Quoi de mieux que s’inspirer du passé et d’une époque déjà bien moderne pour créer un lieu d’actualité. Gynécée, c’est ainsi qu’était appelée dans l’Antiquité, la pièce dédiée exclusivement aux femmes et aux enfants. Ce mot a d’emblée fait écho aux deux jeunes infirmières en réanimation, Camille Boursier et Salomé Brial, les fondatrices de cet espace d’échange. D’après Simone de Beauvoir, “on ne naît pas femme, on le devient”, cet établissement n’en est-il pas la preuve ?

Gynécée©RomainRicard2020

Douillet et Cocooning

Situé au cœur du 9e arrondissement de Paris, rue Blanche, ce lieu unique en France a de quoi vous laisser bouche bée. Dans ce cocon, aux couleurs harmonieuses et à l’atmosphère chaleureuse, tout est mis en œuvre pour que vous en ressortiez plus heureux.ses que jamais. Oui c’est possible, un lieu calme et paisible avec de la verdure situé en plein cœur de notre capitale ! Difficile à croire mais vous l’avez bien compris, ce n’est pas un prank ! Une quarantaine de professionnels comme spécialistes de la santé et du bien être sont à votre disposition pour vous aider à accorder vos émotions :  allant du coaching sportif, à la psychologie clinicienne. Ainsi chez Gynécée, vous avez l’opportunité d’être accompagné.e à la fois physiquement et mentalement. Vous serez chouchouté.es de la tête aux pied !

Allô maman bobo…

Cette fois ci, c’est maman qui se fait bichonner. Et même si la maternité est reine dans cette maison, le mot d’ordre n’est autre que solidarité. Dans ce cadre idyllique, on parle simplement de sororité, féminité, fertilité mais aussi de paternité. Oui, les hommes et les enfants sont également les bienvenus ! Chez Gynécée, tout le monde y trouve son compte. Différents ateliers sont d’ailleurs organisés afin de renforcer les liens, avec notamment des talks qui mettent en avant l’une des valeurs principales de cette maison : la complicité.

A travers cette nouvelle structure de santé, les mères fondatrices ont fait de leur rêve une réalité. Celui de sublimer ce parcours de la féminité dans lequel on peut découvrir en chemin diverses notions sur des sujets tels que la puberté, la maternité ou la ménopause. Finalement, c’est avant tout l’Humain que l’on considère entre ces murs. Ses émotions, ses épreuves et ses besoins de conseils pour mieux vivre au quotidien… Gynécée, on croise les doigts pour passer plus de temps avec toi en 2021.

Article signé Exaucée Nzoigba.

En ce mois d’Octobre Rose, il est important de parler du cancer du sein, de ses faits et chiffres, mais surtout, de comment ne pas en avoir peur. 

Chaque année, depuis 1994, se tient l’Octobre Rose. Créée par l’association Ruban Rose [ndlr : anciennement nommée Le Cancer du Sein, Parlons-En !], cette campagne est un mois complet de sensibilisation, d’information et de dialogue, pour informer les femmes sur le cancer du sein. Depuis 10 jours maintenant se tient la 27ème édition, qui sera encore une fois l’occasion – aussi – de réunir des fonds pour aider les chercheur·se·s et soignant·e·s. Et puisqu’on en parle, Paulette leur a posé quelques questions. 

Les chiffres 

Illustration de seins
Illustration de seins – © Site de l’association « Ruban Rose »

Selon les Chiffres de l’Institut National du Cancer et Florence Coussy, gynéco-oncologue à l’Institut Curie« en 2018, le cancer du sein a connu 58 459 nouveaux cas en France, avec une incidence en hausse. C’est le cancer le plus majoritairement représenté chez la femme (à hauteur de 38 %). Et malheureusement, par an, il y a encore 12 000 femmes qui en meurent. Mais la plupart des femmes (87 %) vont survivre, parce qu’on a amélioré nos thérapies. »

