Aussi appelé journée internationale des femmes musulmanes, ce jour (venant ponctuer ce mois de mars qui cristallise les luttes pour les droits des femmes et des minorités de genre) met en lumière les voix des femmes musulmanes dans leur pluralité et leur diversité.

 

Pour l’occasion, des événements en ligne sont organisés par l’association Lallab avec le soutien du média Muslim Girl afin de faire résonner la lutte pour les droits des femmes musulmanes.

Pour prolonger cette mobilisation sur les réseaux sociaux, les hashtags #MuslimWomensDay et #NousSommesPuissantes ont été créés afin que les femmes musulmanes qui le souhaitent partagent leur victoire face au sexisme, au racisme et à l’islamophobie.

Qu'est-ce que le Muslim Women's Day ?

C’est en 2017, aux États-Unis, que le Muslim Women’s Day naît. Il est alors organisé par Amani Al-Khatahtbeh, fondatrice du média américain Muslim Girl.

En France, c’est Lallab qui lance aujourd’hui la 4e édition de cet événement ! L’association mobilise les médias dans le but de montrer la puissance et le pouvoir des femmes musulmanes en récits et en images. Célébrer ces femmes engagées contre les injustices en France et dans le monde ainsi qu’ouvrir de nouvelles conversations pour lutter contre les représentations sexistes, racistes et islamophobes auxquelles elles sont confrontées. 

Avec le soutien et la collaboration de Muslim Girl, Lallab a aussi prévu un programme passionnant et différentes interventions. Le thème de cette année ? « Les Femmes musulmanes : de la puissance au pouvoir collectif ». La marraine de l’événement, qui interviendra à 16h, n’est autre que l’activiste palestinienne et américaine Linda Sarsour, militante pour les droits civiques et co-organisatrice de la Marche des Femmes 2017 à Washington !

Lallab, association féministe et antiraciste

« Lallab » est un terme inventé à partir de la combinaison des mots « Lalla » (« madame » en arabe) et « Lab » (pour « laboratoire »). Ce néologisme fait référence à un laboratoire d’idées et de rencontres à vocation féministe et antiraciste. 

Créée en 2015, l’association Lallab a pour objectif de faire entendre les voix et défendre les droits des femmes musulmanes qui sont au cœur d’oppressions sexistes, racistes et islamophobes. De quelle manière ? En leur donnant des moyens (un environnement, des ressources et des outils) pour être actrices de leurs propres chemins d’émancipation, sans être jugées.

Lallab veut répondre à un besoin délaissé par le système politique français et européen de lutte contre les discriminations, en construisant des solutions concrètes et spécifiques aux femmes musulmanes. 

Il y a quoi, au programme de ce 27 mars ?

10h30 – 10h45 

Lancement du Muslim Women’s Day

10h45 – 12h

Table ronde : « Violences sexistes et sexuelles : les femmes brisent le silence et reprennent le pouvoir » avec Mah Simpara (vice-présidente Lallab), Massica R (militante Femmes En Lutte 93), Laurence Meyer (juriste et membre Mwasi), Pulan Devii  (créatrice du podcast « Ni ton Hindou ni ton Pakpak »)

 12h – 12h20

Talk : «Notre responsabilité collective à briser l’omerta autour des violences sexuelles : il y a urgence ! » par Asiya Bathily, sensibilisatrice aux violences sexuelles

14h30 – 15h45

Table ronde : «Femmes musulmanes : organisons notre pouvoir collectif !» avec Bintou Tounkara (membre Lallab), Fatima Zohra Ait El Maâti (fondatrice Imazi.reine), Asmaa Ibnouzahir (présidente et directrice Institut F), Sana S (militante Alliance_citoyenne)

16h – 17h

Talk : «Le pouvoir par l’auto-organisation» par Linda Sarsour, marraine de l’événement

17h – 17h20

Clôture artistique : présentation du livre Musulmanes du monde (éd. Faces Cachées) avec Elise Saint-Jullian (journaliste) et LK.Imany (illustratrice)

La retransmission se fera en Facebook Live ; l’inscription est obligatoire pour accéder au lien Zoom, participer aux conversations et poser des questions !

Comment soutenir la lutte ?

  • Vous renseigner, vous éduquer (le site Internet de Lallab, qui opère comme un magazine, regorge d’informations et de ressources), amplifier les voix des concerné.e.s
  • Participer aux événements liés aux luttes pour les droits des femmes musulmanes
  • Faire un don, à hauteur de vos moyens, en vous rendant dans l’onglet « Soutiens-nous» du site Internet de Lallab
  • Devenir bénévole au sein de Lallab et/ou aider en fonction de vos compétences – écrire des articles, réaliser des interviews ou des vidéos, communiquer et illustrer, animer des ateliers, organiser des événements, lever des fonds, gérer des données

Jetez aussi un coup d’œil au beau projet documentaire Women Sense Tour in Muslim Countries de l’association ! 

 

Article par Ambre Gozlin-Frobert 

Avant-hier, les quatre élues démocrates Alexandria Ocasio-Cortez (New York), Ilhan Omar (Minnesota), Ayana Pressley (Massachusetts) et Rashida Tlaib (Michigan) ont été réélues à la Chambre des représentants américaine. Les élections américaines du 3 novembre 2020 ont, entre autres, défini un tiers des membres du Sénat (Chambre haute) et de la Chambre des représentants (Chambre basse), qui forment ensemble le Congrès américain. 

« The Squad » 

PHOTO : GETTY IMAGES
De gauche à droite : AOC, Ayanna Presslay, Ilhan Omar, Rashida Tlaib

Ces quatre politiciennes issues de minorités ethniques, souvent désignées comme formant « The Squad », ont été maintes fois la cible de commentaires racistes de Donald Trump. Le nom « The Squad » est devenu viral après avoir été utilisé pour la première fois par Alexandria Ocasio-Cortez (AOC) sous un post Instagram suite à l’élection législative de 2018. Toutes ayant moins de 50 ans, elles sont perçues comme étant un nouveau visage du parti démocrate à l’avenir prometteur.

Politiquement, les quatre élues appartiennent à l’aile gauche des démocrates et prennent régulièrement la défense de mesures climatiques ambitieuses, d’un accès aux soins pour tous;tes les Américain.e.s et autres causes progressistes.

Qui sont-elles ?

