Avant-hier, les quatre élues démocrates Alexandria Ocasio-Cortez (New York), Ilhan Omar (Minnesota), Ayana Pressley (Massachusetts) et Rashida Tlaib (Michigan) ont été réélues à la Chambre des représentants américaine. Les élections américaines du 3 novembre 2020 ont, entre autres, défini un tiers des membres du Sénat (Chambre haute) et de la Chambre des représentants (Chambre basse), qui forment ensemble le Congrès américain. 

« The Squad » 

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De gauche à droite : AOC, Ayanna Presslay, Ilhan Omar, Rashida Tlaib

Ces quatre politiciennes issues de minorités ethniques, souvent désignées comme formant « The Squad », ont été maintes fois la cible de commentaires racistes de Donald Trump. Le nom « The Squad » est devenu viral après avoir été utilisé pour la première fois par Alexandria Ocasio-Cortez (AOC) sous un post Instagram suite à l’élection législative de 2018. Toutes ayant moins de 50 ans, elles sont perçues comme étant un nouveau visage du parti démocrate à l’avenir prometteur.

Politiquement, les quatre élues appartiennent à l’aile gauche des démocrates et prennent régulièrement la défense de mesures climatiques ambitieuses, d’un accès aux soins pour tous;tes les Américain.e.s et autres causes progressistes.

Qui sont-elles ?

Alexandria Ocasio-Cortez est pressentie comme étant l’étoile montante du parti démocrate américain depuis son élection en tant que plus jeune membre du congrès américain en 2018. Elle incarne la voix de la jeunesse progressiste pour le 14e district de New York (une partie du Queens et le Bronx) et revendique son adhésion au mouvement socialiste démocratique, c’est-à-dire le courant gauche du parti démocrate. Pendant sa campagne de 2018, elle s’est démarquée par sa gestion très « millennial » des réseaux sociaux, et par sa stratégie de cibler des électeur.trice.s traditionnellement abstentionnistes. Depuis, elle jouit d’une popularité grandissante parmi l’électorat démocrate en soutenant des causes comme une assurance-maladie pour tous.tes ou un college (université américaine) public gratuit.

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Ayanna Pressley & Alexandria Ocasio-Cortez

L’avenir politique d’Ayanna Pressley semble également prometteur : première femme afro-américaine élue au conseil de Boston il y a 10 ans, Pressley souhaite apporter un « leadership activiste » au Congrès, dit-elle en 2018 après son élection.

Ilhan Omar et Rashida Tlaib sont les deux premières femmes musulmanes à accéder au Congrès américain.

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Rashida Tlaib & Ilhan Omar

Représentante du Minnesota élue en 2018 à la Chambre des représentants, Ilhan Omar est de plus la première femme d’origine somalienne à être élue dans une assemblée législative américaine. Son ambition politique se centre sur la création d’une société américaine multiculturelle et sur un accès à l’éducation et à la formation des personnes défavorisées.

Rashida Tlaib, elle, se distingue par sa forte critique des relations israélo-américaines et est la première palestino-américaine à être élue Congresswoman. Elle s’inscrit dans le même mouvement socialiste démocrate que AOC, Ayanna Pressley et Ilhan Omar, et a défrayé la chronique il y a deux ans pour ses attaques virulentes envers Donald Trump.

La victoire du Squad à la Chambre des représentants était prévue. Si les sondages prédisaient une victoire relativement facile aux quatre élues, les Démocrates espéraient également pouvoir étendre leur nombre de sièges au sein du Congrès. AOC estime ainsi que Joe Biden ne s’est pas assez occupé de l’électorat latino-américain pendant sa campagne pour la présidentielle, perdant des votes précieux en faveur des Démocrates.

« Ce n’est que le début »

« Notre sororité est solide », a tweeté Ilhan Omar pour célébrer la victoire du Squad, précisant qu’elle « croit en [leur] pouvoir. Et ce n’est que le début ». Bien qu’une présidence Trump serait un obstacle majeur à leurs ambitions, le Squad compte bien continuer dans sa lignée et impulser le changement sur les scènes politique, sociale et économique américaines.

Surtout que ce ne sont pas les seules nouvelles positives des dernières élections ! De nombreux.ses candidat.e.s démocrates appartenant à des minorités ont remporté un siège au Congrès américain mercredi dernier.

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Sarah McBride

Parmi les 547 candidat.e.s LGBTQIA+ inscrit.e.s (ce qui représente déjà un record), au moins 35 ont été élu.e.s ! Au Sénat américain, l’élue Sarah McBride est la première femme transgenre à atteindre un poste aussi élevé dans l’histoire des États-Unis. À 32 ans, Ritchie Torres devient le premier afro-latino-américain homosexuel à siéger à la Chambre des représentants, aux côtés de Mondaire Jones, 33 ans, qui se revendique fièrement afro-américain et homosexuel. Kim Jackson devient la première sénatrice de Géorgie à se dire ouvertement appartenir à la communauté LGBTQIA+, et l’activiste de Black Lives Matter Cori Bush remporte un siège à la Chambre des représentants (État du Missouri). 