Il existe plusieurs facteurs de risque. Certains sont non-modifiables, comme le fait d’être une femme, l’âge, une date précoce de début des règles et tardive de ménopause, le fait de ne pas avoir eu d’enfants, ou encore les antécédents familiaux. Et même si tous ces facteurs ne veulent pas forcément dire « cancer », il faut être vigilante. Et puis, il existe des facteurs modifiables, comme l’alcool, le tabac, le surpoids et l’activité physique. Bonne nouvelle, selon le Dr Coussy, car « on peut quand même être proactifs, même si ces facteurs modifiables sont plus minimes. »

« La moyenne d’âge d’un cancer du sein c’est 63 ans », ajoute-t-elle. Pour Séverine Alran, Cheffe de service de Gynécologie et Sénologie au Groupe Hospitalier Paris Saint Joseph, c’est pour cela que le « dépistage organisé entre 50 et 74 ans » est importantCelui-ci permet, entre autres, de repérer le cancer au plus vite. « Sur tous les cancers du sein, les trois-quarts sont pris en charge à des stades précoces (petite tumeur de moins de 2 cm) ». 

L’autopalpation

« Il y a 5 % des cancers du sein qui sont retrouvés chez des femmes jeunes de moins de 40 ans. Donc même si c’est rare, c’est quelque chose qui existe. [Mais] la majorité des altérations que les jeunes femmes vont sentir dans leur sein sont bénignes », explique Florence Coussy. Ceci explique l’importance de bien connaitre sa poitrine. Et donc, de l’autopalpation. 

« Aujourd’hui, il n’y a pas d’études qui démontre que l’autopalpation des seins permettrait de réduire la mortalité par cancer du sein. Parfois, malgré tout et en particulier chez les femmes jeunes, on a bien montré que les lésions mammaires sont le plus souvent découvertes par autopalpation. Donc je pense qu’elle peut être vraiment très intéressante si les femmes ne sont pas angoissées de le faire et si elles savent le faire. Je pense qu’il est recommandé de bien connaitre ses seins, et de pouvoir rapidement réagir face à toute anormalité. » 

Pour elle, l’autopalpation doit commencer autour de 25 ans et être faite une fois par mois, entre deux rendez-vous médicaux. Mais pour Séverine Alran, il n’est pas forcément nécessaire de se fixer de date. « L’autopalpation, on la fait tous les jours quand on se douche, devant le miroir. Il ne faut pas se prendre la tête, il y a des examens qui se font sans le savoir, par exemple lorsqu’on a un petit copain ou une petite copine. Et si une anomalie est visible et/ou persiste, on ne doit pas hésiter à aller voir un médecin. A partir du moment où il y a une asymétrie, je consulte. Et il ne faut pas oublier de regarder ses aisselles ».

Comment réaliser l’autopalpation ?

Ces visuels devraient vous donner les différentes étapes : 

  • Illustration "Comment pratiquer l'auto palpation mammaire" de Paulette
  • Illustration "Comment pratiquer l'auto palpation mammaire" de Paulette
  • Illustration "Comment pratiquer l'auto palpation mammaire" de Paulette
  • Illustration "Comment pratiquer l'auto palpation mammaire" de Paulette
  • Illustration "Comment pratiquer l'auto palpation mammaire" de Paulette
  • Illustration "Comment pratiquer l'auto palpation mammaire" de Paulette
  • Illustration "Comment pratiquer l'auto palpation mammaire" de Paulette
  • Illustration "Comment pratiquer l'auto palpation mammaire" de Paulette
  • Illustration "Comment pratiquer l'auto palpation mammaire" de Paulette

S’il y a bien un point sur lequel les deux médecins insistent, c’est que personne ne doit s’en sentir obligé·e. Le plus important, c’est d’aller voir un médecin régulièrement, et de prendre rendez-vous au moindre doute. « Aucune question n’est bête ou taboue. Et si on n’a pas de réponse, on peut aller chercher un deuxième avis », conclut le Dre Alran. 

