Harcèlement moral et sexuel, racisme, sexisme, homophobie, @balancetonagency dénonce. 

« Triste succès », déplore Alex*, à l’origine de @balancetonagency, un compte Instagram de témoignages qui dénoncent le harcèlement moral et sexuel dans les agences de publicité. Triste succès, parce qu’il compte déjà plus de 27 000 abonnés. Racisme, sexisme, homophobie et j’en passe, si vous voulez vous dégouter un bon coup, ce compte est fait pour vous. Pour l’occasion, on a posé quelques questions à la personne qui l’a fondé. 

Comment avez-vous eu l’idée de créer @balancetonagency ? 

L’idée m’est venue parce que moi je suis dans le monde de la pub depuis une dizaine d’année. C’est en cherchant du travail que je me suis rendu compte du nombre de bruits de couloir sur les agences. Mais il n’y avait pas de lieu où on pouvait les retrouver. Parce qu’il y a beaucoup de personnes qui abusent de leur réputation. Et je voulais dénoncer ces abus, le harcèlement moral et le harcèlement sexuel. En fait, à la base, c’était juste à titre informatif pour les étudiants qui sortent d’école. 

Est-ce que vous avez déjà vécu des choses comme ça ? 

Du harcèlement moral, oui. J’ai fait un énorme burn-out qui m’a vraiment mis·e à terre. Et quand je me suis relevé·e, je me suis dit que tout ça devait devenir public. Je ne voulais pas que d’autres personnes vivent ça. Parce que le burn-out, c’est d’une violence inouïe. Il faudrait qu’on en parle avant de le vivre, qu’on sache un peu ce que c’est, et ce qui est à éviter comme comportement. Où commence le harcèlement moral… Où commence le harcèlement sexuel… Parce qu’on ne nous le dit pas à l’école. On nous jette en pâture à des agences comme ça qui ont du réseau, et puis si on ne tient pas c’est parce qu’on est trop fragile. C’est de notre faute. 

D’où viennent les témoignages que vous publiez ? 

Ça vient de gens qui se sont abonnés au compte, qui sont dans ces agences. Ou qui n’y sont plus. Je fais attention à vérifier tout de même, pour être sûre que ça ait un impact positif. Et eux, même s’ils ne savent pas à qui ils parlent, ça leur permet de se confier. On va dire que le compte ce n’est pas une victoire de l’avoir créé et de voir qu’il y a autant d’abonnés… En fait c’est d’une tristesse absolue ! Les moyens de communication pour pouvoir témoigner sont corrompus, bouchés… On ne peut pas en parler au RH parce que parfois il a des parts dans la société, on ne peut pas en parler au délégué du syndicat parce que parfois le harceleur en fait partie… et la médecine du travail, peu de gens sont au courant d’à quoi ça sert. On ne m’a jamais expliqué à qui parler en cas de problème, et puis même si tu sais, parfois tu ne peux pas. C’est pour ça que le compte marche tant, parce que c’est un moyen de parler.  

Est-ce que vous pensez que grâce à votre compte, des solutions vont se mettre en place ? 

Oui, déjà beaucoup se remettent en question. Ils se disent qu’il y a un problème. Le monde de la pub, c’est un petit monde. Tout se sait, et c’est aussi pour ça que personne n’osait parler. Et là comme c’est anonyme, on se dit qu’on a une plateforme pour discuter. Et les agences le voient aussi. Beaucoup viennent me voir, pour me dire « comment on peut aider les gens ? » Et je veux essayer d’en parler en story, dans des webinaires, toujours en anonyme. C’est très important que derrière, les entreprises et les agences se questionnent, et voient que ça ne doit plus fonctionner comme ça. 

Un mot de la fin ? 

Ce qui me semble important à dire, c’est qu’il y a tout un système à revoir. Je pense que dès l’école, ce sont des sujets qu’il va falloir aborder. Parce qu’on est trop victime de harcèlement moral, de harcèlement sexuel, que ce soit en entreprise, à l’école, ou ailleurs. Il faut vraiment mettre fin à ça, et pour ça on doit être armés. Il faut rendre le droit du travail accessible. Et pas que dans les écoles de communication. De partout. Il faut stopper un système qui n’est pas le bon. Et ce n’est pas uniquement un combat féministe : même si la majorité des personnes qui vivent du harcèlement sont des femmes, il y aussi des hommes. Je veux que ce soit un combat de tous. Je sais que beaucoup de gens veulent savoir qui est derrière le compte, mais derrière le compte, c’est tous les gens qui m’écrivent et qui témoignent.

* Nom modifié. Pour rester 100% anonyme, le·la créateur·rice ne sera pas genré·e non plus. 

Article de Clémence Bouquerod

Dans Baltringue, le second court-métrage de Josza Anjembe, la réalisatrice nous entraîne en prison. Un milieu violent et machiste où Issa va découvrir et vivre son homosexualité pour la première fois. Une histoire poignante portée par un contraste saisissant.

Dans « Baltringue », Josza Anjembe invite à plonger dasn l'homophobie du milieu carcéral, mais aussi dans la découverte de soi.
Crédit : Elvin Ruiz on Unsplash
Dans Baltringue, Josza Anjembe retranscrit l’homophobie du milieu carcéral, mais aussi la découverte de soi.
Crédit : Elvin Ruiz on Unsplash

« J’ai fait des études de journalisme, j’ai exercé en tant que journaliste, et puis un jour j’ai eu un accident qui s’appelle le cinéma. » C’est de cette manière que Josza Anjembe s’est présentée à la Fête du court-métrage. Elle a fait parler d’elle il y a quelques année à l’occasion de la sortie remarquée de Le Bleu blanc rouge de mes cheveux, son premier essai, et revient aujourd’hui avec une nouvelle fiction des plus réalistes. Forte de son expérience dans plusieurs reportages, la réalisatrice propose aujourd’hui une immersion au coeur d’une histoire d’amour poignante dans le milieu carcéral. Un court-métrage qui lui a valu le prix du Meilleur film au Nova Frontier Film Festival.