Ces résultats sont sans aucun doute une victoire pour la représentation des minorités sur la scène politique américaine. Sarah McBride tweete après sa victoire : « J’espère que cette soirée montrera à un enfant LGBTQ que notre démocratie est assez grande pour elleux aussi ». 

Article d’Inès Paiva

Suite au remaniement, nous avons appris la nouvelle composition du gouvernement français. Ça a piqué, et ça pique toujours autant aujourd’hui. Impossible de rester muette face à ce nouveau couperet qui vient de tomber sur la gorge des citoyen.ne.s . Pardonnez l’expression, mais est-ce qu’on ne se foutrait pas un peu de notre gueule ?

Le ministère de la culture du viol et de la LGBTphobie

Permettez-moi de vous dire quelques mots sur notre nouveau ministre de l’Intérieur, j’ai nommé Gérald Darmanin. Cet homme est actuellement visé par une enquête pour harcèlement sexuel et viol. (Visiblement, il cumule autant les infractions que les mandats – lui qui est également maire de Tourcoing). Ce qui signifie qu’aujourd’hui, en cas de harcèlement sexuel ou de viol, nous portons plainte auprès de policier.e.s eux.elles-mêmes dirigé.e.s par… un homme accusé de harcèlement sexuel et de viol. Oui. « On soutient les femmes victimes d’agressions », « On vous croit », « N’hésitez pas à parler », etc., c’est du pipeau, finalement. 

Il vous faut une preuve de plus ? Marlène Schiappa, anciennement Secrétaire d’État à l’égalité Femmes-Hommes, est nommée ministre déléguée à la citoyenneté, sous la direction de Gérald Darmanin. C’est le comble de l’ironie… et de la misogynie. 

Ajoutons également que notre nouveau ministre de l’Intérieur a tenu des propos racistes envers Christiane Taubira, la qualifiant de « tract ambulant pour le FN ». Sans parler de ses nombreuses positions LGBTphobes qui se promènent, entre autres, sur son compte Twitter.

Petit florilège :

Le ton est donné par celui qui se targuait, en juin 2013, de ne pas vouloir célébrer personnellement de mariage entre deux hommes ou deux femmes s’il était élu maire de Tourcoing. Et de se rendre à la Manif pour tous. 

Placer Gérald Darmanin à ce poste, c’est clamer haut et fort que la justice ne s’applique pas de la même manière en fonction de son genre et de son rang social. Ni de sa couleur de peau – à ce propos, le panel de nos gouvernant.e.s est d’une blancheur éclatante…

Une partie des membres du gouvernement de Jean Castex (AFP)

Placer Gérald Darmanin à ce poste, c’est aussi valoriser la culture du viol, c’est rire au nez des victimes, c’est se moquer de la Justice, c’est bafouer les droits des femmes et des personnes LGBTQIA+. C’est honteux, tout simplement. 

Une Justice pour qui ?

Et comme ce n’était pas suffisant, Eric Dupond-Moretti a été nommé ministre de la Justice, lui qui a défendu des violeurs et des auteurs de féminicides, lui dont les plaidoiries se basent sur l’humiliation, lui qui s’est plus d’une fois illustré par ses propos sexistes, antiféministes. Il déclarait sur le plateau de LCI, en mars 2018 : « Que siffler une femme, ça devienne une infraction pénale, c’est ahurissant. La bienséance doit régler ça, pas la loi. Avant d’être vertueux, bien sûr (j’ai sifflé des femmes dans la rue). Et puis il y a d’ailleurs des femmes qui ont dit ‘Moi, ça me fait très plaisir d’être sifflée‘. J’ai entendu ce matin une dame que je ne nommerai pas mais que j’aime beaucoup qui dit : ‘Moi, je ne regrette de ne plus l’être‘. On ne peut pas monter les uns contre les autres en permanence. » Non. Mille fois non.

Peut-être aurait-il mieux fallu qu’on lui rafraîchisse la mémoire et qu’on lui rappelle ses paroles, fièrement lancées sur le plateau de LCI, face à Audrey Crespo-Mara ? Là même où il déclarait ne jamais vouloir accepter un poste au ministère de la Justice, car il n’en avait pas les compétences ?

À la question : « Si on vous proposait un poste au ministère de la justice, vous l’accepteriez ? », il répondait : « Non (Rires). Vous voulez que je vous le signe ? D’abord, personne ne me le proposera. Et ce serait un bordel, mais alors… Nan, mais personne n’aurait jamais l’idée ! Sotte, totalement saugrenue, incongrue, invraisemblable de me proposer cela. Et moi, franchement, je n’accepterai jamais un truc pareil, non. Non. » Et à la question : « Pourquoi ? » : « Parce que ce n’est pas mon métier. Faut en avaler des couleuvres pour faire de la politique. » Visiblement, il a fait bon festin ! Puis il ajoutait : « C’est une discipline, un exercice, et j’en ai pas les compétences. Et je n’aimerais pas faire ça. » Ah. Ça promet…

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Rassemblons-nous !

