En Suède, le business de l’écologie bat son plein, tandis que la France avance à pas de fourmis. Elle n’est pas la championne du monde de la production de déchets et pourtant, elle ne perd pas son image de mauvaise recycleuse. À moins d’un an de la COP 26, qui se tiendra en novembre 2021 en Écosse, la France a tout intérêt à revoir ses objectifs. Pourquoi existe-t-il une telle disparité entre ces deux pays européens? Comment la France peut-elle s’améliorer? On fait le point. 

Tout le monde s’y met

Dans le cinquième plus grand pays d’Europe, pas question de mélanger le plastique avec la nourriture ! Les Suédois.e.s sont méticuleux.ses sur le tri de leurs déchets. Une habitude… pas vraiment française. 

Dans les cuisines suédoises, on retrouve plusieurs bacs à poubelles : pour le plastique, le carton, la nourriture, le verre transparent et même pour le verre coloré. Le gouvernement a pris des initiatives qui encouragent les citoyen.ne.s à adopter ces gestes écologiques : les bacs et sacs poubelle sont fournis gratuitement et chaque quartier dispose d’au moins sept containers de tri sélectif. Encore plus incitatif : ce qui n’est pas trié est facturé ! 

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En Suède, rien ne se perd, tout se transforme

La principale différence entre la Suède et la France, dans la gestion des déchets, est leur valorisation. Les Suédois.es recyclent, compostent et transforment en énergie les leurs. Résultat : 1 % des ordures suédoises finissent dans des décharges, contre 25 % en France. Et pour se challenger un peu plus, le gouvernement suédois s’est fixé comme objectif de faire disparaître les poubelles à ciel ouvert, cette année. 

Les déchets organiques (alimentaires) sont par exemple transformés – grâce à un procédé appelé la méthanisation – en biogaz. Un carburant qui a remplacé le diesel pour les bus et voitures de la ville. Il est aussi fabriqué à partir des eaux usées. Quant aux autres différents types de déchets, ils sont jetés dans des incinérateurs. Ils vont générer de l’énergie urbaine, pour le chauffage et l’électricité. 

Cette dernière façon de valoriser les déchets est très controversée en France. Ses détracteurs estiment que cette transformation énergétique n’est pas viable sur le long terme, car certains détritus pollueraient l’air par leur toxicité. Par ailleurs, les usines suédoises consomment tellement de déchets, qu’elles sont obligées d’en importer. Une pratique qui n’est pas au goût de tous les écologistes du fait du transport qui provoque des émissions de gaz à effet de serre. Le procédé mériterait certainement d’être amélioré, mais il serait judicieux de prendre exemple sur la Suède, plutôt que de jeter nos ordures dans des décharges ou de les enfouir.

Le recyclage made in France à la traîne…

La France n’a pas bonne presse sur la gestion de ses ordures. Le pays sait réutiliser le plastique dur, mais a du chemin à parcourir concernant les emballages souples. Leur recyclage étant coûteux et complexe, l’Hexagone les expédie dans des pays moins développés. Souvenez-vous des photos de déchets français gisant sur des sols asiatiques… Elles ont fait le buzz sur la toile en 2019.

La France aurait exporté plus de 1,8 million de tonnes de déchets hors de l’Union européenne en 2018, selon Eurostat. Le hic, c’est que cette année-là, la Chine – importatrice principale – a décidé de fermer ses frontières aux poubelles du monde entier. Elle invoque des raisons écologiques. Cela a obligé les industriels à se rabattre sur d’autres pays d’Asie du Sud-est comme la Malaisie, l’Indonésie ou le Sri Lanka. Mais à leur tour, ces territoires n’ont plus souhaité être la décharge des pays dits développés – à juste titre. Ils se sont vite retrouvés envahis par le plastique et parfois, par des substances illégales et toxiques. N’ayant pas les capacités de recycler tout cet arrivage, la sentence est tombée : les ordures ont été retournées aux envoyeurs, dont la France. 

Depuis, les réglementations se sont durcies, le traçage du plastique est plus transparent et strict. Le 1er janvier 2021, l’export de déchets plastiques de mauvaise qualité et difficilement recyclable est plus contrôlé voire interdit dans certains pays de l’UE. Un mal pour un bien, car cela permet aux pays européens de développer leur filière du recyclage localement. De plus en plus, la France prend des initiatives encourageantes ; malheureusement, la crise sanitaire que nous traversons a durement frappé cette industrie. La fédération des entreprises du recyclage (Federec) attend une baisse de 20 % de l’activité.

En France, l’entreprise Machaon par exemple, à Châlons-en-Champagne, est l’une des rares usines d’Europe et l’unique en France à recycler le plastique souple post-ménager (issu des poubelles jaunes). « On les récupère et on en fait des granulés qu’on va revendre à des entreprises. Principalement des producteurs de sacs poubelles et de tuyaux d’irrigation », explique Paul Leborgne, responsable développement de Machaon. 

Aujourd’hui, l’entreprise tente de coopérer avec des grandes marques telles que Coca Cola ou Danone. « On essaye de les convaincre pour qu’ils utilisent du plastique post-ménager. Aujourd’hui, leurs emballages sont composés principalement de plastique vierge et post industriel », confie t-il. Pourquoi ? Car, le marketing l’emporte sur l’écologie ! Le plastique issu des consommations de ménages ne permet pas de produire des emballages au design parfait. Mais le consommateur préfère-t-il boire son Coca Cola dans une cannette rouge vive ou encourager des entreprises qui participent à sauver notre planète ? Méditons là-dessus.

Des efforts, on peut en faire

Voici, quelques initiatives écologiques :

  • Favoriser le compostage en mettant à la disposition des habitant.e.s des sacs adaptés et des containers. L’initiative citoyenne résulte aussi de la mise en place de structures adéquates sur l’espace public.
  • Le tri des différents plastiques doit être beaucoup plus important. Cela passe par l’extension des consignes de tri et par l’investissement dans la filière du recyclage.  Exporter les ordures s’est avéré être une solution à court terme.
  • Il est nécessaire de limiter le gaspillage alimentaire qui représente un coût de 16 milliards d’euros par an. De la production à la cuisson, les aliments polluent par leur émission de CO2 et leurs emballages.
  • Rejeter la responsabilité sur les citoyen.ne.s n’est pas productif. Les institutions publiques et privées doivent faire partie de la transformation écologique. Les plus gros pollueurs doivent voir à la baisse leur empreinte carbone, en particulier dans le secteur du bâtiment. Les déchets du BTP sont trop nombreux et quasiment pas recyclés.

Un article signé Imene Besbes