Cette année, on ne signera que pour une chose : s’investir davantage, à notre rythme et à notre niveau, dans ces causes sociales urgentes.

2021 vient de démarrer, sonnant le glas d’une année riche en expériences et en événements inédits. C’est le cas de le dire et le compte le prouve. Une pandémie mondiale, deux confinements, deux couvre-feux, six personnes à Noël, idem au Nouvel an, cent soixante-dix masques de portés, puis de perdus, et autant de moments de désespoir devant les infos (notre cluster à nous, non pas de Covid, mais de pics d’anxiété clairement contagieux). 

En ce début de mois symbolique, notre humeur oscille entre « bout du rouleau » et « bout du tunnel ». Un doux mélange de fatigue et de sentiment d’espoir d’une ère (enfin) nouvelle ? On se demande s’il ne serait pas sage de prendre quelques bonnes résolutions, pour marquer le coup ou à l’inverse, pour faire comme d’habitude, et retrouver quelques repères nécessaires. Et puis non, on se rappelle justement que « d’habitude », la liste des objectifs auxquels on croit toujours si fort pendant quelques semaines finit abandonnée dans un coin, aussi délaissée que notre dignité lorsque les bars rouvriront. Pas de promesses qu’on ne tiendra pas, donc. 

Pourtant, on sent bien que dans notre tête, quelque chose a changé. Ces 365 jours d’incertitude n’ont pas seulement été synonymes de négativité. Au contraire. A plusieurs reprises et de plus en plus fort, des mouvements essentiels ont resurgi quand ils n’ont pas éclos. Des voix se sont fait entendre, guidant une libération de parole émancipatrice. Pavant la voie de bouleversements majeurs et révélateurs, indispensables et inévitables. 

En 2020, au milieu d’un chaos sanitaire effrayant, beaucoup se sont levé·e·s. D’autres ont suivi. Apprenant, écoutant, protestant. Dans le silence, dans le bruit, en marchant, en s’informant. Chacun·e à son rythme, chacun·e selon ses moyens. Chacun·e en prenant conscience de l’importance d’agir. Et désormais, en ressentant une volonté puissante d’être plus engagé·e. 

Un cheminement urgent

Mobilisation en soutien au mouvement #BlackLivesMatter, à Paris. Crédit : Bastian Greshake Tzovaras

Être engagé·e, ça signifie se battre pour des causes qui nous tiennent à coeur, mais qui ne sont pas uniquement liées à notre propre vécu. Ça signifie faire la place dans son quotidien afin de lutter pour que les droits et les libertés soient acquises sans aucune forme de discrimination. Ça veut dire adresser ces mêmes discriminations. Ne pas les taire, ne pas les ignorer. Ne pas les diminuer. Ça veut dire accepter qu’on ne sera pas irréprochable, aussi. Car l’engagement est un apprentissage, un cheminement pavé de maladresses, d’erreurs qu’on apprend aussi à reconnaître. Mais un cheminement urgent. Qui, à l’heure du fameux « monde d’après », ne peut plus attendre. Ne doit pas, lui non plus, être tu, être ignoré, être diminué. 

Seulement, concrètement, on fait comment pour être plus engagé·e ? Déjà, on évite de se mettre la pression, de sombrer dans une compétition contre-productive, qui a tendance à détourner du but premier : avancer ensemble. On opère par étape, avec sincérité. La formuler, cette volonté d’être engagé·e, c’est bien. C’est un bon début. Ça prouve qu’on n’a pas peur de l’assumer peu importe le cercle dans lequel on évolue. Qu’on s’affranchit du regard extérieur normatif et oppressant. Ensuite, on accompagne cette parole d’actes. De réflexes qu’on applique dans nos sphères privées comme publiques. Et à ce titre, les plus petits servent les plus grands combats. 

Oeuvrer à son niveau

Marche #NousToutes, devant l’affiche de « J’accuse », de Polanski. Paris 2019. Crédit : Jeanne Menjoulet

Par exemple, on s’engage en ne laissant plus passer les remarques sexistes, racistes, LGBTphobes, islamophobes, de ses proches. A table en famille, avec ses potes à l’apéro, avec le mec de sa cousine qui excuse ses réflexions réacs par son comportement « latin ». On fait une différence en partageant un post sur les réseaux qui dénonce les violences policières, les inégalités de genre, le harcèlement scolaire, décortique la façon dont l’histoire est enseignée et épingle ses biais coloniaux, alerte sur les ravages de l’humanité sur la planète. En relayant les appels aux dons pour les personnes les plus précaires, en y contribuant soi et en interpellant son entourage. On lutte solo en parcourant les écrits de militant·e·s, des voix nouvelles ou iconiques. Puis en les republiant, car ces analyses atteindront forcément d’autres lecteur·rice·s qui, comme nous, continueront ainsi de déconstruire leur pensée.

On se bat en sortant dans la rue, en la réclamant nôtre, en rassemblant nos forces.