Alexandria Ocasio-Cortez est pressentie comme étant l’étoile montante du parti démocrate américain depuis son élection en tant que plus jeune membre du congrès américain en 2018. Elle incarne la voix de la jeunesse progressiste pour le 14e district de New York (une partie du Queens et le Bronx) et revendique son adhésion au mouvement socialiste démocratique, c’est-à-dire le courant gauche du parti démocrate. Pendant sa campagne de 2018, elle s’est démarquée par sa gestion très « millennial » des réseaux sociaux, et par sa stratégie de cibler des électeur.trice.s traditionnellement abstentionnistes. Depuis, elle jouit d’une popularité grandissante parmi l’électorat démocrate en soutenant des causes comme une assurance-maladie pour tous.tes ou un college (université américaine) public gratuit.

PHOTO : MARIO TAMA / GETTY IMAGES
Ayanna Pressley & Alexandria Ocasio-Cortez

L’avenir politique d’Ayanna Pressley semble également prometteur : première femme afro-américaine élue au conseil de Boston il y a 10 ans, Pressley souhaite apporter un « leadership activiste » au Congrès, dit-elle en 2018 après son élection.

Ilhan Omar et Rashida Tlaib sont les deux premières femmes musulmanes à accéder au Congrès américain.

PHOTO : NURPHOTO
Rashida Tlaib & Ilhan Omar

Représentante du Minnesota élue en 2018 à la Chambre des représentants, Ilhan Omar est de plus la première femme d’origine somalienne à être élue dans une assemblée législative américaine. Son ambition politique se centre sur la création d’une société américaine multiculturelle et sur un accès à l’éducation et à la formation des personnes défavorisées.

Rashida Tlaib, elle, se distingue par sa forte critique des relations israélo-américaines et est la première palestino-américaine à être élue Congresswoman. Elle s’inscrit dans le même mouvement socialiste démocrate que AOC, Ayanna Pressley et Ilhan Omar, et a défrayé la chronique il y a deux ans pour ses attaques virulentes envers Donald Trump.

La victoire du Squad à la Chambre des représentants était prévue. Si les sondages prédisaient une victoire relativement facile aux quatre élues, les Démocrates espéraient également pouvoir étendre leur nombre de sièges au sein du Congrès. AOC estime ainsi que Joe Biden ne s’est pas assez occupé de l’électorat latino-américain pendant sa campagne pour la présidentielle, perdant des votes précieux en faveur des Démocrates.

« Ce n’est que le début »

« Notre sororité est solide », a tweeté Ilhan Omar pour célébrer la victoire du Squad, précisant qu’elle « croit en [leur] pouvoir. Et ce n’est que le début ». Bien qu’une présidence Trump serait un obstacle majeur à leurs ambitions, le Squad compte bien continuer dans sa lignée et impulser le changement sur les scènes politique, sociale et économique américaines.

Surtout que ce ne sont pas les seules nouvelles positives des dernières élections ! De nombreux.ses candidat.e.s démocrates appartenant à des minorités ont remporté un siège au Congrès américain mercredi dernier.

PHOTO : GETTY IMAGES
Sarah McBride

Parmi les 547 candidat.e.s LGBTQIA+ inscrit.e.s (ce qui représente déjà un record), au moins 35 ont été élu.e.s ! Au Sénat américain, l’élue Sarah McBride est la première femme transgenre à atteindre un poste aussi élevé dans l’histoire des États-Unis. À 32 ans, Ritchie Torres devient le premier afro-latino-américain homosexuel à siéger à la Chambre des représentants, aux côtés de Mondaire Jones, 33 ans, qui se revendique fièrement afro-américain et homosexuel. Kim Jackson devient la première sénatrice de Géorgie à se dire ouvertement appartenir à la communauté LGBTQIA+, et l’activiste de Black Lives Matter Cori Bush remporte un siège à la Chambre des représentants (État du Missouri). 

Ces résultats sont sans aucun doute une victoire pour la représentation des minorités sur la scène politique américaine. Sarah McBride tweete après sa victoire : « J’espère que cette soirée montrera à un enfant LGBTQ que notre démocratie est assez grande pour elleux aussi ». 

Article d’Inès Paiva

Pour la première fois dans l’histoire des États-Unis, une femme amérindienne a reçu au printemps 2019 le très prestigieux titre de U.S. Poet Laureate, une récompense accordée par le Congrès à un artiste qui endossera le rôle de « poète officiel du pays » le temps de son mandat, d’un an renouvelable. Cette femme, c’est Joy Harjo, poétesse, musicienne, écrivaine, de culture creek. En France, les éditions Globe viennent de publier son autobiographie, Crazy Brave, incroyablement puissante sur la force de l’art, de la poésie et sur la violence et les oppressions que subissent les peuples autochtones depuis des générations.

« Le pouvoir de la poésie est ce qui nous réunit tous.tes aujourd’hui », répond Joy Harjo avec émotion aux longs applaudissements qui l’accueillent le soir de son tout premier discours donné en tant que poétesse officielle des états-Unis à la bibliothèque du Congrès (Library of Congress), à Washington, en juin 2019.

Rencontrer le monde

La poétesse et musicienne de 68 ans est la 23e poétesse lauréate des états-Unis, la toute première Native-Américaine à recevoir ce prix très honorifique et, ce soir-là, toute la salle se lève pour acclamer l’artiste qui tient son saxophone de sa main tatouée, cette main avec laquelle elle écrit, elle compose, elle lutte. L’honneur et la responsabilité de représenter sa communauté à une échelle nationale et de lui donner une voix gouvernementale – Joy Harjo peut en effet être amenée à discuter avec le gouvernement en place si l’occasion se présente – sont immenses, pour cette femme dont le destin, si on l’avait écouté, en aurait peut-être décidé autrement.

