Opération Renaissance est une nouvelle émission signée M6, qui a été diffusée pour la première fois le lundi 11 janvier au soir. Le problème ? Sous ses airs bienveillants, l’émission est en réalité grossophobe

La polémique avait déjà éclaté il y a quatre ans, peu après l’annonce de la création de cette émission. Les producteurs et productrices ne pourront pas dire qu’ils·elles n’ont pas été prévenu·e·s. A l’origine de cette polémique ? Le collectif Gras Politiquequi avait alors fait une pétition, pour demander l’annulation d’Opération RenaissancePétition qu’on vous invite d’ailleurs à signer, et à partager autour de vous. En parallèle, le hashtag #pasmarenaissance a été créé samedi, et connaît depuis un nombre d’utilisations croissant. Des militant·e·s y expliquent leurs points de vue, y passent leurs coups de gueule. Et pour nous expliquer tout ça plus en détail, on a demandé l’aide de Mathilde Navarro, étudiante et militante body-positive et anti-grossophobie, et d’Olga Volfson, journaliste et activiste proche du collectif Gras Politique.

Un titre d’émission déjà problématique

Il va sans dire, l’émission Opération Renaissance est problématique. Et ce, pour plusieurs raisons. Selon Olga Volfson, « rien que le titre est grossophobe : les gros·ses sont déjà vivant·e·s en tant que tel·le·s et n’ont pas besoin d’un·e ‘renaissance’ pour mériter la dignité et le respect. » Et en effet, aucun besoin de maigrir ou de réaliser cette opération pour naître – ou renaître.  

La fameuse « Opération renaissance« 

Le thème de l’émission, c’est la chirurgie bariatrique, qui permet de réduire l’estomac, et du parcours de personnes grosses jusqu’à celle-ci. « Loin d’être une solution miracle », Olga regrette qu’elle soit « totalement banalisée par l’émission ». Mathilde appuie, en ajoutant que « cette émission enjolive une opération lourde physiquement et psychologiquement ». Et en effet, cette opération est très lourde. La journaliste nous explique : « [Dans l’émission], on ne montre que très peu l’après : les douleurs, les cicatrices, les compléments alimentaires […] et le passage sur les micro-portions que peuvent manger les opéré·e·s est presque anecdotique, alors que c’est un vrai sujet, qui bouleverse des vies. […] On sait que le suivi psy est justement un des problèmes principaux suite à ces opérations : plus de la moitié des opéré·e·s risquent de devenir suicidaires après l’intervention. Et rien d’étonnant : changement d’alimentation et d’image très très très rapide, qu’il est difficile de suivre, et la réalisation que le bonheur ne tient pas à la minceur est d’autant plus amère.« 

#pasmarenaissance - © Instagram @larenardebouclee
#pasmarenaissance – © Instagram @larenardebouclee

Le retour de bâton de l’émission

Avoir eu l’idée de cette émission est déjà un problème en soi. Mais le pire, c’est de l’avoir diffusée. Surtout après une première polémique, quatre ans plus tôt. Et c’est justement cette diffusion et son impact sur le grand public qui inquiètent les deux militantes. « Je trouve cette émission malsaine car elle continue de propager le schéma d’un·e gros·se malheureux·se qui devient mince et heureux·se », s’exprime Mathilde. « Depuis que les premières images de l’émission ont circulé sur les réseaux sociaux, il y a déjà des minces qui ‘conseillent’ l’opération à leurs collègues ou proches gros·ses, comme si iels étaient médecins, comme si ces personnes n’y avaient pas déjà été encouragé·e·s par un·e soignant·e ou n’y avaient pas au moins pensé une fois, pour se figurer ce que pourrait être la vie sans la grossophobie du quotidien ! Au lieu d’aller questionner les causes sociales de l’obésité (la précarité, les facteurs génétiques…) on se focalise sur les traumas des candidates — sans jamais nommer la grossophobie, ni la questionner, donc, alors qu’elle a pourtant largement marqué leurs parcours de vies. Il faut les faire mincir, vite, pour qu’elles puissent être heureuses APRÈS. C’est faux, et c’est d’une grande grande violence », s’indigne à son tour Olga. 

Comment lutter ? 

#pasmarenaissance - © Instagram @littleorcadiary
#pasmarenaissance – © Instagram @littleorcadiary

Pour espérer que cette émission ne soit plus diffusée, pour arrêter la violence, la meilleure solution est de signer la pétition, de la partager et d’utiliser le #pasmarenaissance. Car plus on sera nombreux·ses à nous opposer, plus on aura de chance d’être entendu·e·s. 

Si comme Olga, Mathilde et nous, vous êtes enervé·e·s par cette situation, on vous invite également à lire la tribune de Gras Politique sur Mediapart.

Article de Clémence Bouquerod