Après des années à me persuader sans raison que ce n'était pas pour moi, j'ai tenté ces pratiques qui appellent au lâcher-prise. Récit d'une réconciliation aux bienfaits multiples.

J’ai une approche des choses assez cartésienne. J’aime savoir ce que la science pense de chaque phénomène et j’ai du mal à croire en l’efficacité de techniques qui n’ont pas été prouvées par une tonne d’études (que je ne lis pas, au demeurant). Des rapports longs comme le bras dictés par des personnes que je visualise en blouse blanche dans un labo un peu poussiéreux, sourcils froncés sur les découvertes qu’elles viendraient de réaliser. 

Le spirituel, le mystique, l’inconnu en général, ont pour le coup tendance à me déstabiliser. Rien de bien original après m’être analysée : j’ai l’impression que si je m’autorise à penser que tout ne peut pas être expliqué par a+b, que le contrôle que j’aime avoir sur ma petite existence ne tient pas uniquement à mon bon vouloir, forcément, je perdrais pied. Douter de leur pouvoir revient donc à me rassurer – et à m’épargner l’effort de sortir de ma zone de confort. Réflexe discutable, j’en conviens clairement.

Allez savoir, cette réticence s’applique également à la méditation et à ses bienfaits, pourtant démontrés à bien des reprises. La sophrologie, la pleine conscience, les exercices de respiration en tout genre sur des musiques relaxantes : tout ce qui, qu’on se le dise, appelle au lâcher prise. Tout ce qui allait, en réalité, bientôt me changer la vie.

Femme au bord de la crise de nerfs

© Focus Features

Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, mon esprit obtus et moi-même ne rencontrions pas trop de problème à éviter de remettre en question cet avis catégorique – et très honnêtement, peu éclairé – sur des disciplines salutaires. Enfin, le croyait-on.

On voguait, main dans la main, d’insomnies épisodiques en pics de stress réguliers. De flots de pensées incontrôlables et nocives, en session de culpabilisation en repensant à nos erreurs passées. Et on tentait tant bien que mal (surtout mal) d’atténuer notre anxiété à coup de visionnage intensif d’émissions de télé-réalité censées nous faire « déconnecter ». Pas un franc succès. 

Un jour, ou plutôt un soir, après 2 heures à tergiverser dans mon lit hantée par des souvenirs oppressants, et une liste de trucs à faire le lendemain qui n’en finissait pas de s’agrandir mentalement  (sans que les tâches ne soient d’une importance capitale d’ailleurs : « acheter du dentifrice » ne justifie pas de ne pas fermer l’oeil de la nuit), je me suis dit qu’il fallait que ça s’arrête. Que je ne pouvais pas continuer à grignoter un temps précieux sur mon sommeil – dont la qualité avait déjà été revue à la baisse, Covid et bébé obligent – parce que mon esprit s’emballait. 

C’était décidé : je devais absolument trouver un stratagème infaillible qui me permettrait de mettre un terme à ces pérégrinations nocturnes épuisantes. 

A ce moment-là, j’ai repensé à mon accouchement. Ou plutôt, à la période juste avant. Quelle idée, je vous l’accorde, mais attendez la suite. On était le 1er novembre 2020 et quasi un an en arrière, j’assistais à mes premiers cours de préparation à la naissance. Des séances censées m’aider pour le jour-J. J’y étais allée un peu en trainant des pieds pour deux raisons : marre que mon emploi du temps se résume à ma condition temporaire, et pas franchement ravie à l’idée qu’on me confirme que j’allais me faire dessus d’ici quelques semaines. Ça ne partait pas très bien. Et en fin de compte, c’était cool. 

Je vous la fais courte : à la place des tapis de yoga et des poussées simulées qu’on nous vend dans les séries américaines, j’ai découvert une petite salle, huit chaises, trois couples, et une sage-femme bienveillante. Elle enseignait avec patience, on posait nos questions cons (mais ô combien utiles) de parents flippés. « Mais du coup, comment on fait pour enfiler une manche à un bébé ? ». On se serait cru·e·s à la fac ; j’ai adoré. 

