Du haut de ses 23 ans, Louise, étudiante et future avocate, s’active à répandre ces paroles venues d’outre-murs. Naturellement réservée, la créatrice du compte Instagram @dis_leur_pour_nous revient sur certains témoignages portés par ses réseaux. Cette âme militante nous évoque des rencontres, des mots entendus, et des conditions observées au détour de visites associatives. Des faits « marquants » qui l’ont poussée à prendre la parole pour celles et ceux qui n’en avaient pas.

Portrait de Louise, par @sans__rancune

Comment est né @dis_leur_pour_nous ? Qu’est-ce que tu cherches à transmettre par le biais de ce compte ? 

Mon compte, je l’estime un peu comme un porte-parole, comme un mégaphone pour les personnes détenues et leurs proches. J’essaie vraiment de m’effacer derrière. Même si on peut parfois ressentir mes convictions, je tente de mettre mon militantisme de côté. Ce n’est pas pour moi que je le fais, mais vraiment pour ces détenu.e.s et leurs proches. Cette prise de parole s’est faite assez naturellement. Quand je sortais de prison, à chaque fois, c’était difficile psychologiquement. Physiquement aussi, parce qu’il y avait des bruits de partout. Ça criait, ça résonnait. Je suis une vraie éponge et j’absorbe absolument tout. Ce que j’entendais devenait compliqué à garder pour moi. En parlant avec ma meilleure amie, je me suis rendu compte qu’on ne pouvait pas le comprendre sans entendre. Les détenu.e.s nous disaient souvent : « Tu le dis à l’extérieur, dis-leur pour nous ». Alors, c’est ce que j’ai fait.

Ton engagement est généralement bien accueilli par la communauté ? 

Au début, j’avais des messages difficiles en DM et commentaires. Ça me touchait parce ça visait des témoignages de personnes que je connaissais. Certain.e.s disaient qu’ils.elles ne comprenaient pas ma démarche. Aujourd’hui, c’est plutôt positif ! Je reçois beaucoup de soutiens en messages privés, des proches de personnes incarcérées, etc. Cette semaine, par exemple, j’ai reçu un message d’un ancien détenu me disant qu’il avait pleuré en voyant les témoignages sur mon compte et qu’il aurait apprécié, à une certaine époque, de savoir qu’il y avait des personnes qui s’intéressaient un minimum aux détenu.e.s. Ce qui est drôle avec mon compte, c’est tout le côté DM, qu’on ne voit pas. C’est un peu comme la prison : tu vois la surface, mais pas tout ce qu’il y a derrière.

Concernant cette partie non visible des centres de détention, il y a des histoires qui doivent particulièrement marquer. Tu as dû être confrontée à des témoignages assez forts pour décider de te lancer dans ce projet, non ?

Ce sont plus des faits que des témoignages. Je pense notamment à une détenue. Chaque semaine, je lui rendais visite et chaque semaine je la voyais dépérir, littéralement. Elle était bourrée de médicaments, parce qu’elle était ultra nerveuse. Elle ne supportait pas du tout l’enfermement. Je la voyais s’éteindre devant mes yeux, c’était horrible. Je me disais : « Il faut que les gens soient au courant. » Et je ne parle même pas de la fouille à nue… La prison atteint vraiment les corps et les esprits. J’ai atterri là-dedans, je n’y connaissais rien, et je me suis mangé la prison en pleine face. On ne peut pas s’imaginer cette réalité tant qu’on ne sait pas.

Comment, toi, justement, t’en es arrivée à mettre les pieds dans une prison ? 

Honnêtement ? Par pure découverte. J’avais la pensée du citoyen moyen sur la prison : j’en avais peur, j’imaginais ce que je voyais dans les séries, etc. En troisième année de droit, le Genepi (association qui milite pour le décloisonnement des prisons, ndlr) a publié quelque chose. L’association cherchait des bénévoles. J’ai toujours été passionnée par le droit pénal, donc je me suis dit : « Feu ! ». Et j’y suis allée. À partir du moment où tu mets le pied dedans, c’est difficile à expliquer, mais tu ne peux pas en sortir indemne. Du moins, tu ne peux plus fermer les yeux sur ce que tu vois, ni oublier ce que tu entends. 

Maintenant, tu es bénévole au sein de l’OIP (Observatoire International des Prisons). Quel est ton rôle ?

J’aide surtout à la communication, en reprenant les témoignages qu’on reçoit. Avant, je les entendais directement quand j’allais en prison avec le Genepi, mais ça ne m’est plus permis. D’habitude l’OIP organise des « groupes action-parloirs », où les bénévoles vont à la sortie des parloirs des différentes taules parisiennes. On parle aux familles, on prend leurs témoignages, on est à leur écoute si elles veulent dénoncer quelque chose, ou pas. Pour l’instant, je n’ai pas pu y participer, ça tombait sur mes heures de cours, mais j’espère pouvoir m’y joindre à la fin du confinement. C’est important, parce qu’en dehors des appels et des courriers de détenu.e.s, c’est comme ça qu’on sait ce qu’il se passe à l’intérieur des taules. Les informations récoltées sont transmises au pôle enquête de l’OIP, puis au pôle contentieux si c’est pertinent. C’est grâce à lui, qu’à certains moments, on a réussi à faire condamner la France par la Cour européenne des droits de l’homme, pour l’état de ses prisons.