Entre métaphore et réalité

À quelques jours de sa sortie de prison, Issa, vingt ans, fait la rencontre d’un nouveau détenu, Gaëtan. Le jeune homme vient de passer deux années derrière les barreaux et envisage déjà sa réinsertion dans la société, notamment par le monde du travail. Seulement, le cours de sa vie semble bousculé par ce nouveau blondinet. On se retrouve mêlés à une histoire d’amour qui a tout d’une idylle.

Grâce au style de Josza Anjembe, les personnages se retrouvent ancrés dans un réel où le spectateur pourrait presque ressentir les sentiments troublants d’Issa. Des sentiments nouveaux, pas toujours assumés, qui conduisent le personnage à se connaître davantage. Le tout dans un milieu machiste et violent. Le contraste saisissant de ces deux tableaux ramène à l’image d’emprisonnement causée par l’homophobie. Une magnifique métaphore qui invite, durant ces quelques 20 minutes, à se mettre à la place du personnage principal, et pas seulement.

Bande d’annonce

Article de Aurélie Rodrigo

Aujourd’hui retentit la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie. L’occasion de prendre la parole pour sensibiliser et lutter aux côtés des communautés LGBTQIA+. 

Photographie @jpandthomas

Une homophobie et une transphobie d’État

Créée en 2005 par Louis-Georges Tin, un universitaire français luttant contre l’homophobie et le racisme, cette journée fait écho au 17 mai 1990 : date où l’OMS a cessé de considérer l’homosexualité comme une maladie mentale. Pourtant, même si les choses ont depuis avancé, la partie n’est pas gagnée. Homophobie et transphobie courent toujours les rues, et les pays.

Aujourd’hui, plus de 70 États interdisent l’homosexualité. Pour une dizaine d’entre eux, comme le Soudan, le Nigéria, l’Iran, le Pakistan ou le Yémen, l’homosexualité est encore passible de peine de mort. « C’est une forme de discrimination, à mettre au même plan que les autres, même si elle a des particularités. Ce n’est pas celle qui tue le plus dans le monde, mais c’est celle qui pose le plus gros problème philosophique. Aucune autre minorité n’est interdite dans plus de 70 pays. L’homophobie d’État est encore très répandue… », évoquait Louis-Georges Tin dans un entretien avec France 24, en 2019. 

L’actualité nous rappelle, quant à elle, que la transphobie d’État n’est qu’à deux doigts d’éclore. Lundi 18 mai, le parlement hongrois examinera une loi discriminatoire à l’encontre des personnes transgenres et intersexes. L’article 33 de ce projet de loi T/9934 entend redéfinir le genre comme étant « le sexe biologique, basé sur les caractéristiques sexuelles primaires et les chromosomes ». Seul le sexe déterminé à la naissance figurerait sur les registres de l’état civil, sans modification possible au long de la vie de l’individu. Amnesty International dénonce ce projet de loi comme étant « contraire aux valeurs européennes ». Personnes transexuelles et homosexuelles font front aux discriminations et aux violences quotidiennes.

Des violences toujours présentes

Pour se rendre compte des violences homophobes et transphobes, il ne suffit parfois pas d’aller très loin. SOS homophobie estimait dans son dernier rapport réalisé en 2018, que 41 % des cas signalés dans le cadre d’une LGBTphobie globale étaient liés aux réseaux sociaux et aux forums de discussions.

Bilal Hassani, chanteur homo, queer, racisé et représentant de la France à l’Eurovision 2019 en faisait les frais l’année dernière. Victime d’une campagne de haine homophobe en ligne, de tweets injurieux, de menaces de mort, le jeune homme décidait de déposer plainte contre X. Son avocat expliquait alors, auprès d’Europe 1, qu’il fallait que « les personnes qui se croient protégées par l’anonymat derrière leur ordinateur soient inquiétées . » « On ne peut plus insulter, menacer, appeler au meurtre sur Internet sans que les associations de lutte contre l’homophobie réagissent. »

En France, selon ce rapport de SOS homophobie, une agression physique LGBTphobe était recensée toutes les 36 heures en 2018. Et sur le dernier trimestre de 2018, c’était une agression par jour qui était enregistrée. Ces violences opèrent dans les lieux publics (35 % des cas), dans le voisinage (15%) et dans l’environnement familial (14%). Le cercle familial n’est pas toujours un havre de paix où l’homosexualité et la transexualité sont entendues. Comme le rappelait d’ailleurs Anthony Vincent, journaliste présent lors de notre émission dédiée aux orientations sexuelles et amoureuses quand elles ne sont pas hétérosexuelles, « le coming out reste un privilège ».

Illustration @so_gay_life

Il rappelait aussi, fermement, que la prise de position n’est pas vaine. « La représentation compte énormément du côté des allié.e.s. Moi, ça m’aurait énormément aidé de voir que quelqu’un de ma famille prenait la défense des personnes LGBT à table, un jour ou l’autre. » Les allié.es ont du poids : se positionner, défendre, épauler, fait la différence.

Article de Marie Le Seac’h