Article de Clémence Bouquerod 

Les menstruations, encore taboues, ne s’accompagnent pas toujours de précautions sanitaires adaptées. Chaque mois, en raison d’un manque d’information, et de moyens matériels, des millions de personnes menstruées mettent leur santé en péril. Afin de lever ces non-dits et de sensibiliser sur les risques encourus, la journée mondiale de l’hygiène menstruelle revient ce jeudi 28 mai. 

Illustration de @limisticblog

Sensibilisation et information : maîtres mots du jour 

C’est en 2014 que la journée apparaît. Sous la volonté de Thorsten Kiefer, Allemand diplômé en droit international et fondateur de Wash United – une association engagée dans l’accès à l’eau et à l’hygiène -, cette date est sauvée mondialement, chaque 28 mai, afin de communiquer et d’éduquer sur l’hygiène menstruelle. 

Comment comprendre cette idée d’hygiène menstruelle ? Simplement comme la capacité d’accéder à des protections hygiéniques propres, de pouvoir en changer aussi souvent que nécessaire, d’être suffisamment informé.e pour connaître les gestes et les précautions à adopter, et de pouvoir se laver durant cette période : mains, parties intimes et vêtements compris.

Le poids des tabous, l’absence d’informations et le manque de protections hygiéniques conduisent à de réelles prises de risques : choc toxique, infections, maladies, mortalité, en sont les conséquences, ainsi que l’exclusion, la déscolarisation et les illégalités entre les genres.

Combattre la précarité menstruelle 

L’hygiène menstruelle soulève un réel problème de santé publique. Cette dernière est souvent mise à rude épreuve en raison de la situation précaire que traversent certaines personnes. Une étude menée par l’IFOP, sur l’hygiène et la précarité en France, relève que 1,7 millions de françaises manquaient de protections hygiéniques en 2019.

Malgré la promesse du gouvernement français, en 2016, d’abaisser la taxe sur les protections hygiéniques (passée de 20% à 5,5%), la note reste salée. Myriam Attia, co-réalisatrice du documentaire « 28 jours », estimait la facture moyenne des règles sur une vie à 5763 €. À cause de ces prix toujours plus rocambolesques, l’étude de l’IFOP indique qu’une femme sur trois déclarait ne pas changer de protections aussi souvent qu’il le fallait. Elles affirmaient aussi trouver des moyens de substitutions pour se protéger de ce sang qui s’écoule tous les mois (du papier toilette, entre autres). Beaucoup de personnes menstruées n’ont ni les moyens financiers, ni la possibilité d’accéder à ses produits, pourtant de première nécessité. 

Cette précarité menstruelle concerne non seulement les difficultés financières mais aussi les obstacles géographiques et sociaux pour se munir de produits hygiéniques. En février 2020, l’OBS rapportait que certaines détenues tentaient de réaliser des cups à l’aide de bouteilles plastique usagées. Quand, de son côté, l’UNESCO recensait qu’une Africaine sur dix n’allait pas à l’école pendant ses règles. En cherchant des alternatives aux protections hygiéniques, en n’en changeant pas comme il le faudrait, ou en n’ayant pas la possibilité de s’en prémunir, la précarité menstruelle expose directement les personnes qui la subissent à de nombreux risques sanitaires, sociaux et éducatifs. 

Des marques pour montrer la voie

Pour faire bouger les lignes, des initiatives se mettent en marche. Depuis quelques mois, l’Écosse est devenu l’un des premiers pays au monde à miser sur la gratuité des protections périodiques. Et le combat ne se termine pas ici, car marques et associations s’engagent sur cette même voie. 

C’est le cas de Monki, une marque de prêt à porter, qui contribue à « rendre les règles plus simples pour les jeunes femmes ». À chaque paires de lunettes ou cup Monki achetées, une coupe menstruelle est offerte à Cup Fondation – une association aidant les jeunes femmes, n’ayant pas accès à des ressources suffisantes pour gérer leurs règles -. Depuis 2017, 13 537 coupes menstruelles leur auraient été distribuées. 

