Intrigué depuis toujours par ce qui se trame pendant ces longues heures d’inertie corporelle entre le moment du coucher et celui du réveil, j’ai longtemps lutté contre le sommeil (même la sieste), lui préférant moult activités nocturnes, comme enchaîner les vidéos YouTube sur le vrai destin de la Grande-Duchesse de Russie, Anastasia Nikolaïevna Romanov. Et oui, Anastasia est l’un des meilleurs films d’animation de tous les temps ! Zéro débat. Mais revenons à mes insomnies, ou plus précisément aux multiples rêves qui peuplent mon sommeil, une fois que j’ai rendu les armes. Bizarrement, je rêve beaucoup et de choses très précises. Evidemment, l’envie d’explorer le sujet m’est venue à… 2 heures du mat’. 

Qui n’a pas vécu dans une grotte ces dernières années aura compris que le secret beauté ultime, celui qu’on nous a caché pendant des décennies de matraquage publicitaire pour des sérums de jouvence et autres philtres de jeunesse, est l’hydratation et… le sommeil. De quoi donner envie de faire le compte de tout cet argent dépensé au comptoir L’Oréal. Les calculs ne seraient pas bons; pas besoin de demander à Kevin. Passons. Le sommeil donc, activité gratuite et naturelle, regorge de bienfaits, et pas seulement pour le corps. C’est le monde où l’esprit divague et où l’on vit littéralement sa vie de rêve(s). Quoique, ça dépend des soirs. N’en déplaise aux plus cartésien.ne.s de nos copain.ine.s, tout le monde rêve – même ceux.celles qui n’ont pas la chance de s’en souvenir. Il paraît même que l’on rêve assez souvent des mêmes choses, comme le fait de voler ou de se retrouver nu comme un ver dans le métro ou au boulot. Il paraît aussi que ces rêves (ou cauchemars) ont une signification cachée qu’il faut savoir décoder. Mais, comment ?

Pourquoi les rêves sont-ils si bizarres ? 

Instant confession : j’ai plusieurs rêves plus ou moins récurrents, et ce depuis ma plus tendre enfance. Je rêve que mes dents s’effritent ou que je les perds carrément, et je rêve de ne pas pouvoir m’enfuir aussi rapidement que je le voudrais dans une situation de danger. Si ces deux cauchemars récurrents ne me font pas passer les nuits les plus douces, ils sont assez communs et similaires à l’expérience que l’on a tou.te.s quand on rêve. Les rêves sont illogiques, n’ont ni queue ni tête et donnent le sentiment d’une perte de contrôle totale. Selon les spécialistes du sommeil, quand nous dormons – et particulièrement pendant la période de sommeil paradoxal – les parties du cerveau liées à la rationalité et à la mémoire du détail sont endormies, alors que les parties du cerveau liées aux émotions et aux souvenirs vagues sont hyperactives. Par conséquent, nos rêves sont un amoncellement de souvenirs plus ou moins récents, tricotés ensemble par des émotions exacerbées, qui défilent sans scénario défini. D’où cette incompréhension hébétée au réveil quand on se souvient vaguement s’être à la fois retrouvé.e de retour au lycée, entouré.e de ses meilleur.e.s ami.e.s, mais version adultes, et d’avoir nagé pour se mettre à l’abri d’une inondation qui n’a jamais eu lieu dans la vraie vie… Est-ce à dire que le lycée fut une sorte de Hunger Games d’où on a péniblement émergé.e vivant.e., il n’y a qu’un battement de cils. Des nuances existent, cependant. Les femmes rêvent un peu plus que les hommes. Les hommes rêvent plus d’autres hommes que de femmes. Et 2% des rêves des hommes sont sexuels, contre 0.85% pour les femmes. Drôle. Alors, si tout le monde rêve, ça doit bien servir à quelque chose, non ? 