On s’engage aussi en prenant soin de soi. En étant à l’écoute de ses émotions, légitimes et nombreuses quand on entreprend ou poursuit un tel boulot. On s’engage en s’aimant, en agissant avec bienveillance, en sachant quand se reposer, quand recharger ses batteries. Pour revenir plus fort·e et déterminé·e. Plus à même de prendre le relai quand on sent que nos pairs flanchent.

Finalement, l’engagement ça demande d’y croire et de ne pas lâcher, pour soi et surtout pour les autres. Alors, en 2021, on se fait cette fois une promesse qu’on tiendra : désormais, nous aussi, on se lèvera. Et on ne s’arrêtera pas là.

Chronique de Pauline Machado

Et si ce trop-plein de pression, que l’on appelle résolution et que l’on s’impose souvent par bonne conscience en début d’année, pouvait finalement s’interpréter autrement.

Ne vous méprenez pas, je ne commence pas par vous faire la morale ou vous donner l’impression qu’il est déjà temps de culpabiliser si vous sirotez une bière ou un verre de blanc tandis que vous lisez cet article. Sauf s’il est 8 heures du matin, et que vous êtes en route pour le boulot en fait. Ces quelques lignes devraient plutôt vous rassurer, et vous encourager dans l’idée que 2020 est certainement vôtre. Car c’est finalement lorsqu’on se sent rassuré, entouré, que l’on se motive vraiment à accomplir ce à quoi l’on pensait depuis belle lurette.

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Relax, ça va aller

Comme chaque année, enfin depuis mes 25 bougies et mon désir accru de pouvoir épargner, j’ai pris le temps ce 30 décembre 2019 d’écrire mes « bonnes résolutions » pour la nouvelle année. Ne me demandez pas où j’ai pu bazarder ma liste précédente, je n’en ai aucune idée mais ce que je peux vous dire… C’est que peu de mes « goals » ont vraiment été respectés. Malgré une pression soutenue les six premiers mois – et je ne rigole pas : manger mieux, savoir dire « non », aller au sport plus de trois fois par semaine et mieux consommer la mode en général… J’ai fini par lâcher certaines obsessions, en entamer d’autres et me concentrer sur des résolutions pourtant secondaires – laissant en second plan des projets qui m’apparaissaient moins faciles et que je préférais alors repousser. Parce qu’au final, quoi ? Je voulais du résultat. Des statistiques, du quantifiable visible dont je pouvais me vanter et regarder fièrement avec fierté.

Chaque chose en son temps

Ouais, je fume moins, oui, j’étais à fond sur l’Aquabike au début de l’année (et j’ai arrêté, grosse erreur pour des fesses encore plus molles) et j’ai même acheté des bouquins de cuisine. Des petites choses qui font style quand tu checkes Instagram ou passe une tête chez moi, c’est beau – ça brille et cela faisait partie des trucs que je voulais vraiment instaurer et à la maison pour mon corps. Mais était-ce plus important que de prendre vraiment du temps pour écrire, faire le tri dans mes idées et multiplier les recherches dans l’idée de développer quelque chose qui me tenait vraiment à cœur et de mon côté ? C’est simple de ne pas chercher de nouvel appart’ parce qu’on n’a pas le time. C’est facile de ne pas trier son administratif datant d’il y a dix ans parce que ça prend trois plombes et parce que cela peut se gérer plus tard. Les doigts dans le nez, la flemme voire la peur de prendre un cahier et dessiner ses idées, d’envisager un deuxième boulot qui serait mon propre projet ou de pousser la passion vers une nouvelle vocation.

Peur de l’inconnu ? Cette année, je prends confiance en moi.

J’ai du coup tenté d’élucider ce mystère avec mes amis, échangeant sur leur vision des résolutions et de ce qu’ils se voyaient accomplir ou non. Certains aimeraient pouvoir lister les aventures qu’ils rêvent de mener mais ont peur de se décevoir, donc ne le font pas. D’autres sont complètement obsédés par l’idée de cocher toutes les cases et se lancent dans du grand n’importe quoi. Puis il y a ceux et celles qui sont fiers de leur 10 résolutions bien pensées et qui nous font culpabiliser. Genre vraiment.

Et si finalement, je balance cette liste et dédie simplement plusieurs heures de mon temps à mon esprit, mon futur… et à moi-même ?

Plutôt que des goals, des kilos à perdre, des euros à mettre de côté… Simplement m’écouter et me persuader que je peux « y arriver » et que cela prendra peut-être des mois voire des années. Utiliser 2020 comme la décennie du changement, de l’évolution et assimiler ces premiers pas à ceux du processus nécessaire à ces réussites dont on espère tous être auteurs un jour, mais aussi témoins. S’encourager les uns et les autres, aider son prochain et rendre des services car ce sont ces petits moments qui pourraient aussi un jour nous aider à voir nos rêves se réaliser. Oublier la pression du terme résolution, le remplacer par notion. Une fois cette notion acquise et comprise, je serai en mesure d’y arriver. Je pourrai entamer ma mission, ma résolution et je suis entourée. Bonne chance.

Un article de Margaux Rouche