Ces valeurs, Dorothée Barth et Coline Mazeyrat, créatrices de la start-up française Jho, les rejoignent. Leur combat : mettre à mal les tabous, et empêcher les produits cancérigènes de flirter avec les protections hygiéniques. Le principe de la marque ? Proposer des boxes et des produits hygiéniques éco-responsables, en coton bio, sans plastique, sans parfum, sans blanchiment au chlore. Au-delà d’une promesse de protections garanties sans aucun additif chimique, Jho s’engage à reverser 1,8% de son chiffre d’affaires à 4 associations investies dans l’accès à l’hygiène menstruelle et aux protections hygiéniques.  

Aujourd’hui encore, comme depuis maintenant 6 ans, l’importance de cette journée réside dans la sensibilisation et l’information, pour vivre ses menstruations sans que risques sanitaires et exclusion ne fassent partie de l’équation. 

Article de Marie Le Seac’h

Un jour peut-être ça changera.

Un paradoxe parmi tant d’autres, mais qui me gêne et je ris jaune – de toute façon, je bois trop de café. Tandis que nous, médias féminins chanceux de bénéficier d’une brillante liberté d’expression, venons à prôner la diversité des corps et le mouvement body positive, nombreux sont les membres de notre communauté et industrie pro à souffrir d’une véritable obsession de la balance. Plus qu’une promotion, un changement de vie, un mariage ou un bébé ; une prise ou perte de poids devient un véritable sujet de discussion. « Allez balance, c’est quoi ton secret ».

C’est l’hôpital qui se fout de la charité, je sais. Faîtes un tour sur la plupart des sites féminins occidentaux aujourd’hui : vous y verrez des couleurs, des rondeurs, des différences et une pluri-culture des corps. Et si le poids ou les origines ne sont pas supposées être des critères de recrutement – contrairement au sexe qui reste un problème mais là n’est pas le sujet de ce papier – les chiffres qui nous désignent sur cette bonne vieille balance restent un sujet de débat adulé par nos camarades de la presse internationale.

Taille 52 pour mon shoot mais pas plus de 52 kilos sur ma balance 

Oui, le poids est apparemment passionnant – venant à rythmer davantage de conversations, presque plus que de réelles discussions sur notre société ou la une de l’actualité. « Son cul, c’est l’Amazonie » : voilà six mois que j’entends cette phrase dans Paris. Par-contre, les incendies ayant touché la foret sud-américaine n’ont fait le buzz que 24 heures sur Instagram.

Prenons, parce qu’on le connaît plutôt bien, le marché français pour exemple. Peut-être que je devrais me passer de ces commentaires mais j’aimerais toutefois souligner quelques vérités. J’approche la trentaine à petits pas, j’ai écumé quelques postes dans la rédaction et j’en arrive aujourd’hui au même constat. Il y a 10 ans, lorsque j’ai posé une première patte dans un journal, j’ai compris que l’industrie pouvait être physiquement toxique et qu’elle le resterait.

Alors oui, certaines bonnes âmes échappent à la règle et on répétera aussi que les potins sont identiques dans la majorité des boîtes mais je vais simplement partir du principe que nous bossons notamment dans la sphère mode parisienne et que – on ne va se mentir – la maigreur… ben oui, c’est beau et ça vend. Du moins, c’était beau et ça vendait à l’époque de Kate Moss. Décennie où s’affamer pour mieux dépenser dans la coke était cool.

La faute à qui ?

Le seul truc qui me dérange vraiment, c’est qu’il y a vingt ans, on ne s’alimentait pas de trois feuilles de roquette pour ensuite rédiger quatre pages sur un projet body positive. On ne faisait pas poser des modèles aux corps différents et allant au-delà du 46 parce que la diversité est le « miroir de notre société d’aujourd’hui » pour finalement moquer sa boss entre collègues car elle a « pris des joues pendant l’hiver« . Non, à cette époque, on prônait fièrement la perte de poids, les régimes, les os qui dépassent et les mannequins blancs toujours plus minces en cover. C’était crade, mais plutôt honnête au final. Du moins, on ne faisait pas face à une hypocrisie permanente du rapport au corps et aux courbes.