Dans ses mémoires publiés en 2012, Crazy Brave, et désormais disponibles en français aux éditions Globe (son seul ouvrage disponible en français), la poétesse revient sur les premières années de sa vie, celles avant qu’elle ne devienne l’artiste accomplie et féministe engagée qu’elle est aujourd’hui. Elle y mêle souvenirs de jeunesse à la manière d’un parcours initiatique, poésie et rêveries, la beauté des mots servant parfois l’horreur de la condition de son peuple.

https://www.instagram.com/p/CGWGbrZF0Bf/

Un livre pour se souvenir

Crazy Brave, le titre, est un clin d’œil à son nom creek, la tribu de son père et donc la sienne, signifiant « so brave you’re crazy ». Tellement courageuse que tu es folle – un nom comme une prémonition. Car il en aura fallu du courage à cette petite fille, descendante de guerriers, pour surmonter les épreuves imposées par la vie. Il y eut tout d’abord la violence d’un père alcoolique qu’elle ne revit jamais, le jour où sa mère décida de partir et d’emmener avec elle ses quatre enfants. Il y eut celle plus terrible encore de son beau-père, un homme blanc au racisme évident et d’une violence inouïe, dont l’intolérance alla jusqu’à empêcher sa mère de chanter pour toujours. Il y eut ensuite celle des hommes qu’elle a aimés qui ne lui offrirent guère mieux qu’une vie de femme battue et enfermée dans la misère et la pauvreté.

Il y eut aussi la violence, plus sourde et plus profonde encore, d’être née dans une société qui ne voulait pas d’elle, de ce qu’elle était, de ce qu’elle représentait. Une société dont les agissements envers elle et son peuple manifestaient le désir intense de les voir disparaître. Toutes les autres violences découlant, finalement, de cette dernière.

Ouvrir les yeux

La voix des Amérindien.ne.s est une voix que le monde n’entend jamais, que le monde ignore, chargée d’une histoire tragique totalement tue et opprimée. Ainsi, que des livres comme celui-ci parviennent enfin jusqu’à nous est une bonne nouvelle : enfin, l’histoire de toutes ces communautés brisées commence à traverser les frontières. Les éditions Globe avaient déjà publié l’année dernière un livre important, La Note américaine de David Grann, qui rendait publique l’histoire terrible de la tribu osage, sacrifiée sur l’autel du pétrole et du profit dans les années 20. Ce livre va bientôt devenir un film, réalisé par Martin Scorsese.

Pourtant, les injustices et les violences que vivent les peuples autochtones au Canada et aux états-Unis sont toujours une réalité. L’an passé, des groupes de femmes ont sillonné les états-Unis à moto pour manifester contre les disparitions et les meurtres grandissants de femmes amérindiennes. en guise d’exemple, un rapport datant de 2017 publié par le National Congress of American Indians énonçait qu’en Alaska, une Amérindienne sur trois est violée dans le courant de sa vie et que les taux d’homicide et les violences de manière générale contre les femmes sont dix fois supérieurs à la moyenne dans les réserves. Et tous ces crimes restent, pour la plupart, toujours impunis aujourd’hui.

Ainsi, s’il existe désormais une certaine reconnaissance de la part de toute une partie de la population, notamment grâce aux artistes – comme Ofelia Zepeda et Rita Mestokosho – qui font de la mémoire de leur peuple une véritable bataille, la réalité des peuples natifs est souvent synonyme de violence et d’inégalités.

Joy Harjo eut très vite conscience de cette injustice. Pendant longtemps, elle fut une des seules voix des Amérindien.ne.s. Aujourd’hui, son statut de poétesse officielle du pays fait peser sur ses épaules un poids de l’ordre du sacré. elle a même avoué avoir toujours su au fond d’elle avoir été dotée d’une responsabilité à l’égard de son peuple, son pays, tout autant qu’envers la nature qui l’entoure, s’inscrivant dans une tradition amérindienne de protection et de connexion avec la terre.

Crazy Brave raconte enfin, et surtout, sa découverte salvatrice de la poésie. Une poésie qu’elle va utiliser dès son plus jeune âge pour parler de son expérience de femme amérindienne, pour exprimer ses angoisses et ses craintes. Elle manie les mots comme d’autres manient des armes : « Remember your birth, how your mother struggled to give you form and breath. You are evidence of your life, and her mother’s, and hers », extrait de son poème « Remember ». En français : « Souviens-toi de ta naissance, comment ta mère a lutté pour te donner forme et souffle. Tu es le témoignage de sa vie, de celle de sa mère, et tu es elles toutes. »

Sa poésie est une lutte, une lutte dans laquelle le passé, le présent et le futur s’entremêlent. Joy Harjo est une passeuse d’histoire et une porte-parole des temps présents. Avec une conscience, toujours alerte et active, des réalités qui se dessinent au loin.

Crazy Brave, Joy Harjo, traduction de l’anglais par Nelcya Delanoë et Joëlle Rostkowski, éd. Globe, 19 €

Article du numéro 47 « Renaître » par Marine Stisi

Ô menstruation, douce menstruation, satanée menstruation. Chaque mois, on te côtoie, on te ressent, on te voit. Tu rougis devant nous et on pâlit devant toi. Loin d’être transparentes, ta colorimétrie et ta composition gardent encore quelques secrets pour nous. Allez, dis-nous tout.

À force de l’appréhender, mois après mois, année après année, nous avons compris que le sang menstruel n’était pas le même que celui qui coulait dans nos veines : ni aussi rouge ni aussi liquide. Comment l’expliquer ? Qui est-il ? D’où vient-il ?

Le résultat d’une composante interne 

À chaque fin de cycle ovulatoire, si fécondation il n’y a pas eu, les hormones comme l’œstrogène, la FSH et la LH chutent. Cette baisse hormonale indique à l’organisme que l’évacuation de la partie superficielle de la muqueuse utérine doit avoir lieu. Morceaux d’endomètre, sécrétions vaginales cervicales, sécrétions du col de l’utérus et sang se retrouvent ainsi expulsés par le vagin et s’écoulent durant 3 à 7 jours en moyenne. C’est ce que nous nommons les menstruations. 

Sous contraception, comme la pilule, l’anneau ou le patch, l’ovulation est stoppée et l’endomètre se développe beaucoup moins. Il peut se dissoudre sous l’arrêt du contraceptif, mais ce n’est pas une obligation. Son écoulement peut donc être moins abondant. Celles que nous appelons « règles » sont en réalité des « hémorragies de privation ». Des saignements, issus de la déconstruction de cet endomètre, survenant face à la privation d’hormones délivrées habituellement par le contraceptif.  

