Cette semaine, c’est la Lesbian Visibility Week – une semaine entière dédiée à la mise en lumière des lesbiennes, des bisexuelles, des femmes trans, des femmes queer. Bref, des femmes issues de la communauté LGBTQI, principalement des milieux les plus marginalisés. C’est pourquoi, j’ai décidé de parler, de raconter mon histoire, pour montrer qu’une femme avec une femme, ça existe et que c’est normal. Il n’y a aucune honte ni aucune culpabilité à aimer qui on a envie d’aimer.

Une semaine entière dédiée à celles qu’on n’entend pas, ou peu, qu’on ne voit pas, ou peu. Que ce soit dans les médias, sur scène, dans la vie de tous les jours, au travail, au sein même des familles. À celles qu’on hypersexualise dès qu’elles sont mises en avant, à celles qu’on classe immédiatement dans
une catégorie particulièrement stéréotypée. Une femme qui aime d’autres femmes devrait être
« masculine », non ? Avoir les cheveux courts, des muscles, être très énervée contre les hommes. Hell no!

À quoi ressemble une lesbienne ?

Je suis rédac cheffe chez Paulette (des Paulette Talks et du magazine papier) et je suis une petite blonde qu’on pourrait qualifier de « féminine ». Pourtant, je suis en couple depuis plusieurs mois avec une femme. Je crois que j’ai fait un semblant de « coming out » lors de notre émission sur les orientations sexuelles et amoureuses non hétéro, mais je suis attirée par les femmes depuis bien longtemps déjà, depuis le début du lycée. Mais à cette époque, mes copines lesbiennes m’avaient dit : « Non, Juliette, tu n’es pas lesbienne. Nous, on a un radar et ça se voit que tu ne l’es pas. Regarde-toi ! » Néophyte des relations que j’étais, qu’elles soient hétérosexuelles ou autres, qu’avais-je à répondre à ça ?

Aujourd’hui, j’aurais moult réponses à leur donner. Tout d’abord, il n’y a pas d’apparence-type de la lesbienne. Et les orientations sexuelles et amoureuses sont multiples et complexes, elles sont personnelles, intimes. Je peux désirer les femmes, sans en tomber amoureuse. Tout comme je peux désirer les femmes et en tomber amoureuse. Je peux aussi aimer UNE femme, sans désirer LES femmes. Je peux aimer et/ou désirer les femmes, mais aussi aimer et/ou désirer les hommes et/ou les personnes non genrées. En amour et en désir, toutes les combinaisons sont possibles ! Et personne, absolument personne, n’a son mot à dire.

« Un long process… »

Pour ma part, ça a a été un long process pour me comprendre. Pour appréhender mes désirs, mes envies, et y répondre correctement. Pendant plusieurs années, j’ai mis de côté mon attirance pour celles et ceux qui n’étaient pas des hommes cisgenres et hétéro. Puis petit à petit, je me suis révélée à moi-même. J’ai commencé à saisir les indices que la vie saupoudrait sur mon chemin et alors, j’ai compris. J’ai surtout compris que je ne pouvais plus rester dans la relation hétérosexuelle de 11 ans dans laquelle je me sentais coincée. J’étouffais ! Littéralement, j’étouffais.

Mine de rien, j’ai eu la chance que tout se fasse sans pression aucune, tout était fluide – je suis bien consciente d’évoluer dans un milieu tolérant, ce qui a largement facilité ce processus. Tout n’est pas rose, bien sûr. Je n’ai pas été acceptée par 100% de mes proches, ma confiance en moi a été mise à mal, mon degré de self-love n’a pas toujours au top (et ne l’est toujours pas). Mais il y a au moins un conseil que j’arrive aujourd’hui à m’appliquer, c’est d’aimer qui j’ai envie d’aimer, peu importe le regard et l’avis des autres !

Aimer, sans se soucier des autres : ça donne ça

« Aimez-vous, peu importe vos choix »

En fait, je suis tour à tour hétéra, lesbienne, bisexuelle, peut-être pansexuelle ou androphile, je ne sais pas trop quelle étiquette me coller sur le front. Mais une chose est sûre, c’est que je suis fluide : mes préférences amoureuses et sexuelles fluctuent avec le temps, et j’en suis particulièrement fière. Je l’assume pleinement depuis quelques années, et c’est en cela que je m’aime.

Et je m’aime assez pour affronter le regard des autres : ces autres dans la rue, qui nous hypersexualisent, ma copine et moi, ou qui ne négligent pas de nous faire savoir qu’on les dégoûte. Par des regards, des gestes, des crachats. Ces autres aussi qui me sont proches : mon entourage qui, sans forcément s’en rendre compte, a tenté de me faire flancher – non, je ne suis pas un « monstre » – , de me faire changer d’avis pour que je rentre dans le moule fabriqué de toutes pièces par une société hétéronormée. Apparemment, certain.e.s avaient des attentes pour moi, et être en couple avec une femme n’en faisait pas partie !

Mais aujourd’hui, je m’aime assez pour savoir ce qui me rend heureuse. Je m’aime assez pour m’écouter, m’apaiser et être épanouie, en phase avec moi-même. Enfin !

En cette Lesbian Visibility Week, je n’ai qu’un conseil à dispenser : aimez-vous assez, peu importe vos choix, pour ne pas être frustré.e et passer à côté d’un sacré pan de votre vie ! 

Article de Juliette Minel, rédactrice en cheffe des Paulette Talks