Désormais, la tendance s’est inversée. Les marques, comme les magazines, recrutent la différence en première ligne. On veut des gens qui ne se ressemblent pas – jusqu’à pousser le bouchon trop loin et mettre les personnes banales (donc moi, toi et peut-être ta voisine) mal à l’aise. Donner le sentiment qu’on ne possède pas d’artifice, qu’on ne fait pas partie de la « nouvelle norme » ou de ce qui est considéré comme « beau » aujourd’hui. Et qu’est-ce qu’on s’en fout, me direz-vous. Les enseignes de prêt-à-porter jouent le jeu aussi, en élargissant notamment leur panel de tailles pour une offre plus élargie et inclusive. Cool et surtout, ENFIN, me direz-vous.

Body negative du off

Sauf que la bonne blague, parce que ces situations se répètent encore et toujours : tu vas découvrir ces nouvelles collections lors d’événements presse bien sympas, saluer tes connaissances d’un large sourire avec une arrière-pensée. Ouais, laquelle va me complimenter si j’ai perdu quatre kilos ? Et qui va gentiment fermer sa bouche et attendre que je me barre pour demander si le bonheur pèse sur ma balance ou si je suis sous cortisone ? Questions rhétoriques, et mes consoeurs me comprendront, on sait à qui nous avons affaire. Alors certes, la vérité veut que l’on ait trouvé quelques alliées, des collègues et rencontres qui nous veulent du bien mais personne ne pourra en démordre : le poids est un sujet de discussion qui fonctionne toujours et évite les « blancs ».

Ce qui m’attriste, et c’est une réalité, c’est que la machine est enfin lancée mais elle n’a pas tant changé – au fond d’elle. Comprenez ici que l’industrie de la mode a beau évoluer ; ses codes internes restent pour le moment quasi-identiques. Même les personnalités les plus bienveillantes utilisent le poids comme un sujet de discussion ouvert, comme si on n’avait rien d’autre à se raconter.

Une mission pas impossible

Alors faisons l’effort, chères consoeurs et confrères, de se lancer sur d’autres sujets et d’aider cette pyramide à s’inverser. Oui, le poids et le physique sont des points de discussions forts dans n’importe quel bureau au sein de notre chère et belle nation. Sauf que ma maman commerciale, ma soeur dentiste ou ma copine directrice de boutique n’ont aucun pouvoir d’éducation là-dessus : elles ne sont pas porteuses d’un manifeste via un magazine national. Elles peuvent s’exprimer sur le sujet via les réseaux, mais on ne leur donne pas une plume, quotidiennement, pour mettre noir sur blanc ce message important. Visons donc, et cette fin d’année 2019 pourra peut-être en témoigner, à travailler de manière moins hypocrite et à réellement diffuser des valeurs que nous appliquons à notre environnement professionnel et à chacun d’entre nous.

Un article de Margaux Rouche

Art by lullamuera

J’avais du mal à comprendre ce qui m’arrivait : l’euphorie du boulot, la vie perso, ma relation amoureuse et mes petits rebondissements quotidiens m’ont pourtant fait frôler le burn-out du bonheur. Des émotions, de l’adrénaline et des coups de jus qui m’ont amenée à « m’oublier ». Le tout, jusqu’à réaliser que j’en faisais trop, que je ne tiendrais pas et que j’avais finalement besoin d’aide. Charge mentale, deux mots que je comprends désormais et qui m’ont éduquée : il faut se préserver.