Un nuancier de rouge 

Marron, rouge, rose, orange ? La couleur des pertes peut varier en fonction du cycle menstruel. En début et fin de cycle, il y a plus de chances que le sang ait été en contact avec l’oxygène, il peut donc être marron, car plus oxydé. Puis, il y a aussi cette nuance de rouge, le vif, celui que l’on se représente le plus dans l’imaginaire. S’il est signe de bon flux, il reste cependant à surveiller. Surtout si les pertes de sang se produisent souvent ou anormalement hors du cycle. Cela peut être le résultat d’infections sexuellement transmissibles, comme la chlamydia ou la gonorrhée. 

Il arrive également que le sang se présente de manière rosée. Ce rose peut apparaître comme la résultante d’un sang menstruel mélangé au liquide cervical, de micro-déchirures du vagin ou du col de l’utérus, diluées dans des sécrétions vaginales, ou d’un simple écoulement moins abondant (dû à la contraception). Une perte de poids, une mauvaise alimentation, et une anémie peuvent aussi en être les causes.

Et si ce rouge habituel vire au orange ou au gris, il n’est pas un impossible qu’une infection ou une bactérie en soit à l’origine. Surtout, s’il s’accompagne d’odeurs et de démangeaisons. La colorimétrie des règles peut fluctuer, mais au moindre doute, il est important de se rapprocher d’un.e gynécologue ou d’un.e professionnel.le de santé.

Du sang en or 

Le sang menstruel, parce que toujours tabou, peut encore paraître mystérieux. Ne dit-on pas qu’en chaque mystère se cache une part de vérité ? En 2007, comme l’évoque le Nouvel Obs, des scientifiques ont découvert que le sang des règles pouvait être thérapeutique. Il renfermerait des cellules souches pouvant se multiplier très rapidement. Ces dernières pourraient ainsi devenir des médicaments et aider pour soigner, calmer les cancers, les maladies cardiaques, ou la maladie de Parkinson. Notre cher sang menstruel n’a jamais été aussi précieux. Alors, si ses cellules peuvent améliorer les conditions de vie d’autrui, pouvons-nous dire que red is the new gold ? 

Article de Marie Le Seac’h 

#MoiAussiJaiPeurDevantLaPolice. Le hashtag à l’initiative de la militante Assa Traoré en soutien aux propos coup de gueule de Camélia Jordana dans l’émission ONPC résonne avec autant de force que le cynisme et la malhonnêteté intellectuelle de la réponse gouvernementale, dont le but est d’esquiver encore une fois le problème de fond. Les mots de la chanteuse et comédienne sont pourtant clairs : « Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic […] Il y a des hommes et des femmes noir.e.s et arabes qui se font contrôler quotidiennement et fracasser pendant le confinement, c’est un fait. »

Photographie de Justine Brabant

Faut-il rappeler à nos dirigeant.e.s politiques et aux institutions policières les cas de Zyed, Bouna, Adama, Théo, Liu, Cédric, et plus récemment ceux de Ramatoulaye, Yassim et Sofiane, roué.e.s de coups et/ou agressé.e.s au taser par des policiers et des agents de la BAC lors de 3 contrôles d’attestation distincts pendant le confinement ? Alors même qu’elle et ils n’avaient commis aucune infraction… sinon d’être de jeunes racisé.e.s dans leur quartier de banlieue.  Faut-il rappeler le cas du motard de Villeneuve-la-Garenne, intentionnellement percuté par une voiture de police banalisée, selon les nombreux témoins de la scène, ou la mort de Mohammed, un sans abri décédé dans la cour d’un commissariat de Béziers ? 

Le malaise et la grande défiance qui existent entre la police française et une partie de la population, qu’elle soit issue des gilets jaunes, des manifestations d’étudiant.e.s et de retraité.e.s ou des quartiers populaires, ont lieu d’être. Nombreuses sont les associations et ONG, dont la Ligue des Droits de l’Homme, qui condamnent le racisme et l’homophobie endémique de la police, l’usage illégal, illégitime, non justifié, non nécessaire et disproportionné de la violence ainsi que la radicalisation systémique d’une police protégée par l’État, laissant à penser que les extrêmes ne sont pas à la porte du pouvoir, mais déjà au pouvoir dans la rue et les commissariats. Cette violence policière débridée s’abat principalement sur les quartiers populaires, où, post-confinement, on fait la chasse aux matchs de foot entre ami.e.s alors que la rue des Batignolles et les quais de Seine sont bondés de Parisien.ne.s qui se dorent gaiement au soleil, pinte de bière à la main, sans une once d’inquiétude. Deux quartiers, même ambiance, deux sentences.

(Photos by Stephen Maturen/Getty Images, Richard Tsong-Taatarii and Carlos Gonzalez/Star Tribune via Getty Images)

L’intolérable différence de traitement entre les uns et les autres est aussi saisissante que l’effroi et la douleur provoqué.e.s par les vidéos qui font surface sur les réseaux sociaux et qui montrent la violence policière à l’oeuvre. Celle de George Floyd, noir américain tué en pleine rue par les forces de l’ordre de Minnesota (États-Unis) pour une suspicion de chèque en bois (!), alors même que des manifestants anti-confinement blancs paradaient et brandissaient tranquillement des armes de guerre de type AK-47 dans ces mêmes rues deux semaines plus tôt, est un énième exemple du racisme endémique et structurel qui existe également dans la police Outre-Atlantique. 

Les bavures policières sont évidentes et couvertes systématiquement par l’appareil étatique – la citoyenne Camélia Jordana a très justement pointé du doigt que la majorité des affaires mettant en cause la police se termine par un non-lieu, sans aucune condamnation ferme de l’État. Preuve à l’appui, cette proposition de loi (datant du 26 mai 2020, à l’initiative d’Éric Ciotti) qui rendra « non identifiables les forces de l’ordre lors de la diffusion d’images dans l’espace médiatique ». Le constat est sans appel : la technique d’esquive et la protection étatique des policier.ere.s (devenu.e.s soudainement victimes) sont une machine implacable et bien huilée. La difficulté du métier de policier.ere.s n’excuse pas de tuer et d’être au-dessus des lois de la République. 

Merci à Camélia Jordana de rappeler que « le combat est tel qu’on ne peut pas se permettre de le minimiser ». Merci à Camélia Jordana de lancer un énième pavé dans la mare.

