Pour la première fois dans l’histoire des États-Unis, une femme amérindienne a reçu au printemps 2019 le très prestigieux titre de U.S. Poet Laureate, une récompense accordée par le Congrès à un artiste qui endossera le rôle de « poète officiel du pays » le temps de son mandat, d’un an renouvelable. Cette femme, c’est Joy Harjo, poétesse, musicienne, écrivaine, de culture creek. En France, les éditions Globe viennent de publier son autobiographie, Crazy Brave, incroyablement puissante sur la force de l’art, de la poésie et sur la violence et les oppressions que subissent les peuples autochtones depuis des générations.

« Le pouvoir de la poésie est ce qui nous réunit tous.tes aujourd’hui », répond Joy Harjo avec émotion aux longs applaudissements qui l’accueillent le soir de son tout premier discours donné en tant que poétesse officielle des états-Unis à la bibliothèque du Congrès (Library of Congress), à Washington, en juin 2019.

Rencontrer le monde

La poétesse et musicienne de 68 ans est la 23e poétesse lauréate des états-Unis, la toute première Native-Américaine à recevoir ce prix très honorifique et, ce soir-là, toute la salle se lève pour acclamer l’artiste qui tient son saxophone de sa main tatouée, cette main avec laquelle elle écrit, elle compose, elle lutte. L’honneur et la responsabilité de représenter sa communauté à une échelle nationale et de lui donner une voix gouvernementale – Joy Harjo peut en effet être amenée à discuter avec le gouvernement en place si l’occasion se présente – sont immenses, pour cette femme dont le destin, si on l’avait écouté, en aurait peut-être décidé autrement.

Dans ses mémoires publiés en 2012, Crazy Brave, et désormais disponibles en français aux éditions Globe (son seul ouvrage disponible en français), la poétesse revient sur les premières années de sa vie, celles avant qu’elle ne devienne l’artiste accomplie et féministe engagée qu’elle est aujourd’hui. Elle y mêle souvenirs de jeunesse à la manière d’un parcours initiatique, poésie et rêveries, la beauté des mots servant parfois l’horreur de la condition de son peuple.

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Un livre pour se souvenir

Crazy Brave, le titre, est un clin d’œil à son nom creek, la tribu de son père et donc la sienne, signifiant « so brave you’re crazy ». Tellement courageuse que tu es folle – un nom comme une prémonition. Car il en aura fallu du courage à cette petite fille, descendante de guerriers, pour surmonter les épreuves imposées par la vie. Il y eut tout d’abord la violence d’un père alcoolique qu’elle ne revit jamais, le jour où sa mère décida de partir et d’emmener avec elle ses quatre enfants. Il y eut celle plus terrible encore de son beau-père, un homme blanc au racisme évident et d’une violence inouïe, dont l’intolérance alla jusqu’à empêcher sa mère de chanter pour toujours. Il y eut ensuite celle des hommes qu’elle a aimés qui ne lui offrirent guère mieux qu’une vie de femme battue et enfermée dans la misère et la pauvreté.

Il y eut aussi la violence, plus sourde et plus profonde encore, d’être née dans une société qui ne voulait pas d’elle, de ce qu’elle était, de ce qu’elle représentait. Une société dont les agissements envers elle et son peuple manifestaient le désir intense de les voir disparaître. Toutes les autres violences découlant, finalement, de cette dernière.

Ouvrir les yeux

La voix des Amérindien.ne.s est une voix que le monde n’entend jamais, que le monde ignore, chargée d’une histoire tragique totalement tue et opprimée. Ainsi, que des livres comme celui-ci parviennent enfin jusqu’à nous est une bonne nouvelle : enfin, l’histoire de toutes ces communautés brisées commence à traverser les frontières. Les éditions Globe avaient déjà publié l’année dernière un livre important, La Note américaine de David Grann, qui rendait publique l’histoire terrible de la tribu osage, sacrifiée sur l’autel du pétrole et du profit dans les années 20. Ce livre va bientôt devenir un film, réalisé par Martin Scorsese.

Pourtant, les injustices et les violences que vivent les peuples autochtones au Canada et aux états-Unis sont toujours une réalité. L’an passé, des groupes de femmes ont sillonné les états-Unis à moto pour manifester contre les disparitions et les meurtres grandissants de femmes amérindiennes. en guise d’exemple, un rapport datant de 2017 publié par le National Congress of American Indians énonçait qu’en Alaska, une Amérindienne sur trois est violée dans le courant de sa vie et que les taux d’homicide et les violences de manière générale contre les femmes sont dix fois supérieurs à la moyenne dans les réserves. Et tous ces crimes restent, pour la plupart, toujours impunis aujourd’hui.