Je suis une boule de nerfs, une control-freak qui adore organiser, aider, papoter et gérer. Si je manque parfois de bons tuyaux pour hiérarchiser mes petits tracas, je m’occupe et me passionne de missions pour mon boulot ou de bonnes attentions envers les gens que j’aime. Je suis une grande accro à l’organisation d’événements et je me rends quotidiennement heureuse à la simple idée de pouvoir donner le sourire à mon entourage. Je gâte ceux qui m’importent, je me défonce au travail et je me laisse très rapidement envahir par la culpabilité dès que quelque chose cloche ou ne se déroule pas de la façon avec laquelle je l’aurais espéré. Il y a quelques temps, j’ai décidé de me marier. Il y a quelques temps, j’ai ressenti le besoin de déménager. Il y a quelques temps, ma vie a basculé et j’ai pensé pouvoir tenir la barre en me concentrant sur une to do list interminable variant entre travail, satisfaction personnelle et besoin de faire « plaisir » à autrui. Et si j’avais l’impression de nager dans le bonheur, je n’ai pas réalisé que j’étais entrain de me surcharger de manière démesurée – me dirigeant vers une porte que personne ne veut pousser. La surcharge mentale, soit une explosion de l’esprit traduite par un relâchement physique et psychique que l’on n’avait pas vue venir.

Comment ça se traduit ?

J’ai toujours été une grande dormeuse, du moins, il me fallait huit heures de sommeil pour être en forme. J’aime me lever tôt – toujours – mais je ne me couchais autrefois pas tard. Et là, qu’importe mon besoin enfoui de pioncer 16 heures : impossible de dormir ou de passer une soirée devant Netflix, impossible de cuisiner ou de simplement se détendre dans le canapé. Ma tête semblait me secouer du même mot : optimisation. Depuis plusieurs mois, voire maintenant un an, chaque heure doit faire l’objet d’un rendement, professionnel ou personnel. Le temps est chronométré, le Google Agenda ne cesse de chauffer. Des bêtises, des détails – récupérer 20 balles auprès de Numéricable en s’attaquant à leur service client me fait vibrer. Comme me lancer dans une veille d’outils digitaux à 3 du mat. Ah, et y’a les spritz avec les copines, qui permettent de maintenir le rythme avec une clope fine parce que je me répétais « tu l’as bien mérité ».

Et tout ça, je me l’imposais – aujourd’hui c’est fini. Personne ne m’a demandé de gérer ses problèmes, sa paperasse ou même ses petites affaires : je ne réalisais même plus que je ne prenais plus de temps pour moi et que mon entourage n’avait pas spécialement envie que je trempe mes pattes dans leurs agendas. Mes heures et mes journées libres étaient pour ma moitié, mes inquiétudes et mes doutes relevaient de mes relations amicales, amoureuses et professionnelles mais je ne prenais plus la moindre heure pour me SOIGNER. Du lundi au vendredi, je mangeais debout le midi – challengeant ma petite personne à remplir toutes les tâches imposées le matin au réveil.

J’ai tenu, j’ai failli mais j’ai vaincu

Et là, le monde commence à s’alerter : des petites réflexions type « tu ne t’arrêtes jamais ». Je sors trop, j’en fais des tonnes, je devrais parfois m’arrêter… Blablabla. Au début, c’était un compliment. Je me sentais puissante, invincible et en pleine forme. Je continuais le sport, je passais du temps avec mes proches, j’enchaînais les missions pros avec la banane : une croisière de meuf hyper-active en somme. Puis viennent les drôles de commentaires, les jeans autrefois trop justes qui deviennent en un clin d’oeil bien trop grands, les yeux qui pleurent à la fin de la journée et les poches qui s’accentuent sous les yeux bleus lorsqu’ils papillonnent au petit matin. La fatigue, les crises de larmes passagères, la peur de s’asseoir et le besoin constant d’être en mouvement : comme si ne rien faire quelques secondes m’empêcherait de dormir pendant les trois prochaines nuits.

Le corps lançait des SOS, mes règles ont disparu, les cheveux blancs se multipliaient et le moindre bruit anormal dans l’appartement entraînait le redressement de mes oreilles. Je me transformais en une efficace tour de contrôle, un chien de chasse et j’ai pourtant réussi à réaliser que, ouais, j’étais en train de me perdre. Il aura fallu une bonne grippe, un virus à la noix pour me clouer au lit après deux années de « Moi, je ne suis jamais malade car je prends soin de moi« . Une semaine de fièvre, de suées nocturnes et d’appels à l’aide pour qu’une amie de choix m’apporte des Doliprane et un peu de réconfort. L’impossibilité de travailler ou de réaliser le moindre effort. Désagréable, c’est sûr mais heureusement une grippe électrochoc. Elle n’est pas arrivée au hasard, elle veut me faire comprendre que je suis allée trop loin. Que je ne tiendrai plus, que je dois me retrouver si je veux sauver ma peau.