Si la lecture de cette chronique vous a donné la nausée, vous a ouvert les yeux et/ou vous a révolté.e.s, nous vous invitons alors à signer la pétition de @jeneveuxpasdenfant, « Pour un gouvernement qui ne promeut ni misogynie, ni culture du viol, ni LGBTQIA+phobies » et à vous mobiliser en vous rendant devant les lieux symboliques de votre ville.

À Marseille : vendredi de 18h à 21h devant le Palais de Justice ; à Montpellier : vendredi à 18h, place de la Comédie ; à Nantes : vendredi à 18h, place Bouffay ; Annecy : vendredi à 18h devant le Tribunal ; à Tours : vendredi à 17h devant le Palais de Justice ; Paris : vendredi de 18h à 20h30 devant l’Hôtel de Ville.

Pour connaître les lieux et les horaires des rassemblements en fonction des villes, RDV dans la story d’@irenevrose, elle est épinglée à la Une !

Chronique de Juliette Minel

À tout juste 29 ans, Alexandria Ocasio-Cortez est le nouveau visage d’une politique fraîche et moderne aux États-unis. Forte de ses origines latino, celle que l’on surnomme AOC a su se faire une place dans univers majoritairement blanc et masculin : le 3 janvier 2019, elle devient la plus jeune candidate jamais élue au Congrès. Paulette vous propose un retour sur le parcours de cette femme d’exception. 

Alexandria nait et grandit dans le Bronx, un quartier pauvre de New York, au sein d’une famille d’origine hispanique. Après avoir entamé des études scientifiques, elle choisi finalement de se tourner vers l’économie et les relations internationales qu’elle étudie à l’Université de Boston. Elle réalise à cette occasion un stage auprès du sénateur démocrate Ted Kennedy qu’elle assiste sur les questions d’immigration. Lors de la campagne présidentielle de 2008, elle soutient le candidat démocrate Barack Obama pour lequel elle réalise du démarchage téléphonique. À l’obtention de son diplôme en 2011, elle retourne dans le Bronx pour aider sa mère et y travaille en tant que serveuse. En 2016, elle participe activement à la campagne de Bernie Sanders ; celui-ci la soutiendra dans son ascension politique quelques années plus tard. 

Après que son frère a envoyé la candidature d’Alexandria au comité Brand New Congress, elle se présente en 2018 à la primaire démocrate de la 14e circonscription de New York. Malgré une finance de campagne nettement inférieure à celle du candidat sortant, Joseph Crowley, elle le bat. Tandis que, certain de gagner, il adopte une attitude condescendante, la jeune femme mise sur une stratégie digitale et compte sur le soutien d’électeurs traditionnellement abstentionnistes. Elle l’emporte par la suite face au républicain Anthony Pappas avec 78% des voix, ce qui lui vaut d’être élue à la Chambre des représentants des États-Unis. Pour tenter de la décridibiliser, une vidéo dans laquelle elle danse sort la veille de sa prestation de serment. Elle se moque alors de cette attaque et se filme à nouveau en train d’esquisser quelques mouvements au Congrès en affirmant : « J’entends dire que le Parti républicain pense que les femmes qui dansent sont scandaleuses. Attendez qu’ils découvrent que les femmes parlementaires dansent aussi ! »

Se revendiquant socialiste démocrate, elle est située à la gauche de la gauche, prend partie pour des politiques progressistes et lutte contre la corruption dans les milieux institutionnels. Elle critique le système capitaliste qu’elle identifie à un modèle non durable et créateur d’inégalités sociales et soutient le projet d’une taxe sur les hauts revenus. Sur le plan sociétal : gratuité des frais d’université, assurance maladie pour tous, égalité des LGBTQ+ et gun control sont autant d’enjeux pour lesquelles elle s’investit. En matière d’immigration, elle milite pour la suppression de l’agence américaine ICE (Immigration and Customs Enforcement) et souhaite « créer une voie d’accès à la citoyenneté pour davantage d’immigrés ». Enfin, la jeune femme se montre intransigeante en matière d’environnement et œuvre pour que l’électricité du pays repose exclusivement sur les énergies renouvelables d’ici 15 ans. Véritable vent de fraîcheur, certains voient en elle la nouvelle Barack Obama.

Vous l’aurez donc compris, AOC est la personnalité à suivre ces prochaines années. On espère que le futur de la politique états-unienne sera aussi brillant et progressiste que la jeune femme. Mieux, on espère qu’il aura son visage.

Article de Juliette Mita