Elles ont 25 ans à peine et se connaissent depuis l’enfance. Rebecca et Carla étaient assises à côté en classe de 8 à 18 ans. L’une est Belge, l’autre Française, les deux ont en elles une envie d’entreprendre. Diplômées de grandes écoles, elles voulaient découvrir le monde du business avant de se lancer ensemble, à leur tour. Ce moment est arrivé, alors elles fondent NA&JA. Interview.

© NA&JA
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NA&JA, c’est deux amies qui tentent de garder un lien avec leurs grands-parents isolés. Tout commence pendant le premier confinement. Racontez-nous…

On a réalisé qu’il était temps de prendre soin de nos grands-parents, eux qui avaient toujours pris soin de nous. Ma grand-mère était à Londres toute seule et souffrait énormément de cette crise. Elle m’appelait pour me dire qu’elle lisait le même livre toute la journée, elle tournait en rond. Je voyais tout le monde autour de nous se commander des kits de tie and die, de puzzle, etc…  Je me suis dit : ce que je me prends, je vais aussi le commander à ma grand-mère. J’en ai parlé à Carla. Elle s’y est mise. Ça permettait de briser la routine et d’avoir une activité par jour. 

Ma grand-mère est plutôt créative, donc je lui envoyais des kits de mosaïque et de peintures. Carla envoyait des livres et des puzzles. On s’appelait énormément avec nos grands-parents pour échanger autour de l’activité du jour, j’apprenais même des nouvelles choses sur eux. On s’est rendu compte que ça les touchait, que ça leur faisait du bien. Alors a commencé à leur envoyer des box, des petits colis. C’est comme ça que l’aventure a commencée, très naturellement. 

Après, on l’a fait pour les grands-parents de nos potes, puis à grande échelle, avec tous ceux qui le souhaitaient.

Rebbeca Laub & Carla Mauren © NA&JA
Rebbeca Laub & Carla Mauren © NA&JA

Votre objectif, remettre les seniors au cœur des familles, réduire l’inclusion entre générations. Quelles sont les autres missions que vous vous lancez avec Na&Ja ?

D’abord et surtout : rendre les seniors visibles au sein de la société. Avec la crise sanitaire, on a mis en lumière un problème qui a toujours existé : les personnes âgées sont beaucoup trop mises sur le côté, délaissées. À partir du moment où l’on est retraité, on n’a apparemment, plus grand-chose à dire, on n’a plus de parole. C’est ce qu’ils ressentent, ils nous le disent. Et de l’autre côté, les jeunes, de manière générale, ont peur de la vieillesse. Ils ont peur de ce que les seniors peuvent représenter. Mais ils oublient les côtés extrêmement positifs. La richesse de la vieillesse, l’héritage, le témoignage, l’expérience. 

Ce n’est pas parce qu’on est retraité que la vie s’arrête, au contraire, c’est une sorte de renaissance. Nous, on a pour ambition de mettre en lumière cet aspect-là.

Carla et Rebecca, fondatrices de NA&JA

On est conscientes que le digital est réellement un problème, mais cela reste très actuel. À l’avenir, les grands-parents seront habitués au digital. C’est une barrière entre les plus jeunes et les plus âgés. Un de nos objectifs est de l’utiliser pour re-créer du lien. Par exemple, aujourd’hui sur nos réseaux, on essaie de construire une communauté. Ça nous permet de mettre des jeux avec des énigmes dans la box. Les petits-enfants qui la commandent reçoivent par mail les réponses et doivent trouver un moyen de les communiquer à leurs grands-parents (qui eux, ont la box, sans réponse). Tous les deux mois, nous avons également lancé un challenge avec cadeaux à la clé. Par exemple : comment faire un selfie. Les meilleurs selfies intergénérationnels sont récompensés.

© pinterest
© pinterest

Pour fonder votre entreprise, vous avez postulé à l’appel à projet (et vous avez gagné) « Demain et Citoyen ». Selon vous, qu’est-ce qui a séduit le jury ? Que souhaitez-vous faire maintenant de votre campagne de crowdfunding ?

Notre projet est dans l’air du temps. C’est un acte solidaire qui permet de rendre visibles les premières victimes de cette crise sanitaire. On pense aussi qu’il n’y a pas non plus beaucoup de jeunes femmes entrepreneuses qui se lancent dans le marché comme ça. C’est peut-être aussi lié aux backgrounds assez atypiques que l’on a. On travaille dans la tech et le digital et on se retrouve dans le social. Être les lauréates nous permet d’être soutenues sur notre campagne, c’est super.