Durant tes visites en prison, tu as dû en relever, des choses… 

Déjà, les rats ! Alors que la prison avait déjà été condamnée pour ça il y a deux ans. Une dératisation devait avoir lieu, et rien n’a jamais été fait. C’est fatiguant, rien ne change. L’été dernier, une proche de détenue m’a appris qu’il y avait un problème d’isolation aux fenêtres aux Baumettes à Marseille, dans la prison des femmes. C’était invivable à l’intérieur des cellules. On avait dénoncé ça, je l’avais orientée vers l’OIP et ils avaient fait des recours. Au final, rien ne s’est produit : aucune condamnation et aucun changement. On doit parler, oui, mais il faut aussi être en mesure d’écouter. 

Les conditions en prison ont-elles profondément changé depuis le début du Covid 19 ? 

Premièrement, il n’y a plus de parloirs… Et c’est hyper méga important pour les détenu.e.s. Leur lien avec la famille, c’est tout ce qu’ils.elles attendent. Il n’y a plus, non plus, de rentrées de stup’, ce qui crée des tensions pas possible. Ces dernières semaines, il y a eu des mutineries dans certaines prisons. Et même si les promenades sont maintenues et que le gouvernement apporte des solutions – comme l’attribution d’un crédit de 40 euros pour les téléphones cabines ou la sortie d’environ 5 000 détenu.e.s -, c’est largement insuffisant. Les surveillant.e.s commencent tout juste à recevoir des masques. Pour ce qui est des solutions hydroalcooliques, elles sont interdites parce que l’alcool est prohibé en prison… À l’intérieur, rien n’est fait pour réduire les risques d’exposition des personnes détenues. La surpopulation carcérale empêche le respect des gestes barrières. Au fond, comment les respecter alors qu’ils.elles se retrouvent à 3 dans une cellule de 9 mètres carré ?

Nous ne sommes pas suffisamment averti.e.s à l’extérieur sur les conditions carcérales. C’est un sujet tabou. Comment faire pour bouger les lignes ?

Je ne sais pas comment répondre de manière mesurée à cette question (Rires). Pour moi, c’est un système dans son ensemble qui n’est pas ok. À partir du moment où tu dis qu’une chose ne va pas, il faut la changer. Tu ne peux pas assumer que ça ne va pas sans te bouger derrière. Pour les personnes incarcérées, je pense sincèrement qu’il faut passer la barrière de : « la société ne veut pas d’elles » et les réflexions du genre « si elles sont enfermées, elles ne nous embêteront plus ». Au final, c’est beaucoup plus complexe que ça. C’est marqué dans les textes, on peut recourir à d’autres moyens que l’incarcération ! Mais les juges n’y recourent pas, et il n’y a pas vraiment de moyens mis en place. Pour moi, c’est tout un système qui doit être remanié. On ne peut pas juste se focus sur la prison. Je n’ai que 23 ans et je manque peut-être de recul… Mais je pense que l’administration pénitentiaire s’imagine que ce qui est caché permet d’éviter la colère et les mutineries. Ça arrange. Alors, quoi faire ? En parler, donner de la voix aux détenu.e.s, ne pas remettre en cause les témoignages. Ce qui est passé est passé, ils.elles purgent une peine pour ça. Leurs conditions de détention n’ont rien à voir avec leurs actes. Les détenu.e.s ont des droits et il faut les faire respecter.

En espérant que les conditions n’empirent pas, donc…

J’essaye d’être positive en me disant qu’on peut faire changer les choses. Mais ce système est ancré depuis tant d’années… On peut juste espérer des petits changements à notre niveau. Mais attention, ce n’est pas pour ça qu’il ne faut pas se battre (Rires) ! Il faut continuer de dénoncer, c’est important de montrer à ces personnes incarcérées, qu’il y a des gens qui se préoccupent de leur situation. J’ai un petit peu espoir quand même ! 

As-tu des plans pour la suite ? Des initiatives que tu souhaiterais développer ? 

J’aimerais bien développer des IGTV, avoir de nouveaux témoignages et créer des vidéos en fonction. Je voudrais rendre mon contenu plus intéressant et ludique. Ce ne sont que des idées, mais pourquoi pas, par exemple, développer des podcasts sur les femmes en détention. Pour l’instant, même si c’est un peu secret, j’ai plein de projets ! Et côté perso, j’ai deux objectifs : passer mon concours et devenir avocate !

