Objet de tous les fantasmes, la lune aurait une influence sur nos vies. Et Danielle Bhavya Winter en est convaincue. Née en Nouvelle-Zélande, elle trouve, enfant, refuge dans la nature et les contes de fées. De ce pays, elle a un souvenir très doux : « Je courais sur la route pour saluer mon père lorsqu’il rentrait du travail. Un jour, il a baissé la vitre de sa petite voiture et m’a tendu une pièce en me disant qu’elle venait de l’homme sur la Lune. Je me souviens encore tenir ce petit morceau de cuivre entre les mains et regarder le ciel avec joie et fascination. Je suis venue dans ce monde avec le sentiment d’être mystique », confie-t-elle. D'ailleurs, son deuxième prénom, « Bhavya », lui est très cher, car empli de spiritualité: c'est la célèbre Amma qui l'a baptisée ainsi pour lui apporter joie et beauté.

© DANIELLE BHAVYA WINTER
© DANIELLE BHAVYA WINTER

« Dans notre monde moderne et bruyant, j’espère produire quelque chose de transcendantal, qui touche l’âme, qui offre un répit à la pensée, qui ouvre les yeux vers l’invisible. »

Elle migre ensuite vers New York où, adolescente, elle trouve un sens au-delà du banal dans l’art des transcendantalistes, le symbolisme tantrique et la philosophie du Vedânta. Tout ça l’aide à désapprendre ses façons habituelles de voir et de penser. Bien que ça puisse sembler déroutant, « ça stimule la vitalité et la spontanéité, et apaise le processus troublant d’être dans un corps.» Il y a sept ans, elle déménage en Allemagne où son compagnon est muté. Elle est alors plongée dans un isolement extrême qui la fait entrer en communion avec les éléments cosmiques. « Il existe une méthode appelée astrogéographie, qui dit que nos expériences de vie peuvent varier en fonction de notre emplacement sur la Terre, car notre position active différentes planètes et angles dans notre thème. Ça m’a aidé à situer ce qui m’est arrivé en Allemagne et c’est durant cette période que mon art a pris vie », raconte-t-elle.

© Danielle Bhavya Winter

C’est à ce moment que l’artiste a appris à connaître la lune en tant qu’entité vivante. « Elle est devenue ma guide spirituelle et j’ai l’impression qu’elle m’a prise sous son aile. » C’est ainsi que, depuis quelques années, Danielle Bhavya Winter immortalise la lune au fil de ses cycles. Elle se plaît à observer le ciel plongé dans la nuit et à photographier de nombreux cas d’éclipses. Sa collaboration avec la lune est un processus en trois étapes, où après l’expérience cosmique, elle couche et fusionne les images numériquement pour les imprimer avec des encres pigmentaires sur des chiffons de coton ou du papier de bambou.

« Pendant les heures du jour, nous enfilons nos masques et nous nous frayons un chemin à travers le monde matériel, mais au clair de lune, nous sommes souvent seul.e.s. C’est un moment où nos émotions peuvent remonter à la surface. Bien que le monde entier puisse voir la lune, chacun.e établit sa propre relation intime avec elle. Elle est juste là, et sera toujours une perle bienveillante versant la lumière sur les ténèbres. » Exploratrice invétérée, Danielle déroule son chemin à mesure que la grâce du seva (un acte désintéressé, en sanskrit) change sa réalité. Elle a ainsi offert son art dans une école spécialisée au beau milieu d’une zone rurale isolée du nord de l’Inde. Repenser continuellement sa vie dans des pays nouveaux est aujourd’hui la source vive de son art. « Créer une nouvelle vie est une forme d’art, et de ce point de vue, l’art et la vie ne font qu’un. »

À retrouver juste ici.

Un article de Pauline Weber