Article de PK Douglas

Les mots ont parfois plus d’impact qu’on ose le croire. Alors non, ils ne laissent pas de marques bleues ou violacées sur notre corps. Par contre, ils peuvent rester en nous de manière indélébile. S’en soigner devient un véritable combat quand leur lame lacérée nous a touché.e. Et alors, mêmes les paroles les plus douces auraient du mal à tout effacer. On se définit à travers eux, on se constitue sous leur poids.  

Illustration de @la_vouv

Les mots ont résolument un impact, et la bienveillance ne doit jamais être prise à la légère. On retrouve @loisedewildeman, notre social media manager et directrice artistique digitale, témoignant de cette douleur infligée par les mots.

« Plus violents qu’un coup, plus blessants qu’une insulte, les mots sont une arme redoutable. (Trop) vite dits, ils continuent souvent de résonner pendant des années. « Tu es moche », « Tu es grosse », « Tu ne sers à rien », « Personne ne t’aime et ne t’aimera jamais », « Je ne comprends pas ce que ce garçon peut bien te trouver ». Ces mots vivent encore en moi, presque 7 ans après qu’ils aient été prononcés.

Avec le temps et grâce au travail de ma thérapeute, je commence à m’en détacher. Mais je les subis toujours, ils me font mal, ils s’attaquent à mon amour propre, à toutes mes relations. Il m’arrive de les oublier, puis ils reviennent envahir mes pensées à la moindre erreur, et exacerbent ma culpabilité. Ils ont une réelle emprise sur moi et je sais que le chemin à parcourir pour qu’ils n’en aient plus est encore long.

Il se peut qu’un jour, vous ayez dit une chose qui blesse quelqu’un aujourd’hui encore. Avoir conscience du poids de ses mots est une incroyable qualité, c’est savoir se maîtriser et respecter la personne à laquelle on s’adresse même lorsque la colère semble plus forte. 

Alors, faisons attention à tous ces mots que l’on dit « sans vraiment les penser » ou en pensant que demain, ils seront oubliés. Si c’est à vous qu’ils ont été adressés et que vous ressentez le besoin d’en parler, ne minimisez pas notre douleur et n’ayez pas honte de vous faire aider. »

En 2019, dans une enquête menée par Yellowbrick, centre psychiatrique de l’Illinois, auprès de 2 000 milléniaux, 68 % des répondant.e.s étaient d’accord pour dire qu’ils.elles ne s’identifiaient qu’à travers leur emploi. Nous n’allons pas nous mentir, notre travail représente une partie très importante de notre vie. S’il nous permet parfois de nous échapper, de pratiquer une activité que nous aimons, il peut aussi être rapidement celui qui nous enferme dans des cases et nous définit au-delà de notre propre personne.

Vous êtes là, à l’école maternelle, vous et vos 4 ans trois quarts et vous entendez déjà cette question retentir à l’autre bout de la cour de récré. Et toi, qu’est-ce que tu seras plus tard ? 

Au début, vous souhaitiez « être » astronaute, enseignant.e, caissier.e, infirmier.e, mécanicien.ne. Oui, vous souhaitiez « être ». Un verbe qui en dit long sur la manière dont vous étiez en train de vous constituer. Au fond, ce job fictif se résumait déjà à qui vous seriez une fois adulte. C’était un jeu, vous vous amusiez à revêtir plusieurs identités. Puis un jour, vous les avez tellement bien portées que vous avez fini par les intégrer. Aussi récalcitrante qu’un chewing-gum collé sous la semelle de votre chaussure, cette question vous a suivi.e durant des années. 

« Alors, tu deviens quoi ? » – « En ce moment, je suis journaliste ! » Attendez… Est-ce vraiment la première carte de votre personnalité que vous tendez lorsque vous rencontrez quelqu’un ? N’êtes-vous pas, avant tout, heureux.se ? Vivant.e ? Fièr.e des valeurs que vous prônez ? Et si vous vous posiez deux minutes et tentiez d’imaginer cette scène sans inclure votre emploi dans la présentation ? À quel point cela serait difficile pour vous ? Votre vie est devenue une course contre la montre, et chaque tic tac de l’horloge vous appelle à travailler. Sans même vous en rendre compte, vous êtes devenu.e un contrat, une activité. Votre personne est passée au dernier plan. 

Parmi les répondant.e.s de l’étude, 96 % disent avoir été affecté.e.s par le burn out à un moment donné de leur vie. Eh oui, s’identifier à son travail, c’est se donner plus de chances d’en être tributaire. S’identifier à son travail, c’est aussi plus de risques de perdre pied ! Et la dépression n’est pas à prendre à la légère.

Avant d’être un emploi, vous êtes quelqu’un. Vous êtes une personne qui peut porter tous les métiers du monde et jongler avec tant qu’elle le souhaite. Tant qu’elle garde en tête qui elle est, qu’elle vaut son pesant d’or, en dehors de son activité professionnelle. Parce qu’au bout du compte, c’est absolument tout ce qui importe. 

Au fond de la cour, assis.e sur le banc, à la pause café avec les collègues, à une soirée entre ami.e.s, n’oubliez pas ce mémo fait à vous-même : quand vous serez grand.e, vous serez vous-même. 

Article de Marie Le Seac’h

Aujourd’hui, en France, une femme sur 10 est touchée par l’endométriose. Pourtant, cette maladie inflammatoire chronique reste peu entendue, peu diagnostiquée. De la douleur à la fatigue en passant par les crampes et maux en tout genre, les symptômes sont divers et variés. Les quotidien des personnes qui en sont atteintes peuvent parfois être un véritable enfer.

Pour mieux le comprendre, on vous propose, grâce aux mots précieux d’Alexandra, aka @hstalex, de plonger dans une journée type, en compagnie de l’endométriose.

08h15 : Réveil. Première pensée : la douleur. Côté gauche aujourd’hui : bas ventre, dos, hanche. Tu as dormi 5h, c’est mieux qu’hier ! Tu enfiles ton leggings informe, pas franchement flatteur, mais tant pis, c’est le seul vêtement qui n’accentue pas les douleurs.

11h56 : En train de t’étirer dans des positions absurdes dans les toilettes du bureau. Des postures apprises avec ta kiné pour te soulager. C’est un échec. Tu prends 2 anti-douleurs et retourne travailler.