D’ailleurs, elle commencera début mai. On souhaite développer une offre spécialisée pour les Ehpad. Parce qu’aujourd’hui, la box, on l’a conçue pour les personnes âgées à domicile, on l’a pensée pour nos grands-parents. Mais au fur et à mesure, on a eu des retours de nos clients qui nous disaient que les leurs vivaient en Ehpad. Alors on s‘est beaucoup renseignées pour trouver des solutions et intervenir là-bas aussi. Malheureusement, la plupart de personnes en résidence sont complètement déprimées. Et puis, les seniors sont souvent réticents à l’idée d’aller en Ehpad.

Donc, on va travailler avec plusieurs maisons de retraite qui ont pour objectif d’améliorer la qualité de vie de leurs résidents en rendant leur quotidien un peu plus sympathique. Notre offre actuelle n’est pas encore assez adaptée au besoin. Alors, grâce à cette campagne de crowdfunding, on souhaite pouvoir développer cette nouvelle offre. En plus, on est soutenues par la Bourse Participative Malakoff Humanis. C’est génial parce qu’ils nous ont d’abord commandés 700 box pour leurs bénéficiaires à Noël. Puis, on a renouvelé l’opération à Pâques. On aimerait travailler avec eux, main dans la main, sur le long terme.

Comment créer vous les box bi-mensuelles ? Quelles sont vos inspirations ?

Il y a deux axes : les produits que l’on met dans la box et un livret que l’on compose.

On se base sur des échanges que l’on a avec différentes personnes âgées à propos de leurs besoins et de leurs envies. Les box répondent à quatre mots-clés : la gourmandise, la créativité, la culture et le bien-être. Pour cela, on travaille avec des start-ups. Ces dernières sont choisies selon leur impact. Il doit être positif pour la société et/ou l’environnement. Par exemple, on travaille avec Panacées qui fait des savons solides bios, ou la marque de cosmétique bio Avril. Ou encore Poppik, chocolat 100 % vegan. 

Dans la dernière box, on a mis les fleurs séchées d’un artisan qui produit en agriculture biologique. L’idée, c’est de travailler avec des petites start-ups et des produits de qualité, qui ont du sens. On met aussi des choses qui parlent tant aux jeunes qu’aux plus âgés. Les produits qui conviennent aux deux générations permettent un lien. 

Enfin, le second axe, c’est nos petits livrets pour la santé et le bien-être. On l’élabore avec des experts qui nous accompagnent dans l’écriture. Des sophrologues, des psychologues, des artistes. Il y a également une section pour introduire le monde du digital aux seniors. Ce livret, c’est un élément clé qui permet de créer du lien, un espace d’écriture est disponible à la fin, il peut être renvoyé aux petits-enfants, enfants…

© NA&JA
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Concrètement, dans une box NA&JA, qu’est-ce qu’il y a ?

Toujours 3 à 4 produits surprises. Soit des activités, soit des produits qui font plaisir. Par exemple, dans la box de ce mois-ci, on avait un livre sur les expressions d’hier et d’aujourd’hui, un kit de fleurs séchées, du chocolat noir, un savon d’Alep à la camomille pour se détendre, un livret avec des recettes, des blagues, des jeux de réflexion, des artistes clés du moment.

On a nos grands-parents tests, à qui on envoie nos box. Également, une petite vingtaine de petits-enfants avec lesquels on travaille  pour construire les box. Ils ont vu notre projet quand ça ne ressemblait à rien et aujourd’hui, maintenant que c’est en route. Il y a encore beaucoup de boulot et elle évoluera dans le temps. Mais on est contentes de nous. On a des directrices d’Ehpad qui nous renvoient des super retours, des grands-parents également qui semblent émus par l’attention. On ne se rend pas compte, mais parfois des petites choses peuvent faire un grand effet.

Merci NA&JA de penser à nos seniors ❤️ On commande vite une box pour Mamie et Papi en attendant de pouvoir réserver un billet de train pour passer du temps avec eux…

Box disponibles à partir de 26,50 € tous les 2 mois, juste ici.

Un article de Margot Hinry