Ainsi, s’il existe désormais une certaine reconnaissance de la part de toute une partie de la population, notamment grâce aux artistes – comme Ofelia Zepeda et Rita Mestokosho – qui font de la mémoire de leur peuple une véritable bataille, la réalité des peuples natifs est souvent synonyme de violence et d’inégalités.

Joy Harjo eut très vite conscience de cette injustice. Pendant longtemps, elle fut une des seules voix des Amérindien.ne.s. Aujourd’hui, son statut de poétesse officielle du pays fait peser sur ses épaules un poids de l’ordre du sacré. elle a même avoué avoir toujours su au fond d’elle avoir été dotée d’une responsabilité à l’égard de son peuple, son pays, tout autant qu’envers la nature qui l’entoure, s’inscrivant dans une tradition amérindienne de protection et de connexion avec la terre.

Crazy Brave raconte enfin, et surtout, sa découverte salvatrice de la poésie. Une poésie qu’elle va utiliser dès son plus jeune âge pour parler de son expérience de femme amérindienne, pour exprimer ses angoisses et ses craintes. Elle manie les mots comme d’autres manient des armes : « Remember your birth, how your mother struggled to give you form and breath. You are evidence of your life, and her mother’s, and hers », extrait de son poème « Remember ». En français : « Souviens-toi de ta naissance, comment ta mère a lutté pour te donner forme et souffle. Tu es le témoignage de sa vie, de celle de sa mère, et tu es elles toutes. »

Sa poésie est une lutte, une lutte dans laquelle le passé, le présent et le futur s’entremêlent. Joy Harjo est une passeuse d’histoire et une porte-parole des temps présents. Avec une conscience, toujours alerte et active, des réalités qui se dessinent au loin.

Crazy Brave, Joy Harjo, traduction de l’anglais par Nelcya Delanoë et Joëlle Rostkowski, éd. Globe, 19 €

Article du numéro 47 « Renaître » par Marine Stisi

A l’affiche sur Netflix avec son spectacle « Fary is the new black » et actuellement dans les salles pour jouer « Hexagone », Fary nous a livré sa vision de l’engagement. Portrait.

Photo prise par Julien Weber

Le 13 mai 2019, les Folies Bergère accueillent la 31e cérémonie des Molières, qui, comme chaque année, récompense les meilleurs talents du monde du spectacle. L’ambiance est détendue. Les intervenants et lauréats se succèdent sur le podium. Le timing est millimétré. Vient alors le moment où Fary entre en scène, lançant à l’assemblée un « Salut, les Blancs ! ». Vêtu de ses habits de lumière, l’humoriste de 27 ans déroule pendant près de trois minutes un subtil réquisitoire dénonçant le manque de diversité dans ce type de soirées, et plus généralement dans le milieu de la comédie.

Dans le public, certains sourires semblent crispés, mais le Val-de-Marnais n’en est pas à son coup d’essai. Coutumier des prises de position, son franc-parler lui vaut une image d’humoriste engagé. Le 15 novembre dernier, sur les ondes de France Inter, il réalise un sketch parodiant l’anaphore «Moi, président de la République » utilisée par le candidat François Hollande lors du débat de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle de 2012. Par « Moi, enfant de la République », il ironise alors sur les préjugés à l’encontre des jeunes Français issus de l’immigration. Une dizaine de jours plus tard, il accorde un entretien à la chaîne web de France TV. Une nouvelle fois, il y aborde le problème de la représentation des minorités dans les médias. Selon lui, elles sont invisibilisées et le paysage audiovisuel français souffre d’un cruel manque de diversité.

Premiers pas, premières scènes

Le jeune Fary grandit dans le sud de la région parisienne, dans la petite commune de Saint-Maur-des-Fossés. Ses premiers pas sur la scène, il les fait à l’âge de 11 ans auprès de son oncle, qui tient une association venant en aide aux enfants du Cap-Vert, le pays d’origine de ses parents.

«À 11 ans, j’ai repris un sketch de Jamel Debbouze, un passage de son spectacle 100 % Debbouze, où il se fait arrêter au Maroc. Je le connaissais par cœur! Alors un jour, mon oncle m’a demandé de venir le jouer sur scène lors d’une des soirées caritatives qu’il organisait. Je l’ai fait, avec mon petit cousin, et six mois après, on écrivait notre propre spectacle. Et comme ça, une à deux fois par an, je montais sur scène avec un sketch qu’on avait préparé», se rappelle-t-il. L’humour et les spectacles font alors peu à peu leur apparition dans sa vie. Son idole ? Un certain Élie Kakou, et son personnage emblématique, Madame Sarfati. Toutefois, à ce moment-là, Fary ne s’imagine pas encore en faire son métier. Ce n’est qu’à l’âge de 17 ans qu’il est repéré par une professeure de son lycée. Celle-ci, sensible à son aisance orale, lui propose d’écrire un sketch.