Alors lorsque je me sens un peu mieux, j’ouvre mes placards. Je cuisine à nouveau. Je mange puis j’ose monter sur la balance. Aoutch, j’ai vraiment maigri. Je secoue mes cheveux dans la salle de bain pour découvrir une montagne de pellicule, le stress certainement. Je tente d’appeler mes collègues, j’ai l’impression qu’ils n’ont pas vraiment besoin de moi. Il n’en est rien, ils ont simplement pour mission de me laisser me reposer. Mon entourage est inquiet, ils veulent que je ralentisse la cadence. Il n’est pas seulement question de boulot, bien au contraire, il s’agit ici d’une pression omniprésente – qui vient me ronger sans raison. Je me l’inflige tandis que je pourrais l’éviter. Les semaines qui suivent, je reprends confiance et me laisse un peu de temps. Je marche plus doucement, je m’allonge tôt le soir et retarde mon réveil le matin. Je me remplume, je souris. Je pige qu’il n’était pas question d’une dépression. Loin de là, on parle ici de charge mentale. La certitude qu’on doit accumuler les projets et les tracas du monde entier. Le sentiment de devoir rendre des comptes à chaque personne qui nous entoure, qu’on ne peut aller se coucher si tout est parfait.

Se plaindre tandis qu’on en est l’origine

Et pourtant, la route est longue. Cette crise peut paraître anodine, charge mentale ne parle à personne – on pourrait surnommer ça « le caprice d’une reine ». Il y a plus grave dans la vie car, non, il n’est pas question ici d’un diagnostic médical. Pas de compte à rebours ou de besoin de passer sur le billard, c’est un peu chercher les problèmes. On le répétera d’ailleurs à diverses reprises : personne n’a demandé à ce que l’on gère les soucis des autres au bureau ou à la maison. On n’est pas non plus en charge des missions pros de certains, ce n’est pas notre job. Pourquoi vider le lave-vaisselle chez ses potes alors qu’on ne déjeune même pas là-bas ? Et le pire, et voilà le vrai souci, c’est qu’on se retrouve dans une inondation de jobs sociaux jusqu’au point de s’en plaindre. « Personne ne me laisse tranquille », « j’ai reçu un mail à 23 heures« , « il m’a demandé d’aller lui acheter des clopes alors que j’ai bossé toute la journée et que je venais d’arriver« … Et on ne peut en vouloir qu’à soi-même car, au final, on a dit « Amen » dès que l’occasion s’est présentée. On a voulu garder le contrôle en répondant au téléphone non stop, en balançant des mails nocturnes jusqu’à voir culpabiliser son prochain puis, bien sûr, on est parti acheter de foutus cigarettes.

La bonne nouvelle

Sourions, le pire est passé dès lors que ces différents constats sont intégrés. Viennent dès lors le repos, l’envie de méditer, les mots doux comme les mots durs, les « non » répétitifs qui sont dans un premier temps incompris. Puis le sourire de la personne qu’on aime, les regards bienveillants de ses collègues et la possibilité de déconnecter complètement quand on en a besoin et que le calendrier le permet. La base, c’est aussi d’être bien entourée, de savoir que son entourage a compris. Une charge mentale, sans forcément être maman ou dans une difficulté particulière, c’est possible. Un burn-out de bonheur, ça arrive. Il faut juste savoir ralentir, s’offrir des bouffées d’air et accepter l’idée qu’on ne peut et qu’on ne doit pas tout contrôler. Et vous savez quoi ? On en dort mieux et on en tire une meilleure productivité !