15h33 : Message Facebook. « J’ai parlé avec l’amie de ma cousine hier, elle avait de l’endométriose, comme toi. Depuis sa grossesse elle est guérie, tu sais ! » Pas la force d’expliquer que chaque cas est complètement différent, qu’on ne « guérit » pas d’une maladie chronique comme l’endométriose (mais que les symptômes peuvent par contre diminuer d’intensité et être gérable). Tu ne parleras pas non plus de ta fausse couche et des médecins qui te disent que la maladie progresse vite. À 25 ans, on te demande de considérer le fait de ne pas pouvoir avoir d’enfants.

20h10 : Tu devais prendre un verre avec une amie, mais la douleur est intenable, tu as dû rentrer. « Tu ne fais pas d’efforts ». Faute de cocktail, tu décides de te faire une tisane. Tu te retrouves avec une tasse d’eau froide à la main et pas de portable. Crevée, c’est lui que tu as posé dans le micro-ondes. Bon. Au moins, tu ne l’as pas allumé !

01h50 : La douleur parle toute seule, compagne d’insomnie. « Mal, mal, mal… » Allez, ça va, c’est le week-end, tu vas pouvoir récupérer. Tu commences enfin à sombrer. Dernière pensée : « Euh, mais c’est pas demain tes règles ? »

Tout mon amour et mon soutien aux personnes touchées par cette maladie qui, bien au-delà de règles douloureuses, peut impacter tellement d’aspects de nos vies. Vous êtes des guerrier.es !

Aujourd’hui retentit la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie. L’occasion de prendre la parole pour sensibiliser et lutter aux côtés des communautés LGBTQIA+. 

Photographie @jpandthomas

Une homophobie et une transphobie d’État

Créée en 2005 par Louis-Georges Tin, un universitaire français luttant contre l’homophobie et le racisme, cette journée fait écho au 17 mai 1990 : date où l’OMS a cessé de considérer l’homosexualité comme une maladie mentale. Pourtant, même si les choses ont depuis avancé, la partie n’est pas gagnée. Homophobie et transphobie courent toujours les rues, et les pays.

Aujourd’hui, plus de 70 États interdisent l’homosexualité. Pour une dizaine d’entre eux, comme le Soudan, le Nigéria, l’Iran, le Pakistan ou le Yémen, l’homosexualité est encore passible de peine de mort. « C’est une forme de discrimination, à mettre au même plan que les autres, même si elle a des particularités. Ce n’est pas celle qui tue le plus dans le monde, mais c’est celle qui pose le plus gros problème philosophique. Aucune autre minorité n’est interdite dans plus de 70 pays. L’homophobie d’État est encore très répandue… », évoquait Louis-Georges Tin dans un entretien avec France 24, en 2019. 

L’actualité nous rappelle, quant à elle, que la transphobie d’État n’est qu’à deux doigts d’éclore. Lundi 18 mai, le parlement hongrois examinera une loi discriminatoire à l’encontre des personnes transgenres et intersexes. L’article 33 de ce projet de loi T/9934 entend redéfinir le genre comme étant « le sexe biologique, basé sur les caractéristiques sexuelles primaires et les chromosomes ». Seul le sexe déterminé à la naissance figurerait sur les registres de l’état civil, sans modification possible au long de la vie de l’individu. Amnesty International dénonce ce projet de loi comme étant « contraire aux valeurs européennes ». Personnes transexuelles et homosexuelles font front aux discriminations et aux violences quotidiennes.

Des violences toujours présentes

Pour se rendre compte des violences homophobes et transphobes, il ne suffit parfois pas d’aller très loin. SOS homophobie estimait dans son dernier rapport réalisé en 2018, que 41 % des cas signalés dans le cadre d’une LGBTphobie globale étaient liés aux réseaux sociaux et aux forums de discussions.

Bilal Hassani, chanteur homo, queer, racisé et représentant de la France à l’Eurovision 2019 en faisait les frais l’année dernière. Victime d’une campagne de haine homophobe en ligne, de tweets injurieux, de menaces de mort, le jeune homme décidait de déposer plainte contre X. Son avocat expliquait alors, auprès d’Europe 1, qu’il fallait que « les personnes qui se croient protégées par l’anonymat derrière leur ordinateur soient inquiétées . » « On ne peut plus insulter, menacer, appeler au meurtre sur Internet sans que les associations de lutte contre l’homophobie réagissent. »

En France, selon ce rapport de SOS homophobie, une agression physique LGBTphobe était recensée toutes les 36 heures en 2018. Et sur le dernier trimestre de 2018, c’était une agression par jour qui était enregistrée. Ces violences opèrent dans les lieux publics (35 % des cas), dans le voisinage (15%) et dans l’environnement familial (14%). Le cercle familial n’est pas toujours un havre de paix où l’homosexualité et la transexualité sont entendues. Comme le rappelait d’ailleurs Anthony Vincent, journaliste présent lors de notre émission dédiée aux orientations sexuelles et amoureuses quand elles ne sont pas hétérosexuelles, « le coming out reste un privilège ».

Illustration @so_gay_life

Il rappelait aussi, fermement, que la prise de position n’est pas vaine. « La représentation compte énormément du côté des allié.e.s. Moi, ça m’aurait énormément aidé de voir que quelqu’un de ma famille prenait la défense des personnes LGBT à table, un jour ou l’autre. » Les allié.es ont du poids : se positionner, défendre, épauler, fait la différence.

Article de Marie Le Seac’h

Si le confinement a parfois eu du bon pour le repos et l’évasion spirituelle, l’enfermement a aussi pu réveiller ou accentuer certaines angoisses, jusque-là, parfois en sommeil. Une pandémie, un isolement, une hyperproductivité, une pression accrue, des incertitudes, des pensées en roue libre : sans crier gare, les angoisses étaient là.

Illustration @ccdesignart

Un temps anxiogène

Les symptômes d’angoisse sont divers et variés. Nous pouvons nous réveiller en pleine nuit, et manquer d’air. Partir dans nos songes, et réaliser que notre rythme cardiaque s’emballe. Être en nage. Trembler, pleurer, être apeuré.e. Avoir des nausées, des vertiges, des maux de tête et des douleurs dans tout le corps. Une chose est sûre : ces derniers mois n’ont pas été propices à leur disparition. 