Photo prise par Julien Weber

Finalement, devenir humoriste «s’est fait de manière très naturelle, ça faisait partie de [son] quotidien. Jusqu’à ce que ça prenne de plus en plus de place et que ça devienne vraiment quelque chose de sérieux. »

L’autre grande passion de sa vie, c’est le rap. Fary est d’ailleurs fan du très engagé Kery James, dont il apprécie particulièrement les textes. James étant le chantre d’un rap français «conscient» qui n’hésite pas à aborder des thèmes profonds, on soupçonne volontiers son influence sur le travail de Fary aujourd’hui. Lorsqu’on l’interroge sur les parallèles qui existent entre ce rap engagé – qui disparaît peu à peu – et l’humour, il répond : « Dans l’humour, il existe de tout, mais il a toujours été plus ou moins politique. Bien sûr, on voit que Gad Elmaleh n’est pas quelqu’un qui porte des revendications sur scène. À l’inverse, Stéphane Guillon, qui est de la même génération, l’est – avec plus ou moins de popularité. Aujourd’hui, Blanche Gardin a quasiment le même succès que Florence Foresti il y a quelques années, alors qu’elle est dans quelque chose de très engagé, très politisé. Je pense que c’est aussi ce que demande le public français aux humoristes : il est très exigeant et friand des revendications et des points de vue politiquement incorrects. »

L’engagement, un fardeau ?

Étonnement, Fary ne semble pas très à l’aise avec cette image d’humoriste engagé, bien qu’il confesse l’avoir fantasmé à ses débuts. Il considère désormais qu’elle peut lui être préjudiciable, car sujette à une récupération politique et médiatique intempestive. « Je n’ai pas envie qu’on attende constamment de moi un point de vue intéressant et revendicatif, ou qu’on me voie comme un porte-parole, voire un danger », se justifie-t-il.

Photo prise par Julien Weber

Cependant, son dernier spectacle s’intitule Hexagone, et laisse forcément penser qu’il y aborde des thèmes aussi pro- fonds que l’intégration, les discriminations et les préjugés au sein de… l’Hexagone. « Dans Hexagone, c’est moi qui parle de la France ; ce n’est pas moi qui parle des communautés. Il faut accepter que les communautés sont aussi la France. Parce que c’est elle qui est allée les chercher. La France les a incluses dans son histoire, il faut donc qu’elle les accepte, maintenant. Mon spectacle questionne le pay- sage français, mais aussi ce que c’est que d’être Français. » Pourtant, Hexagone sonne comme un dernier tour de piste. L’humoriste nous confie vouloir aborder d’autres thèmes qui lui tiennent à cœur dans son prochain spectacle.

À 27 ans seulement, Fary a déjà une belle carrière derrière lui. Gêné à l’idée de devoir prodiguer des conseils à la génération d’artistes qui arrivent après lui, il leur suggère tout de même de prendre leur temps : « Quand on commence, on a envie de tout tout de suite, on a envie de réussir maintenant, on a envie de faire toutes les scènes possibles, on a envie d’aller le plus loin le plus vite, d’être connu très rapidement. Alors que pour devenir un artiste, c’est exactement l’inverse. C’est comme une belle pièce de brocante : plus elle a de vécu, plus elle a de valeur. »

Fary est en tournée dans toute la France.

PROPOS RECUEILLIS PAR ABIOLA ULRICH OBAONRIN.

Article du numéro 45 « Ensemble »

Amour et business peuvent faire bon ménage, Chad et Courtney en sont la preuve. Mieux encore, ces tourtereaux – qui travaillent ensemble depuis l’université –  peuvent aujourd’hui se vanter d’avoir lancer un groupe hôtelier atypique mais tout aussi florissant aux Etats-Unis. Comme un savant mélange entre le boutique hôtel et le Airbnb, STAY LOKAL est une histoire de week-ends en famille, de boulot acharné, de respect pour ce qui l’entoure et de bon temps entre copains. Une alchimie entre deux personnes aux talents bien différents, qui donne finalement naissance à une destination de vacances rêvée.

LOKAL, c’est l’un de nos coups de cœur de l’été. Un lieu qu’on découvre sur Instagram alors qu’on traîne à New York et que l’on rêve éperdument d’un week-end au vert. Après moultes hashtags farfelus façon #greenhotels ou #dogfriendlyresidence, on tombe sur une cabane canonissime planquée dans le New Jersey – pas bien loin de la Maurice River, mais aucune idée de ce que c’est. Les recherches se multiplient, après la déception de trouver ce lieu complet pour l’été, jusqu’à la trouvaille du site internet de ces propriétaires passionnés : STAY LOKAL. Quatre adresses, deux à Philadelphie dans des quartiers opposés, l’une dans cette fameuse forêt avec une cabane rénovée et la petite dernière sur le point d’arriver : dans la chouette ville de Cape May que l’on connaît uniquement de par Mrs Betty Draper dans MAD MEN pour ses weekends ensoleillés.