Alors, quand la soignante a proposé aux futures mamans de tester un cours de sophrologie pour apprendre à mieux gérer les contractions le moment venu, j’ai dit oui. J’avais envie de mettre toutes les chances de mon côté pour morfler le moins possible, et puis cet environnement sans jugement, avec des femmes qui passaient par la même chose que moi, me donnait envie de poursuivre l’aventure en leur compagnie. 

Un mois après, grâce à un exercice ultra-facile appris en 10 minutes, j’ai réussi à mieux supporter les sept heures (SEPT HEURES !) de douleur pré-pose de la péridurale par la force de mon souffle (en même temps, mon mec a failli perdre une phalange par celle de ma poignée de main, mais c’est une autre histoire). La première et dernière fois que je l’appliquais.

Breathe in, breathe out

© Pixabay

Retour à l’automne dernier. Il me reste 6 heures avant que mon réveil ne sonne et j’en suis toujours à énumérer toutes les situations ou je me suis ridiculisée devant quelqu’un que je ne reverrai jamais : j’en peux plus. Je me dis que foutue pour foutue, je dois tenter ce truc qui a réussi à me calmer jadis dans une situation un poil plus intense. Je me remets en condition. 

Je m’allonge sur le dos, je ferme les yeux, et je compte en même temps que j’inspire profondément en pensant à quelque chose de joyeux. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10. J’expire par la bouche sans me soucier du bruit que je fais, qui n’arrivera de toute façon pas à réveiller celui qui dort a poing fermé à mes côtés. Quand on ronfle aussi fort qu’un moteur de 36 tonnes, on est rarement perturbé par quelques respirations (gratuit mais vrai). Je compte de nouveau jusqu’à 10 pour tout expulser. 

Je visualise un nuage argenté s’échapper avec l’air qui sort de mes narines, un nuage doré qui rentre quand je recommence à inhaler. Le premier symbolise les pensées négatives, le deuxième les pensées positives. Je me concentre sur cette image et mes poumons qui se gonflent avant de se vider. 

D’abord, aussi assidue sois-je à suivre ce mode d’emploi, c’est compliqué. Je galère à ne pas me laisser aller à quelques divagations d’esprit. Je pense à la veille, à la journée qui m’attend, à des embrouilles de collège. Classique. Et puis, petit à petit, à force de persuasion, j’arrive à bloquer ces idées. Dès qu’elles me viennent, je les chasse en leur opposant celle d’un endroit au bord du lac d’Annecy. Un coin précis, paisible, que j’aime particulièrement.

Je poursuis l’exercice pendant dix minutes. Ou quinze, ou vingt, je ne sais plus très bien. Rapidement, je m’endors. Et pour une fois, mon rêve ne me fout pas les jetons (la veille Jean Castex était mon boss et me virait sans regret. Quand même).

Dans la semaine qui a suivi, j’ai eu de nouveau recours à l’astuce. Plus d’une fois. Quelques mois plus tard, c’est devenu un automatisme. Et plus qu’un moyen facile de sombrer pour quelques heures réparatrices, aujourd’hui, j’envisage le rituel comme un moment privilégié en solo. Un temps qui m’est réservé entièrement, pendant lequel je songe seulement à la sensation de mon corps qui vit, s’apaise, s’installe dans des draps qui l’enveloppent avec douceur. Rien que de l’écrire me fait du bien, d’ailleurs. Je me reconnecte au présent, et je laisse le stress pour la nuit. Je prends du recul sans effort, je recharge mes batteries. 

Si ce serait mentir que d’affirmer que je ne rumine plus du tout pendant de longues minutes avant de me coucher, je sais cependant désormais comment remédier à cet état sans trop me torturer. Ça passe notamment par faire taire la petite voix sceptique qui m’a longtemps empêchée de considérer cette solution salvatrice. Et en fin de compte, par m’intéresser à davantage de thérapies holistiques. Des pratiques qui considèrent l’individu·e dans sa globalité, prennent en compte tous les aspects de sa vie, au-delà de se contenter de traiter des symptômes physiques. 

J’y vais à tâtons, j’essaie, je confonds, je m’informe, je recherche, j’explore. Je n’en suis qu’au tout début d’un apprentissage complexe et passionnant. Mais pour être honnête, je me suis rarement sentie mieux.

Une chronique de Pauline Machado