@anime90svibes

Je l’ai rêvé.e si fort / Que les draps s’en souvien-nent

Sur cette question, les avis divergent. La théorie pour laquelle j’ai une petite tendresse consiste à croire que les rêves auraient une fonction évolutive capitale dans la survie de notre espèce. Les rêves serviraient à nous mettre en situation, face  aux dangers et aux épreuves de la vie, afin de nous tester et de nous préparer à les surmonter. Puissant ! Ceci expliquerait pourquoi beaucoup de gens rêvent qu’ils sont poursuivis ou attaqués (rêves prémonitoires ou psychologiques). En suivant cette logique, l’homme et la femme de Cro-Magnon rêvaient sûrement d’être attaqué.e.s par un mammouth, du coup ils.elles ont perfectionné leurs armes de jet. En 2019, nous rêvons d’avoir ZÉRO like sur une photo postée sur les réseaux sociaux, du coup Instagram supprime les likes. Implacable.

Les rêves seraient également essentiels pour l’inspiration artistique et la mémoire. Karl Lagerfeld voyait toutes les silhouettes de ses collections Chanel en rêve – il l’a dit à Loic Prigent, et Karl ne mentait jamais à Loic Prigent. Relire ses cours la veille, avant de se coucher, est également la meilleure façon de réussir son test de math. La nuit blanche est déconseillée ! Rêvons, rêvons gaiement. D’autant plus que, selon ce misogyne de Freud, le rêve est la porte privilégiée vers l’inconscient et vers les contenus censurés pendant l’éveil. Ils nous permettent de vivre et de réaliser nos envies intimes et cachées sous le voile obscur de la nuit. De nombreux spécialistes s’accordent aussi à dire que les rêves sont une manifestation de ce que notre cerveau considère de plus important sur le moment (rêves conseil). Les rêves s’apparenteraient à une petite voix qui nous susurre à l’oreille dans notre sommeil et nous suggère de nous rabibocher avec cet.te ami.e pénible qu’on a mis en sourdine depuis quelque semaines parce que : #selfcare. TMI (Too Much Information, ndlr), pardon. Si notre inconscient semble ainsi prendre le contrôle, est-il possible de prendre le contrôle sur notre inconscient, de hacker le système quoi ?

@yomagick (via @holmandhimmel)

Le rêve lucide : le meilleur des deux mondes ?

Qui n’a jamais rêvé de braquer une banque ­– rêve compensatoire –, ou d’enfin inviter à dîner la personne qu’on désire en secret depuis cet apéro d’anniversaire chez la copine Fanny – rêve romantique, qui pourrait virer au rêve érotique, si seulement on savait s’y prendre. 9% de chanceux.se.s vivent une expérience de contrôle plus ou moins total sur leurs rêves, tous les mois ! Ils ou elles peuvent même modifier le scénario de leurs rêves et faire apparaître des personnages à volonté. Dans certains cas, la communication avec l’extérieur par mouvements oculaires est possible. Tripant ! Les spécialistes distinguent alors deux niveaux de conscience qui coexistent : la conscience lucide qui permet de vivre son rêve (en sommeil paradoxal généralement) et la conscience réflexive qui indique que ce n’est pas réel. Une disposition qu’encouragent les neurologues, car contrairement à la visualisation positive ou à la méditation, le.la dormeur.se (qui dort vraiment et pas à moitié) adhère pleinement à son rêve et dope à fond son bien-être mental. Des rumeurs disent même que cette capacité peut s’entraîner en 6 mois ! On s’inscrit où ?

Rêver est donc une activité vitale et bénéfique au cerveau et à la santé mentale de tous et toutes. Mais déjà faudrait-il se mettre au lit à une heure décente pour bien en profiter. « Le rêve est le gardien du sommeil », disait Freud, ajoutant que sauf cauchemar, le dormeur s’arrange toujours pour dormir le plus longtemps possible et profiter pleinement de sa vie de rêves.

Article de PK Douglas