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Des concepts hôtels responsables et locaux

Bref, en parcourant le site des LOKAL hôtels, un concept innovant et pourtant si responsable d’hôtels nous est présenté. Chad et Courtney sont mariés depuis bientôt 20 ans, ils ont deux beaux enfants et sont passionnés par la rénovation. Après des années de remise en état et design de logements, ils se sont donnés un chouette challenge de vie. En effet, ces amoureux – rencontrés en freshmen year d’université – rêvent d’ouvrir les portes de leurs hôtels dits « locaux ». Le concept ? Rénover une baraque XXL dotée d’un potentiel qu’ils sont seuls à estimer pour en faire des locations de vacances rêvées. Sauf qu’ils insistent, Chad et Courtney souhaitent mêler leurs expertises respectives, ingénieurie, architecture, design, menuiserie, déco ou encore communication pour monter leur projet à la « mano » et surtout faire appel aux artisans locaux. Tout doit leur ressembler et surtout incarner les valeurs qu’ils enseignent quotidiennement à leur progéniture : respecter l’environnement, les gens qui travaillent dur, le fait-main et le partage. Viennent alors ces trois beaux bébés. Le créneau du couple ? Soutenir l’économie locale, soit chaque ville et environs des lieux qu’ils créent main dans la main, mais aussi participer au marché de la construction écologique en privilégiant des matières responsables.

Les bois, la ville puis la plage

Et le dernier hôtel en date ouvert, STAY LOKAL CAPE MAY. Des appartements chouettes à louer, dont les services ne sont pas identiques à ceux d’un hôtel mais plutôt d’une location saisonnière… sauf que chaque détail a été minutieusement pensé. Les extérieurs, avec des jeux, un bar et même un barbecue aux logos de STAY LOKAL et toujours avec ce petit accent rustique qui prête à la proximité. La déco des appartements a été réalisée avec goût, attention et met en avant les sculpteurs, vaisseliers et petites marques soutenue par Cape May. Puis forcément, on fait la connaissance des propriétaires et le coup de cœur est assuré.

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Non seulement, car la destination est mieux que ce qu’on ne pouvait espérer mais aussi parce que ce couple sait parfaitement se compléter. Chad, manuel – visionnaire et hôte apprécié, travaille dans les appartements et développe de nouvelles activités pour ses invités. Courtney, à la tête des réservations et du département business de l’entreprise, gère l’ameublement et les touches d’attention… mais pas seulement. Elle prend les décisions stratégiques et laisse à Chad l’aspect plus artistique. Il vous dira d’ailleurs que « tout le monde pense qu’elle est aussi aux manettes des réseaux sociaux alors que c’est la partie qui le stimule presque le plus dans son quotidien – comme un grand curieux du digital. Pour Courtney, le LOKAL doit devenir une expérience pour ses résidents – comme une « vraie retraite » nous explique-t-elle. 

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Le juste équilibre

Quant à ce projet qu’ils partagent tous les deux, c’est une affaire de travail mais aussi une histoire d’amour. Chacun expose ses idées, les désagréments et désaccords sont parfois de la partie mais ils arrivent toujours à tomber sur la même page – explique Courtney. Comme si chaque décision était finalement écrite, tant ils se connaissent bien et savent ce qu’ils veulent pour leur famille. Aujourd’hui, la petite famille s’est installée à Cape May, à la plage, où les enfants sont scolarisés et où les parents peuvent veiller sur leur dernier « bébé ». De là, Courtney gère son équipe dans les autres établissements, les réservations et les différentes actualités de LOKAL. « L’important pour nous, c’est de nous assurer notre petite heure de rencard quotidienne, qu’il s’agisse de l’heure du déjeuner ou de simplement partager une petite marche quelque part. C’est comme ça que l’on rend notre routine de travail vraiment saine » raconte Chad.

Leurs projets, pour l’avenir ? Prendre un break, pour commencer, car les dernières années ont été rudes en investissements financiers et physiques. Voir leurs hôtels évoluer et leur modèle percer, c’est ce qu’ils aimeraient savourer dans les mois à venir. Sauf si quelqu’un a envie d’ouvrir les cahiers de dessins de Chad, et de découvrir les croquis de la suite de l’aventure LOKAL. Un bateau cette fois ? Une nouvelle cabane ? Qu’importe, si la famille, le responsable et le local y est !

Toutes les infos sont ici > www.staylokal.com/

Un article de Margaux Rouche