Dans ses films d’animation, les femmes occupent le devant de la scène, presque autant que les grandes causes sociales. Les personnages féminin sont nombreux, courageux, ambitieux et n’ont peur de rien. Hayao Miyazaki, ce père d’un féminisme avant-gardiste.

Hayao Miyazaki et son oeuvre engagée ont nourri le féminisme dès ses premières heures.
Crédit : Matt Popovich on Unsplash
Hayao Miyazaki et son oeuvre engagée ont nourri le féminisme dès ses premières heures.
Crédit : Matt Popovich on Unsplash

Son film le plus connu était le plus grand succès du cinéma japonais avant la sortie de Titanic. Hayao Miyazaki est incontestablement le père du féminisme à ses premières heures. Il porte, dans son oeuvre, les grandes causes sociales de ces dernières années. Et bien que les premières choses qui nous viennent à l’esprit lorsque l’on évoque son nom soient un châteaux désarticulé tituber de montagne en montagne, ou un énorme chat qui se transforme en bus de voyage, le plus célèbre animateur japonais ne laisse rien au hasard. Perdu dans son univers loufoque, chaque détail a un sens. Parmi eux : la multitude de personnages féminins.

Princesse Mononoké, deux femmes, deux caractères

Ils ont tous un caractère singulier, même les plus méchants ont en eux une lueur de bonté. Dans le célèbre animé, Princesse Mononoké, la méchante dame Eboshi, maîtresse des forges Tatara, pourrait tuer sans trembler, tous les animaux de la forêt. Pourtant, d’un autre côté, cette rebelle féministe donne un toit et un travail à d’anciennes prostituées et panse les plaies des lépreux. A son opposé, la princesse Mononoké, qui donnerait corps et âme pour sauver la forêt du déboisement et de l’étalement des forges. Ce personnage, unique en son genre, est doté d’une personnalité bien complexe. A l’image moderne de la femme prête à se battre sur tous les fronts, la jeune fille, hargneuse, sauvage et colérique semble rongée par le mal des hommes. Élevée par des loups, elle ne comprend pas que l’on puisse détruire la forêt. Un film à la double implication d’une part féministe, de l’autre écologique, on retrouve ici le style singulier d’Hayao Miyazaki.

Femme guerrière, mais pas seulement

Ce n’est pas le seul exemple que l’on pourrait citer dans la filmographie du dessinateur japonais. Dans Nausicaä de la Vallée du Vent, le personnage de Kushana s’apparente à celui de la Princesse Mononoké, toutes deux prennent l’apparence de femme guerrière, impliquées dans la lutte environnementale.

Au-delà de la femme forte, Hayao Miyazaki ne lésine pas sur l’apparence et le rapport au corps féminin. Dans plusieurs scènes dotées d’une exagération ironique, les personnages témoignent d’une quête intérieure. D’abord, il y a la lutte pendant laquelle le corps souffre et se déforme, avant l’atteinte du but, la ré-appropriation. Une idée illustrée dans Le château ambulant où Sophie et la sorcière des Landes, toutes les deux âgées et fatiguées, doivent monter un rude escalier interminable. Même référence pour Ponyo où le poisson devient jeune fille après s’être émancipée de l’autorité paternelle.

Dans son oeuvre, Hayao Miyazaki célèbre également la femme par son rôle de mère. Dans plusieurs de ses films d’animation le personnage maternel est central. Qu’il s’agisse d’éduquer seule son enfant parce que le père est en mer, ou d’en materner un qui n’est pas le sien mais pour qui on s’est pris d’affection. La femme semble endosser naturellement ce rôle de protection et de cheffe du foyer, un contraste surprenant avec la société japonaise.

Comprendre Miyazaki par l’Histoire du Japon

Elle est célèbre pour les arts auxquels elle a donné naissance, particulièrement l’art des mots, sa poésie et sa littérature. Elle porte le nom de la paix, peut-être celle des femmes. Cette période, parmi les 14 qui composent l’histoire du Japon, porte le nom de Heian. Elle est synonyme d’Âge d’Or. Les femmes peuvent, désormais, hériter, posséder et gérer des biens, s’éduquer et avoir des amants. Résultat, beaucoup deviennent artistes lors de cette période. Pourtant, ces avancées se confronteront très vite à un mur sans précédent. Les droits des femmes déclinent sous la période d’Edo lorsqu’elles deviennent l’entière propriété de leur mari. Des coutumes qui marquent, encore aujourd’hui, l’Histoire du Japon. Hayao Miyazaki a offert son oeuvre à la femme, à la mère, à la guerrière, à celle qui a vécu. Le dessinateur porte ses créations dans un affront à sa culture, dans un contraste saisissant.

Article de Aurélie Rodrigo