"Je le dis au 8ᵉ degré, bien évidemment je ne me permettrais pas de dire ça de quelqu’un." Hier matin, sur le plateau de la web-radio indépendante Arts-Mada, Fabien Lecoeuvre, auteur et chroniqueur, prenait le micro et critiquait le physique des chanteur·se·s de la nouvelle génération. Et en particulier, de Hoshi.

Source : Instagram © Hoshi
Source : Instagram © Hoshi

En fait, selon lui, le monde n’aurait pas compris que pour vendre des disques et des magazines, il fallait des « gens beaux ». Et, emporté par la sagesse et la bienveillance de son propos, le chroniqueur s’attaque à la chanteuse Hoshi : « (…)Elle a un talent incroyable, indiscutable. Mais enfin, vous mettez un poster de Hoshi dans votre chambre, vous ? Elle est effrayante. (…) Qu’elle donne ses chansons à des filles sublimes. »

Vague de soutien pour Hoshi et révolte sur les réseaux-sociaux

Hoshi a aussitôt repartagé le passage sur Twitter, avec pour légende :

Tellement grave de tenir ce genre de propos @FabienLecoeuvre. On lui offre un poster ou un miroir ? J’hésite.

Hoshi

D’abord la scène française et internationale, puis la militante féministe Alice Coffin et les journalistes Hugo Clément et Rémy Buisine, tou·te·s se sont empressé·e·s de venir contre-attaquer le discours moyenâgeux du chroniqueur. S’en est suivi un déferlement de gentillesse et d’amour sur la Toile. Aussi, le compte MusicTooFrance a manifesté son soutien sur Instagram. « Force à la sublime Hoshi et à toutes les chanteuses qui ne sont pas Vanessa, Sylvie, Sheila ou Françoise. (…) Un ‘bel’ exemple décomplexé du sexisme et de la violence de l’industrie musicale envers les femmes et les minorités. »

Un scandal de plus qui soulève des questions

En fait, c’est un discours dont plusieurs ont eu honte et se disent véritablement écœurés, comme la chanteuse Clara Luciani l’expose en story : « Honte à vous, vous êtes à vomir. C’est vous le monstre, le laid, l’erreur. C’est les pin-ups qu’on accroche au mur pour faire joli, pas les artistes. Hoshi je t’aime et tu es sublime. » Parce que cette attaque révèle également une question dont la réponse nous semblait pourtant évidente : Ne devrait-t-on pas juger les artistes sur leur art et non leur physique ?

Sexisme, moquerie et irrespect à l’antenne de nos médias

Mais ce n’est pas la première et ça ne sera malheureusement pas la dernière que ce genre de discours agressifs et hypocrites est prononcé sur des plateaux. Alors, pourquoi laissez faire, laissez dire ? En 2021, comment ose t-on critiquer le physique d’un·e artiste? Et puis, comment aujourd’hui encore, après la colère et la saturation face au sexisme, à l’homophobie, au jugement, à la moquerie, comment est-il encore possible d’évaluer un·e artiste par le prisme du « male gaze » ? Ce regard masculin, hétérosexuel – et disons-le arriéré – à partir duquel la personne est sexualisée. 

Mais non, Hoshi, Tony Guedj ou encore Calogero ne sont pas là pour plaire à Fabien Lecoeuvre. Ni pour « faire bander les filles », comme il le déblatère au micro d’Arts-Mada. Dorénavant, sur les réseaux sociaux, la haine est palpable. Après les excuses du chroniqueur sur Twitter,  Hoshi réplique habilement : « C’est à cause de gens comme vous que des jeunes abandonnent leur rêve, pas à cause des maisons de disque ». 

"Comme il est difficile d'être une femme 'normale' dans ce milieu'

La chanteuse Louane, également très remontée pour toutes ces raisons, dénonce à son tour les vices sexistes du milieu musicale. « Je suis effondrée de voir l’hypocrisie, la méchanceté gratuite, l’agressivité, le manque de respect, mais surtout la violence de ces propos. Comme il est difficile d’être une femme ‘normale’ dans ce milieu qu’est la musique ». L’artiste Alma aussi, s’indigne en story « Virez moi cet ignoble de mes médias », tout comme le musicien Waxx : « ces vieux types de médias et d’ailleurs me dégoutent ».

Enfin bref, assez de ces discours aggressifs et contre-productifs. Place à l’humanisme, à la bienveillance et à la liberté d’être qui l’on veut, sans se faire insulter sur l’espace médiatique. Alors donnons la parole aux créatif·ve·s, aux héroïques, aux intègres, aux singulier·e·s, aux poétiques. 

Et vous, quel poster d’Hoshi allez-vous afficher sur le mur de votre chambre ? 😉

Article de Margot Hinry