminisation des mots » puisqu’il s’agit en réalité de les démasculiniser* (ce mot là, par exemple, n’existe pas pour mon correcteur).

Alors pourquoi toujours autant de mots soulignés en rouge dans mes messages? Bien que Microsoft est présenté son premier correcteur dit « féministe et politiquement correct » -surtout politiquement correct-, qu’en est-il d’Apple, Samsung, ou encore Google (…)? Pourquoi puis-je écrire fraternité sans faute d’orthographe, mais pas sororité*? Pourquoi féminicide* est-il grossièrement souligné alors qu’il a fait son entrée dans le dictionnaire cette année? Ce n’est pas tout, le correcteur n’est pas seulement sexiste, il a aussi du mal avec l’orientation sexuelle -et beaucoup d’autre choses-, sélection : intersexué*, pansexuel*, coming-out*, (…).

Sororité* est un mot qui existe

Nos phrases, nos mots, nos écrans, sont ce que nous côtoyons le plus chaque jour. Les correcteurs orthographique, en partie par le biais de la langue française -mais pas seulement- nourrit le sexisme ordinaire. Toutes ces discriminations fondées sur le genre et qui s’inscrivent dans notre quotidien, nos habitudes, nos réflexes les plus spontanés, le plus souvent sans que l’on s’en aperçoive. Sororité* est un mot qui existe, bien qu’il ne soit pas inclus dans la devise nationale. Féminicide* est une triste réalité de notre société. Enfin, une femme peut être auteur, plombier ou encore médecin.

* Les mots accompagnés d’une astérisque ne sont pas reconnus par mon correcteur.

Article de Aurélie Rodrigo.