Lucie Brémeault, jeune Parisienne de 30 ans, écrivaine, photographe et anxieuse depuis des années, revient sur ses premières semaines de confinement, pas toujours bien vécues. « J’avais un point dans le dos, dans la gorge et d’énormes difficultés respiratoires. J’étais persuadée d’avoir attrapé le Covid, tout simplement car ces symptômes m’étaient étrangers. J’ai parlé avec un médecin et même le Samu, qui eux n’étaient pas inquiets. Mais rien à faire pour me faire changer d’avis. » 

Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé, le rappelait début mars : « Il est normal de se sentir stressé.e, perdu.e ou apeuré.e durant une crise ». La situation actuelle, que nous soyons confiné.e.s ou déconfiné.e.s est anxiogène, c’est un fait. 

Cohabiter avec un virus insaisissable, digérer l’information qui, tous les soirs, nous dévoile le nombre de décès de la journée, ce n’est pas anodin et ça laisse des marques. « Cette période de « danger » sanitaire renforce l’idée qu’il va nous arriver quelque chose, que nous allons probablement mourir. Je pense que les gens souffrant d’anxiété ont besoin de se sentir rassurés, de savoir que “tout va bien aller», assure la jeune femme. 

Prendre du temps pour soi, respirer 

Alors, que faire quand l’angoisse décide de s’implanter ? Bon nombre d’activités étant toujours restreintes, Lucie conseille tout ce qui pourrait apaiser, en réalisant une gymnastique créative. « Ce qui m’aide en ce moment, c’est de jouer à des jeux vidéos ! J’ai massacré plein de gens en ligne et ça fait du bien, ça détend (Rires) ! Prendre des bains, jouer avec mes chats, prendre des photos (des autoportraits pour le coup), essayer de faire du art latte (découvrir que je n’y arrive pas), faire du ménage, nettoyer des trucs bien sales à l’eau de javel (comme la poubelle), faire du tri, faire des siestes en s’endormant devant un dessin animé, préparer des produits de beauté maison… »

Il peut aussi être essentiel de parler de ses angoisses avec quelqu’un : à un.e ami.e, de la famille, son ou sa partenaire, un.e professionnel.le ou des groupes d’écoutes. Pas très loin sur la sphère virtuelle, des comptes dédiés à l’anxiété, pendant cette pandémie, se déploient. Parmi eux, Corona_Anxieux_United, invitant à prendre la parole si besoin. 

https://www.instagram.com/p/CAFlsd4gZB2/

Envisager « l’après » 

Et s’il est important de se prémunir, c’est que tôt ou tard, nous allons rebondir. En France, l’annonce du déconfinement a été teintée de soulagement, mais aussi d’inquiétudes et d’angoisses. Certaines personnes semblent avoir repris le cours de leur vie, du moins, en apparence. Le télétravail reste souvent de mise et beaucoup décident de rester confinées et de limiter allées et venues. Comme coincé.e.s entre deux mondes, il serait normal d’être perdu.es.

L’isolement, l’injonction à l’hyperproductivité, les phénomènes de violences ont pu laisser des traces pendant le confinement. Se préserver, aller à son rythme face à ce retour progressif de la vie, reste la meilleure des solutions. Ceci, Lucie ne le perd pas de vue. « Ne vous mettez pas la pression, ne vous forcez pas à participer à des choses parce que ça y est, on est enfin libre. L’excitation générale peut être source d’angoisse, car trop d’émotions à gérer d’un coup. Écoutez-vous, pensez à vous et retournez chez vous si vous en avez besoin, même si vous y avez passé deux mois durant. Là où vous devez être, c’est là où vous vous sentez bien. Point. » 

Article de Marie Le Seac’h 

Cher confinement, sache que tu n’auras épargné personne. Ni les êtres, ni les cœurs. Quelques mois en arrière, nous avons entendu que ta venue avait été fatale pour certaines relations à l’étranger. À notre tour, nous avons observé ces couples qui faisaient le choix de vivre ce moment séparément. Mais, au fond, est-ce que nous nous attendions vraiment à être témoins de toutes ces ruptures amoureuses ? À se retrouver soi-même, à panser son cœur en pleine pandémie ? 

Illustration @agathesorlet

Cher toi, je te quitte 

Avant que nous soyons enfermé.e.s des semaines durant, nous observions d’un œil attentif ce qu’il se passait dans les pays voisins. Comme une fenêtre sur l’avenir, nous nous disions : « Non ? Mais ça ne nous arrivera pas à nous, c’est pas possible. » Finalement, le futur nous a eu dans ses filets.

Début mars, avant même que notre confinement ne soit prononcé, la Chine, alors déconfinée faisait état d’un taux de divorces post confinement bluffant. The Daily Mail racontait qu’à Dazhou, dans la province du Sichuan, 300 demandes avaient été déposées entre le 24 février et le 13 mars. Les files d’attentes se formaient déjà devant les guichets. En cause, certes des tensions lointaines, mais aussi un confinement prêt à s’engouffrer dans n’importe quelle brèche. 

Pour certain.e.s, ces failles ont bien été explorées, au point de briser leur cœur en pleine pandémie. Ce qui a d’ailleurs donné lieu à la création d’un nouveau terme, sur la toile : le Zumping (entendez : se faire larguer sur Zoom).

Parmi ces cœurs brisés, nous retrouvons @coeur_confine, quittée et trompée en début de confinement. « Je m’étais blessée la main droite, j’avais attrapé le Covid-19, j’étais confinée seule chez moi depuis plusieurs jours quand l’homme avec qui j’ai vécu ces dernières années m’a brisé le cœur par téléphone, avant de se confiner avec une autre femme. » Comme plongée dans un mauvais film, cette héroïne n’aurait jamais pu anticiper les rebondissements auxquels sa vie allait faire face.

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« À la fin de tout ça nous serons de véritables guerrier.e.s »

Comment recoller les morceaux de son cœur, en confinement ? En voilà une question périlleuse. À l’heure du web 2.0, les réseaux sociaux semblent apporter réconfort et soutien à toutes les problématiques. Et, c’est de cette manière que Cœur Confiné a choisi de se libérer. 