Article de Marie Le Seac’h 

Tristesse, injustice mais réalité : le confinement pour lutter contre l’épidémie de Covid-19 a pour impact l’augmentation des violences conjugales. Enfermée avec un bourreau, la victime n’a que très peu d’échappatoires, c’est un fait. Face aux premiers chiffres dévoilés et les appels des associations, le gouvernement a instauré plusieurs dispositifs afin de venir en aide à celles qui en auraient besoin. On vous a dressé la liste.

À Toulouse, le groupe de collage féministe multiplie les opérations pour dénoncer les violences conjugales. Crédits : ©Lucie Lescastreyres.
À Toulouse, le groupe de collage féministe multiplie les opérations pour dénoncer les violences conjugales. Crédits : ©Lucie Lescastreyres.

Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, l’annonçait jeudi 26 mars sur le plateau de France 2. « En zone gendarmerie », les violences conjugales ont augmenté de « 32 % en une semaine » et de « 36 % en une semaine » dans la zone de la préfecture de Paris, expliquait-il. 

Alors que les signalements augmentent, le 3919, numéro vert dédié aux victimes, est lui moins sollicité. Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes s’en inquiète et a partagé son ressenti à l’antenne d’Europe 1 : « Ça veut dire qu’il est difficile de téléphoner quand vous êtes enfermés avec l’agresseur ». Alors, pour freiner la recrudescence des violences conjugales, plusieurs dispositifs sont désormais accessibles pour tenter d’aider les victimes. 

« Masque 19 », le code pour donner l’alerte en pharmacie

C’est une des premières mesures qu’a données Christophe Castaner pour freiner l’explosion des violences conjugales. Il est important que les victimes de violences conjugales puissent appeler à l’aide. « Dans la pharmacie, au moment où la femme qui peut être battue s’y rend sans son mari », un code a été établi pour qu’elle « puisse donner l’alerte » a expliqué le ministre de l’Intérieur. 

Ce dispositif est apparu en Espagne et tend aujourd’hui à se généraliser en France. Pour élargir le dispositif, des centres d’accompagnement éphémères se mettent en place dans les centres commerciaux. Des consignes seront données aux forces de l’ordre afin qu’elles puissent « intervenir en urgence ».

Dans le cas où le conjoint aurait connaissance de ces dispositifs, d’autres moyens plus discrets ont été mis en place pour donner l’alerte. 

Les violences conjugales s'accélèrent pendant le confinement, et la crainte de féminicides augmente. Crédits : ©Lucie Lescastreyres.
Les violences conjugales s’accélèrent pendant le confinement, et la crainte de féminicides augmente. Crédits : ©Lucie Lescastreyres.

Signaler ces violences en ligne

S’il s’avère être difficile de joindre des plateformes d’appels (3919), le gouvernement a également développé un moyen de donner l’alerte plus discrètement. La plateforme gouvernementale en ligne Arrêtons les violences permet de dialoguer avec des forces de l’ordre de manière anonyme. Marlène Schiappa a indiqué que la plateforme resterait « active 24h /24 et 7 jours sur 7 ».

Une application gratuite, App-Elles, permet aussi d’avertir sur sa situation. La fonction « alerte » envoie un SMS d’appel à l’aide à trois contacts choisis au préalable. Elle transmet également la position GPS et prend automatiquement une photo pour renseigner au mieux la position.

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« Il n’est pas interdit de fuir », rappelle le collectif #NousToutes ! 

Bien que les mesures de confinement prises par le gouvernement déconseillent les sorties, de nombreux collectifs comme #NousToutes le rappellent, les victimes peuvent se sauver et fuir. Dans ce cas, il est possible d’appeler le 115, numéro d’urgence sociale, pour obtenir un hébergement.

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De son côté, la ministre de la Justice, Nicole Belloubet a demandé à ce que le « traitement des affaires de violences conjugales continue d’être assuré par les juridictions, désormais fermées au public pour éviter la propagation du virus ». Dans un communiqué, la ministre a affirmé que « la lutte contre les violences faites aux femmes demeure une priorité de politique pénale clairement affirmée par le ministère de la Justice ». 

Lutter contre les violences intra familiales 

C’est ce que souhaite aussi le gouvernement : lutter contre les violences faites aux enfants. Pour cela, le 119, numéro d’appel pour l’enfance en danger est joignable 24h /24 et 7 jours sur 7. On peut aussi compter sur le « guide des parents confinés » pour accompagner les familles.

De son côté, l’association #NousToutes a mis en place un groupe WhatsApp. « Confinement et parentalité »  donne chaque jour des idées d’activité à donner aux enfants pour éviter les violences parentales.

https://www.instagram.com/p/B91hTEGghng/

Famille, ami(e) ou encore voisin, vous êtes aussi appelés à rester vigilants et à alerter si vous êtes témoins de violences conjugales.

Article de Nina Hossein.