Pour cette deuxième édition du Prix Liberté, Loujain Al Hathloul est la lauréate. La jeune militante saoudienne s’est fortement mobilisée ces dernières années. Ce combat, elle l’a mené pour les droits des femmes dans son pays. Une lutte pour la liberté au détriment de la sienne…

Loujain Al Hathloul est la lauréate 2020 du Prix Liberté. Crédits : ©Marieke Wijntjes.
Loujain Al Hathloul est la lauréate 2020 du Prix Liberté. Crédits : ©Marieke Wijntjes.

À 30 ans, Loujain Al Hathloul est une figure emblématique du militantisme pour les droits des femmes dans son pays. En Arabie saoudite, leurs conditions de vie sont étouffées par des lois et des mœurs très traditionnelles qui limitent fortement leur liberté. 

Classée troisième dans la liste des Top 100 Most Powerful Arab Women en 2015, la jeune femme avait frappé fort un an auparavant. À l’époque, elle décide de traverser en voiture la frontière entre les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite. Un acte banal pour nous autres. Et qui pourtant se révèle être une réelle forme de rébellion dans ce pays où les femmes n’avaient, à l’époque, pas le droit de conduire. Loujain Al Hathloul a donc été détenue 73 jours avant d’être libérée. 

Un combat pour des femmes plus libres récompensé du Prix Liberté

Le combat pour les droits des femmes et pour que ses sœurs saoudiennes soient libres au quotidien, Loujain Al Hathloul l’a mené au prix de sa propre liberté. Son militantisme n’étant pas toléré en Arabie saoudite, la jeune femme a été incarcérée en 2018. Et les charges qui pèsent contre elle restent toujours floues.

Ses conditions de détention sont actuellement très préoccupantes. Sa famille rapporte qu’elle y serait torturée, soumise à des chocs électriques, harcelée sexuellement et à l’isolement. Une situation plus qu’alarmante qui nous pousse à reconnaître ce parcours extraordinaire. Celui d’une femme qui a œuvré pour la liberté des Saoudiennes tout en mettant la sienne en péril. 

Oui, si Loujain Al Hathloul est en prison depuis mai 2018, c’est dès le mois de juin que les Saoudiennes obtiennent le droit de conduire. Une première victoire qu’il est difficile de célébrer compte tenu du prix à payer. Pour ne pas laisser tomber cette lutte dans l’oubli, Loujain Al Hathloul a également été récompensée du Prix Liberté 2020.

Le Prix Liberté : le symbole d’une jeunesse engagée pour un monde plus juste

L’année dernière, Greta Thunberg était récompensée pour son combat en faveur de la justice climatique. Cette année le choix des jeunes âgés de 15 à 25 ans dans le monde -uniques votants – s’est porté vers un combat qui fait sens avec l’actualité. 5 500 participants de 81 pays différents et des cinq continents ont exprimé le souhait de récompenser un combat pour un monde plus juste. Pour amorcer doucement cette nouvelle ère qu’insuffle la jeunesse. 

Emmanuel Davidenkoff, directeur adjoint de la rédaction Le Monde et président du jury pour cette année l’explique ainsi : « Je ne veux ni ne peux parler à leur place. Mais je constate que ce choix est cohérent : des défilés contre la crise climatique de l’an passé aux mobilisations contre le racisme et les violences policières consécutives à la terrible agonie de George Floyd à Minneapolis, la jeunesse mondiale est en première ligne pour défendre les valeurs universelles, au premier rang desquelles la liberté. Qu’elle choisisse d’incarner ces mobilisations en récompensant l’engagement de jeunes activistes me semble participer de la même idée : la jeunesse veut un monde meilleur, elle est prête à se mobiliser pour cela, elle ne veut pas que son combat soit récupéré, et elle veut que cela se sache« .

Alors oui, merci à Loujain Al Hathloul de défendre les droits des femmes dans un pays où l’oppression règne. Et merci à notre jeunesse de donner de la visibilité à ces luttes qui dressent peu à peu un monde plus intègre et plus libre.

Article de Nina Hossein.