« Comme un lion en cage, il fallait que je trouve un moyen de vidanger ma tristesse. J’ai profité de mes séances de rééducation quotidiennes de la main, qui passent notamment par l’écriture, pour mettre des mots sur mes sentiments. J’ai partagé mon désarroi avec cette typographie fébrile. Une manière de réparer mon corps et cœur en même temps. » 

La force des un.e.s, l’aide des autres, même à distance, ont leur importance. Aujourd’hui, Cœur Confiné avoue recevoir beaucoup de témoignages et de messages privés de personnes qui se reconnaissent dans son histoire. Elle relate alors celle d’une abonnée, lui confiant avoir appris que « son copain la trompait avec 18 filles en même temps. » 

Cœur Confiné ne s’estime pas comme professionnelle en la matière. Les seuls conseils qu’elle a pu donner jusqu’ici sont ceux adressés à la nouvelle copine de son ex. Une lettre « pleine d’amour » pour sa remplaçante, et deux ou trois mots pour la protéger de cet homme avec qui elle vit dorénavant. 

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Chère inconnue, On ne se connaît pas toi et moi. Notre seul lien est d’avoir partagé le même mec en même temps. Tu ne sais probablement pas que j’existe, je ne pense pas qu’il t’ait parlé de mon existence (si c’est le cas, ça serait un vrai progrès de sa part 👍🏻 ). Sache que je ne t’en veux pas et tu n’es pas responsable de son irrespect à lui. Au contraire même, tu me fais un cadeau. Tu me libères de cette relation malsaine dans laquelle j’étais installée depuis des années, de cette emprise dont je n’arrivais pas à me dépêtrer. Même si parfois je suis habitée par la rage, j’ai aussi de l’empathie pour toi parce que je sais tout le mal qu’il va te faire. Sache qu’il a déjà commencé à te manquer de respect. Il m’a dit que tu n’étais « qu’une distraction, pour se changer les idées ». Qu’il m’aimait et qu’il voulait que les choses s’arrangent malgré tout. Sache que tu mérites d’être mieux « qu’une distraction ». Tu es une personne, tu as de la valeur et ne laisses jamais personne te traiter de cette façon. D’après les réseaux sociaux, vous êtes à présent confinés ensemble. J’imagine que vous vivez votre phase lune de miel. Profites-en. Je sais à quel point elle peut être merveilleuse et intense. Ces moments seront les seuls auxquels tu pourras te raccrocher quand tu seras au fond du trou. Il va te sembler être le mec idéal : drôle, sensible, intelligent. Il l’est, d’une certaine manière. Toutefois, sache qu’il a aussi de véritables côtés sombres et je voudrais te partager les conseils que j’aurai aimé avoir au début de notre relation : – ne le laisse jamais te dévaloriser de manière régulière. Même si ça semble être des blagues. Ce n’est pas drôle. Tu ne mérites pas t’entendre ça. N’aie pas peur de le lui dire, ce n’est pas être susceptible. – si quelque chose te semble louche ou incohérent. Soit vigilante. Même s’il te regarde dans les yeux en te disant que « tu es parano ». Il ment très bien. Fais confiance à tes intuitions. Il y a de grande chance pour que tu sois dans le vrai. (Suite en com👇🏻)

Une publication partagée par Coeur Confiné (@coeur_confine) le 5 Avril 2020 à 8 :42 PDT

Alors, ses abonné.e.s, elle les remercie d’être présent.e.s. « Je leur rappelle qu’à la fin de tout ça, nous serons de véritables guerrier.e.s ! »

Prendre du recul, se reconstruire

Et si parler à ses ami.e.s peut être un bon moyen d’occuper ses pensées, que partager son histoire peut être une bonne thérapie, « il n’y a pas de remèdes miracles », indique-t-elle. « Il y a des jours où je me dis  » Oh, ça va mieux qu’hier ! «  et le lendemain je suis incapable de sortir de mon lit. Ça fluctue et ça me semble normal. » Mais « aujourd’hui, je prends conscience que tout ceci est réel et j’entame tout doucement un processus de reconstruction ».   

À l’étranger aussi, la situation évolue. Un agent d’état civil de Xi’an raconte au journal chinois Global Times avoir reçu des demandes de divorces de personnes l’ayant regretté par la suite. Certain.e.s divorcé.e.s se seraient même dit « oui » à nouveau, quelques jours plus tard. 

Au bout du compte, combien de relations auront été les dommages collatéraux de cette pandémie ? Cette histoire d’un cœur confiné est celle de milliers d’autres à travers le monde. Confinement, ou non, seuls le temps, le soutien, une plume et l’amour de soi, auront le pouvoir de rassembler ces fragments rouges d’un organe échiné.

Article de Marie Le Seac’h

Chaque semaine, vous retrouverez ici les 3 focus phares de la semaine, issus de Paulette Talks, notre compte Instagram engagé et féministe !

Ce vendredi, on retrace trois actualités Paulette Talks, particulièrement fortes. Des news en rapport avec la liberté, mais aussi… avec l’enfermement.

On commence avec Camille Mati, journaliste et coanimatrice du podcast Intérieur Queer, venue échanger avec nous lors de notre émission Clique Paulette sur : « l’orientation sexuelle, c’est quoi ? ». Ensemble, on avait discuté des orientations sexuelles et amoureuses, lorsqu’elles ne sont pas hétérosexuelles. L’opportunité de discuter étiquettes, stéréotypes et injonction à se définir dans nos relations. L’occasion, aussi de se rappeler d’aimer qui l’ont veut, au-delà des genres et au-delà des représentations qu’on nous assigne !

Suite à notre interview avec Louise de @dis_leur_pour_nous, on revient aussi sur cette question de surpopulation carcérale, principalement en temps de pandémie. On donne à entendre ces tensions grandissantes, et ces voix de détenue.s, de surveillant.e.s, inquiet.e.s des mesures prises aujourd’hui dans les prisons.

Enfin, on revient sur cette dernière nouvelle, et pas des moindres ! Celle de la pénalisation des mutilations génitales féminines au Soudan ! Une bouffée d’humanité retrouvée pour de nombreuses Soudanaises !

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Comme on vous le disait, il y a quelques semaines, nous avons reçu Camille Mati, Miguel Shema, Anthony Vincent et Audrey Warrington, lors de notre émission « l’orientation sexuelle, c’est quoi ? ». L’occasion, notamment pour Camille, de nous parler de ses propres orientations amoureuses et sexuelles. Mais également, de rebondir sur cette injonction à se définir dans ses relations, et de faire face aux étiquettes et autres stigmates au quotidien.

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Comme toujours, on vous souhaite une bonne lecture, et on se dit à très vite !

Article de Marie Le Seac’h